Amaury Prosper Marie Dréo, né le à Rennes (Ille-et-Vilaine) et mort le à Trouville-sur-Mer (Calvados), est un avocat, journaliste, homme politique français et une figure majeure de la franc-maçonnerie sous la Troisième République. Il fut député du Var, secrétaire du Gouvernement de la Défense nationale, et un défenseur des idéaux républicains, laïcs et sociaux.

Biographie Jeunesse et formation Amaury-Prosper-Marie Dréo naît à Rennes le . Il est le fils de Joachim Raoul Marie Dréo et d'Adèle Fouassier. Il étudie le droit à la faculté de Rennes, où il effectue toutes ses étudesLes Hommes d'aujourd'hui, 1881. Il est reçu licencié en droit en 1850.

Il va ensuite à Paris pour être docteur en droit et concourir pour l'auditorat du Conseil d'État. Il est, en même temps que Ferdinand Hérold, l'un des lauréats de l'École de droit de Paris. Le coup d’État du 2 décembre 1851 lui fait renoncer à la carrière administrativecoup d’État du 2 décembre 1851. Il s’inscrit alors en tant qu'avocat au barreau de Paris en 1851Le Gaulois : littéraire et politique. Numéro du 13 septembre 1882, . Il demeure au de la rue Jacob ()., épouse la fille du député Garnier-Pagès, Éléonore-Anna Pagès (1835-) où naquit Anna Dréo. et milite activement aux côtés des républicains, (consulté le )..

Il épouse en 1857 la fille de Garnier-Pagès, figure emblématique de la Seconde République, ce qui le lie étroitement aux milieux républicains parisiens.

Engagement républicain sous le Second Empire Dès les années 1860, Dréo s’engage dans l’opposition républicaine au Second Empire. Il participe activement aux manifestations contre le régime de Napoléon IIIGustave Vapereau, Dictionnaire universel des contemporains : contenant toutes les personnes notables de la France et des pays étrangers.... La première condition pour la lutte contre le Second Empire étant la connaissance complète des élections et des pratiques électorales. Il se présente aux Élections législatives de 1859 en Ille-et-Vilaine, suite à la vacance de la circonscription de Fougères et de Vitré. C'est au cours de cette campagne, menée avec énergie, que la diffusion d'une circulaire du sous-préfet de Fougères M. Thil aux maires, avant l'élection, fit grand bruit, suite à une protestation postérieure d'un autre Candidat M. Le Beschu, suite à l'élection de Pierre Albert de Dalmas. MONSIEUR LE MAIRE,Le scrutin ouvre demain. J'ai l'honneur de vous rappeler que vous devez l'ouvrir immédiatement après la première messe; que vous aurez sur le bureau un certain nombre de bulletins portant le nom de M. de Dalmas, et pas d'autres; qu'il est important que des personnes intelligentes et sûres, munies de bulletins portant le nom de Dalmas, occupent les abords de la mairie et protègent les électeurs si bien intentionnés de votre commune contre l'erreur et le mensonge.Un cantonnier restera à votre disposition pendant les deux jours du scrutin.Trois candidats sont en présence : M. de Dalmas, secrétaire sous-chef du cabinet de l'Empereur, candidat du gouvernement;M. Le Beschu de Champsavin,M. Dréo, gendre de Garnier-Pagès, fondateur de la République de 1848, un de ceux qui décrétèrent les 45 centimes, dont vous avez gardé le souvenir.M. de Dalmas représente le principe du dévouement au gouvernement, à l'autorité, à l'ordre, et peut seul, par sa position, favoriser le développement des nombreux intérêts de l'arrondissement.M. Dréo représente la république, le socialisme, la misère ! Entre ces deux candidatures opposées, celle de M. Le Beschu doit s'effacer devant les intérêts de l'ordre et de la société menacés. Faites voter la masse, Monsieur le Maire, pour M. de Dalmas, candidat du gouvernement, et, par votre conduite éclairée, vous servirez à la fois l'Empereur et l'intérêt général du pays.Le sous-préfet de Fougères, THIL.

Peu de temps après, il est nommé membre du Conseil municipal de Fougères. Procès des Treize En 1863, se réunissant chez son beau-père peu avant les élections de Paris, il est arrêté avec d'autres républicains pour le délit d'avoir fait partie d'une association non autorisée de plus de vingt personnes, implicitement d'avoir collaboré au manuel électoral qui venait d'être publié et condamné à d’amende lors du « procès des treize » en 1864..

Le , Amaury Dréo, alors à Fougères, se prépare pour prépare pour poser sa candidature aux Élections législatives de 1863 dans la Mayenne. Ce lancement sera bloqué par le Procès des 13, et c'est finalement Charles Goyet-Dubignon qui sera le candidat républicain. Le comité consultatif pour les élections s'est formé hier; en voici la note, dont l'insertion doit être faite dans les journaux, etc. Votre nom est devenu le centre de l'opinion libérale modérée, etc. Une circulaire a été adoptée; nous l'enverrons demain probablement. Courage et espérance. - Demain, il y aura réunion de tous les partisans de l'action chez vous, dans mon salon; cent trente convoqués. (.) Lettre que Garnier-Pagès adresse à Dréo

Dréo est condamné à 500 francs d’amende pour avoir fait partie d’une association non autorisée de plus de vingt personnes et pour sa collaboration au Manuel électoral, un guide pratique pour les candidats républicains.

Comme François-Marie Robert-Dutertre ou d'autres républicains, il est à nouveau surveillé par le gouvernement de Napoléon III lors l'Élections législatives de 1869 dans la Mayenne, où Louis-Antoine Garnier-Pagès, dont il est le gendre, et qui va se présenter dans la circonscription de Laval, pour l'opposition républicaineMarius Lepage, Histoire de la Franc-maçonnerie dans la Mayenne (1756-1951). Le Mans, Imprimerie Monnoyer, 1951. (avec la collaboration d'André Bouton).

Journalisme Il est un des fondateurs du Journal Les cinq centimes illustrés, où il écrit sous plusieurs pseudonymes : A. Doré, Aymrau, Bouai. Le portrait des principaux avocats de Paris furent souvent remarqués, et repris par la presse départementale. Il collabore à plusieurs journaux républicains, notamment L'Avenir national. et La Tribune, et est le correspondant de plusieurs journaux étrangers, comme : Il Pungolo di Napoli, La Riforma di Milano, la Nouvelle Presse Libre de Vienne, The Daily Telegraph, etc.

Il publie des brochures politiques, comme le Manuel électoral (1860) et Liberté des transactions (1861). Il est également l’un des rédacteurs du Manuel électoral, publié chez Pagnerre, qui devient un outil clé pour les candidats républicains. Dans la Liberté des transactions, il demande la suppression du monopole et le rachat des charges d'Agent de change et de courtier. Cette brochure inaugure la campagne à la suite de la laquelle le monopole du courtage fut supprimé en 1865.

Rôle pendant la Commune et la Défense nationale centré|vignette|1000x1000px|Vue globale de La Bataille de Champigny, telle que représentée dans le livret descriptif vendu aux visiteurs du panorama. Après la Proclamation de la République française du 4 septembre 1870., Dréo est appelé par le Gouvernement de la Défense nationale à l'Hôtel de ville de Paris, et devient l’un de ses secrétaires. Il est chargé de rédiger les procès-verbaux des séances, mais son rôle et ses notes feront l’objet de controverses, notamment avec Henri RochefortL'Intransigeant, 25 novembre 1905, .. Ces procès-verbaux servirent par la suite à éviter les projets de mise en accusation des membres du Gouvernement de la Défense nationale par l'Assemblée nationale.

Il participe également à la Commission des barricades pendant le siège de Paris par les Prussiens. Ses notes, publiées plus tard, constituent un témoignage précieux sur cette période

Membre du Gouvernement de la Défense nationale, pendant le Siège de Paris, il fit creuser avec Charles Floquet, par 300 ouvriers, le à Champigny-sur-Marne le retranchement qui permet la retraite de l'armée française lors de la Bataille de ChampignyAllocution d'Eugène Delattre, Le Réveil, Brignoles, novembre 1882.

Carrière parlementaire

Il se présente sans succès à la fois aux Élections législatives de 1871 en Ille-et-Vilaine Liste du « Comité libéral » et aux Élections législatives de 1871 dans la Mayenne sur la liste républicaine.

Dréo est élu député du Var le , lors d’une élection complémentaire, par sur . Il s’inscrit à l’Union républicaine, dont il est un des fondateurs, et dont il a été le questeur pendant la législature. Il devient une figure centrale de l’opposition aux gouvernements monarchistes et conservateurs. Il vota tous les projets de lois et mesures tendant à l'établissement du régime républicain et adopta l'ensemble des lois constitutionnelles. En , il fut amené à expliquer et à défendre son vote et celui de ses amis politiques contre les attaques d'Alfred Naquet.

Il est réélu aux Élections législatives de 1876 dans le Var et aux Élections législatives de 1877 dans le Var dans l'arrondissement de Brignoles, avec des scores très nets.

Il est l’un des signataires de Manifeste des 363 qui refusent la confiance au gouvernement de Broglie après le , marquant leur opposition à la politique conservatrice et monarchiste. Il est décrit comme un homme de taille élevée, mais un peu voûté, grisonnant, l'air bon et distingué.

Le , en tant que député de l’arrondissement de Brignoles, il inaugure le premier monument dédié aux victimes du coup d’État du à Aups (Var).. Lors de son discours inaugural, il rappelle qu’il a été le premier à proposer, le , devant l’Assemblée une indemnisation des victimes du coup d’État..

Il est réélu une dernière fois en 1881, mais meurt en cours de mandat. Il décède à Trouville-sur-Mer d'une suite de péritonite.. Il est remplacé par Marius Poulet.

Dréo est salué par ses pairs comme un serviteur fidèle de la République, un défenseur acharné de la laïcité et un champion de la démocratie. Sa mort prématurée est pleurée par les républicains et les francs-maçons, qui voient en lui un modèle d’engagement et de probité. Sa mère reçoit à sa mort un hommage du maire, et du Conseil municipal de La CroixilleL'Avenir de la Mayenne, 26 novembre 1882, ., le remerciant pour les services apportés par son fils pour la Commune.

Principales propositions et votes Indemnisation des victimes du coup d’État du 2 décembre 1851 : En 1872, Dréo dépose une proposition de loi tendant à indemniser les citoyens français victimes du coup d’État, atteints dans leur fortune ou leurs moyens d’existence. Instruction gratuite, laïque et obligatoire : Il est l’un des premiers à réclamer l’instruction gratuite, laïque et obligatoire, et signe les propositions d’amnistie et de dissolution Amnistie pour les communards : Il soutient activement l’amnistie plénière pour les acteurs de la Commune de Paris Suppression des aumôniers militaires : Il s’oppose à la présence des aumôniers dans l’armée

Engagement maçonnique Dréo est une figure majeure de la franc-maçonnerie française. Il est vénérable de la loge parisienne L’École mutuelle et Très Sage du chapitre Isis-Monthyon, membre du Conseil philosophique de la Clémente AmitiéLa République maçonnique : organe de l'unification des At. symboliques. 17 septembre 1882.. L'École Mutuelle est une loge fondée en 1865 par des maçons non conformistes et progressistes, désireux de se libérer de certains aspects des rituels. Ses membres s'engageaient à ne pas demander de grade supérieur à celui de Maître et à changer chaque année le titulaire du premier maillet. Plusieurs avocats sont membres de L’École Mutuelle, comme Eugène Delattre, Albert Joly et Joachim Isa-Porié et participent à ses travaux. Il participe activement aux débats et aux actions de la maçonnerie, notamment en faveur de l’instruction laïque, de l’émancipation des femmes et de la laïcisation de la société.

Œuvres et publications Manuel électoral (1860) Liberté des transactions ; rachat des offices de change et de courtiers d’assurance (1861) Discours et motions à l’Assemblée nationale (1871-1877)