Le service psychosocial (SPS) des établissements pénitentiaires belges est un service composé de psychiatres, de psychologues et d’assistants sociaux présents dans chaque prison belge et rattaché au service public fédéral Justice. Son rôle principal est de rédiger des avis destinés au directeur de la prison et aux magistrats décidant de la pertinence d’une libération anticipée, pour les condamnés ou internés incarcérés.

Il est l'héritier du Service d'anthropologie pénitentiaire qui fut renommé en 1998 en Service psychosocial.

Histoire Premier laboratoire d’anthropologie belge (1907) L’histoire de la psychiatrie carcérale belge débute officiellement en 1907 avec la création du premier laboratoire d’anthropologie à la prison de Bruxelles (située alors à la rue des Minimes) qui déménage en 1910 à la prison de Forest, nouvellement construite. L’instigateur du projet est Louis Vervaeck, un médecin passionné d’anthropologie criminelle. Ce laboratoire propose d’étudier « l’anatomie, la physiologie normale et pathologique du détenu belge, sa psychologie […] de déterminer les conditions de milieu et d’influence sociale où se meut le délinquant belge, ses tares héréditaires et acquises ; de préciser enfin quelle action exerce sur lui le système actuel de répression et d’amendement ». Vervaeck se fixe six objectifs principaux : récolter des mesures anthropométriques de chaque détenu de la prison, traiter scientifiquement ces données, identifier les signes de dégénérescence de l’espèce ayant causé le comportement criminel, proposer un traitement adapté à chaque détenu, améliorer le régime carcéral sur base des constats scientifiques et envisager une politique prophylactique pour contrer les tares héréditaires. En tant que pionnier belge dans ce domaine, Vervaeck consacre toute sa carrière à cette ambitieuse entreprise. Il élabore un questionnaire à l’intention des détenus, des indices physiologiques objectivant les stigmates de dégénérescence héréditaire, rédige de nombreux articles et crée un cours d’anthropologie criminelle destiné à ses collègues et au personnel pénitentiaire.

Dans la continuité des travaux de Lombroso, Vervaeck soutient l’idée qu’il existe un substrat biologique héréditaire au comportement délinquant mais que celui-ci est déclenché par des facteurs extérieurs. Il insiste sur la notion de blastotoxie qui désigne la détérioration des éléments reproducteurs sous l’effet de poison. Parmi les différents poisons existants, il cite l’alcool mais également les drogues, les intoxications, la tuberculose, la syphilis, la malnutrition, etc. Ces facteurs, au moment de la procréation induisent, selon Vervaeck, une prédisposition criminelle. On le voit, dans cette conception, héréditaire n’est pas synonyme de génétique. Son modèle de compréhension de la délinquance intègre des paramètres biologiques mais également environnementaux. Il peut être intéressant de resituer ces réflexions dans le contexte historique de la Belgique à l’aube du . En effet, le pays est en plein essor industriel et voit apparaître une bourgeoisie nouvelle qui s’enrichit de l’exploitation et du traitement du fer et du charbon. Une grosse partie de la population appartient à la classe ouvrière, ne disposant pas de couverture syndicale et dont les conditions de travail sont très éprouvantes. La majorité de la population est donc soumise à un environnement nocif à la santé, à une absence d’éducation, à une hygiène défaillante, aux maladies sexuellement transmissibles, à la tuberculose, à la silicose, à un stress professionnel important, à la malnutrition, etc. Le recours à l’alcool est très fréquent dans les milieux ouvriers. Cet alcool fut pointé du doigt par les médecins de l’époque mais également par les pouvoirs politiques, qui prirent des mesures pour réduire l’ivresse sur la voie publique. Vervaeck est d’ailleurs un militant actif dans le souci de réduire ce qui était perçu comme un fléau social. En s’intéressant au concept de blastotoxie, il se penche sur les conditions délétères du développement de l’embryon humain mais également à celui des enfants dans le contexte social de l’époque. Sa critique de la société est toutefois minimale. Il milite cependant pour améliorer les habitations, l’alimentation, pour favoriser le sens moral grâce aux valeurs religieuses, pour décourager la fréquentation des cafés et des divertissements. Il prône un hygiénisme social censé combattre la dégénérescence de l’espèce. Il déconseille le métissage et soutient la Société belge d’eugénisme qui entend « essentiellement par la sélection et la protection des meilleures unités de la race (de) relever le niveau biologique de la société et, par application de mesures pratiques d’éducation et de prophylaxie, tels l’initiation sexuelle prudente et l’examen médical avant le mariage, d’éviter la procréation de tarés et dangereux ».

Les recherches de Vervaeck lui permirent de rassembler un grand nombre de données et d'en publier les résultats lors de congrès scientifiques ou dans des revues criminologiques.

Service d’anthropologie pénitentiaire Création (1920)

Séduit par les travaux et les ambitions de Louis Vervaeck, le ministre de la Justice Émile Vandervelde décide de créer des laboratoires d’anthropologie pénitentiaire dans les plus grandes prisons. Ainsi naît le Service d’anthropologie pénitentiaire (SAP)Arrêté royal du 30 mai 1920. censé permettre d’adapter le régime carcéral en fonction des caractéristiques des détenus. L’idée sous-jacente est d’individualiser la peine du détenu en l’envoyant dans une prison lui correspondant, mais également de mieux connaître les caractéristiques anatomiques, biologiques et psychologiques des condamnés, en un mot de mieux connaître l’homme délinquant, d’où le titre de service d’anthropologie. Un an plus tard, sont créées des annexes psychiatriques dans certaines prisons afin de permettre l’observation de détenus problématiques. Marcel Alexander, médecin anthropologue à cette époque, constate que :

Ce constat est d’autant plus important qu’il mène en 1930 à la promulgation d’une loi dite de défense sociale concernant les délinquants anormaux et les récidivistes, officialisant le rôle imparti aux annexes psychiatriques. Selon Radzinowicz, le vote de cette loi est à souligner car elle renvoie à l’influence que la profession médicale eut sur la législation pénitentiaire.

Le personnel du Service d’anthropologie pénitentiaire se retrouve dès lors impliqué dans la prise en charge de cette catégorie de détenus. Wim Depreuw note que, malgré le renfort des premiers auxiliaires sociaux la même année, le travail du Service d’anthropologie pénitentiaire est complètement accaparé par cette catégorie de détenus, au détriment des autres. Par exemple, l’avis du médecin anthropologue peut être demandé pour décider d’octroyer une libération anticipée à un détenu. Casselman constate que durant l’entre-deux-guerres, Louis Vervaeck et le ministre Émile Vandervelde sont associés dans une reforme approfondie des pratiques pénitentiaires qui défend l’amendement par l’éducation et le travail dans une optique de réinsertion.

Alexander, précise que, progressivement, « le rôle des anthropologues ne se limite plus à la recherche pure ou à la vérification des théories ». Leurs observations débouchent sur des recommandations pour un traitement individuel et un type de régime pénitentiaire des condamnés examinés. Par ailleurs, un examen systématique est prescrit pour tous les condamnés, trois à six mois avant la fin de leur peine.

Ces réformes rencontrent toutefois un obstacle inattendu, lorsque l'armée allemande envahit la Belgique le .

Pendant la Seconde Guerre mondiale (1940 à 1945)

À la suite de la capitulation et de l’exil volontaire d’une partie du gouvernement belge en Angleterre, le pays est occupé et placé sous administration militaire allemande dirigée par le général von Falkenhausen. Les prisons belges sont notamment utilisées par les différents corps de police allemande pour incarcérer les prisonniers politiques et résistants.

Les quelques documents officiels disponibles (Bulletins de l’administration pénitentiaire) se réfèrent essentiellement à la gestion de la surpopulation et au régime spécifique appliqué aux inciviques après la libération. Ils abordent peu l’action du SAP. Cette période est cependant loin d’être stérile.

L’existence de rapports anthropologiques aux archives nationales indique que les médecins anthropologues poursuivent la rédaction de ceux-ci pour les détenus de droit commun. Le médecin anthropologue, Étienne De Greeff publie Amour et crime d’amour en 1942 et Âmes criminelles en 1949 à partir de son expérience à la prison de Louvain central où il exerçait depuis 1926.

Par ailleurs, les travaux de la Commission internationale pénale et pénitentiaire se poursuivent et des réformes novatrices importantes sont expérimentées en milieu carcéral belge.

La libération de la Belgique par les alliés, en septembre 1944, provoque une violente répression contre les inciviques, collaborateurs (réels ou supposés) de l’administration allemande. Certains sont violentés, voire tués, mais ces excès sont très limités grâce à l'action de l'auditorat militaire. D’autres sont incarcérés, comme en témoigne une augmentation de la population carcérale de (en 1940) jusqu’à et en 1945.

Après la Seconde Guerre mondiale (1945-1950) Le gouvernement belge, de retour au pays, considère le problème de l’incivisme comme une question socio-politique prioritaire. Pour Philippe Mary, cette période figure « l’un des seuls moments où la question criminelle ne sera pas abordée dans l’optique individualisante » puisque « cette délinquance est imputable à des causes extérieures à l’individu ». À la répression « pure » et la classification rudimentaire entre détenus de droit commun et inciviques de 1945 et 1947, succède une vaste action de rééducation des condamnés et de leur entourage, « dans un souci de garantir la paix sociale, d’assurer la stabilité politique et la reconstruction du pays ». La possibilité de rachat est offerte à tous les condamnés inciviques proportionnellement à leurs fautes, leurs aptitudes et leur volonté d’amendement, observées en régime ordinaire. Un véritable traitement des inciviques dans des centres d’internement miniers ou d’éducation professionnelle est élaboré par le ministre de la justice Paul Struye et l’administration pénitentiaire.

Ce régime spécifique est confié à un magistrat militaire, Jean Dupreel. Il expérimente, de septembre 1947 à mai 1950, des principes novateurs tels que le travail-rachat : « par la réalisation d’un travail utile à la société, le condamné reconnaît qu’il a causé préjudice à celle-ci et accepte de le réparer », l'auto-gestion (certains détenus participant activement à l'organisation de la prison) et le régime ouvert communautaire. Ces expériences positives sont considérées par les criminologues comme un moment clé ébranlant la conception de la détention cellulaire. Elles seront longuement débattues lors du premier congrès des Nations unies sur la prévention du crime et le traitement des délinquants en 1955.

Bien que centrées sur la resocialisation, elles ne seront pas généralisées aux délinquants de droit commun. D’après l’administration pénitentiaire belge, la délinquance politique aurait un caractère fondamentalement occasionnel propre aux circonstances de guerre. La majorité des détenus inciviques présenterait une moralité et un niveau intellectuel plus élevés et ne serait pas assimilable à des délinquants de droit commun « médiocres et inaptes pour causes diverses ».