Carmen Eulalia Campoamor Rodríguez, plus connue sous le nom de Clara Campoamor (Madrid, – Lausanne, ) est une avocate, féministe et femme politique espagnole. Elle est connue pour son action en faveur des droits des femmes, dont leur droit de vote, lors de la rédaction de la constitution espagnole de 1931.

Issue d'une famille ouvrière, elle commence à travailler comme couturière à l'âge de puis en tant que fonctionnaire jusqu'à son inscription en droit à l'université de Madrid. Elle est active dans un certain nombre d'organisations féministes avant de poser sa candidature à l' de 1931, où elle est élue à l'instar d'une autre femme, Victoria Kent, à une époque où les Espagnoles ne disposent pas encore du droit de vote mais sont éligibles depuis un décret pris à la suite de la proclamation de la Seconde République, en avril de la même année.

Son militantisme conduit à l'inscription de l'égalité des femmes et des hommes dans la constitution espagnole de 1931. Elle perd en 1933 son siège parlementaire et sert brièvement comme haut fonctionnaire avant de fuir son pays lors de la guerre d'Espagne, en . Elle meurt en exil en Suisse.

Biographie Débuts Clara Campoamor naît à Madrid dans une famille ouvrière : sa mère est couturière, son père ouvrier typographeCatherine Saupin, « L’entrée au Parlement des premières députées de la Seconde République espagnole : Clara Campoamor, Victoria Kent, Margarita Nelken, élues de l’assemblée constituante (juillet-) », Genre § Histoire, , printemps 2022 : Lire en ligne.. Son père meurt en 1898 alors qu'elle n'a que dix ansDenis Rodrigues, Clara Campoamor : une féministe en résistance, 2008. Elle commence à travailler en tant que couturière avec sa mère puis comme vendeuse mais continue à étudier à temps partiel pour pouvoir passer l'examen d'entrée à la faculté de droit.. En 1909, elle passe un examen pour devenir fonctionnaire, en même temps que son amie du mouvement féministe Consuelo Álvarez Pool.. Elle exerce différents métiers dans la fonction publique, d'abord au bureau de poste de Saint-Sébastien en 1909 après avoir réussi un concours, puis comme professeur de dactylographie à Madrid en 1914, après sa réussite à un concours du ministère de l'Instruction publique en 1913. Enseignante, elle commence à s'investir dans la politique madrilène en prenant un second emploi de secrétaire dans un journal progressiste, La Tribuna. Elle est aussi dactylo pour le ministère de l'Instruction publique.

Avocate En 1920, à 32 ans, elle décide de reprendre ses études secondaires interrompues. Elle réussit ensuite l'examen d'entrée à la faculté de droit de l'université de Madrid. Elle commence aussi à rédiger des articles politiques et rejoint des organisations féministes. Après avoir obtenu une licence en 1924, à , elle devient avocate. Elle est l'une des pionnières du barreau madrilène. Elle commence aussi à prendre part à des débats au sein de sociétés intellectuelles de Madrid.. En 1922, elle rejoint l'Association nationale des femmes espagnoles.

thumb|upright|Buste de Clara Campoamor à Madrid (2006).

En tant qu'avocate, elle se spécialise dans les affaires liées aux femmes, dont celles ayant trait à la parenté et au mariage. Elle fait connaître ces affaires au sein des organisations professionnelles dont elle devint membre. Elle contribue à fonder à Paris en 1928 la Fédération internationale des femmes avocats, aux côtés de deux avocates françaises, Agathe Dyvrande-Thévenin, présidente, et Marcelle Kraemer-Bach, secrétaire générale et membre du Parti radical français, d'une avocate allemande de Berlin, Margarete Berent, et d'une avocate estonienne, Vera Poska-GrünthalLe Petit Parisien, 20 juillet 1928, « Cinq avocates viennent de former une Union internationale », Paris-Soir, 21 juillet 1928.. Elle prend part comme vice-présidente à son premier congrès tenu à Paris l'année suivante« Congrès de la fédération internationale des femmes avocats », Excelsior, 4 novembre 1929 (photographie)], « Un congrès d'avocates », L’Ère nouvelle, 13 novembre 1929, L’Ami du peuple, 13 novembre 1929. Cette fédération doit être distinguée de l', fondée par une avocate américaine en 1944 (cf. les pages en anglais de l'avocate en question et de ). La fédération de Clara Campoamor intègre par la suite des magistrates (une avocate polonaise est aussi juge polonaise en 1929) et devient la Fédération internationale des femmes magistrats et avocats puis la Fédération internationale des femmes des carrières juridiques (FIFCJ) ou . A distinguer de la Fédération internationale des femmes juristes ?.

Au nom de son idéal républicain, elle refuse en 1926 une nomination à la , proposée par le gouvernement dictatorial de Miguel Primo de Rivera, et en 1927 une distinction décernée par la monarchie. En 1927, elle fait campagne avec succès pour l'amélioration de la législation du travail des enfants et la modification du droit électoral. Elle plaide pour des républicains, dont son propre frère, impliqués dans une tentative d'insurrection en 1930, le soulèvement de Jaca. Elle est alors membre depuis 1930 du parti politique de Manuel Azaña, Action républicaine.

Parlementaire L’accès des femmes espagnoles à la capacité politique s’est fait en Espagne dans un contexte particulier de changement de régime : la Seconde République est proclamée en , tandis que le roi Alphonse XIII quitte son pays sans abdiquer et le nouveau pouvoir mène une politique réformatrice. Quand les femmes obtiennent le droit de se présenter aux élections à l'assemblée constituante de 1931 (décret du ), Clara Campoamor se porte candidate. Comme elle n'a pas pu avoir l'investiture du parti d'Azaña, elle adhère au Parti républicain radical d'Alejandro Lerroux, qui lui accorde l'investiture. Elle est élue, au scrutin de liste, en alors qu'elle-même n'a pas le droit de vote : les femmes sont alors éligibles mais pas encore électrices« Vers l'Espagne nouvelle », La Lumière, 18 juillet 1931, Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire, 29 juin 1931 (résultats à Madrid). Elle est l'une des premières femmes parlementaires de l'histoire du pays (les femmes sont désormais éligibles mais pas encore électrices)Catherine Saupin, « L’entrée au Parlement des premières députées de la Seconde République espagnole : Clara Campoamor, Victoria Kent, Margarita Nelken, élues de l’assemblée constituante (juillet-) », Genre & Histoire, n°29, printemps 2022, mis en ligne le , consulté le .. Des journaux français, de gauche comme de droite, de Paris et de province, rendent compte de son élection en publiant sa photographie alors que les femmes françaises ne sont toujours ni électrices, ni éligiblesLe Quotidien, 5 juillet 1931 (photographie) (journal radical), L’Ami du peuple, 6 juillet 1931 (photographie) (droite), La Dépêche, 6 juillet 1931 (journal radical), La Petite Gironde, 6 juillet 1931, L'Echo d'Alger, 10 juillet 1931, L'Ouest-Eclair, 6 juillet 1931 (photographie) et elle est même interviewée par un journal français« Un entretien avec Clara Campoamor, la première femme élue députée en Espagne », Excelsior, 16 juillet 1931..

Elle fait partie de la commission parlementaire chargée de rédiger une nouvelle constitution, composée de 21 députés ; elle y est la seule femme et parvient à convaincre ses collègues de rédiger un projet d'article accordant le droit de vote aux femmes. Elle défend à l'Assemblée à la fois le divorce et le suffrage féminin et, anticléricale, combat Le Temps, 30 septembre 1931, « Mlle Campoamor est applaudie à la Chambre », La France de Bordeaux et du Sud-Ouest, 2 septembre 1931, La Croix, 3 septembre 1931, « Féminisme », L'Europe nouvelle, 12 septembre 1931.. Elle défend également le droit des femmes à Genève, à la Société des Nations comme déléguée de son paysLe Populaire, 27 septembre 1931..

Son militantisme pour les droits des femmes se heurte à l'opposition non seulement d'une partie des conservateurs et de l'Église catholique, mais aussi de nombreux hommes politiques de gauche, à l'exception de la plupart des socialistes, et de l'autre femme élue à l'assemblée en , Victoria Kent, qui estiment que les femmes espagnoles ne sont pas prêtes à exercer le droit de vote car elles sont encore trop sous la coupe du clergé et risqueraient de voter pour des candidats soutenus par l'Église catholique et hostiles à la nouvelle constitution. Victoria Kent a été choisie pour combattre le projetLa Croix, 16 octobre 1931, « Le suffrage féminin en Espagne. Dans la constitution ou dans la loi électorale ? », L’Œuvre, 17 octobre 1931..

Le débat sur le droit de vote des femmes aux Cortès se déroule sur deux jours, le et le . Le , elle s'adresse à l'assemblée constituante, dans un discours en faveur du droit de vote des femmes afin de répondre aux opposantsTexte intégral en espagnol sur le site d'El País. :

Son discours l'emporte sur celui de Victoria Kent et réussit à obtenir la majorité des votants : le « oui » l’emporte sur le « non » par Le texte bénéficie aussi de l'abstention de nombreux parlementaires : sur les à peine plus de la moitié prend part au vote de

Tout au long de sa courte carrière politique, son principal objectif reste la promotion des droits des femmes. Malgré le poids important du régime des partis de l'époque, elle parvient, avec le soutien des féministes espagnoles, à faire inscrire le principe d'égalité entre les hommes et les femmes dans la nouvelle constitution. Elle fonde à Madrid et anime l'Union républicaine féminine ; elle y donne des cours à destination de femmes peu éduquéesLa Revue universelle, mai 1933..

Elle prend la parole à Paris en 1932 dans une conférence sur le vote des femmes organisée par la Ligue des droits de l'homme, aux côtés de personnalités comme Paul Painlevé ou Marc Sangnier« Pour le suffrage féminin. Une conférence a eu, hier, à la salle Wagram », Le Petit Provençal, 27 février 1932, « Mlle Campoamor à Paris », Paris-soir, 27 février 1932, La Jeune République, 4 mars 1932, « Essayons d'organiser les femmes », Le Populaire, 6 mars 1932. Édouard Herriot, annoncé, n'est pas venu.. Elle rencontre des sénateurs membres du groupe féministe du Sénat et des avocats français« Les sénateurs féministes ont reçu hier Mlle Campoamor, député aux Cortès », Le Quotidien, 2 mars 1932.. Elle est aussi interviewée par un journaliste du quotidien Le Petit Journal« Où en est le vote des femmes en Espagne et en France ? », Le Petit Journal, 7 mars 1932.. Elle donne également en 1932 une conférence à Bordeaux, en français, sur l'Espagne républicaine et le suffrage féminin, après une conférence à Lausanne en Suisse« La République et les droits de la femme », La France de Bordeaux et du Sud-Ouest, 4 mars 1932. En 1935, toujours vice-présidente de la Fédération internationale des femmes avocats, elle participe à Paris à un banquet en l'honneur d'Agathe Dyvrande-Thévenin, présidente de la fédération à qui vient d'être décernée la Légion d'honneur, aux côtés d'autres avocats et avocates français et d'une avocate suisse, Antoinette Quinche« Zoom sur Me Agathe Dyvrande », museedubarreaudeparis.com : Agathe Dyvrande-Thévenin (1885-1977) est avocate depuis 1907, présidente depuis 1926 du groupement amical des avocates de France, fondé en 1912. Elle préside la fédération jusqu'en 1953..