La guerre de succession de Montferrat est un conflit qui se déroula de 1613 à 1617. Elle opposa le duché de Savoie à l'Espagne et au duché de Mantoue après la mort, en , de François, duc de Mantoue, sans enfant mâle. Ce conflit local entre deux États devint rapidement une affaire d'ampleur européenne en remettant en cause les équilibres géopolitiques italiens issus de la paix du Cateau-Cambrésis de 1559Pierpaolo Merlin, « Il Monferrato. Un territorio strategico per gli equilibri europei del Seicento », in Pierpaolo Merlin et Frédéric Ieva (dir.), Monferrato 1613. La vigilia di una crisi europea, Roma, Viella - Liberia Editricie, 2016, p. 15‑29.. En effet, le duc de Savoie, déçu de l'attitude des Espagnols lors de la guerre avec la France (1588-1601), s'était peu à peu éloigné d'eux et rapproché de la France. Ce changement diplomatique se concrétisa par la signature du traité de Brussol en 1610StéphaneGal, Charles-Emmanuel de Savoie. La politique du précipice, Paris, Payot, 2012, p. 381-382..

Contexte Le marquisat du Montferrat, fief du Saint Empire Romain, était un territoire riche et stratégique sur le Pô, entre le duché de Milan (relevant du roi d'Espagne) et le Piémont-Savoie. Les ducs de Savoie revendiquaient des droits sur une partie du marquisat depuis le siècleStéphane Gal, Charles-Emmanuel de Savoie. La politique du précipice, Paris, Payot, 2012, p. 395..

Avec la mort de François de Gonzague, duc de Mantoue et de Montferrat, le , Charles-Emmanuel de Savoie estima que le temps de faire valoir ses prétentions sur ce dernier duché était venu.

En effet, François de Gonzague avait épousé Marguerite de Savoie, fille de Charles-Emmanuel de Savoie et de Catherine-Michelle d'Autriche, avec laquelle il eut 3 enfants dont deux morts en bas âge : Marie de Mantoue (1609-1660) qui épousera, en 1627, (1609-1631), duc de Mayenne, un cousin éloigné de la branche « française » des Gonzague (ils avaient le même arrière-grand-père Guillaume de Mantoue) ; Ludovico (1611-1612) ; Eleonora (1612-1612).

Le cardinal Ferdinand de Gonzague, frère de François, prit possession du marquisat de Montferrat au grand dam de de Savoie.

Pour réclamer le Montferrat le duc de Savoie, Charles-Emmanuel, se fondait sur un traité conclu le à l'occasion du mariage de Yolande de Montferrat, fille de Théodore Comène Paléologue, marquis de Montferrat, et d'Argentine Spinola, avec Aymon, comte de Savoie. Ce traité stipulait qu'en cas d'extinction des descendants mâles du marquis de Montferrat, ceux de Yolande (et donc la maison de Savoie) succéderaient au marquisat, à charge de doter les filles en argent.

Les ministres savoyards proposèrent le mariage du prince cardinal avec la duchesse Marguerite et la cession au duc de Savoie de quelques villes enclavées dans le Piémont, mais Charles-Emmanuel de Savoie préféra rappeler près de lui sa fille Marguerite et la princesse Marie, sa fille. Le cardinal Ferdinand refusa de les laisser partir malgré plusieurs médiations. Le dernier refus de Ferdinand donna le signal de la guerre. L'invasion du Montferrat qui avait été préparée avec tant de justesse et de secret par Charles-Emmanuel de Savoie commença par la prise d'Alba.

Attaque savoyarde (1613) Au nord du duché de Montferrat, le , le duc de Savoie part avec sa troupe en direction de Trin qu'il assiège. Le 24, il défait une troupe de secours venant de Casal et fait tirer au canon sur la ville le . Le lendemain, une nouvelle troupe de secours de est défaite. Le soir Trin arbore un drapeau blanc.

Au sud de Montferrat, le , également, Alexandre Guerini, gouverneur de Quérasque, à la tête de 600 hommes d'infanterie et 50 cavaliers, entre par surprise dans Alba après avoir pétardé la porte du Tanaro. Après une courte bataille les troupes savoyardes sont maîtresses de la ville et de la forteresse.

Partant d'Asti le , Charles Scaglia, comte de Verrue, prend la ville de Moncalve défendue par 800 soldats et assiège le château. Le la garnison réduite à 240 hommes se rend et obtient de se retirer à Pont de Sture, où le commandant sera arrêté puis condamné à avoir la tête tranchée pour s'être rendu trop tôt. Cette sentence ne sera pas exécutée grâce à l'action de nombreux opposants au duc de Montferrat.

Charles-Emmanuel justifia son entrée en Montferrat, en publiant un manifeste adressé au Pape , à l'empereur Matthias, aux rois d'Espagne, , et de France, , aux cantons suisses et à toutes les puissances d'Italie. Pendant qu'il chargeait ses ministres et diplomates d'effacer l'impression défavorable que causa, généralement, le premier bruit de cette guerre, il s'occupait à la poursuivre vigoureusement.

Le Piémont était en armes, la Savoie, pour laquelle les mouvements français donnaient de l'inquiétude, vit rassembler sur la frontière un corps de d'infanterie et sous les ordres de Sigismond d'Este, marquis de Lans. La France ayant pris parti pour la maison de Gonzague, dès lors, l'armée du Dauphiné pouvait entrer en Savoie sans crainte d'indisposer l'Espagne, qui protestait vouloir maintenir seule l'intégrité des États de Mantoue.

La république de Venise et le duché de Toscane s'armèrent en faveur du duché de Savoie.

Plus le nombre de protecteurs des Gonzague était grand, moins Charles-Emmanuel désespéra de les désunir et de jeter la discorde par l'adresse, l'habileté et la ruse.

Siège de Nizza Monferrato (1613) Pendant ce temps, le prince s'activait sur le terrain. Après la capitulation de Trino, il fait assiéger Casale. Mais les Espagnols ayant eu vent de ce projet envoyèrent un détachement de 500 hommes à Pont de Sture, accompagné d'un détachement français, sous les ordres de Charles de Mantoue, duc de Nevers, venu de Gênes. Charles-Emmanuel résolut alors d'attaquer Nizza MonferratoLes sources anciennes désignent souvent cette ville sous le nom français de Nice : il s'agit de Nice en Montferrat, à ne pas confondre avec la ville éponyme du comté de Nice, alors possession du duc de Savoie..

Le comte Guy de Saint-Georges, noble du Monferrat au service du duc de Savoie, marcha contre cette place avec . La garnison était composée de d'infanterie et 200 cavaliers aux ordres de Mainfroi de Castillon. Guy de Saint-Georges, accusé d'être l'instigateur de l'attaque, fut condamné à mort par contumace par le duc de MantoueMerlin Pierpaolo, « Il Monferrato. Un territorio strategico per gli equilibri europei del Seicento », in Pierpaolo Merlin et Frédéric Ieva (dir.), Monferrato 1613. La vigilia di una crisi europea, Roma, Viella - Liberia Editricie, 2016, p. 15‑29..

Le , les assiégeants campèrent sur la colline, appuyant leur droite sur les capucins et leur gauche sur le torrent du nom de .

Le , ils dressèrent une batterie contre la tour du Merle puis une seconde contre la tour du Canton. En fin de journée, les Niçois reçurent le renfort d'un convoi qui réussit à passer les lignes savoyardes.

Le , les Savoyards installèrent une nouvelle batterie contre la porte de Lanerio. Le lendemain, un boulet ayant rompu les chaînes du pont-levis de cette porte, les Savoyards lancèrent un assaut qui fut repoussé par les défenseurs.

Les assiégeants dirigèrent le feu de l'artillerie sur les maisons afin d'accélérer la reddition. Les habitants demandèrent à Mainfroi de Castillon de capituler, mais le gouverneur les menaça et indiqua qu'il se défendrait jusqu'à la dernière limite.

Le , les ruines des murailles ayant presque bouché les fossés sur les différents points d'attaque, Castillon réussit à les faire déblayer en partie. Il réussit également à envoyer à Casal une estafette chargé d'avertir le duc de Nevers de l'état de détresse de la ville. Le comte Saint-George n'ayant pas investi totalement la ville, la garnison sortit dans la soirée afin de brûler les granges, sur le chemin d'Acqui, où les assaillants auraient pu trouver refuge.

Le lendemain, Saint-George envoya la cavalerie savoyarde occuper les bords de la Belbo, mais les assiégés s'y opposèrent. L'escarmouche tourna à l'avantage des Savoyards qui se logèrent dans les masures des granges brûlées la veille. Pendant ce temps, le gouverneur de Nizza perfectionna une digue destinée à faire verser dans le fossé l'eau de la rivière .

Le , les assaillants installèrent une nouvelle pièce d'artillerie près de la tour du Canton puis lancèrent un assaut avec 200 cuirassiers à pied en tête à travers la brèche. La nuit tombant, l'assaut fut ajourné et les défenseurs en profitèrent durant la nuit pour réparer la brèche.

Le , don Antoine de Levo, prince d'Ascoli, qui était entré dans le duché de Montferrat à la tête de , arriva en soirée à Incisa, un village situé à deux milles de Nizza Monferrato, où il est rejoint par Charles de Mantoue avec arrivant de Mombaron, où il était en place depuis quelques jours.

Le comte de Saint-Georges sentit l'impossibilité d'éviter le combat s'il voulait continuer le siège. Sa force et l'avantage de la position qu'il occupait le rassuraient, mais afin de ne pas rompre la paix avec la maison d'Autriche, la conduite du général savoyard le soumettait à des combinaisons politiques plutôt qu'a des calculs militaires. En effet, Charles-Emmanuel avait ordonné d'éviter toute espèce d'engagement contre les Espagnols et le commissaire impérial, qui suivait le prince d'Ascoli, demandait la levée du siège au nom de son maître seigneur souverain du Montferrat. Dans cette position embarrassante, Saint-Georges envoya Charles Scaglia, comte de Verrue, vers le général autrichien qui indiqua que tant qu'il n'avait pas d'ordre, il ne pouvait rien décider mais qu'il ne s'opposait pas à la continuation du siège s'il mettait une garnison espagnole aussitôt après la capitulation.

Les instructions reçues par le prince d'Ascoli indiquaient qu'il devait dégager la place de Nizza et forcer les Savoyards à rentrer en Piémont. Le général savoyard prit alors les mesures nécessaires pour effectuer sa retraite, lorsqu'on lui rapporta que l'armée ennemie, forte de d'infanterie et , s'approchait en ordre de bataille.

Le comte Saint-Georges fait alors partir son artillerie sous escorte de la milice royale espagnole et, après avoir retiré ses avant-postes, il se met en marche avec le reste de l'armée. À peine sorti de ses lignes, le duc de Nevers le fait suivre avec 200 hommes. Ignorant la provocation, Saint-Georges continue sa marche sans tirer un coup de fusil, mais le duc de Nevers conçoit l'espoir d'enlever quelques pièces de canon. Décidé à engager un combat qui permettrait une guerre ouverte entre les Espagnols et les Savoyards, qui serait très avantageuse pour le duc de Mantoue. Ce dernier s'aventurant avec imprudence, se fait envelopper par l'arrière-garde savoyarde. Il appelle alors à son secours le prince d'Ascoli qui s'avance avec toutes ses forces. Le général savoyard rappelle les siennes et les deux armées se retrouvent à portée de mousquet, pour un combat tant espéré par les Mantouans.

Cependant les Savoyards se tenaient sur la défensive et les troupes espagnoles, ayant dégagé le duc de Mantoue, répugnaient à courir les hasards d'une bataille dont les suites étaient insignifiantes. Le prince d'Ascoli proposa de nouveau au général savoyard de se retirer sur ses terres. Après acceptation, les 2 armées s'éloignèrent. Le comte de Saint-Georges alla à Costigliole pendant que les Espagnols retournaient à Alexandrie en laissant à Nizza ou dans les châteaux des environs, un corps de d'infanterie et 250 cavaliers.

À travers le Montferrat (1613) Immédiatement, Charles-Emmanuel ordonna au comte de Saint-George de conduire son armée à Asti, où il se rendit lui-même, dans l'intention de châtier les habitants du Montferrat qu'il occupait encore et dont la révolte devenait générale.