Claudio Abbado, né le à Milan et mort le à Bologne« Italie : le chef d'orchestre Claudio Abbado est mort », L'Express, 20 janvier 2014, est un chef d'orchestre italien.

Biographie Naissance Claudio Abbado, né le à Milan, est le fils du violoniste et pédagogue Michelangelo Abbado. et de Maria Carmela Savagnone, pianiste et auteur de livres pour enfants.

Formation Claudio Abbado naît à Milan dans une familleSelon Norman Lebrecht (Maestro), la famille Abbado aurait parmi ses ancêtres (pour le moins lointains !), « un guerrier arabe, Abbad, qui construisit l'Alcazar de Séville dans l'Espagne médiévale, à partir de 844 ». Cette information tient très probablement de la légende familiale, ou personnelle, d'autant que la construction de l'Alcazar a eu lieu près de deux siècles avant l'arrivée des Abbadides à Séville. de musiciens qui compte quatre enfants. Son père, Michelangelo Abbado, est violoniste et professeur au Conservatoire ; sa mère, Maria Carmela Savagnone, est pianiste et auteur de livres pour enfants ; son frère aîné, Marcello, est pianiste et directeur du Conservatoire, de 1973 à 1996Liste des directeurs du conservatoire de Milan. ; sa sœur est violoniste. « La figure toute-puissante de mon enfance était surtout mon grand-père [maternel]., Guglielmo Savagnone (1867-1956). Il enseignait à l’université de Palerme l’histoire de l’antiquité et apprenait presque chaque année une nouvelle langue ; ainsi était-il, à mes yeux du moins. C’était un être extraordinaire. Il a par exemple traduit l’Évangile de l’araméen » (ce qui constitue une curieuse assertion de la part du futur chef d'orchestre, puisque tous les Évangiles canoniques ont été écrits en grec). À ce moment, Abbado ajoute, tout aussi curieusement et assez naïvement (se fiant uniquement aux dires de son grand-père) : « Aussi n’a-t-il pas tu le passage où l'on parle des frères du Christ. Il en a été excommunié par l'Église ». Cette information doit être prise avec beaucoup de réserve, les « frères » et « sœurs » du Christ apparaissant de toute façon dans trois des quatre Évangiles retenus par l'Église (ceux de Matthieu, Marc et Luc). Claudio Abbado ajoute : « Je crois qu’il en était assez fier. Je me souviens de longues promenades dans la montagne avec lui, au cours desquelles j’ai incroyablement appris – pour la vie, comme on dit si bien. ».

À l'âge de sept ans, il assiste à son premier concert :

Pendant la Seconde Guerre mondiale, ses parents, foncièrement antifascistes, font acte de résistance; sa mère est torturée et emprisonnée pour avoir aidé une famille juive à échapper à la déportation; le jeune Claudio écrit “Viva Bartók” sur les murs des édifices publics en signe de dissidence (en 1940, la mort dans l'âme, le grand compositeur national hongrois avait quitté la Hongrie, pour aller vivre aux États-Unis, à une époque où la guerre avait commencé, et où Hitler et Staline étaient alliés). Son orientation politique et artistique est conditionnée par cette résistance aux dictatures, et d'abord au fascisme de Mussolini, alors au pouvoir en Italie. Comme bien d'autres, Abbado se rapprochera plus tard du Parti communiste italien, avant de s'en séparer à la suite de l'invasion soviétique qui écrasa le Printemps de Prague, en 1968.

Le conflit terminé, Claudio Abbado entre au Conservatoire de Milan pour y suivre, jusqu'en 1955, des études de piano, de composition et de direction. Il suit aussi des cours de littérature avec le futur Prix Nobel Salvatore Quasimodo. Il joue parfois dans l'Orchestre des étudiants du Conservatoire, sous la direction de Carlo Maria Giulini et demeure hanté par Fêtes et par son rêve d'enfant. Le passage de Wilhelm Furtwängler à Milan en 1950 lui fait une profonde impression. « Furtwängler est le plus grand de tous […] ; certes, on peut parfois contester ses choix, ses options, mais l'enthousiasme prévaut presque toujours, notamment dans Beethoven. Il est le musicien qui a eu la plus grande influence sur mon éducation artistique. »

Après un passage au cours Carlo Zecchi à Sienne, il se rend en 1955 à Vienne où il suit les cours de piano de Friedrich Gulda et se perfectionne à la direction d'orchestre avec Hans Swarowsky et participe dans les chœurs aux concerts de l'Orchestre philharmonique de Vienne dirigé par les plus grands, Hermann Scherchen, Josef Krips, Bruno Walter ou Herbert von Karajan.

En 1958, il remporte le concours Koussevitzky à Tanglewood, devant Zubin Mehta avec qui il s'était lié d'amitié à Vienne. « J'avais craint d'être éliminé rapidement ; face au jury, j'étais très contracté ; je ne me suis libéré qu'en dirigeant devant le public. Au cours de ce premier séjour aux États-Unis j'ai pu, à Boston, voir Pierre Monteux et Charles Munch, dont l'art très personnel m'a influencé : ils interprétaient si bien les œuvres de Claude Debussy. » Cependant, il rentre en Italie et enseigne la musique de chambre à Parme.

Les débuts Il débute brillamment à la Scala de Milan en 1960 à l'occasion du tricentenaire d'Alessandro Scarlatti mais sa carrière ne “décolle” pas. Il tente une nouvelle fois sa chance en postulant, à New York, au prix Dimitri Mitropoulos. Il triomphe encore et cette fois les propositions affluent. Leonard Bernstein en fait l'un de ses assistants à l'Orchestre philharmonique de New York (1963). « Je suis resté un an auprès de lui avec des allers et retours en Europe pour diriger plusieurs concerts en Italie et à Londres. Ce séjour fut passionnant et décisif non seulement grâce à Leonard Bernstein, mais aussi en raison des contacts que j'ai eus avec George Szell qui dirigeait l'Orchestre de Cleveland [… Bernstein] m'avait demandé de revenir à New York pour une plus longue période; je ne l'ai jamais voulu. J'étais trop, et je suis encore, trop imprégné de culture européenne pour m'éloigner du Vieux Continent. »

Peu avant son retour à Milan, un concert avec l'Orchestre de la Radio de Berlin retient l'attention d'Herbert von Karajan qui l'invite à Salzbourg pour diriger une messe de Luigi Cherubini. Ce sont les prémices de son parcours avec l'Orchestre philharmonique de Vienne : « J'avais choisi la Deuxième Symphonie de Mahler. À l'époque, en 1965, je ne connaissais pas encore toute son œuvre, mais je savais déjà que Mahler serait pour moi une référence permanente. » Malgré des répétitions difficiles, Abbado obtient un triomphe avec cette symphonie qui n'avait jamais été donnée au festival et les engagements affluent : Hallé Orchestra, Covent Garden, La Scala.

Ses premiers enregistrements sont publiés en 1967 chez Decca et Deutsche Grammophon.

La Scala vignette|Claudio Abbado en 1982. Il n'a que trente-cinq ans lorsqu'il devient chef principal de La Scala (1968-1986), avant d'en être nommé directeur musical en 1971. Ses liens politiques et locaux furent précieux à Milan, où les syndicats étaient tout-puissants et où son frère Marcello dirigeait le Conservatoire. Le départ à la retraite du vieux surintendant Antonio Ghiringhelli lui laisse le champ libre à une prise de pouvoir avec deux autres « radicaux » de son acabit, Paolo Grassi et Massimo Bogianckino. Les temps étaient mûrs pour des changements : il modifie profondément l'organisation et les programmes, élargissant le répertoire aux compositeurs de (concerts Musica del nostro tempo), allongeant la saison et diminuant le prix des places. Il ouvre le théâtre pendant les six semaines de fermeture annuelle pour présenter gratuitement des opéras filmés aux ouvriers, aux étudiants, aux enfants des écoles qui découvraient l'opéra. Avec l'orchestre, il donne des concerts dans les usines, les universités, les lycées, aussi bien à Milan que dans d'autres villes, notamment à Reggio d'Émilie (ateliers Musica/realtà).

Artiste engagé et impliqué dans son temps, il collabore avec les plus grands metteurs en scène tels Giorgio Strehler, Iouri Lioubimov, Jean-Pierre Ponnelle et Andreï Tarkovski ; ses prises de positions contre l'intervention américaine au Vietnam ou contre l'intervention soviétique en Tchécoslovaquie lui valent l'inimitié d'une grande partie de la classe politique. Malgré tout, cette période de treize années sera la plus riche de l'institution italienne : l'approche musicale du chef italien va faire merveille dans les opéras de Giuseppe Verdi montés alors, de Macbeth, Simon Boccanegra, Aida, Un Bal masqué à Don Carlos.

Avec son ami le pianiste Maurizio Pollini, puis plus tard avec Rudolf Serkin, une de ses préoccupations est de démocratiser l'accès à la musique pour les auditeurs, mais aussi pour les jeunes musiciens, pour lesquels il créera, entre autres, l'Orchestre des jeunes de l'Union européenne, l'Orchestre de jeunes Gustav Mahler, s'investira dans sa fonction de directeur artistique de l'Orchestre de chambre d'Europe ou dirigera l'Orchestre national des jeunes Simón Bolívar du Venezuela.

Milan, Londres, Vienne De 1979 à 1989, comme chef principal puis directeur musical du London Symphony Orchestra, il trouve un instrument idéal pour son éclectisme musical : il y célèbre le centenaire d'Anton Webern en 1983, présente un cycle Mahler puis un cycle Beethoven avec Maurizio Pollini, enregistre une Carmen de Georges Bizet exceptionnelle.

Excédé par certains démêlés administratifs, il quitte La Scala en 1986 et devient (jusqu'en 1991) directeur musical de l'Opéra d'État de Vienne et chef principal de l'Orchestre philharmonique de Vienne, où il dirige Verdi, Beethoven, Schubert. Comme à Milan et à Londres, il innove et impose à un public plutôt conservateur des programmes de plus en plus souvent inédits en Autriche : il crée en 1988 le Festival Wien Modern consacré à la musique contemporaineSite du Festival Wien Modern. et présente des œuvres de Berg (Wozzeck), Rihm, Nono, Kurtág, Debussy (Pelléas et Mélisande), Janáček (De la maison des morts) etc.

De 1982 à 1985, il est chef invité de l'Orchestre symphonique de Chicago

En 1983, il participe à la création de l'Orchestre de chambre d'Europe avec Nikolaus Harnoncourt. « J'aime diriger ces jeunes et j'éprouve un infini plaisir à les guider. Ils possèdent tous une technique exceptionnelle; ils font preuve d'un engagement, d'une fraîcheur qui m'enchantent. Ils ne sont pas encore marqués par certaines inerties, certaines habitudes, parfois difficiles à contourner. Je peux apprendre beaucoup d'eux. »

Berlin vignette|Claudio Abbado lors d'une répétition de l'Orchestre philharmonique de Berlin (1994). En octobre 1989, peu de temps après la mort de Herbert von Karajan et à la surprise de tous, y compris lui-même, Abbado est élu chef principal de l'Orchestre philharmonique de Berlin. Il venait de subir un revers dans la conquête de la succession de Georg Solti à la tête de l'Orchestre symphonique de Chicago, remportée par Daniel Barenboim, et le renouvellement de son contrat à l'Opéra de Vienne venait de se négocier à des conditions nettement moins avantageuses que les précédentes. La veille du vote berlinois, Abbado se trouvait en pourparlers avec l'Orchestre philharmonique de New York. Il avait dirigé l'orchestre pour la première fois le et un total de trente-six concertsAnnemarie Kleinert, Music at Its Best : The Berlin Philharmonic : From Karajan to Rattle, Books on Demand, 2009, 174 pages, . Pour son concert inaugural à Berlin, il choisit deux symphonies de Schubert et de Mahler, séparées par le Dämmerung (Crépuscule) de Wolfgang RihmNorman Lebrecht, Maestro. Mythes et réalités des grands chefs d'orchestre, 1991, Éditions Jean-Claude Lattès 1996, 403 pages, ..