Les langues celtiques sont une branche de la famille des langues indo-européennes. Elles regroupent :

les langues celtiques continentales, parlées par les peuples celtes de l'âge du fer jusqu'à l'Antiquité tardive en Europe continentale ; les langues celtiques insulaires, parlées jusqu'à nos jours dans les îles Britanniques et en Bretagne. Elles se divisent elles-mêmes en deux sous-groupes nettement distincts : les langues gaéliques, qui comprennent aujourd'hui l'irlandais, l'écossais et le mannois ; les langues brittoniques, qui comprennent aujourd'hui le gallois, le cornique et le breton.

Hypothèse celtique nucléaire et celtiques P/Q Selon l'hypothèse des langues celtiques nucléaires et des langues celtiques P/Q, elles regrouperaient plutôt : Les langues celtiques nucléaires comprenant : Les langues gallo-brittoniques dont : Les langues brittoniques (breton, cornique et gallois) Le gaulois et ses dialectes (galate, gaulois cisalpin, etc.) Le lépontique Les langues gaéliques (irlandais, écossais et mannois) Le norique, une langue très peu attestée, très probablement celtique Et les langues hispano-celtiques qui se constituent de deux langues : Le celtibère, dans l'intérieur de l'Espagne actuelle Le gallaïque, parlée dans la province romaine de Gallécie Le lusitain (son appartenance aux langues celtiques est débattue et il est parfois désigné comme « para-celtique » pareil pour le vénète)

Après la reconnaissance en juillet 2002 du cornique comme langue minoritaire par les autorités du Royaume-Uni, la langue bretonne, parlée en France par ., reste la seule langue celtique moderne à ne pas avoir de statut officiel dans sa zone culturelle.

Caractéristiques générales Les langues celtiques se caractérisent par un ensemble de mutations spécifiques à partir de l'indo-européen commun.

L'un des traits les plus caractéristiques est l’amuïssement du p à l'initiale et entre voyelles. Ainsi, l'indo-européen *ph₂tḗr « père » (> latin pater, anglais father) devient *ɸatīr en celtique commun, d'où vieil irlandais athair, athir > irlandais athair, gaulois *atir (nominatif), ater (vocatif) ou encore *pŗto- / *pértus « le gué » (> latin portus, anglais ford) devenant *ɸritus en celtique commun, d'où *rrɨd en brittonique (vieux breton rit; vieux cornique rid; vieux gallois rit > gallois rhyd), *rito- en gaulois comme dans l'ancien nom de Limoges, dont la dénomination gallo-romaine est Augustoritum « le gué d'Auguste » ou encore de *camborito-, le gué sur la courbe du fleuveAndré Martinet, Des steppes aux océans : l'indo-européen et les indo-européens, Paris, Payot, 1986, . Le b n'existant pas à date ancienne, le i.e. passe généralement à b comme dans le nom du bœuf, irlandais bó, breton buoc'h.

Les langues celtiques dans leur ensemble sont affectées par la modification phonétique qui porte le nom de lénition (affaiblissement des consonnes qui se trouvent entre deux voyelles). Ainsi, le mot irlandais beatha « vie » se prononce .

Celtique continental vignette|Carte de l'expansion celte à l'âge du fer : 1. Civilisation de Hallstatt et 2. Civilisation de La Tène vignette|Carte de l'expansion celte et des zones où les langues celtiques sont parlées au .

Les langues de ce groupe étaient parlées en Europe continentale, par opposition aux îles. Toutes sont maintenant éteintes. Le groupe comprenait : le gaulois, langue bien attestée, autrefois parlé en Gaule et en Italie du Nord ; le lépontique, langue bien attestée, parlé en Italie du Nord ; le celtibère, langue bien attestée, autrefois notamment parlée dans l'actuelle Aragon et en Castille-Léon où elle est connue par de nombreuses inscriptions utilisant l'alphabet ibérique, avec une extension possible au nord ouest de la péninsule Ibérique, bien qu'aucune langue celtique dont le gallaïque n'y soit directement attestée. Certains linguistes y incluent aussi le lusitain (attesté au Portugal et en Galice), bien que les travaux les plus récents l'excluent du groupe celtique ; le gallaïque, langue parlée dans l'ancienne province romaine de Gallécie ; le galate, langue non attestée, autrefois parlé en Galatie (une région de la Turquie actuelle) (Jérôme de Stridon écrit: « Les Galates parlent la même langue que les Trévires ») ; le norique, non attesté, la langue supposée du Norique (province romaine, à peu près l'Autriche d'aujourd'hui) et de la Slovénie ; bien que les preuves soient pratiquement inexistantes.

Celtique insulaire

Les langues de ce groupe proviennent toutes de Grande-Bretagne et d'Irlande. On y distingue deux sous-groupes :

Groupe gaélique (ou goïdélique)

Le gaélique écossais, l'une des langues nationales de l'Écosse ; Le gaélique irlandais, première langue nationale d'Irlande et seule langue celte officielle de l'Union européenne ; le mannois, l'une des langues nationales de l'île de Man.

Ces trois langues dérivent du vieil irlandais, un idiome littéraire important, parlé entre le et le ).thumb|upright=0.7|Les pays celtiques modernes : nations ou territoires historiques possédant une langue celtique vivante : Bretagne, Cornouailles, Écosse, Galles, Irlande, Man.On mentionne parfois le shelta (la langue des nomades irlandais) (Irish Travellers) comme une langue celtique, mais ce rattachement est impropre : en effet, s'il est exact que le vocabulaire de cette langue présente un fort fond issu de l'irlandais, la grammaire de cette langue est basée sur l'anglais ; ceci en fait plutôt une langue germanique à fort apport lexical gaélique.

Groupe brittonique

Les langues brittoniques (terme créé au ) dérivent d'un proto-brittonique antique parlé dans l'île de Bretagne par les Bretons, dès avant la conquête romaine jusqu'à l'invasion saxonne, et de son éclatement en plusieurs dialectes, puis langues, un peu sur le modèle du latin et des langues romanes.

Les langues brittoniques sont généralement réduites à trois : le gallois, langue nationale du Pays de Galles ; au début du Moyen Âge on parlait aussi des formes de vieux gallois (brittonique occidental) ailleurs dans les îles Britanniques. Le gallois est également parlé dans certaines communautés en Argentine. le cornique, parlé comme langue communautaire en Cornouailles jusqu'à la fin du (cette langue était considérée comme éteinte, mais elle connaît de nos jours un renouveau) ; le breton, langue traditionnellement pratiquée en partie occidentale de la Bretagne. Proche cousin du cornique, avec lequel il forme la branche brittonique du Sud-Ouest, il est classé comme langue celtique insulaire. Bien qu'une influence historique du gaulois sur le breton soit possible, on ne saurait vraiment le prouver.

Il ne faut cependant pas oublier : le cambrien dans le Gododdin, le Rheged, l'Elmet et le Strathclyde, royaumes de l'Écosse du sud-ouest et de l'Angleterre du nord-ouest, jusqu’au Moyen Âge. La littérature d'Aneurin et Taliesin, poètes de ces contrées, est souvent assimilée à de la littérature galloise, puisque le gallois n'est à l'origine que le nom donné à la langue brittonique de Galles ;

D'autres cas sont mentionnés par les spécialistes : d'après une hypothèse de T. F. O'Rahilly, l'ivernique dans le Leinster en Irlande, parlé dans l’Antiquité ; le gaulois, parfois classé aujourd'hui au sein d'un supra-groupe gallo-brittonique (Léon Fleuriot, Pierre-Yves Lambert) ; le picte, si tant est qu'il n'existait qu'une seule langue picte, est considéré également par certains chercheurs (d'autres y voient une langue pré-celtique non indo-européenne) comme une langue brittonique, mais la question est encore très controversée. Les Gallois nomment d'ailleurs le picte Brithwr.

Taxinomie des langues celtiques Le schéma présenté ci-dessus. ne représente qu'une possibilité taxinomique. La division des langues celtiques modernes en deux catégories, gaélique et brittonique, est certaine. Mais un nombre de celticistes défend une hypothèse selon laquelle le brittonique et le gaulois constitueraient un groupe à part (les langues celtiques-P), laissant le celtibère et le gaélique dans un groupe celtique-Q. Même si la lettre Q n'existe pas dans le système orthographique de l'irlandais ou du gaélique écossais, cette notation est une convention pour indiquer la manière dont ces langues reflètent la consonne labio-vélaire *kʷ de l'indo-européen : en celtique-P, ce phonème a évolué en , tandis qu'en celtique-Q il est resté labio-vélaire , ou s'est transformé en vélaire . On illustre cette différence par les mots pour « tête » : l'étymon proto-celte *kʷennom “tête” est devenu penn en breton, mais cenn en vieil irlandais (où note ).

Si elles se différencient notamment par l'évolution du kʷ, les langues gaéliques et brittoniques ont des points communs : les prépositions fléchies, les mutations consonantiques ou encore l'ordre syntaxique VSO (voir plus bas).

Un substrat afro-asiatique (sémitique, berbère) a été proposé par John Morris-Jones pour expliquer l'évolution particulière du brittonique; cette hypothèse a ensuite été reprise par d'autres linguistes (Julius Pokorny, Heinrich Wagner, Orin Gensler, Ariel Shisha-Halevy et Theo Vennemann).

On classe généralement les langues celtiques avec les langues italiques dans une famille dite italo-celtique, du fait de nombreuses similarités (utilisation de désinences pronominales au sein des flexions nominales thématiques, par exemple). Même si elle est encore largement acceptée par les linguistes, cette hypothèse est contestée par certains auteursPierre-Yves Lambert, La langue gauloise, Éditions errance 1994. p. 13., qui voient dans ces similarités des coïncidences ou effets d'interférence linguistique.

Particularités des langues celtiques modernes Bien qu'il existe une diversité considérable au sein des langues celtiques, on note plusieurs traits communs dont l'association est très caractéristique des langues celtiques insulaires : des mutations consonantiques (par lénition, éclipse, nasalisation, provection, etc.) des consonnes initiales, notamment après divers mots-outils ; de nombreuses alternances vocaliques héritées de métaphonies et d'apophonies historiques des prépositions « conjuguées », c'est-à-dire prenant des formes distinctes selon la personne ; deux genres grammaticaux, masculin et féminin (le brittonique ancien et le vieil-irlandais avaient aussi un neutre), dont la distinction est largement assurée par les mutations consonantiques l'intervention de particules verbales dans l'articulation de la phrase le rôle important joué par un nom verbal exprimant son objet par des pronoms possessifs, impliqué dans la formation de nombreux temps périphrastiques l'existence d'une forme impersonnelle spécifique dans la conjugaison un ordre des mots fondamental dans la phrase typiquement verbe-sujet-objet (VSO), surtout dans les langues gaéliques et dans les formes anciennes des langues brittoniques l'ordre déterminant-déterminé dans le groupe nominal la formation du complément du nom par apposition ; l'usage d'un article défini sans qu'existe article indéfini en regard (sauf en breton, où l'article indéfini s'emploie essentiellement au singulier) ; l'absence d'un verbe équivalent à « avoir » : la possession est plutôt exprimée par des périphrases figées avec le verbe « être » associé à des prépositions et des pronoms ; une numération en partie vicésimale (à base 20).

Par exemple, en irlandais : Ná bac le mac an bhacaigh is ní bhacfaidh mac an bhacaigh leatCette phrase est aussi un virelangue.. Mot à mot : ne dérange avec fils le mendiant et ne dérangera fils le mendiant avec-toi. Traduction : « Ne dérange pas le fils du mendiant et le fils du mendiant ne s’en prendra pas à toi. »

Notes : bhacaigh /waki[g]/ (génitif de bacach) est le résultat de la lénition de bacaigh ; leat est la deuxième personne au singulier de la préposition le ; remarquer l'ordre VSO de la deuxième partie de la phrase, avec les particules négatives ná et ní.

« quatre-vingt-dix-neuf » :