Le Concours Eurovision de la chanson est un évènement annuel organisé par l’Union européenne de radio-télévision, l’UER. Il réunit les membres de l’Union dans le cadre d’une compétition musicale, diffusée en direct et en simultané par tous les diffuseurs participants. Le concours est retransmis à la télévision (par câble et satellite), la radio et sur Internet. .
Le tout premier concours eut lieu le , à Lugano, en Suisse. Sept pays fondateurs concoururent alors pour le grand prix. Depuis, le concours (appelé plus communément Eurovision) s’est tenu chaque année, à l'exception de l'année 2020, où le concours avait dû être annulé à cause de la transformation de la salle du concours à Rotterdam en un hôpital d'urgence en raison de la pandémie de covid-19. Le nombre de pays participants n’a cessé d’augmenter, passant de sept à une quarantaine au . À travers les décennies, le concours a évolué, s'est adapté et réinventé, accompagnant les développements technologiques et musicaux, mais aussi historiques et politiques.
Origines Le Concours Eurovision de la chanson trouve ses origines dans le contexte géopolitique des années 1950. Cette période d’après-guerre est marquée par les efforts de reconstruction des anciens pays belligérants et par leur volonté d’instaurer une paix durable. Leurs dirigeants politiques décident d'édifier une Europe nouvelle et pacifiée, en créant des liens indissolubles, sur les plans économiques, politiques et géographiques, mais aussi culturels et symboliques.
C’est ainsi que fut fondée en 1950, l’Union européenne de radio-télévision, organisme international dont le siège s'établit à Genève, en Suisse. L’UER rassemblait les radio- et télédiffuseurs publics des principaux pays d’Europe de l’Ouest. Ces diffuseurs nationaux avaient décidé de mettre leurs ressources matérielles, technologiques et intellectuelles en commun, dans une double perspective : améliorer la qualité de leurs programmes et réaliser des économies d’échelle.
Le mot Eurovision lui-même fut inventé par le journaliste anglais George Campey, dans un article publié le par le London Evening Standard. Campey l’employa à propos d’une émission produite par la BBC et relayée en direct par la télévision publique néerlandaise. Il le définit comme « un système de coopération permettant un échange de programmes télévisés entre les pays d’Europe de l’Ouest. ».
Cependant, dès sa création, l’UER rencontra deux obstacles importants : la diversité des langues de ses pays membres et l’absence d’une culture commune. L’Union se résuma rapidement à une simple bourse d’échange entre diffuseurs. Il lui fallut plusieurs années pour développer des moyens de production centralisés et surtout, un imaginaire collectifVENON Fabien, « L’Eurovision et les frontières culturelles de l’Europe », Cybergeo – Revue européenne de géographie, 23 janvier 2007, p.2..
Le , les délégués des diffuseurs membres de l’UER se réunirent pour la toute première fois à Londres, au siège de la BBC. Il s’agit là de l’évènement fondateur du concept même d’« Eurovision ». Car les délégués établirent ensemble un programme commun, qui allait présider à la saison télévisée de l’année 1954. Il fut décidé que chaque diffuseur organiserait un événement télévisuel qui serait diffusé en Eurovision dans tous les pays concernés. C’est-à-dire : en sons et images, en direct et en simultané, par le biais des réseaux de communication publics et nationaux. Les délégués prirent une autre décision capitale sur le plan symbolique : ils choisirent de doter l’UER d’un hymne qui reflèterait leur volonté d’union et d’unité. Ils choisirent pour cela le prélude orchestral du Te Deum de Marc-Antoine Charpentier.
Et donc, le , fut diffusée la toute première émission en Eurovision. Elle débuta par une vue extérieure de la Fête des Narcisses, depuis Montreux, en Suisse, suivie immédiatement d'images d'une parade fluviale. Ce fut le lancement d’une première saison d’échanges et le point de départ d’un cadre systémique durable.
Débuts Après une première saison jugée satisfaisante, les délégués des diffuseurs membres de l’UER se réunirent à nouveau en , cette fois à Monaco. Ils discutèrent de la création d'un événement qui permettrait à la fois de populariser l’UER, de promouvoir les relations entre ses pays membres et d’employer les nouvelles ressources offertes par le réseau Eurovision..
Ils se mirent en quête d’une production commune qui servirait de véhicule aux nouvelles technologies de la communication offerte par la télévision et qui permettrait de rapprocher les pays participants dans le cadre d’un divertissement léger. Deux suggestions furent émises : un festival de cirque, sur le modèle de celui de Monte Carlo, ou un festival de musique, sur le modèle de celui de Sanremo, créé en 1951. Ce fut cette dernière idée qui l’emporta, donnant ainsi naissance au Concours Eurovision de la chanson. Son promoteur était le directeur général de la télévision publique suisse, Marcel Bezençon, qui passera ainsi à la postérité comme l’inventeur du concours.
Le , les délégués se réunirent au Palais Corsini, à Rome. Ils actèrent définitivement la décision prise en janvier et décidèrent d’organiser la première édition du concours en , à Lugano, en Suisse. Ils en fixèrent les principes fondamentaux, qui demeurent toujours inchangés : le Concours Eurovision de la chanson serait un concours musical qui prendrait la forme d’un programme télévisé, diffusé en direct et en simultané par tous les diffuseurs participants. Chacun d’entre eux présenterait au cours de la soirée une chanson originale, qui serait jouée et interprétée en direct. Une fois toutes les chansons présentées, chaque pays leur attribuerait des points, lors d’une procédure de vote. Au terme de celle-ci, le pays ayant obtenu le plus grand nombre de points serait déclaré vainqueur. Enfin, les délégués fixèrent un objectif particulier au concours : encourager la production de chansons populaires, originales et de qualité, en plaçant auteurs et compositeurs dans une situation de concurrence internationale>.
En parallèle de ce processus, l'OTAN tente également de lancer en 1955-1956 un « Festival musical de l'Alliance atlantique », démarche satisfaite avec le concours de l'Eurovision...
1956 200px|thumb|right|Logo du premier Concours Eurovision Le tout premier Concours Eurovision de la chanson eut lieu le jeudi , au Teatro Kuursal de Lugano, en Suisse. Sept pays concoururent pour le grand prix : l'Allemagne, la Belgique, la France, l'Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas et la Suisse. C’est justement le pays hôte, la Suisse qui remporta la victoire, avec la chanson Refrain, interprétée par Lys Assia.
Chaque pays envoya sur place un commentateur, afin de couvrir le concours, et quatre millions de téléspectateurs suivirent l’évènement en direct. Cependant, cette première édition demeure particulière, de très nombreuses modalités prévues par le règlement actuel n’ayant pas encore été adoptées. Ainsi, chaque pays présenta deux chansons, point rendu nécessaire par le nombre restreint de pays participants. Seuls des artistes en solo furent admis à concourir et toute chorégraphie fut interdite. Le présentateur, Lohengrin Filipello, s’exprima exclusivement en italien, la règle obligeant les présentateurs à s'adresser au public dans les deux langues officielles de l'UER (le français et l'anglais) n'étant pas encore entrée en vigueur. Enfin, aucune règle concernant la durée et la langue des chansons ne fut fixée. Chaque pays recourut pourtant à ses langues nationales.
La représentante néerlandaise, Jetty Paerl, ouvrit le spectacle avec De vogels van Holland, qui devint ainsi la toute première chanson présentée au concours.. Le vote, quant à lui, fut décidé entièrement par un jury international. Chaque pays participant envoya à Lugano deux jurés, sauf le Luxembourg. L’UER permit à ce pays de se faire représenter par les jurés suisses. Chaque juré pouvait attribuer deux points à la chanson de sa préférence. Les jurés avaient le droit de voter pour une chanson de leur propre pays. Les résultats complets ne furent jamais rendus publics. Le président du jury, Rolf Liebermann, se contenta d’annoncer le nom de la chanson victorieuse et de son interprète. Les bulletins de vote furent détruits immédiatement. Il n’y eut donc ni deuxième, ni dernière place..
1957 La Suisse ne souhaitant pas organiser le concours une seconde année consécutive, ce fut l'Allemagne qui se chargea de l'organisation de l'édition 1957.. La règle voulant que le pays gagnant organise le concours l'année suivante n'était pas officiellement entrée en vigueur. Il était admis alors que le concours serait organisé à tour de rôle par les pays participants.
De nouvelles règles furent introduites, lesquelles donnèrent au concours son format actuel. Ainsi, les pays participants ne purent présenter qu'une seule et unique chanson. En revanche, des duos furent admis à concourir. Il fut également décidé que la procédure de vote deviendrait part intégrale du spectacle. Les jurys seraient désormais contactés par téléphone et donneraient leurs résultats oralement et en direct. C’est alors que fut introduite une règle fondamentale du concours : il fut désormais interdit aux membres des jurys nationaux de voter pour leur propre pays. Durant la procédure, les votes furent affichés et additionnés au fur et à mesure sur un tableau d’affichage.
Cette année-là, la chanson britannique dura 1 minute et 52 secondes, la plus courte jamais présentée au concours. À l'opposé, la chanson italienne dura 5 minutes et 9 secondes, la plus longue jamais présentée au concours. Il fut décidé, par après, de modifier le règlement et de fixer une durée obligatoire pour chaque chanson : trois minutes au maximum.
1958-1962 En 1958, fut instaurée la règle voulant que le pays victorieux organise le concours l'année suivante.
En 1959, il fut désormais interdit à des auteurs et des compositeurs professionnels de faire partie des jurys nationaux.. Cette année-là, pour la toute première fois, le concours débuta par une vidéo introductive. Il s'agit d'un plan mouvant de la caméra, montrant une vue de Cannes, la nuit. À la mer, succéda la plage, puis la Croisette, les marches du Palais des Festivals, la façade du Palais et enfin les drapeaux des pays participants, hissés à son sommet. Il y eut ensuite un fondu et un autre plan mouvant, à l'intérieur de la salle. L'on vit successivement la scène, l'orchestre, le public et les cabines des commentateurs. La présentatrice de la soirée, Jacqueline Joubert, fut la première à ouvrir le spectacle par la phrase rituelle : « Bonsoir l’Europe ! ». Enfin, pour la seule et unique fois de l’histoire du concours, les chansons ayant terminé en deuxième et troisième position furent rejouées à l’issue du vote, avant la reprise traditionnelle de la chanson gagnante.
En 1960, le concours eut lieu le mardi . Ce fut la dernière fois qu’il se tint au milieu de la semaine. Par la suite, il eut toujours lieu durant le week-end<. Le programme fut alors regardé par près de 30 millions de téléspectateurs.. La chanson gagnante, Tom Pillibi, interprétée par la Française Jacqueline Boyer, devint la première chanson gagnante du concours à devenir un succès dans plusieurs pays européens : l’Allemagne, la France, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et la Suède notamment. Pour la première fois, le trophée fut remis par le gagnant de l’année précédente. Cette nouveauté devint rapidement une tradition. Jacqueline Boyer reçut ainsi la coupe des mains de Teddy Scholten, qui lui dit : « Mes sincères félicitations ! Et pour l'avenir, bonne chance !»
En 1962, à la suite de l’adoption d’un nouveau de système de vote, quatre pays ne reçurent aucun point. Ce fut la première fois que le tableau d’affichage ne marqua aucun point, ce qui donna naissance à une expression particulière : le « nul point », qui désigne toute dernière place sanctionnée par un score nul.
1963