La bataille de Normandie, opération Overlord selon son nom de code en anglais (« suzerain » en français), est l'une des grandes batailles de la Seconde Guerre mondiale sur le théâtre militaire européen. Elle se déroule entre et en Normandie, et permet aux Alliés d’ouvrir un nouveau front en Europe de l'Ouest, face aux troupes du Troisième Reich. Elle débute mardi — appelé Jour J — par le parachutage des premiers combattants à l'intérieur des terres, puis le débarquement (codé opération Neptune) d'importantes forces d'infanterie sur les plages de l'ouest du Calvados et de l'est du Cotentin. Elle s'achève le avec la Libération de Paris et l’atteinte de la Seine par les trois armées alliées (respectivement américaine, britannique et canadienne). Son effet est renforcé par l’opération Bagration lancée le par Staline sur le front de l'Est, et par le débarquement de Provence le .
Cette bataille a pu être engagée et gagnée grâce à ce qui reste encore aujourd'hui la plus grande opération logistique de débarquement militaire, trois millions de soldats, principalement américains, britanniques, canadiens, australiens, néo-zélandais, mais aussi d'autres forces alliées (Forces françaises libres, Armée polonaise de l'Ouest, belges, tchécoslovaques, néerlandaises et norvégiennes) traversant la Manche depuis la Grande-Bretagne pour débarquer en Normandie, dont plus de pour le seul jour J. Outre cet effectif colossal qui garantit la supériorité numérique des Alliés, ceux-ci disposent d'un matériel terrestre et aérien considérable, la proximité des bases aériennes britanniques puis la création d'aérodromes en France ainsi que de ports provisoires leur donnant à la fois la maîtrise totale du ciel et des ressources sans cesse croissantes en hommes, en véhicules, en munitions et en équipements.
Objectifs L'objectif des Alliés, dans cette opération, est de créer un autre front, en Europe de l'Ouest (opération Overlord), par la mise en place d'une deuxième tête de pont qui puisse ouvrir un accès assez rapide vers le cœur de l'Allemagne. La trop lente progression de la campagne d'Italie ne permet pas, en effet, d'espérer une issue rapide de la guerre.
Le plan d'exécution en Normandie s'articule en deux phases : S'emparer d'une tête de pont afin de prendre le nœud routier de Caen et le port de Cherbourg (opération Neptune) ; Élargir la zone par la libération de la Bretagne et des ports de la façade Atlantique française d'une part, avancer jusqu’à une ligne Le Havre-Le Mans-Tours, d'autre part.
Cette ligne est l'objectif planifié à quarante jours. L'objectif optimiste à trois mois (soit début septembre) est une zone s'étendant jusqu’à la Loire au sud et à la Seine au nord-est. Si le débarquement le jour J (D-Day en anglais) est partiellement réussi, les suites de l'opération se révèlent beaucoup plus difficiles et plus longues que prévu avec des combats acharnés en Normandie, connus sous le nom de bataille de Normandie.
Prélude Le , l'Allemagne envahit l'Europe de l'Ouest dont la France qui demande l'aide des États-Unis, mais ces derniers refusent.
L'année suivante, en , les Allemands envahissent l'Union soviétique qui demande également l'aide des Américains : Staline réclame l'ouverture d'un second front en Europe de l'Ouest pour soulager l'Armée rouge. À son tour, il se heurte à un refus des Américains. Mais le , soit quatre jours après l'attaque de Pearl Harbor, l'Allemagne déclare la guerre aux États-Unis, et par conséquent la première conférence de Washington ( – ) décide d'ouvrir un deuxième front (en Afrique du Nord) prévu pour 1942 et de baser des bombardiers américains en Grande-Bretagne, pour engager les opérations militaires contre l'Allemagne.
Le , Molotov, ministre des Affaires étrangères de Staline, signe à Londres un traité anglo-soviétique avec le gouvernement britannique qui promet d'ouvrir un second front contre l'Allemagne. Ensuite Molotov ratifie à Washington un prêt-bail avec les États-Unis qui promettent un débarquement sur les côtes françaises au cours de l'année 1942.
Les Américains veulent lancer une offensive sur les côtes françaises alors que le choix de Churchill se porte sur les Balkans, mais il accepte une opération de portée limitée.
La deuxième Conférence de Washington ( – ) confirme le débarquement en Afrique du Nord prévu pour l'automne 1942 et le débarquement de Dieppe prévu initialement pour le . Le débarquement de Dieppe est annulé puis lancé le .
Le , pendant la libération de la Tunisie, la planification de la libération du continent européen est rediscutée lors d'une rencontre à Casablanca entre Roosevelt et Churchill. Les Américains souhaiteraient lancer un débarquement par la voie la plus courte, sur les côtes de la Manche, au nord-ouest de l'Europe, pour atteindre plus vite le cœur industriel de l'Europe, mais Churchill, voulant ouvrir une route maritime avec l'URSS, souhaite lancer un débarquement au sud de l'Europe, en Grèce. Les États-Unis choisissent la péninsule italienne, le « ventre mou de l'Axe ».
La décision d'envahir la Manche fut prise en lors de la Conférence Trident, qui eut lieu à Washington D.C. Churchill préféra que la poussée alliée soit concentrée depuis la Méditerranée, mais la proposition fut rejetée par les Américains, qui fournissaient l'essentiel des troupes et du matériel. Le lieutenant-général britannique Frederick E. Morgan a été nommé chef d'état-major, commandant suprême des forces alliées (COSSAC), pour élaborer un plan détaillé. Les efforts initiaux ont été limités par le petit nombre de péniches de débarquement disponibles, dont la plupart étaient utilisées sur les théâtres de guerre de la Méditerranée et du Pacifique.
Les Britanniques et Américains lancent en l'opération Husky (invasion de la Sicile), qui permet le de prendre l'île et d'avoir une première tête de pont alliée en Europe de l'Ouest. Cette offensive est rapidement suivie en septembre par l'opération Vésuve qui permet aux Alliés de libérer la Corse et de disposer de bases aériennes proches du nord de l'Italie et du sud de la France.
À la conférence de Québec ( – ), les Américains refusent la proposition de Churchill de prendre l'île de Rhodes, mais ils acceptent un débarquement en Italie avec un effectif diminué, et à condition que leurs alliés s'occupent en priorité d'un débarquement en Normandie depuis l'Angleterre pour 1944.
La campagne d'Italie est difficile et les Alliés ne progressent que très lentement, ce qui rend nécessaire un débarquement dans le Nord-Ouest de l'Europe, le plus tôt possible. La conférence de Téhéran ( – ) confirme le choix de porter l'essentiel de l'effort sur un débarquement en France en et d'entreprendre seulement des actions modestes en Italie.
Reste aux Alliés à en choisir l'emplacement. Les chasseurs britanniques tels que le Spitfire et le Typhoon avaient une faible autonomie de vol, limitant considérablement les sites d'atterrissage potentiels, car l'appui aérien efficace dépendait de la durée pendant laquelle les avions pouvaient rester dans les airs, survolant les sites de combat. Morgan a envisagé quatre sites en France pour le débarquement : la Bretagne, la presqu'île du Cotentin, la Normandie et le Pas de Calais. La Bretagne et le Cotentin étant des péninsules, il aurait été relativement facile pour les Allemands d’entraver l’avancée alliée sur leurs isthmes étroits, aussi les deux furent-ils écartés. Le profil des côtes, les contraintes logistiques et le rayon opérationnel des avions de chasse, nécessaires pour la couverture aérienne et le soutien des troupes au sol, réduisent les possibilités de débarquement à deux choix : le Pas-de-Calais et l'Ouest de la Normandie.
Bien que le Pas-de-Calais offre les meilleures plages et un accès plus rapide vers l'Allemagne, il est considéré comme un choix trop évident et jugé trop bien défendu. En outre, un tel choix obligerait à concentrer toutes les forces militaires dans le Kent. Des ports importants comme Plymouth, Southampton ou Portsmouth auraient été trop éloignés du lieu de débarquement. La Normandie quant à elle, offre l'avantage d'être presque à équidistance de l'ensemble du littoral du sud de la Grande-Bretagne. De plus, la prise de la Normandie permet de disposer des ports en eaux profondes de Cherbourg et du Havre (et dans un second temps, après la conquête de la Bretagne, de ceux de Brest, Lorient et Saint-Nazaire). Enfin, la Normandie se trouve aux portes de Paris, objectif hautement politique et symbolique. La Normandie est donc choisie.
Le débarquement en Normandie a bénéficié des expériences du passé. Celle de la Première Guerre mondiale d'abord. Winston Churchill qui participe à l'élaboration de l'opération, fait bénéficier l'état-major des erreurs commises lors de la bataille des Dardanelles en 1915F. Kersaudy, Winston Churchill - le pouvoir de l'imagination, Paris, Tallandier, 2009, 715 p... Ensuite, les expériences des diverses opérations de débarquement menées par les Alliés (Torch en Afrique du Nord, Husky en Sicile, Avalanche et Shingle en Italie) viennent affiner la tactique. Enfin, l'échec du débarquement de Dieppe (le ) a montré qu'il n'est pas souhaitable d'attaquer directement un port pour débarquer. De plus, la capacité défensive des grands ports a été considérablement accrue depuis 1942, les rendant quasi-imprenables par un assaut venant de la mer. L'échec de Dieppe a également mis en évidence la nécessité d'une artillerie adéquate, d'un appui aérien rapproché et de navires spécialisés capables de naviguer plus près du rivage.
vignette|350px|Le rééquipement des escadrons de chasse américains sur les terrains d'aviation britanniques en avec des Mustang P51 modèle D à long rayon d'action permet d'anéantir la chasse allemande sur les côtes de Normandie et de Calais et d'atteindre la suprématie aérienne ; le ciel acquis, pendant toute l'opération Overlord les mouvements au sol des divisions allemandes ne pourront avoir lieu que de nuit. La voiture de Rommel lui-même sera mitraillée par des appareils alliés.
L'état-major général de la COSSAC prévoyait de commencer l'invasion le . La première ébauche du plan fut acceptée à la Conférence de Québec en . Les généraux Dwight David Eisenhower et Bernard Montgomery sont nommés respectivement commandant suprême des forces expéditionnaires alliées et commandant opérationnel des forces d'invasion terrestres en et .
vignette|gauche|Eisenhower donnant les dernières instructions aux soldats du débarquement en Normandie : Full victory-nothing else (« la victoire complète et rien d'autre»).
La planification se déroule dans le plus grand secret. Tous les documents concernant l'opération sont marqués du mot « BIGOT » pour les classer secret. Ils ne peuvent être consultés que par des officiers figurant sur une liste nominative et tenus de n'en divulguer aucun détail. Initialement, le plan prévoit le débarquement de trois divisions par la mer et de deux brigades par les airs. Sur les instances de Montgomery, favorable à un front plus large, ce total est porté à cinq divisions par la mer et trois par les airs.
Le Jour J, initialement fixé au , est repoussé au puis au , ce délai permettant de bénéficier d'un mois supplémentaire de production de barges de débarquement. Finalement, le débarquement sera reporté au en raison de mauvaises conditions météorologiques La prévision du temps pour le Jour J, article en ..