Florence Cestac est une autrice de bande dessinée, illustratrice et éditrice française née le à Pont-Audemer (Eure).
Ancienne élève des Beaux-Arts à Rouen et de l'École des arts décoratifs à Paris, elle collabore à plusieurs périodiques. Au début des années 1970, elle co-fonde avec Étienne Robial la maison d'édition Futuropolis, qui influence durablement le paysage de la bande dessinée française. En parallèle, elle est l’autrice de nombreux albums qui lui valent un succès public et critique de long terme. Ses ouvrages les plus célèbres sont Harry Mickson, Les Déblok, Le Démon de midi, La Véritable Histoire de Futuropolis et Un amour exemplaire. Elle reçoit plusieurs distinctions culturelles et notamment, en 2000, le Grand prix de la ville d'Angoulême, récompense française la plus prestigieuse dans le domaine de la bande dessinée.
Son style se caractérise par les gros nez de ses personnages, son trait rond et son angle humoristique destiné tant à la jeunesse qu’aux adultes. Tout au long de sa carrière, la dessinatrice agit en faveur de la défense des droits des femmes et s’implique dans plusieurs initiatives pour la défense des droits des auteurs de bande dessinée.
Biographie Jeunesse et formation Florence Cestac grandit dans la campagne normande, à Pont-Audemer puis à Rouen, en France.
Son père, élevé en bourgeoisie provinciale, est ingénieur des Arts et Métiers. Sa mère, femme au foyer, s'occupe des enfants.
Florence Cestac conserve un souvenir « ludique et gai » de son enfance : Comme les bandes dessinées sont alors un loisir réservé aux garçons, elle en acquiert en cachette ou lit celles de son frère, tout en parsemant ses propres cahiers de dessins.. Ses lectures sont Pépito, Tartine Mariolle et Blek le Roc ou Sapeur Camember, Tintin, Spirou… À sa demande , ses parents l'inscrivent pendant son adolescence dans un pensionnat catholique à Honfleur, qu'elle fréquente de la classe de sixième jusqu'à la seconde. Plus tard, l'artiste relate cette expérience dans le premier volume des Filles des Oiseaux : N'oubliez jamais que le Seigneur vous regarde ! (Dargaud, 2016). Ces années, dit-elle, la convainquent de ..
vignette|alt=photographie en noir et blanc d'hommes brandissant de longs bouts de bois en face de la Sorbonne|droite|Manifestations étudiantes à l'université de la Sorbonne le .
Elle suit les cours des Beaux-Arts à Rouen de 1965 à 1968 puis elle intègre l'École des arts décoratifs à Paris.. Elle participe aux évènements de Mai 68 avec son compagnon, Étienne Robial, maquettiste et designer, ainsi qu'une bande d'amis, se joignant à des manifestations et découpant les drapeaux tricolores pour n'en conserver que le rouge. Ce comportement leur vaut d'être arrêtés. Cestac passe dix-huit jours en détention provisoire à Gradignan. À l'issue du procès, elle est condamnée à une lourde amende, dont son père s’acquitte, et elle est privée de ses droits civiques pendant cinq ans. Ses amis sont quant à eux envoyés faire leur service militaire dans un régiment disciplinaire en Allemagne., les autorités étant désireuses de « faire des exemples ».. Cestac estime que représente un tournant dans sa vie : elle était pour (femme au foyer), or cet élan d' la pousse à rompre avec les traditions sociales et à se rendre à Paris pour prendre part au mouvement..
Débuts professionnels Elle exerce pour les éditions dirigées par Daniel Filipacchi dans des périodiques comme Mademoiselle Âge tendre (où elle dessine Pénélope, sa première histoire, sur un scénario de Claude Brulé.), Salut les copains, Lui, . Le couple Cestac et Robial vit de piges pour des journaux, tout en fréquentant assidûment le marché aux puces de la porte de Montreuil. pour acheter et revendre divers objets. C'est là qu'ils lient connaissance avec Jean-Claude de Repper, qui les met en contact avec Robert Roquemartine, propriétaire de Futuropolis, l'une des rares librairies parisiennes spécialisées dans la bande dessinée. À cette époque, Robial et Cestac ne connaissent que certains classiques dans ce genre artistique ; Roquemartine leur communique sa passion.
Période Futuropolis : libraire, éditrice, créatrice En 1972, Cestac reprend la librairie Futuropolis avec Étienne Robial et Denis Ozanne, un ami d'enfance. Le couple n'avait pas envisagé de se lancer dans ce type de commerce. D'abord située rue du Théâtre, en 1974 les propriétaires élargissent son activité et Futuropolis devient une maison d’édition. Elle déménage dans le passage des Écoliers à Paris . Les deux artistes y publient des auteurs comme Edmond François Calvo, Jacques Tardi et Mœbius. Cestac co-dirige la société. Elle assume plusieurs tâches : traduction, maquette, mise en page, livraison, comptabilité, accompagnement des auteurs, relations avec la presse, direction de collection (dont la lucrative collection « Copyright » où sont réédités des comic strips américains classiques)... Cestac et Robial se rendent au festival international de la bande dessinée d'Angoulême chaque année à partir de son lancement en 1974..
En parallèle, Florence Cestac collabore en tant qu'autrice à Métal hurlant, L'Écho des savanes, Charlie Mensuel, (À suivre), Pilote et Ah ! Nana. Très influencée par les comics, elle crée le détective parodique Harry Mickson, croisement entre Mickey Mouse et le personnage d'Harry Dickson de Jean Ray.
Harry Mickson, avec son nez proéminent et son béret, devient la mascotte de Futuropolis : il figure sur tous les supports de communication.. En 1976, cette icône devient protagoniste, héros de bandes dessinées dans plusieurs périodiques. Les histoires sont reprises en albums, chez Futuropolis, entre 1979 et 1988. En 1989, le cinquième volume, Les Vieux Copains pleins de pépins, salué notamment par le critique Thierry Groensteen., reçoit l'Alph-Art humour au festival d'Angoulême.. Cestac crée également Edmond François Ratier, qui paraît dans Charlie Mensuel en 1982 et dont les albums sont publiés en 1986 : Le Chien coiffé et Ma vie est un roman policier ; une intégrale rassemble les récits en 2007 aux éditions 6 Pieds sous terre.
Par ailleurs, Cestac illustre La Guerre des boutons de Louis Pergaud (1990). Sur un scénario de Jean-Marc Thévenet (alors directeur de collection pour Futuropolis), elle dessine Comment faire de la « Bédé » sans passer pour un pied-nickelé (1988), ouvrage humoristique adressé aux auteurs débutants. Une version actualisée et augmentée voit le jour en 2001 chez Dargaud. Cestac exerce son art dans des publications adressées à la jeunesse. Une autre de ses créations, Gérard Crétin, figure dans Mikado.
Les éditions Futuropolis marquent durablement le paysage de la bande dessinée française par leur rupture avec les codes traditionnels au profit d'expérimentations à la fois graphiques et narratives., qui favorisent l'émergence de la bande dessinée pour adultes.. Toutefois, les propriétaires se sentent écrasés par la gestion d'une entreprise de quatorze personnes.. En 1987, les éditions Futuropolis sont définitivement cédées à Gallimard, pour un franc symbolique. Tandis que le couple Robial-Cestac traverse une crise menant à la séparation, elles deviennent un label inactif en 1994..
Carrière d'autrice et succès Après la cession de Futuropolis, Cestac reprend Les Déblok dans Le Journal de Mickey avec Nathalie Roques (initialement imaginés par Sophie Hérout) ; la série connaît neuf volumes et raconte le quotidien d'une famille sous un angle humoristique et tendre.. Cependant, la créatrice délaisse épisodiquement cette saga, publiée chez Dargaud, pour d'autres ouvrages. Dans les années 1990, elle collabore avec Nathan et Syros. Elle s'associe à Marie-Ange Guillaume, Édith Grattery et Dodo pour J'attends un chien et Je veux pas divorcer (Albin Michel) ; le même éditeur publie Quatre punaises au Club en 1995, par Cestac, Dodo, Grattery et Roques.
Tout en dessinant pour la jeunesse, Cestac entreprend plusieurs ouvrages d'inspiration autobiographique mettant en scène le personnage récurrent de Noémie dans sa vie quotidienne. Elle est depuis longtemps une personnalité incontournable de la « culture bande dessinée ». lorsqu'elle commence la collection Cestac pour les grands, avec Le Démon de midi ou « Changement d'herbage réjouit les veaux », qui . Il lui a fallu cinq ans pour mener à bien ce projet, qui a pour elle une valeur thérapeutique. Cet ouvrage marque une étape dans sa carrière, en raison de sa tonalité adulte et de son important succès critique et public : il vaut à la créatrice l'Alph-Art de l'humour à Angoulême en 1997 ; en 2000, l'album représente vendus et fait l'objet d'une adaptation au théâtre du Splendid par Marie Pascale Osterrieth et Michèle Bernier, puis au cinéma en 2005 (mais le film est un échec relatif) ; le spectacle, très apprécié, est toujours joué en 2019. L'autrice signale, non sans ironie, que cet album, créé par une femme pour évoquer les affres d'une femme devant l'adultère de son conjoint, a été boudé par la presse féminine tandis qu'un jury largement masculin lui attribue une distinction culturelle..
Cestac publie en outre La Vie en rose ou l'Obsessionnelle Poursuite du bonheur (1998), qui revisite ., Du sable dans le maillot ou on est bien arrivés, il fait beau et les gens sont sympa (1999), qui ainsi que La Vie d'artiste sans s'emmêler les pinceaux sur les chemins détournés (2000), récit partiellement autobiographique qui, avec humour, narre les débuts difficiles d'une artiste dans la bande dessinée..
Grand Prix de la ville d'Angoulême, succès critique confirmé Elle reçoit en 2000 le Grand Prix de la ville d'Angoulême, qui récompense l'ensemble de la carrière d'un auteur, par six voix sur huit.. Elle est alors la seule femme, avec Claire Bretécher, à recevoir cette distinction depuis la création du festival en 1974.. Elle devient donc présidente de l'édition 2001 et une exposition lui est consacrée : Les pieds de nez de Florence Cestac et, pour un public plus jeune, une autre sur Les Déblok.. Cestac organise le festival d'Angoulême en 2001 et compose un jury largement féminin pour élire les albums ; elle constate que ce choix conduit à un nombre accru d'artistes féminines récompensées. Dans le cadre de ses fonctions, elle développe l'espace pour les enfants au festival avec Nathalie Roch et met sur pied une opération appelée « Choupinette » pour collecter et redistribuer aux enfants hospitalisés des albums de bande dessinée. En outre, elle propose d'élaborer un statut en faveur des dessinateurs et auteurs qui, lors des festivals, ne sont pas payés pour leurs dédicaces. Les éditeurs, pour qui l'opération est fructueuse sur le plan financier, ne soutiennent guère les artistes.. En 2001, le dessinateur Charlie Schlingo, ancien collaborateur de Futuropolis, lui offre Cestac Color, fascicule unique signé par plusieurs auteurs célèbres.
Autrice pour la jeunesse et le public adulte vignette|droite|redresse|alt=photographie en couleur du visage de Jean Teulé en plan rapproché|Jean Teulé en 2010. Il signe plusieurs préfaces pour Florence Cestac et il scénarise pour elle Je voudrais me suicider mais j'ai pas le temps, bande dessinée biographique sur Charlie Schlingo. vignette|Florence Cestac, le 22 janvier 2008 à Paris. Cestac publie des ouvrages s'adressant à la jeunesse et d'autres à un public adulte.
Avec Véronique Ozanne, elle publie en 2000 Les Phrases assassines (éd. Verticales), recueil illustré , tout en poursuivant Les Déblok.