Charles Mouchel, né le à Elbeuf (Seine-Maritime) et mort le à Elbeuf, est un professeur de mathématiques et homme politique français.

Éléments biographiques Charles Antoine Mouchel est né à Elbeuf le , dans une famille conservatrice et très catholique, fils de Louis Charles Mouchel, marchand fabricant de draps,et d’Anne Adélaïde BaudoinElbeuf, Centre d’archives patrimoniales (C.a.p.), 1 E_ELB 48, registre d’état civil, acte n°58.La naissance a lieu rue de la Barrière au domicile de ses parents, mariés à Elbeuf le 16 janvier 1854.. Il commence tout naturellement à travailler dans l’entreprise familiale et y acquiert une profonde connaissance des techniques drapières, ainsi que des conditions de travail et de production. Elbeuf est alors l’un des principaux centres de draperies de laine cardée de FranceBecchia (Alain), La draperie d’Elbeuf (des origines à 1870), Mont-Saint-Aignan, Publications de l’Université de Rouen, 2000, 869 p..thumb|Charles Mouchel en 1910 (Elbeuf, Centre d’archives patrimoniales) Cependant, la quasi-faillite de la fabrique paternelle lors de la crise de 1884-1885 et son penchant pour les sciences l’amènent à changer de voie. Il assure d’abord les cours de mathématique et de physique organisés par la Société industrielle d'Elbeuf, passe une licence ès sciences puis obtient l’agrégation de mathématiques en 1889. Il enseigne ensuite au « Petit lycée » d’Elbeuf (annexe du lycée de Rouen), à partir de son ouverture en 1892. Resté célibataire, il vit très modestement en compagnie de son unique sœur, Berthe Mouchel (1864-1961), professeure de dessin et artiste peintre.

Une longue carrière municipale Il est élu pour la première fois conseiller municipal en (au tour de scrutin), sur une liste du Comité de l’Union républicaine, patronnée par le journal local L’Elbeuvien, de tendance radicale.. La municipalité est alors dirigée par le manufacturier Émilien Nivert, un républicain modéré. Charles Mouchel se montre tout de suite très actif, et présente notamment dès 1889 un rapport sur la suppression de l’octroi municipal ; celle-ci est décidée à l’unanimité.. Cependant, lors de la séance du , cette question provoque de vifs débats (les avis divergeant sans doute profondément quant au rythme de son abandon). Une proposition de suppression totale au étant présentée par 17 conseillers, alors que le maire avait nommé une commission de 11 membres pour en discuter), celui-ci se vexe de cette façon de procéder et obtient le renvoi en commission. Le maire et ses deux adjoints ayant démissionné en 1894, une élection complémentaire donne la majorité aux radicaux et Charles Mouchel est élu maire le . Neuf jours plus tard, le conseil municipal vote la suppression de la plupart des taxes d’octroi pour la fin de l’année, sans pour autant augmenter de manière significative les centimes additionnels perçus par la ville. Les commerçants annoncèrent aussitôt une baisse de leurs prix, qui devinrent moins chers qu’à Rouen. Cette suppression de l’octroi, la première opérée en France dans une ville de cette importance, eut un grand retentissement. De nombreux maires écrivirent pour savoir comment cela avait été possible, à tel point que Charles Mouchel dut faire imprimer une plaquette répondant à ces questions.. Ce succès lui confère une très grande notoriété locale et il est réélu sans difficulté en 1896., 1900., puis en 1904 (bien que la campagne électorale soit très vive, l’opposition n’emporte finalement aucun siège au conseil municipalLe journal local L’Industriel attaqua violemment la municipalité sortante (.)) et à nouveau en 1908. D’abord républicain modéré, il devient radical au fil des années puis presque socialiste (aux dires de ses adversaires), poussé sans doute en avant par certains membres du Conseil. Sa volonté affirmée d’améliorer les conditions d’existence des plus démunis lui assure une grande popularité, dans cette ville ouvrière fragilisée par le déclin de son industrie textile.. Il multiplie les dépenses d’aides et de bienfaisance. Pour équilibrer le budget municipal sans alourdir la fiscalité locale, il choisit de municipaliser l’ensemble des services concédés jusque-là à des monopoles privés (pompes funèbres, traitement des ordures, production et distribution de l’eau, du gaz et de l’électricité). Dans son esprit, la Ville pourra ainsi profiter des bénéfices qu’ils réalisent annuellement. Il mène également une politique de laïcisation des établissements d’enseignement et de bienfaisance (construction d’une maternité laïque, laïcisation de l’école maternelle et de la crèche, création d’un patronage laïc, changement d’appellations des rues portant le nom d’un saint). La municipalité aménage aussi une Bourse du Travail en 1899.

Une courte carrière de député En 1906, Charles Mouchel avait déjà été sollicité pour être candidat à la députation, mais il avait préféré se récuser, au profit du radical socialiste Isidore Maille, finalement élu. Il accepte finalement de se présenter aux élections législatives de 1910, en tant que candidat du Comité de l’Union républicaine radicale socialiste dans la 3ème circonscription de Rouen (cantons d’Elbeuf et de Grand-Couronne). Il doit affronter le socialiste E. Poisson, le républicain Édouard Delpeuch, ancien sous-secrétaire d’État, mais aussi deux candidats de la mouvance radicale : L. Muller, candidat officiel du parti, et Isidore Maille, député sortant. Un journal électoral éphémèreLe Courrier normand, « journal politique, artistique et littéraire, organe de défense républicain », publié à Rouen, du n° 1 (17 avril 1910) au n° 11 (26 juin 1910), conservé à la Bibliothèque municipale de Rouen (cote Ms m 233) et à la BnF (FRBNF32751567). soutient les candidats radicaux socialistes au premier tour et la candidature de Charles Mouchel au second tour. Il promet à ses électeurs : « Les fonctions de député ne sont pas un but pour moi, elles sont seulement un moyen : le moyen de réduire les dépenses publiques par d’importantes économies, faciles à opérer si on le veut bien et en même temps d’assurer aux travailleurs pauvres l’aide nécessaire pour élever leurs enfants et la modeste pension qui doit assurer le pain de leur vieillesse. » Consacrant ses maigres économies au financement de sa campagne électorale, Charles Mouchel arrive cependant en tête au premier tour le . Il recueille 4 275 suffrages contre 4 245 à Delpeuch, 1 845 à Maille, 1 817 à Poisson et 847 à Muller (sur 16 744 inscrits et 13 195 votants). Au second tour, le , Charles Mouchel l’emporte largement avec 7 169 voix contre 5 510 à E. DelpeuchArchives départementales de la Seine-Maritime, 3 M 334 : élections des 24 avril et 8 mai 1910.. Il siège à la Chambre des députés, durant la Xe législature de la Troisième République, du 8 mai 1910 au 22 octobre 1911. Lui qui n’avait jamais quitté sa ville natale part donc pour la capitale, où il va se consacrer chaque semaine cinq jours sur sept à ses fonctions de député. Inscrit au groupe républicain socialiste, il siège aux côtés d’Alexandre Millerand et René Viviani. Éloigné du jeu politique, il se considère avant tout comme un représentant en mission.. Membre de la commission d’assurance et de prévoyance sociales, il participe assidûment aux séances et défend ses convictions avec vigueur. Il dépose un amendement tendant à modifier l'article 20 de la loi du sur l’assistance obligatoire aux vieillards, aux infirmes et aux incurables. Membre de la commission de l'Intérieur, il intervient dans la discussion concernant l'application de l’article 7 de la loi sur les retraites ouvrières et paysannes et présente un rapport sur une proposition de loi tendant à améliorer et égaliser les congés de maternité accordés aux femmes employées dans les services de l’État et dans ses établissements industriels. Il rédige aussi un rapport, au nom du 10e Bureau, sur diverses élections. Il prend part à plusieurs discussions, notamment sur la proposition de résolution de Georges Berry tendant à modifier l'article 86 du règlement en ce qui concerne les vérifications de pouvoirs et sur le budget de l'exercice 1911 où il propose un article additionnel« Charles Mouchel » in Jolly (Jean), dir., Dictionnaire des parlementaires français, 1889-1940, Paris, P.U.F., 1960-1977.. Il intervient dans la discussion de projets de loi portant ouverture de crédits provisoires ou relatifs aux contributions directes et taxes assimilées de l'exercice 1912. Il défend également les intérêts de sa ville, en déposant en un amendement à la loi sur les quatre contributions directes, afin que l’assiette des centimes communaux portant sur la contribution foncière puisse être revue à la baisse pour les communes qui le souhaitent (ce qui est le cas d’Elbeuf) ; il intervient à nouveau sur ce thème en 1911. Il soutient une proposition de loi visant à diminuer les taxes sur les commerces de détail. Il s’inquiète enfin d’un changement des uniformes militaires, qui pourrait avoir des conséquences négatives pour l’industrie drapière elbeuvienne. À plusieurs reprises il dénonce le « véritable grippage » de la machine parlementaire et blâme les députés qui veulent clore trop rapidement une session. Enfin, il signe une motion visant à réduire l’indemnité parlementaire, qui avait été portée de 9 000 à 15 000 frs par la loi du . Mais, occupé par ces fonctions de député, il délaisse trop les activités municipales, à un moment où les difficultés s’accumulent pourtant de façon critique.

Une fin tragique À Elbeuf, les déficits budgétaires, auxquels il faut remédier par des emprunts, se creusent pour diverses raisons. L’achat en 1910 de l’ancien château des ducs, en vue de construire à la place un groupe scolaire, coûte très cher. La Ville perd en outre plusieurs procès ; face à la Cie des eaux, en 1905, elle doit notamment verser de lourdes indemnités à propos du ruisseau du Puchot. Le contrat de cette compagnie venant à échéance en 1908, elle rachète son réseau, de même que celui de la compagnie d’électricité en . Cette mise en régie des services d’approvisionnement et de distribution de l’eau, du gaz et de l’électricité grève les finances municipales. L’usine d’incinération des ordures, qui devait chauffer les cuisines et bains des établissements hospitaliers, fonctionne à perte. L’usine à gaz – dont la construction a coûté fort cher – accumule les déficits (fuite des réservoirs, accidents techniques, rendements insuffisants) au lieu des bénéfices escomptés. Les hommes que le maire a placés à la tête des services techniques municipalisés s’avèrent souvent incompétents. Lors de la séance du au Conseil municipal, le public venu en nombre apprend que les différents emprunts contractés par la Ville s’élèvent à 2 294 740 francs. Il manque en outre 64 000 frs pour boucler celui de l’année en cours. « J’ai fait une bêtise et je dois en assumer les conséquences (…) Je considère ma carrière de maire et de député comme terminée (…) j’aurais pu prévoir…) », déclare Charles Mouchel, avant de lever la séance en sanglotsSegeron (Guy), « La municipalité de Charles Mouchel à Elbeuf, 1894-1911 », mémoire de maîtrise d’histoire, Université de Rouen, 1978, p. 81.. Lors de la séance du au Conseil municipal, il s’effondre à nouveau et déclare : « Je me suis livré à des expériences malheureuses qui me retirent la confiance que j’avais en moi-même. » Le Conseil municipal doit voter le un nouvel emprunt de 300 000 frs pour maintenir en fonction l’usine à gaz, qui produit également l’électricité de la ville. « Qui veut ma place ? » s’écrie véhémentement le maire à plusieurs reprises. C’est un véritable désastre financier, alors que Ch. Mouchel avait fait constamment campagne sur le thème de la réduction des dépenses publiques. Les finances municipales sont exsangues ; elles ne disposent plus de liquidités.