est une revue scientifique médicale hebdomadaire britannique, propriété du groupe d'édition scientifique Elsevier.

Cette prestigieuse revue médicale, une des plus anciennes et des plus respectées au monde.., a publié des découvertes majeures (découverte de la pénicilline, première échographie, transmission du VIH), mais aussi des articles entraînant de vives polémiques : celui sur le lien prétendu entre les vaccins et l'autisme en 1998, rétracté douze ans après sa publication, et celui lié à l'affaire Surgisphere, supprimé presque immédiatement après sa parution en 2020. Le journal a aussi dénoncé plusieurs fois les conséquences de l'usage des armes sur les populations civiles.

Histoire Le journal The Lancet est fondé en 1823 par le chirurgien Thomas Wakley qui éditera la revue jusqu'à sa mort. La revue doit son nom à l'instrument chirurgical appelé lancette (en ) utilisée pour la saignée. Le premier numéro date du .

Contexte La création du Lancet représente la prise de conscience d'un groupe social qui cherche sa place dans une structure tripartite de la société britannique traditionnelle.

Cette création s'inscrit dans une période d'émergence de la profession de médecin au Royaume-Uni au sein d'une classe moyenne. La revue se veut le porte voix des « médecins de l'ordinaire », c'est-à-dire des médecins généralistes qui cherchent à se distinguer d'une part des autres praticiens de santé plus ou moins légaux (herboristes, homéopathes, voire charlatans…) et d'autre part des médecins hospitaliers disposant d'une consultation constituant une élite aux pouvoirs disproportionnés.

Selon Martin Gorsky, , car dans les grands changements de l'époque (remise en cause du contrôle aristocratique sur les parlements), les « médecins ordinaires » ne bénéficiaient pas des réseaux de pouvoir religieux ou aristocratiques.

En 1838, The Lancet prend position pour la vaccination contre la rougeole. En 1842, lors de la publication du rapport Edwin Chadwick (Report on the sanitary condition of the Labouring population of Great Britain, où la maladie est une cause de pauvreté), The Lancet s'interroge sur les conséquences de ce rapport sur la santé des pauvres (alors que le français Louis René Villermé avait établi au contraire que la mortalité était en lien direct avec le niveau de revenu).

Dès 1851, la revue met en place des commissions pour travailler sur la sécurité des aliments ou des médicaments. D'autres sont créés sur des sujets politiques comme la pénurie d'infirmières.

En 1858, Thomas Wakley, rédacteur en chef du Lancet et devenu parlementaire, participe à une législation règlementant la profession de médecin.

The Lancet prend position en publiant des articles clés sur des sujets tels que : en faveur de l'antisepsie en chirurgie (1867), en faveur de la reconnaissance et indemnisation des accidents du travail et des victimes d'accidents ferroviaires, la politique sanitaire dans l'empire colonial anglais (notamment lors de la révolte des cipayes de 1857).

À la fin du , le journal atteint progressivement une audience internationale. Son succès durable tient à son faible prix et à sa publication hebdomadaire, au fait qu'il est alors l'un des rares journaux médicaux à avoir un rédacteur en chef à temps plein. La réputation de la revue se construit par l'animation de débats sur des sujets d'actualités, souvent d'importance mondiale : publications sur le paludisme, la fièvre jaune, la lèpre dans le sillage des travaux de Pasteur et de Koch.

Lorsque Wilhelm Röntgen découvre les rayons X en , The Lancet publie les implications médicales de cette découverte dans son numéro du .

Le titre est racheté en 1921 par Hodder and Stoughton.

Par ses publications, The Lancet a participé, entre autres, à la révélation :

1915, sur les chocs consécutifs aux bombardements (obusite) ; 1940, sur la pénicilline ; en octobre et , sur la tragédie du thalidomide (notamment la lettre de ) ; le , sur la découverte du virus d'Epstein-Barr (EBV) par Bert Achong, Michael Anthony Epstein et Yvonne Barr.

Ian Douglas-Wilson en est le rédacteur en chef entre 1965 et 1976.

Le journal est la propriété depuis 1991 du groupe Elsevier, dont la démarche très lucrative de rachats et réaction de titres universitaires est critiquée par les universitaires..

Le site web thelancet.com a été lancé en 1996. L'accès en ligne aux articles publiés a été ajouté en mars 1998 (sur abonnement pour les plus récents).

À l'exemple d'autres groupes d'éditions comme le Nature Publishing Group, Elsevier valorise la marque The Lancet en produisant en plus du des éditions spécialisées : (maladies infectieuses) ; (neurologie) ; (oncologie) ; (psychiatrie) ; The Lancet Gastroenterology & Hepatology (appareil digestif)

En , un numéro spécial consacré à la France et à son système de santé accueille un éditorial du président de la République française, François Hollande.

Le journal a publié des travaux des plus grands médecins du monde comme Michael Houghton, Harvey J. Alter, Charles M. Rice, ou Luc Montagnier.

En 2023, le rédacteur en chef est Richard Horton.

Engagement antimilitariste En plus des articles scientifiques, The Lancet publie, comme beaucoup d'autres grands journaux, des pages d’actualités.

Dans les années 2000, The Lancet fait campagne contre les ventes d’armes (aux conséquences évidemment catastrophiques sur la santé), dénonçant le fait que Reed Elsevier faisait la promotion de l’armement. Le groupe abandonne ce type de conférences en 2008.

Dans un éditorial publié en 2009, le journal accuse Israël de contrevenir à la quatrième convention de Genève dans la bande de Gaza, soulignant que font peser sur les civils les opérations militaires, et affirmant que . Dans un autre article, deux médecins norvégiens en poste à Gaza décrivent des scènes dont ils ont été témoins à l'hôpital Al-Shifa de la ville de Gaza.

The Lancet et le climat

vignette|Vue d'ensemble des principaux effets de différents types de pollution sur la santé humaine. Depuis 2015, The Lancet publie le Countdown on health and climate change, une collaboration internationale de scientifiques et de décideurs engagés dans l'observation des impacts du changement climatique sur la santé humaine. Le projet est piloté par The Lancet et le Global Health Centre de l'Imperial College London. Il se base sur des indicateurs couvrant les 5 domaines suivants : 1) les impacts, les expositions et les vulnérabilités liées au changement climatique ; 2) l'adaptation, la planification et la résilience ; 3) les mesures d'atténuation et les avantages connexes pour la santé ; 4) l'économie et la finance ; 5) l'engagement public et politique. Et il s'inscrit dans la , en s'appuyant sur des expertises en science des données, médecine et santé publique, alimentation, climatologie, géographie, ingénierie, énergies et transports et socio-économie.…

Un rapport annuel, publiquement disponible, résume les dernières données en santé environnementale liées au climat ; il se présente comme un outil d'aide et de conseil pour les décideurs en matière de politique de santé publique. Des notes et recommandations à l'attention des décideurs politiques sont également publiées en partenariat avec des ONG telles que le Comité permanent des médecins européens et l'Association of Schools of Public Health in the European Region (ASPHER)., par exemple à l'attention de responsables des politiques climatiques européennes EU Policy brief, sur le site de l'EPHA (2022)..

Le rapport 2020. notait une dégradation des indicateurs d'impacts, d'exposition et de vulnérabilités ; et une dégradation des indicateurs de tendances liées aux symptômes des effets du changement climatique chez l'Homme. Il confirmait aussi que . Le rapport de 2023., du genre, s'est appuyé sur 114 experts de 52 institutions de recherche et agences de l'Organisation des Nations unies dans le monde .. Le réchauffement a causé environ morts par an en 2022, chiffre qui pourrait passer à 1 million par an avant 2030 sans mesures sérieuses d'atténuation du changement climatique. alerte le rapport en 2023, en annonçant pour le rapport 2024 des efforts sur . Le rapport 2024 met en avant les menaces d'effets sans précédents du fait du retard d'action.

Impact Selon le Journal Citation Reports, le journal a un facteur d'impact de 60,4 en 2019, le classant deuxième journal derrière The New England Journal of Medicine (IF 74,7) dans la catégorie Médecine générale.

Controverses Liens entre les vaccins et l'autisme (1998)

Le , The Lancet a publié un article d'Andrew Wakefield et douze autres chercheurs intitulé « Ileal-lymphoid-nodular hyperplasia, non-specific colitis, and pervasive developmental disorder in children »., suggérant un lien entre le vaccin ROR et l'autisme. La publication du document a déclenché une forte baisse des vaccinations en Europe et en Amérique et dans les années suivantes dans le monde. The Lancet a été vivement critiqué dans cette affaire qui est aujourd'hui connue comme l'« affaire Wakefield », ou la . En , The Lancet publiera une rétractation de dix des treize co-auteurs du journal rejetant la possibilité que le ROR puisse causer l'autisme..

Le , le rédacteur en chef, Richard Horton, retire l'article du journal après que le General Medical Council (GMC), qui supervise les médecins en Grande-Bretagne, a déclaré qu'. Horton a déclaré après avoir lu le rapport du GMC qu'il avait été trompé et que Wakefield s'était montré malhonnête.. L'auteur principal de l'étude, Andrew Wakefield, avait un grave conflit d'intérêts qu'il avait omis de déclarer lors de la publication de l'article.. Cet article reste cité par le mouvement anti-vaccin.

Retrait d'articles fabriqués (2006) En , des révélations ont montré que des données avaient été fabriquées pour la rédaction d'un article du chercheur cancérologue norvégien Jon Sudbø et de treize co-auteurs publié en ... Plusieurs articles dans d'autres revues scientifiques ont été retirés à la suite du retrait du Lancet. En une semaine, The New England Journal of Medicine a exprimé des préoccupations sur plusieurs articles de recherche publiés par le même auteur et, en , la revue a retiré deux de ses études sur le cancer de la bouche.

Lettre ouverte au peuple de Gaza (2014) Le , vers la fin de la guerre de Gaza, publie la lettre ouverte d'une trentaine de signataires, « Gaza ».. Le journal conservateur note que la lettre . D'après le quotidien israélien de gauche Haaretz, les auteurs de la lettre feraient référence à des textes de , suprémaciste blanc et ancien grand sorcier du Ku Klux Klan.. La docteure Paola Manduca, coautrice de la lettre, répond : . Le rédacteur en chef du , , estime lui : Lors d'une visite en Israël en , ce dernier dit néanmoins regretter la polarisation inutile que cette publication a provoquée., et annonce la publication d'une série sur les systèmes de santé et de recherche médicale israéliens..

LancetGate (2020)

Le , dans le contexte de la pandémie de Covid-19, les chercheurs , Sapan S. Desai, Frank Ruschitzka, et Amit N. Patel publient dans la revue une vaste étude intitulée « Hydroxychloroquine or chloroquine with or without a macrolide for treatment of COVID-19: a multinational registry analysis »., mettant en cause l'efficacité de la chloroquine dans le traitement de cette maladie. L'étude est une analyse des données rétrospectives de hospitalisés dans pour Covid-19 entre décembre et compilées par la société Surgisphere de Sapan S. Desai. Rapidement, les autorités de plusieurs pays, par le biais de l'OMS (avec laquelle Richard Horton, rédacteur-en-chef du Lancet, collabore au titre de co-président du groupe d'examen indépendant d'experts.), interrompent le les essais cliniques de la chloroquine sur la Covid-19..