Le Multien est un pays traditionnel du Bassin parisien, répertorié dans la grande région naturelle d'Île-de-France.

Géographiquement, il trouve sa place entre la Haute-Brie et le Valois, au nord de Meaux. C'est un riche pays agricole.

Historiquement, dès la période romaine, le Multien dépend de la ville de Meaux. Sous l'Ancien Régime, les différentes juridictions périphériques (essentiellement celles de Meaux, Soissons et Crépy-en-Valois) se partagent l'administration du pays. Depuis la Révolution, le Multien n'existe plus en tant que tel. Ses communes sont réparties entre la Seine-et-Marne (Île-de-France) et l'Oise (Picardie), dans différents cantons. thumb|290 px|Environnement régional.

Toponymie « Le pays de Meaux, le Multien, Melcianus, ne peut provenir que de Meldis, Meaux,... »Source sur l'étymologie de Multien : Michel Roblin, Petromanlalum, Saint-Clair et le Vexin, Journal des savants 1976, volume 1, numéro 1, . ; voir aussi .

Les anciens noms de deux communes particulières nous renseignent sur l’origine de Multien : Acy-en-Multien : Aacy (Assiacum in Meldico, Aciacum in Melciano, Assiacum in Milciano), Arsy-en-Mussien ; Rosoy-en-Multien : Rosetum in Meldico Les formes Assiacum in Meldico et Rosetum in Meldico soulignent que ces villages se trouvent in Meldico dont la racine celte est Meld- du nom des Meldes (peuple de la région de Meaux) avec le suffixe gaulois –ica latinisé en icus souvent utilisé pour qualifier un pays (ou pagus). Ainsi le pays d'Ouche est le pagus Uticus et le Perche, le pagus Perticus ; donc le pays de Meaux est le pagus Meldicus. Dès l’époque mérovingienne (428-751), on trouve l’expression pagus MeldensisGrégoire de Tours (539-594), Histoire des Francs, livre VIII, chap. 18. Lire en ligne, pagus Melciacus, pagus Melcianus. Plus tard, au Moyen Âge, cette dernière expression prendra la forme vulgaire Mussien (voir plus haut les anciens noms d’Acy) d’où, aujourd’hui, Multien.

Géographie Étendue géographique thumb|250 px|Étendue et limites approximatives. Il n'a jamais existé de limites bien précises de ce petit pays.

À l’origine, le pays de Meaux – donc le Multien – correspond au nord du bassin versant de la Marne, à l'ouest de la vallée de l'Ourcq, jusqu’aux limites de défrichement de la forêt de Retz, d’abord au niveau de Réez-Fosse-Martin sur le cours de la Gergogne, puis au-delà de Gondreville et de Lévignen. Son territoire sera restreint plus tard à la vallée de la Grivette.

Ses limites reconnues, sous les Carolingiens, sont « le cours de la Marne, celui de l’Ourcq, la Grivette jusqu’à sa source au-delà de Macquelines, de là vers Nanteuil-le-Haudouin et Silly, c’est-à-dire la plaine d’Ermenonville jusqu’à la Launette, ensuite à Dammartin et à Claye pour revenir sur Meaux. »Almanach de 1775 cité par .

La superficie correspondant à ces limites était d'environ ; on trouvait dans ce périmètre une soixantaine de communes.

GalloisGallois Lucien, Régions Naturelles et noms de pays : études sur la région parisienne, Paris, Collin, 1908., en 1908, réduit le Multien au sud. Il précise que ce qu'on appelle exactement Multien s'arrête « au pied des collines de Dammartin et de Montgé » - ce qui correspond aux limites reconnues de la Goële à l'estVoir les premières cartes de l'Île-de-France où apparait le Multien, de La Guillotière, entre 1598 et 1640 : Accès en ligne.

La superficie correspondant à ces limites est d'environ ; on trouve actuellement dans ce périmètre une cinquantaine de communesVoir aussi, dans la section "Histoire", les 51 paroisses correspondantes..

Liste des villages

Sont répertoriés ici la soixantaine de communes et (hameaux) actuels, historiquement liés au Multien ; entre crochets [...] les cinquante-et-une paroisses du doyenné d'Acy reconnues entre la fin du et les années 1640Toussaint du Plessis, Histoire de l'église de Meaux, T II, 1731, . Accéder à l'ouvrageSur la carte de Chevalier de l'évêché de Meaux de 1717, le doyenné d'Acy comporte encore 50 paroisses.

Du nord au sud et d'ouest en est : En suivant la vallée de la Grivette : [Lévignen], [Peroy-les-Gombries], [Boissy-Fresnoy], [Fresnoy], [Macquelines], [Betz], [Bargny], [Antilly], [Cuvergnon], [Thury-en-Valois], [La Villeneuve-sous-Thury], [Mareuil-sur-Ourcq]. Puis : [Nanteuil-le-Haudouin], [Villers-St-Genest], [Boullarre], [Neufchelles]. Au nord et sur la Gergogne : [Sennevières], [Bouillancy], [Réez-Fosse-Martin], [Acy-en-Multien], [Étavigny], [Rosoy-en-Multien], [Rouvres-en-Multien], [Varinfroy], (Beauval), Crouy-sur-Ourcq, Tresmes ou Gesvres-le-Duc. Puis : [Silly-le-Long], [Ognes], [Chèvreville], [Brégy], (Fosse-Martin), (Nogeon), [Puisieux], [Vincy-Manœuvre], [le Plessis-Placy], May-en-Multien, Vernelle, et encore [Trocy-en-Multien], Échampeu, Ocquerre, Lizy-sur-Ourcq. Vers et sur la Thérouanne : [le Plessis-Belleville], [Lagny-le-Sec], [Marchémoret], [Saint-Pathus], [Oissery], [Forfry], [Douy-la-Ramée], [Étrépilly], (le Gué-à-Tresmes), [Congis-sur-Thérouanne]. Au sud de la Thérouanne, au nord de Meaux : [Saint-Souplet], [Gesvres-le-Chapitre], [Marcilly], [Barcy], [Chambry], [Varreddes], [Germigny-l'Évêque], Penchard, Crégy-les-Meaux, [Poincy]. Au sud de Meaux : [Nanteuil-les-Meaux].

Géologie et relief thumb|250 px|Paysage caractéristique du Multien, entre Marcilly et Étrépilly. Le Multien appartient au Bassin parisien cuvette géologique sédimentaire.

Ses sols sont de l'ère Tertiaire, Nummulitique, anciens noms qui caractérisent aujourd'hui l'époque Paléogène ; plus précisément, ils appartiennent à l'Éocène (56 à 34 Ma) et à l'Oligocène (34 à 23 Ma). Ils se caractérisent par des sables, calcaires, gypse et marnes. Cette époque a vu l'émergence des premiers mammifères.

Aujourd'hui, c'est un vaste et riche plateau agricole recouvert de limon et sillonné d'ouest en est de vallons boisés où coulent les rivières qui l'arrosent.

Son altitude moyenne est d'une centaine de mètres avec quelques points culminants ne dépassant guère les 150 m.

Hydrographie thumb|250 px|L'Ourcq à Lizy-sur-Ourcq. Le Multien est bordé par : la rivière d'Ourcq, à l'est, sur environ . Elle se jette dans la Marne près de Lizy-sur-Ourcq et peut, dans cette zone de , porter bateau ; le canal de l'Ourcq, commencé en 1802 pour amener l'eau à Paris, suit sa vallée sur la même distance et longe ensuite la Marne pour se diriger vers Claye-Souilly et Paris. la rivière de Marne, au sud, qui serpente sur . Ces deux rivières marquent les anciennes limites est et sud du pays.

Trois petites rivières, coulant d'ouest en est, vallonnent le plateau et se jettent dans l'Ourcq (confluence naturelle) et son canal (confluence aménagée) pour les deux premières et dans la Marne et le canal (dito) pour la troisième. Ce sont du nord au sud : la Grivette, longue de , dont la vallée est reconnue comme limite nord du pays ; la Gergogne, ; la Thérouanne, . Quelques étangs artificiels, créés pour l'agrément ou pour le besoin des anciens moulins hydrauliques, jalonnent leurs cours. De multiples sources grossissent le volume de leurs eaux. Ces fontaines ont favorisé l'émergence de cressonnières, notamment sur la Gergogne.

Les eaux de l'Ourcq et les trois petites rivières décrites ci-dessus sont détournées en partie pour alimenter le canal éponyme. À la création du canal, l'Ourcq y contribuait pour 43 % (), et les trois rivières secondaires - du Multien - pour respectivement : 4,7 ; 6,7 et 5 %Hyacinthe Langlois, Nouveau dictionnaire universel, usuel et complet de géographie moderne, volume 3, , Paris, 1830. Lire en ligne. Soit encore , et .

Histoire Depuis toujours le Multien et la ville de Meaux sont étroitement liés mais seule l’Histoire, ayant une incidence sur le Multien proprement dit, sera abordée.

Aux origines thumb|100 px|Le menhir de Borest (hors Multien). Des traces d’habitat, des outils en silex témoignent d’une présence humaine dès le Paléolithique inférieur (anciennement chelléen).

On trouve des bifaces sur le plateau du Plessis-Placyabbé Bonno, Le département de Seine-et-Marne sur le plan anthropologique, cité dans ., des haches de silex à Cuvergnon, des pointes de flèches, etc à Thury-en-Valois, deux localités proches de Betz.

Des pierres levées, marques de l’époque néolithique, entourent le pays : la pierre Saint-Vaast (la « Haute Borne », peut-être borne frontière) à Cuvergnon, un menhir à Borest, à 8 km à l'ouest de Nanteuil (hors Multien), le centre mégalithique de Pierre-levée à l’est de Meaux. Le dolmen indiqué sur May-en-Multien (voir carte IGN) n’est qu’un amas de grèsSociété préhistorique française, Bulletin de la Société préhistorique de France, Société préhistorique de France (Paris), 1908, . Lire en ligne :, tout comme « Les Pierres du Château » à Acy et « la Pierre Sorcière » située sur Rosoy-en-Multien, lieu de légendes ancestrales.

« Des vases en bronze sont découverts à Antilly, Bargny, des sites néolithiques à Neufchelles, Rouvres, Assy, Betz, Silly et Thury. ».

Les Celtes, précurseurs des Romains, occupent le territoire dès le Ce sont les Meldes qui s’installentLa plupart des noms des villages actuels ont une origine celte, souvent transformée à l'époque gallo-romaine., défrichent et cultivent la terre au nord de la Marne jusqu’à la frontière naturelle de la forêt, pays des Belges - Silvanectes vers Senlis et Suessions vers Soissons.

Époque romaine thumb|250 px|Voies romaines en Multien, d'après A. Melaye, 1900. Après la conquête de la Gaule par César, l’administration romaine crée des cités sujettes comme celle des Sénons de la région de Sens et des cités libres, mais payant tribu, telle celle des Meldes rattachée aux Sénons dans la même province. Le pays meldois servira de tampon entre la Gaule romaine et la Gaule belgique généralement moins contrôlable. On trouve, aux limites du Multien, sur la ligne de partage des eaux Oise-Marne, des pseudo-bornes frontières telles la « Pierre au Coq » entre Péroy-les-Gombries (Melde) et Ormoy-Villers (Silvanecte), celle de Cuvergnon citée plus haut et « la grande borne » entre Le Plessis-Belleville et Silly-le-Long.

C’est alors le temps de la « Pax Romana », période où les Romains construisent des routes aux abords desquelles se créent des villas ; l’agriculture se développe et le pays devient le « grenier à blé de César avant de devenir le grenier à blé de Paris.»

Le Multien garde des traces visibles du chemin « ferré » qui va de Rome à Boulogne-sur–Mer. Cette voie romaine venant de Sens par Meaux est rectiligne dans le Multien. Elle passe à l’est de Chambry, au sud de Barcy (voir sur une carte IGN, près de la fontaine Sainte-Geneviève), traverse Saint-Pathus pour se diriger vers le Plessis-Belleville et plus loin vers Senlis ; une autre route relie Meaux à Soissons en passant par Chambry, Étrépilly, Acy, Boullarre pour rejoindre la Ferté-Milon. Elle n’apparait pas sur la Table de Peutinger. D’autres chemins, d’origine gauloise, sillonnent l’étendue du territoire.

L’habitat gallo-romain, à proximité des grandes routes se révèle aujourd’hui par de multiples gisements archéologiques. On peut citer - entre autres - ceux de Barcy, Douy, Étrépilly, Trocy, Varreddes. Une belle mosaïque est découverte à Penchard, elle est présentée aujourd’hui au musée de Meaux ; du mobilier funéraire de l’époque de Constantin est découvert à Étrépilly…

Cette période faste, qui voit aussi l’émergence du Christianisme dans la région, sera bousculée par les Grandes invasions à l’aube du .

Moyen Âge Haut Moyen Âge thumb|100 px|Fibules mérovingiennes. thumb|Fibule mérovingienne découverte à Rosoy-en-Multien en 1981. Au début du Haut Moyen Âge, qui correspond à la fin de l'Empire Romain en 476, le pays est sous la domination des Mérovingiens (de 428 à 751). Les rois se partagent la France ; le pouvoir local, lui, se répartit entre l’évêque chef religieux et le comte défenseur du pays. La présence ou l'influence de ces trois acteurs se retrouve dans le pays.

Les premiers rois