Les Phocidés () sont une famille de la classe des mammifères de l'ordre des Carnivores. Les dix-huit espèces actuelles incluent notamment les vrais phoques et les éléphants de mer. Parmi ces mammifères marins, l'espèce la plus connue est celle du phoque commun, qui a donné son nom à la famille (« phoque » vient du latin phoca et du grec phôkê (φώκη), qui signifient « veau marin »).
Biologie Anatomie Les Phocidae sont marqués par une diversité de morphologie : le phoque adulte le plus petit (phoque annelé) a une taille de et une masse de , le plus imposant (éléphant de mer austral) a une taille de et une masse de ..
Visuellement, le phoque se différencie aisément de sa cousine l'otarie : absence de pavillon au niveau de l'oreille, on note juste la présence du conduit auditif ; la propulsion est assurée par les nageoires postérieures dans un mouvement similaire à celui de la grenouille, ou par un mouvement de godille ; la direction est assurée par les nageoires antérieures ; en dehors de l'eau, le corps ne peut se redresser sur ses nageoires pectorales, au contraire des otaries ; le dimorphisme sexuel est peu marqué voire absent ; les plongées sont plus longues et à des profondeurs plus élevées que les otariesCette capacité est principalement due à leur volume sanguin et à leur quantité de myoglobine dans les muscles plus importants, ainsi que la flexibilité de la cage thoracique qui peut, sous l'effet de la pression, s'aplatir et comprimer l'air des poumons. ; comme les cétacés, les phoques ont perdu certains pigments rétiniens au cours de l'évolution, ce qui fait que l'eau ne leur apparait pas bleue . Ces deux groupes d'espèces étant assez éloignés, le fait qu'ils soient tous deux touchés plaide à la fois pour une évolution convergente et un avantage adaptatif de ce trait dans l'environnement visuel marin.
Alimentation vignette|gauche| Réseau trophique du veau gris en mer Baltique. vignette|Le crâne du phoque commun montre les canines puissantes. vignette|Position en « arc » ou en « banane » du Phoque commun. Sur les sites d’échouerie, quand l'eau monte ou descend, il adopte cette position caractéristique, la tête dressée et les membres postérieurs relevés et serrés ensemble, pour sécher hors de l’eau et, sur la banquise, réduire les contacts thermiques. Les phoques sont des chasseurs opportunistes, qui adaptent leur régime alimentaire carnivore aux conditions locales. En effet, si les poissons côtiers sont leur principale ressource, une grande variété de mollusques, crustacés, céphalopodes, voire des restes de manchots et d'autres pinnipèdes ont été retrouvés dans leur estomac..
Ils ont moins de dents que les carnivores terrestres mais leurs canines sont particulièrement puissantes. Les post-canines (molaires et prémolaires ne se distinguent pas chez les adultes) ne comportent en règle générale qu'une seule cuspide qui peut être flanquée d'une ou deux minuscules cuspides accessoiresDaniel Robineau, , p. 93. Les incisives ont pour fonction le cisaillement des aliments, les canines le déchirement des aliments, les préparant ainsi à être écrasés par les post-canines (dents cuspidées).
Les jeunes sont nourris par un lait riche en matière grasse (48 % chez le phoque de Weddell, 60 % chez le phoque à capuchon ou le phoque gris) en lien avec la stratégie de reproduction k chez les espèces de phoques qui privilégient les eaux froides ou tempérées (vingt-cinq fois plus conductrices thermiques que l'air, ce qui favorise les pertes de chaleur de ces organismes homéothermes) où la mise bas se fait habituellement dans la zone de balancement des marées et où les petits sevrés subsistent grâce à leur épaisse couche de lard en attendant qu'ils puissent se procurer de la nourriture.
Locomotion Les contraintes du milieu aquatique (notamment la viscosité de l'eau) ont sélectionné les individus dotés d'une morphologie hydrodynamique qui minimise au mieux les frottements : corps fusiforme ; disparition des pavillons auditifs et absence de toute protubérance des organes génitaux externes (mamelles, tétins, pénis, testicules) ; membres antérieurs, très courts, transformés en palettes natatoires, appelées improprement nageoires ; pattes postérieures courtesBras et cuisse, relativement courts, sont inclus en effet dans le contour du corps. Seuls la main (et une partie de l'avant bras) et le pied (et la partie distale de la jambe) sont libres. Cf. Daniel Robineau, , p. 30 et serrées contre la queue qui joue le rôle de gouvernail.. En mer, nageurs plus rapides que les otaries, ils se déplacent en godillant et vont plus au large que leurs congénères.
À terre ou sur la glace, les phoques entrent en contact par toute leur face ventrale avec le substrat. Ils progressent par reptation par bonds, en s'aidant de leurs deux membres antérieurs (alors que les autres pinnipèdes, otaries et morses, se servent de leurs quatre membres). Ils font des pauses dans leur déplacement terrestre entre chaque phase de mouvementDaniel Robineau, , p. 30.
Peau et fourrure Comme chez tous les pinnipèdes, le tégument se compose d'un épiderme et d'un derme, qui forment la peau, et d'un hypoderme, constitué par une épaisse couche de lard dont l'épaisseur varie (selon la taille, l'âge et l'état général de l'animal) de quelques millimètres à quelques centimètres. Ce lard de mammifère marin sert à ces animaux d'isolant et de réserve d'énergie mais joue également un rôle hydrodynamique et de flottaison. La couche cornée est constituée de cornéocytes qui, lubrifiées par les lipides du sébum, constituent une couche imperméable souple ne se renouvelant que lors de la mue annuelleDaniel Robineau, , p. 31. Les petits naissent avec une fourrure laineuse, le lanugo, inadaptée à l'eau mais qui par sa densité protège les nourrissons de la fraîcheur de l'air ambiant. La première mue accompagne le sevrage et voit la mise en place du pelage de poils de jarre et de bourre. La couleur des pelages qui se suivent ensuite au cours de la vie varie selon l'épaisseur et l'humidité des poils.
Systématique Les Pinnipèdes représentent 28 % de l'effectif total des mammifères marins avec 18 espèces de phoques, 14 espèces d'otaries et seulement une espèce de morse..
Le premier nom du taxon fut phocacés, il incluait les Otariinae et certains Proboscidea aquatiques.
Sous-familles et espèces Les 18 espèces sont réparties en plusieurs genres (dont le nombre diffère selon les auteurs), le plus souvent composés d'une seule espèce : Sous-famille Monachinae (ou « phoques du Sud ») Tribu Monachini Monachus Fleming, 1822 – Phoques moines. Deux espèces vivantes, plus une éteinte dans les Caraïbes vers 1950. Tribu Miroungini Mirounga (Linnaeus, 1758) – Macrorhines ou éléphants de mer. Deux espèces. Tribu Lobodontini Ommatophoca Gray, 1844 – Phoque de Ross. Une seule espèce. Lobodon (Hombrot & Jacquinot, 1842) – Phoque crabier. Une seule espèce. Hydrurga (Blainville, 1820) – Léopard de mer. Une seule espèce. Leptonychotes Gill, 1872 – Phoque de Weddell. Une seule espèce. Sous-famille Phocinae (ou « phoques du Nord ») Erignathus Gill, 1866 – Phoque barbu. Une seule espèce. Cystophora Nilsson, 1820 – Phoque à capuchon. Une seule espèce. Tribu Phocini Halichoerus Nilsson, 1820 – Phoque gris. Une seule espèce. Pagophilus Gray, 1844 (*) – Phoque du Groenland. Une seule espèce. Histriophoca Gill, 1873 (*) – Phoque rubané. Une seule espèce. Phoca Linnaeus, 1758 – phoques. Deux espèces : le phoque tacheté et le phoque commun ou veau marin (dont une sous-espèce (P. vitulina mellonae) vit en milieu lacustre dans les lacs des Loups Marins au Québec)« Phoque commun (sous-espèce des lacs des Loups Marins) sur la Liste des espèces en péril » sur le site www.snapqc.org. Pusa Scopoli, 1771 (*) – Trois espèces, dont le Phoque de Sibérie, un phoque d’eau douce, qui vit dans le lac Baïkal. Frisiphoca Dewaele, Lambert, and Louwye, 2018 – genre disparu.
(*) : ces trois genres sont intégrés au genre Phoca dans certaines classifications (selon les auteurs)
Détails sur les sous-familles Les monachinés, c'est-à-dire les phoques moines, sont inféodés aux mers tropicales et subtropicales. Monachus monachus est la seule espèce de phoque présente en Méditerranée, où elle est devenue très rare. Monachus schauinslandi est une espèce menacée ( estimés dans la zone maritime protégée d'Hawaï).
Les lobodontinés, encore appelés du fait de leur répartition géographique, phoques antarctiques, sont représentés par le phoque de Weddell (Leptonychotes weddelli), qui vit en général en solitaire, mais se rassemble en masse sur les côtes rocheuses au moment de la reproduction ; le phoque crabier (Lobodon carcinophaga), dont les canines longues et minces servent moins à broyer les carapaces dures des petits crustacés dont il se nourrit qu'à filtrer l'eau pour retenir ces organismes flottants ; le léopard de mer (Hydrurga leptonyx), dont le poids peut atteindre et qui doit son nom tant aux taches de sa fourrure qu'à sa férocité envers les manchots et les phoques d'autres espèces ; enfin, le phoque de Ross (Ommatophoca rossii), verdâtre sur le dos, rayé de jaune sur les flancs, qui broute les algues et ingère les invertébrés des fonds océaniques.
Les eystophorinés, ou phoques à crête, se caractérisent par un organe érectile, formant une sorte de trompe ou de crête, sur la tête des mâles. Les éléphants de mer australs (Mirounga leonina), les plus grands et les plus puissants, en sont les spécimens les plus typiques. Alors qu'on les trouvait jadis sur toutes les côtes et les îles subantarctiques, ils ne subsistent plus, aujourd'hui, que sur les rivages de quelques îles (Saint-Paul, Kerguelen…), où ils forment, au moment de la reproduction, des harems populeux. Quant à leurs proches parents, les éléphants de mer du nord (Mirounga angustirostris), ils sont encore moins nombreux. Les mesures de protection qui ont été prises ont permis toutefois de faire remonter les effectifs de ces deux espèces. Les jeunes phoques à capuchon (Cystophora cristata), des régions circumpolaires, sont ainsi nommés en raison de la présence sur la tête d'une « casquette » qui peut se gonfler quand l'animal est excité.
Les phocinés, enfin, sont des phoques arctiques. Le phoque marbré (Phoca hispida), ou phoque annelé, habitant des côtes situées à la périphérie de la calotte glaciaire arctique, vit en hiver sous la glace, dans laquelle il maintient une ouverture pour respirer. Il représentait autrefois la nourriture essentielle des peuplades côtières de l'Arctique. Le phoque barbu (Erignathus barbatus) est, après l'éléphant de mer, le plus grand des phoques (il peut dépasser de long). Cet animal a des mœurs semblables à celles de l'espèce précédente. Le phoque du Groenland, ou phoque à selle (Pagophilus groenlandicus), se distingue par les deux larges taches noires latérales qui convergent dorsalement au niveau de ses épaules. l'opinion internationale exprima son indignation à propos du massacre des nouveau-nés de cette espèce. Le phoque gris (Halichoerus grypus) vit sur les côtes de l'Atlantique Nord. Enfin, le phoque-veau marin, ou veau marin (Phoca vitulina), dont la couleur varie du grisâtre au gris-brun foncé, séjourne sur les plages de sable bordant les eaux peu profondes. Il vit dans le nord de l'Europe, au Canada et sur les côtes du Pacifique Nord.
Histoire évolutive vignette|Dessin schématique d'Enaliarctos emlongi (premier plan) et du cétacé Macrodelphinus.