thumb|« Plaquette » de cordite datant de la Seconde Guerre mondiale. thumb|Modèle d'obus anglais shrapnel utilisé lors de la Première Guerre mondiale, montrant les billes de plomb noyées dans un explosif (acide picrique) et dans la douille les cordons simulant l'apparence de la cordite qui, en s'enflammant brutalement, libérait les gaz propulsant l'obus. thumb|Dessin et photo des « cordons » de cordite dont la douille (étui) était chargée, à la place de la poudre noire, à partir de 1892. thumb|Ici deux demi-charges de cordite sont réunies par un ruban pour former la charge nécessaire à la propulsion d'un obus plus lourd. thumb|Canon anglais, avec 3 obus et 3 charges de cordite (dans les tubes verticaux) sur le front de Flandre, le 1916. thumb|Charge de cordite dans une douille courte, pour canon à fût court type obusier (Première Guerre mondiale).
La cordite est un explosif, un type de poudre sans fumée (bien qu'il ne s'agisse pas d'une poudre). Elle a l'apparence d'un plastique jaunâtre à brun. Elle était généralement produite par extrusion sous forme de fils ou de spaghettis, ou de plaquettes après tronçonnage et séchage.
Cette substance ne dégage presque pas de particules solides (au contraire de la poudre noire traditionnelle qui dégage beaucoup de fumée) lorsqu'elle est allumée et ne produit pas de flash lumineux lors de sa combustion (ce qui rend la source du tir moins repérable). Elle se consume néanmoins plus rapidement que la ballistite d'Alfred Nobel.
La cordite est très peu soluble dans l'eau comme en témoignent les fragments et bâtonnets de cordite que l'on retrouve encore intacts sous la mer, après près d'un sièclePhoto de balles et cordite, par exemple au fond du port de Halifax où l'explosion du 6 décembre 1917 a détruit le cargo Mont-Blanc ; cargo chargé d'explosifs et de munitions à destination du front de la Première Guerre mondiale.
C'est un produit dangereux (source de brûlures graves, voire d'explosion violente s'il est enfermé dans un contenant et mis à feu).
Sa production n'a été abandonnée au Royaume-Uni qu'à la fin du , avec la fermeture de l'usine (« poudrerie royale ») de Bishopton dite « » ().
Usages La cordite a d'abord été utilisée dans les munitions de petits calibres (de guerre, puis de chasse) puis pour propulser des obus, avec moins de risque d'éclatement du fût du canon ou de celui du fusil, et une corrosion moins rapide. Elle a ensuite été utilisée comme propergol solide pour les . La cordite est l'explosif utilisé dans la bombe atomique du Little Boy pour projeter la masse nécessaire d'uranium 235 contre une autre masse de matière fissile afin d'obtenir la masse critique.
Composition Les principales formulations étaient dites RDB (pour Research Department formula B), SC (pour Solventless Cordite) et N (pour nitroguanidine). Sous sa forme moderne (cordite N), cet explosif est composé de nitrocellulose ; nitroglycérine ; nitroguanidine.
Fabrication Le mélange des composants dissous dans de l'acétone est extrudé puis séché sous forme de fils ou de spaghettis plus ou moins fins d'où le nom de « cordite » (ou parfois de plaquettes).
Histoire
Invention par Vieille de la poudre blanche En 1884, le chimiste français Paul Vieille inventa la première substance explosive qui ne dégageait pas de fumée (la poudre B ou poudre blanche). Elle était produite grâce à du collodion et du coton-poudre insoluble gélatinisés par un mélange d'alcool et d'éther (le collodion se dissout englobe le coton-poudre insoluble pour former une pâte) pour obtenir une substance qui produit des effets balistiques trois fois plus importants que la poudre noire, sans les inconvénients de cette dernière (charge réduite de deux tiers pour les mêmes résultats qu'avec la poudre noire, moins de sensibilité à l'humidité, sans production de fumée). L'absence de fumée est due à une combustion produisant une beaucoup plus grande proportion de gaz que dans le cas de la poudre noire (qui se dégrade à 60 % en produits solides dont du sulfate et du carbonate de potassium).
L'évaporation des solvants rend la poudre instable avec le temps, elle a été accusée d'être à l'origine de l'explosion du cuirassé Iéna le et Liberté le en rade Toulon.
Invention par Nobel de la ballistite En 1887 Alfred Nobel inventa la ballistite. Celle-ci était composée à 45 % de collodion (nitrocellulose conservée liquide dans l'alcool et l'éther), 45 % de nitroglycérine (comme accélérateur plus détonant), et 10 % de camphre (insoluble dans l'eau mais très soluble dans les liquides organiques comme la glycérine et servant de stabilisant).
Dans le brevet déposé par Nobel, il est question d'une nitrocellulose qui doit être du « type soluble bien-connu ».
Mais avec le temps, l'éther du collodion s'évaporait (ce qui le rendait alors granuleux et non plus pâteux et lisse, avec pour effet d'augmenter la surface d'exposition au comburant et donc son inflammabilité) mais aussi le camphre stabilisant, rendant l'explosif instable (le problème était similaire sur les anciens bâtons de « dynamite », produits sous cette forme normalement comme explosif de chantier pour le génie civil, la construction, la démolition et l'exploration minière, et non comme munition) : les solvants s'évaporant de l'explosif malgré son emballage protecteur, et rendant la nitroglycérine à nouveau fluide et non stabilisée par le substrat granuleux restant, au point de s'exfiltrer à travers l'emballage.
Concernant les munitions d'armes individuelles, les granules se séparaient en deux phases, liquide et solide, dans les cartouches (également non étanche et contenant l'explosif granulé faiblement compacté dans l'air servant de comburant), ce qui les rendait intempestivement explosives.
Invention anglaise par Abel et Dewar de la cordite Un groupe d'experts au Royaume-Uni, l'Explosives Committee dirigé par Sir Frederick Abel, s'intéressa au développement des substances explosives à l'étranger.
Abel et un autre membre, Sir James Dewar, brevetèrent en 1889 une nouvelle mixture composée à 58 % de nitroglycérine, 37 % de nitrocellulose et 5 % de vaseline. Avec de l'acétone faisant office de solvant pour la nitrocellulose, la pâte était extrudée en tiges en forme de spaghetti, appelées cordes de poudre qu'on laissait sécher pour que l'acétone s'évapore et resolidifie la nitrocellulose restée pâteuse grâce à la vaseline (qui ne s'évapore pas). Peu après, ces dénominations furent remplacées par cordite. La cordite a d'abord remplacé la poudre noire dans l'artillerie pour une grande partie de ses usages à partir de 1889 en Angleterre.
Les chimistes découvrirent alors que la vitesse de combustion dépendait du diamètre et de la surface exposée de la corde d'explosif. Les premiers cordons produits d'un diamètre plus élevé, puis des plaquettes beaucoup plus larges, mettaient un peu plus de temps à se consumer tout en produisant plus de gaz (et donc mieux adaptés à l'artillerie), alors que de plus fins cordons brûlaient plus rapidement et furent donc destinés aux armes de petit calibre. La cordite a aussi remplacé la poudre noire des cartouches (modèles 303 Mark I et II, modèle standard pour fusils de 1891 à 1915 chez les Anglais et certains de leurs alliés).
Nobel attaqua Abel et Dewar pour violation du brevet de la ballistite, mais il perdit son procès en 1895 car il avait spécifié une nitrocellulose sous forme liquide (le collodion) et non solide (maintenue pâteuse et facilement ductile par la vaseline, l'acétone ne servant qu'à dissoudre temporairement et homogénéiser le mélange et étant éliminé par le séchage) comme dans le cas de la cordite.
Le groupe industriel Canadian Explosives Limited, provenant de la société Canadian Industries Limited, aussi connu sous l'acronyme C-I-L, fut créé en 1910, afin de produire, au Canada, de la cordite pour munitions de fusil, en remplacement de la poudre noire, dans son usine Hamilton Powders de Beloeil, pour l'Arsenal du Québec.
La pénurie de cordite induite par le début de la Première Guerre mondiale en 1914-1915 a conduit les États-Unis à en produire sur leur territoire, en plus des usines anglaises installées au Canada. Durant la guerre, l'essentiel du tonnage produit a servi à alimenter les chars, la marine de guerre et l'artillerie anglaise et du Commonwealth.
Le navire français Mont-Blanc explosa en 1917 (transportant des munitions militaires, elles aussi à base de cordite produite au Canada, et destinées aux opérations militaires en Europe en pleine Première Guerre mondiale) dans une des plus dramatiques et plus puissantes explosions d'origine humaine. Celle-ci survint à la suite d'une collision accidentelle entre deux navires à l'entrée du port canadien d'Halifax. — Il reste encore aujourd'hui au fond de l'eau du port d'Halifax, un siècle après l'explosion du navire (comme aussi dans les terres des anciens champs de bataille des conflits armés modernes, notamment en Champagne-Ardenne), des quantités de petites munitions non explosées, des fragments de cordite non consumés, et non dissous non plus, mêlés dans les sédiments naturels à d'autres polluants chimiques et métalliques toxiques comme le mercure et les oxydes de plomb et de cuivre, en plus des autres polluants comme les hydrocarbures, y compris la vaseline et d'autres solvants organiques aromatiques provenant à la fois des anciennes munitions et de l'activité portuaire. Ceux-ci sont partiellement épongés par les sédiments mais non digérés par les micro-organismes, ou encore un excès de soufre qui acidifie l'eau et ne s'explique pas par la seule décomposition des algues. Il ne favorise pas la recolonisation halieutique des eaux, ainsi que tous les autres polluants plus modernes comme les résidus de fibres plastiques ou les rejets dans les eaux usées domestiques et industrielles.
Modifications de la cordite Les trois explosifs (l'ancienne poudre noire étant abandonnée, il s'agit de la poudre B française de Vieille, la ballistite américaine de Nobel, et de la cordite anglo-canadienne puis américaine d'Abel-Dewar) continuèrent à être utilisés par les différentes armées pendant plusieurs années mais la cordite devint progressivement l'explosif de choix.
Les premières formulations chimiques de la cordite en faisaient un produit corrosif dont les résidus attaquaient le métal des canons d'artillerie.
Les Britanniques changèrent la composition avec 65 % de nitrocellulose, 30 % de nitroglycérine et 5 % de vaseline après la seconde guerre des Boers. Cette version fut nommée cordite MD (MoDified).
Première Guerre mondiale Face à une explosion de la demande, les réserves d'acétone s'épuisèrent rapidement, incitant les Britanniques à tester de nouvelles formules. La « cordite RDB » (Research Department formula B) fut retenue ; avec 52 % de collodion, 42 % de nitroglycérine et 6 % de vaseline. Mais, cette variante, trop instable, fut remplacée par l'ancienne formule dès que l'acétone fut à nouveau disponible.
En novembre 1915, la production fut élargie pour atteindre les () de cordite par mois pour la Commission impériale des munitionsCarnegie, David (1925). The History of Munitions Supply in Canada 1914-1918. London: Longmans, Green and Co..
La Commission impériale des munitions a ainsi fait construire plusieurs usines supplémentaires d'explosifs au Canada. La British Cordite Ltd factory s'installe dans le village de Nobel, près de Parry Sound (Ontario), en 1916-1917, afin de produire la cordite. Elle est opérationnelle à la mi-1917. Canadian Explosives Ltd ouvre une seconde usine dans le même village ; le chantier démarre en avec une mise en production le . Cette usine fut conçue pour produire l'équivalent de () de cordite par mois.
Ces deux usines canadiennes fermèrent en 1922, mais furent réutilisées durant le second conflit mondial.
Seconde Guerre mondiale