La bataille de Tourcoing a lieu le , dans le nord de la France, et se solde par une victoire de l'armée du Nord commandée en chef par le général Jean-Charles Pichegru, et exécutée par les généraux Joseph Souham et Jean Victor Marie Moreau. Victoire remportée sur les Britanniques commandés par le duc Frédéric d'York et sur les Autrichiens commandés par le prince Frédéric Josias de Saxe-Cobourg-Saalfeld.
Le général Nicolas Pierquin fut grièvement blessé lors de la bataille.
Résumé Après l'échec des troupes Françaises à Nieuport, celles-ci reculent sur la frontière et y passent l'hiver.
L' arrivée de Jean-Charles Pichegru en février 1794 comme général en chef de l'armée du Nord remet de l'autorité, de la discipline et de la confiance dans cette armée. " Richard et Pichegru étaient sévères mais justes".
La bataille se déroule le dimanche (29 Floréal an II) dans le contexte des guerres de la Révolution française, face à la première coalition anti-française de 1793-1797, dans le Nord de la France, à la frontière belge près de la ville de Tourcoing, comptant alors .
Coté français, les effectifs engagés dans l'Armée du Nord s'élèvent à , dont seulement un tiers de soldats de métiers. Côté coalisés (autrichiens, anglais, hanovriens, prussiens, hessois et hollandais), on parle de , tous soldats de métiers.
Les forces en présence
L'armée française L'armée du Nord, forte de déployés de Dunkerque aux Ardennes, est commandée par le général en chef Jean-Charles Pichegru dont le QG est à Lille. Elle aligne donc environ dans le secteur concerné.
Elle fut menée par ses trois généraux de division : Joseph Souham, Jean Victor Moreau et Jacques Philippe Bonnaud.
Division Joseph Souham : installés de Courtrai à Mouscron. Elle regroupe les brigades Daendels, Jardon, Malbrancq, MacDonald et Thierry. Division Jean Victor Moreau : au nord de Menin. Elle regroupe les brigades Desenfans et Vandamme. Division Jacques Philippe Bonnaud : de Pont-à-Marcq à Lannoy. Elle regroupe les brigades Noël, Osten et Pierquin.
La division du général Bonnaud n'a pas directement participé à la bataille de Tourcoing proprement dite, mais son action indirecte a été décisive pour la victoire.
Pichegru a reçu ses ordres de la Convention par Lazare Carnot : tenir Courtrai et maintenir la liaison avec Paris par la route de Lille. Les divisions Souham et Moreau sont donc déployées à Courtrai, la division Bonnaud est alignée en couverture au sud-est de Lille, le long de la Marque.
L'avantage de l'armée française réside dans sa structure de commandement unifiée et hiérarchisée : Carnot, Pichegru, Souham. L'inconvénient de sa position est que Souham et Moreau sont à de leur base de ravitaillement, Lille.
L'armée coalisée Les coalisés regrouperaient de six nations en six colonnes déployées en encerclement. Ici, chaque colonne est commandée par son général, indépendant des autres, et ne répondant qu'à l'empereur d'Autriche, François II, chef suprême de la coalition. Les coalisés ont le double inconvénient de l'étirement de leurs lignes de communication et du manque de commandement unifié.
La colonne autrichienne et hanovrienne, du comte et général François Sébastien de Croix de Clerfayt, le plus réputé des stratèges coalisés et redouté par Souham, dispose de dont un corps de pontonniers. Basée à Tielt (B), elle doit prendre Wervik (b) puis arriver à Tourcoing par le nord.
La colonne, du baron et général , dispose de Hanovriens dont quelques Prussiens. Elle est installée à Warcoing (B) et doit marcher sur Dottignies (B) et prendre Mouscron (B).
La colonne, du baron et maréchal Pierre Charles Otto, compte Autrichiens partant de Bailleul (B) pour attaquer Tourcoing par l'est en passant par Leers.
La colonne, du duc Frédéric d'York, fils du roi d'Angleterre Georges III, dispose de Anglo-Hanovriens. Basée à Templeuve, elle doit marcher sur Lannoy et Mouvaux et prendre Tourcoing par le sud.
La colonne, du comte et général François Joseph Kinsky, compte Autrichiens et Hessois. Partant de Bouvines, elle doit marcher sur Lannoy en protégeant le flanc gauche de la colonne anglaise de York.
La colonne, commandée directement par l'archiduc Charles-Louis d'Autriche-Teschen, le frère de l'empereur François II, comprend Autrichiens et quelques Hollandais, menés par le prince d’Orange, qui doiventt garder l'aile gauche de Kinsky.
Les et colonnes, soit , n'ont pas directement participé à la bataille, ce qui amène à un rapport de force plus égalitaire de Français contre coalisés.
De plus, la colonne Clerfayt et la division Vandamme ayant combattu de leur côté sur la Lys, le rapport de force à Tourcoing même tombe à plus ou moins de chaque côté, l'avantage des Français étant de pouvoir amener sur chaque point menacé un renfort rapide leur donnant systématiquement la supériorité numérique.
Les données chiffrées variables selon les sources Le nombre des forces en présence n'est pas assuré : les chiffres de l'époque, pour des raisons de propagande, étaient estimés à la hausse chez l'ennemi et à la baisse dans son propre camp. Des sources contemporaines différentes font varier parfois très sensiblement les effectifs tant des Français que des Coalisés.
Les travaux d'Émile Vignoble donnent les chiffres les plus réalistes, ses estimations étant basées sur le ratio de 800 fantassins pour un bataillon et 100 cavaliers pour un escadron. Mais un bataillon pouvait compter de 600 à , et un escadron de .
Selon deux historiens anglais, John Fortescue et Ramsay Weston Phipps, Les coalisés n'opposèrent que ( fantassins et cavaliers) à 73.350 hommes. Les 6 colonnes d'assaut du nord au sud auraient été ainsi composées de : Clerfayt : à Austro-Hanovriens (moins que les ci-dessus) en 25 bataillons et 28 escadrons partant de Tielt en Belgique, pour traverser la Lys à Wervik et prendre Tourcoing à revers. Bussche : Hanovriens et Prussiens en 5 bataillons et 8 escadrons, chargés de prendre Warcoing, Dottignies et tenir Mouscron. La moitié moins donc, mais une part des troupes ont été envoyées vers Courtrai avant la bataille. Otto : Autrichiens en 12 bataillons et 10 escadrons lancés par Leers, Wattrelos, sur l'objectif final de Tourcoing. York : de à Anglo-Hanovriens en 12 bataillons sur les routes de Templeuve, Lannoy, Roubaix, Mouvaux. Kinsky : à Autrichiens et Hessois en 10 bataillons et 16 escadrons au départ de Marquain, ordonnés de passer la Marque à Bouvines pour occuper la division Bonnaud. Charles : à Austro-Hollandais en 17 bataillons et 32 escadrons, la colonne la plus éloignée, partant de Saint-Amand-les-Eaux pour passer la Marque à Pont-à-Marcq et soutenir Kinsky. Toutes les colonnes comptent ici moins de soldats que dans le décompte français.
Les Français alignent selon ces historiens soldats, un peu plus que les des sources françaises : Division de Joseph Souham : hommes ; Division de Moreau : hommes ; Division de Bonnaud : hommes ; Division d'Osten : hommes.
Le terrain
Les lieux où les deux armées se sont affrontés les 17 et n'ont rien de commun avec la conurbation d'aujourd'hui.
La plaine humide sillonnée de ruisseaux et de fossés d'évacuation des eaux n'offre que peu de possibilités de passage des troupes sur les rivières de la Lys, de la Marque et de l'Espierre. De largeur modeste mais profondes, ces trois rivières n'offrent en fait aucun gué praticable. Leurs berges marécageuses interdisent en outre leur franchissement hors des ponts.
L'habitat est dispersé en de nombreux villages, de à habitants, dans un paysage bocager limitant l'usage de la charge de cavalerie. Ce qui représente un avantage décisif pour les Français dont la cavalerie est largement surpassée en nombre ( contre ) et surtout en qualité par celles des coalisés.
Dans ce plat pays, les moulins occupent les moindres surélévations de terrain et deviennent les objectifs essentiels pour y amasser avantageusement l'artillerie. Les routes pavées sont rares, les voies les plus nombreuses restent les sentiers où seuls deux hommes de front pouvaient marcher. Ce terrain bocager à la nature excentrique et au faible réseau de routes pavés met, par exemple, le corps d'armée Clerfayt à plus d'une demi-journée de route du quartier général de Tournai.
Les combats décisifs se déroulèrent pour tenir les ponts, qui garantissent le passage des troupes, et les moulins, qui offrent le visibilité et la ligne de tir aux artilleurs.
La stratégie des coalisés thumb|Bataille de Tourcoing, 18 mai 1794. Le plan des opérations prévues par les coalisés pour la destruction de l'armée du nord. Le , la position délicate des divisions Joseph Souham et Moreau donnent l'idée du « plan de destruction » de l'armée du Nord au Duc d'York et au Prince de Saxe-Cobourg, général en chef. Ils en confient l'exécution en détail au chef d'état-major Karl Mack, roturier qu'il méprisent et qui sera un parfait responsable en cas d'échec.
Le plan de destruction consiste à opérer un mouvement conjoint d'encerclement de Courtrai à partir des positions de Clerfayt à Tielt (B), York, Bussche, Otto, Kinsky à Tournai (B) et Charles à Saint-Amand. L'attaque est fixée au (28 floréal) au matin et le point de jonction assigné pour ces 6 colonnes est Tourcoing, au soir du même jour ou au plus tard le lendemain matin.
Une telle manœuvre devait prendre au piège une bonne partie de l'armée française ; les divisions de Souham et Moreau auraient été coupées de leurs bases et contraintes à la reddition. Mais elle réclamait une parfaite coordination des mouvements des colonnes d'attaque et une communication fluide entre elles.
Le duc d'York veut précipiter l'exécution du plan pour prendre les Françaises de vitesse. Le , depuis son quartier général de Tournai, le Prince de Saxe-Cobourg donne le branle-bas de combat. Karl Mack n'aura eu que 4 jours pour régler les détails du plan.
Le déroulement de la bataille
La bataille s'est déroulée en quatre phases : positionnement des troupes coalisées le ; attaque du ; redéploiement des Français dans la nuit du 17 au ; déroute du . thumb|Mouvements de troupes du 16 mai 1794.
Le positionnement des troupes coalisées le 16 mai et dans la nuit du 16 au 17 mai
Dans la journée du 16, les 4 colonnes partant du camp de Marquain atteignent leurs objectifs.
La colonne de Bussche se regroupe au pont de l'Espierre sur la chaussée de Courtrai près de Warcoing. (B). La colonne d'Otto parvient à Bailleul (B).La colonne de York arrive à Templeuve mais s'y trouve bloquée à cause d'un épais brouillard nocturne. La colonne de Kinsky s'installe à Froidmont.
Dans la nuit, et à l'approche des divisions françaises, les coalisés doivent se déployer silencieusement et sans feux pour pouvoir bénéficier de l'effet de surprise le 17 au petit matin.
Mais les deux colonnes les plus éloignées, celle de Clerfayt au nord et celle de Charles au sud, qui ont des distances plus longues à parcourir, prennent du retard. Ces deux corps d'armée n'ont pu effectuer que la moitié des distances qu'ils avaient à parcourir.
La colonne de Clerfayt, longue de , ralentie par les routes sablonneuses, s'arrête durant la nuit près de Geluveld, le long de la chaussée de Roulers (B) à Menin (B). Elle n'arrive pas à rejoindre Wervik (B), 10 kilomètres plus loin, son objectif de cette première phase. De plus, le pont de Wervik étant fortement défendu par les troupes de Moreau, Clerfayt veut construire un ponton sur la Lys, mais ses pontonniers sont restés par erreur à l'arrière-train.
La colonne de l'archiduc Charles ne parvient pas à atteindre Pont-à-Marc, en raison de la trop grande distance qu'il doit parcourir avec une unité épuisée par les marches forcées et les batailles précédentes. Elle est s'arrête à Orchies le à 10 heures, à une douzaine de kilomètres de son objectif initial.
L'attaque du 17 mai thumb|Mouvements de troupes du 17 mai 1794.
L'attaque du surprend les Français qui attendaient les coalisés à Courtrai. Ce sont les premiers succès coalisés.