Roger Casement, né le et mort le , est un diplomate britannique de profession et un poète, un nationaliste et un révolutionnaire irlandais.
Il est connu pour son engagement contre les abus du système colonial dans l'État indépendant du Congo et dans le Putumayo (région de production du caoutchouc, contestée entre le Pérou et la Colombie) ainsi que pour son engagement révolutionnaire en Irlande.
Jeunesse et séjours en Afrique Roger Casement est né en Irlande à Sandycove, dans la grande banlieue sud de Dublin, d'un père protestant et d'une mère catholique. Orphelin dès l'âge de dix ans, il est élevé par des cousins en Ulster.
Roger Casement vient en Afrique pour la première fois en 1883, à l’âge de , en tant que diplomate. En 1884, il se lie avec le jeune Herbert Ward, pour lequel il éprouve une amitié indéfectible.
En 1890, alors qu'il était consul à Matadi, il a une longue conversation avec Joseph Conrad lors de son arrivée dans l'État Indépendant du Congo et le met au courant des atrocités dont il a eu témoignage, aidant ainsi l'écrivain à recueillir les matériaux du roman Au cœur des ténèbres. Il restera en contact avec lui et le rencontrera à plusieurs reprises. Lors d'un séjour qu'il fait chez les Conrad en 1905, l'épouse de ce dernier le décrit comme « Sir Roger Casement, a fanatical Irish protestant, came to see us, remaining some two days our guest. He was a very handsome man with a thick dark beard and piercing, restless eyes. His personality impressed me greatly. It was about the time when he was interested in bringing to light certain atrocities which were taking place in the Belgian Congo. Who could foresee his own terrible fate during the war as he stood in our drawing-room passionately denouncing the cruelties he had seen? » Cité dans .. Les deux amis se détourneront cependant de lui lors de la Première Guerre mondiale, lorsque Roger Casement est emprisonné pour avoir sollicité l'intervention de l'Allemagne dans la cause de l'indépendance de l'Irlande. thumb|Herbert Ward, Un indigène Aruwimi, 1902 (musée d'Orsay) En 1892, Roger Casement quitte le Congo pour rejoindre l’administration coloniale britannique au Nigeria. En 1895, il est nommé consul à Lourenço Marques (l’actuel Maputo). Il est ensuite nommé successivement consul britannique au Mozambique et en Angola en 1898, avant d'être désigné consul en dans l'État indépendant du Congo, après érection de celui-ci en juridiction autonome séparée de Luanda. L'État indépendant du Congo est alors propriété de .
Le Rapport Casement
Histoire du Rapport Cela fait plusieurs années que le , à Londres — à la suite des témoignages du vice-consul Edward Bannister , . à Boma en 1894, puis aux rapports de William Pickersgill et d'Arthur Nightingale en 1895 et 1897, , . — souhaite avoir des preuves des exactions commises sur les territoires de l'É.i.C. contre des « travailleurs » venus des colonies britanniques de l'Afrique occidentale , , citation d'Ézechiel Matook dans la déclaration de Nightingale au du ..
Le , Roger Casement écrit déjà au : Le , Roger Casement envoie au une lettre rapportant les circonstances de l'affaire Cyrus SmithVoir l'article sur la Société anversoise de commerce au Congo., souligné de ce commentaire : .
Le , le consul Roger Casement demande l'autorisation au de quitter son poste à Boma et de gagner le Haut-Congo. Son enquête commenceRapport Casement, Centre d'Histoire de l'Afrique, université catholique de Louvain, collection « Enquêtes et documents d'histoire africaine », , 1985.. Il rejoint Matadi, puis Léopoldville par le train (), où il se documente notamment auprès du missionnaire Thomas Morgan de la . Puis le il quitte le en bateau à destination de Tshumbiri, où il rencontre le missionnaire Arthur Billington et sa femme. Des qu'il avait lui-même vus en 1887, dit-il, il n'en compte plus que 500, .. Le il gagne Bolobo pour un séjour de douze jours, où des qu'il affirme avoir recensés (sans dire comment), il n'en reste plus que . Il remonte par le fleuve jusqu'à Mpoko où vivent les Basengele. Il note deux faits nouveaux : . Il poursuit sa route sur le fleuve jusqu'à Lukolela (), où le missionnaire John Whitehead lui remet copie des lettres envoyées au gouverneur-général, puis navigue jusqu'au lac Tumba, où il gagne la mission de Joseph Clark à Ikoko. Il y reste , visite Bikoro, Montaka, d'autres villages jusqu'à la mission américaine de Bolenge, situé plus haut sur le fleuve, et consigne toutes les informations qu'il peut récolter sur les exactions et les meurtres commis au nom de l'É.i.C., notamment ceux perpétrés dans la région par Léon Fiévez au cours de la période 1893-1898https://www.kaowarsom.be/documents/bbom/Tome_I/Casement.Roger.pdf.
Le , alors que tente de rallier le royaume d'Italie à sa cause afin de désavouer moralement l'Angleterre qui a pris la tête de la contestation internationale contre l'É.i.C., le docteur italien Hector Villa, qui séjourne au Congo depuis plus de , écrit dans un rapport à Rome .
Le , Roger Casement remet au son rapport dans lequel il dénonce les atrocités systématiques commises par les agents du roi, non seulement sur les sujets britanniques, comme il le lui était demandé, mais également sur l'ensemble de la population congolaise, hommes, femmes, enfants, vieillards. Le rapport est imprimé et diffusé dans la série des (usage interne), , .. Ce rapport donne ensuite lieu à une note. qui est envoyée officiellement le 11 et à l'administration de l'État du Congo et aux puissances signataires de l'Acte de Berlin. À la suite de ce rapport et des preuves qu'il apporte, est contraint d'accepter la nomination d'une Commission d'Enquête sur les exactions.
Les conclusions de la Commission d'Enquête étant sans équivoque, le gouvernement de la colonie doit être transféré d'urgence à l'État belge afin que celui-ci puisse réformer la situation au Congo en y installant son autorité à la place du pouvoir léopoldien. En même temps, en Angleterre, le rapport Casement contribue à la formation, en , de la .
Contenu du Rapport Casement thumb|left|Roger Casement à la fin de sa vie. Le texte, très dense, comporte -folio (1904) disponible sur Internet Archive.. Il est établi à partir de circulaires non publiées du Gouverneur général, de quelques pièces de justice, de témoignages de missionnaires protestants, de leurs journaux, de copies de certaines de leurs lettres, et de témoignages « d'indigènes », d'agents de l'État et d'employés de l'Anglo-Belgian India Rubber Company (ABIR). Dans son édition originale, le Foreign Office a non seulement supprimé tous les noms propres, mais également tous les noms de lieux et les dates, décision à laquelle Casement tenta vainement de s'opposer. Le Centre d'Histoire de l'Afrique de l'Université catholique de Louvain a cependant publié l'intégralité du document original, sans ses suppressions, dans le de ses Enquêtes et documents d'Histoire africaine, en 1985. On le trouve brièvement résumé dans le livre à charge de Conan Doyle, Le Crime du Congo belge, édité chez « Les Nuits Rouges » (2005).
Le récit de Casement donne un .
Le titre exact de ce texte diplomatique est : . Après une introduction, le texte s'organise dans l'ordre du voyage, lieu par lieu : Léopoldville, Chumbiri, Bolobo, Lukolela, Irebu, Lac Mantumba, Coquilhatville, Wangata, Walla, rivière Lulongo, Bolongo, Iffomi, Bongandanga, et Ikanza Na Bosunguma. Il est suivi de huit annexes.
Annexe 1 : « Circulaire du défendant que les soldats armés partent en service sans être commandés par les Européens ». Annexe 2 : « Note sur des tribus de réfugiés du district du lac que a rencontrés près de Bolobo en ». Annexe 3 : « Mémorandum sur la condition des indigènes du district de Lukolela par le Rév. John Whitehead, résident depuis plusieurs années et qui parle la langue indigène couramment ». Annexe 4 : « Note sur le cas de Mola Ekulite, indigène de Mokili, dans le district de Mantumba, dont les deux mains ont été tranchées ou enlevées, et sur d'autres cas similaires de mutilation observés dans ce district ». Annexe 5 : « Note sur l'introduction faite au sujet d'un homme accusé d'avoir coupé la main du garçon ». Annexe 6 : « La déclaration relative à la situation des indigènes dans la région du lac Mantumba pendant la période des guerres à caoutchouc qui ont commencé en 1893 ». Annexe 7 : « Circulaire du gouverneur général Wahis aux commissaires de district chef de zone ». Annexe 8 : « Circulaire du ».
Séjour en Amérique latine Après la publication de son rapport, Roger Casement quitte Londres et retourne en Irlande pendant un an et demi (1904-1905). Il est fait compagnon de l'ordre de Saint-Michel et Saint-Georges pour son travail.
Durant les quatre années suivantes, il est envoyé par le comme consul au Brésil. D'abord à Santos, puis à Belém, enfin à Rio de Janeiro..
Dès 1907, Binjamín Saldaña Rocca, journaliste à Iquitos (Pérou), écrit des articles dans les journaux locaux ( et )., dénonçant les conditions inhumaines avec lesquelles sont traitées les populations indiennes asservies à la collecte du latex au Putumayo., par la , (PAC), dirigée par ..
En 1909, l'ingénieur américain Walter E. Hardenburg parcourt cette région. Horrifié par les maltraitances qu'il constate, il rassemble divers matériaux : photographies, coupures de presse et, à la faveur d'un voyage, fait paraître à Londres un édifiant article dans un magazine financier ()..
L'opinion publique se scandalise. L'impact est d'autant plus important que la PAC a son conseil d'administration en Angleterre et qu'au sein de celui-ci apparaissent de très respectables hommes d'affaires et diplomates anglais, tels que.. : John Russel Gubbins, ami personnel du président du Pérou, Augusto Leguía, Herbert M. Read, ancien directeur de la , Sir John Lister-Kaye, aristocrate très lié au roi Édouard VII. De plus, la PAC maltraite également ses employés barbadiens, donc des sujets britanniques.
Toutes ces raisons amènent le gouvernement à intervenir. Il est décidé d'envoyer sur place une commission d'enquête à laquelle le demande à Roger Casement de participer..
Iquitos La PAC a son siège opérationnel à Iquitos où elle a la mainmise sur toutes les administrationsRoger Casement.. La ville est devenue un important centre commercial et de regroupement du caoutchouc recueilli au Putumayo avant d'être expédié par voie fluviale sur la côte ouest, et de là, dans le monde entier.
Roger Casement et la commission arrivent à Iquitos le .. Malgré l'hostilité ambiante vis-à-vis de ces investigations, ils interrogent plusieurs barbadiens.
Au total ont été recrutés par la PAC dans les .. La plupart ont été répartis entre la douzaine de centres de collecte du caoutchouc que possède la PAC au Putumayo. Chacun de ces comptoirs est dirigé par un chef secondé d'un adjoint qui, tous, selon le rapport de Roger Casement, sont des criminels.. Les Barbadiens sont des intermédiaires entre ces chefs et les Indiens. Ils sont chargés de la surveillance de ces derniers, de les contraindre à rapporter du caoutchouc de la forêt, de l'application des sanctions..
Roger Casement rencontre le père supérieur des augustins pour lequel le principal problème à Iquitos est celui des enfants des deux sexes achetés ici à vil prix comme domestique/esclave. Chaque notable en possède au moins un, plusieurs le plus souvent. Ils ne sont pas rémunérés, pas éduqués, travaillent jour et nuit, sont battus, abusés sexuellement.. Ces enfants indiens proviennent des raids qu'organise la PAC au Putumayo pour se procurer de la main-d'œuvre. Ces raids consistent à encercler un village par des hommes armés. Hommes, femmes, enfants sont enchaînés et amenés prisonniers dans un comptoir.. Ensuite, ils sont contraints d'aller collecter le latex dans la forêt. Les femmes sont gardées en otage au comptoir afin de s'assurer du retour des hommes. Les enfants sont vendus à Iquitos ou bien à Manaus (Brésil).
Les comptoirs de la au Putumayo