Jean Borotra, né le à Biarritz et mort le à Arbonne (Pyrénées-Atlantiques), est un joueur de tennis et homme politique français.

Surnommé « le Basque bondissant », il est l'un des « Quatre Mousquetaires » qui se sont illustrés avec l'équipe de France en Coupe Davis dans les années 1920 et 1930. Vainqueur de dix-huit tournois majeurs toutes catégories confondues, il s'est notamment imposé en simple à Wimbledon en 1924 et 1926 et à Roland-Garros en 1931.

Point noir dans sa biographie, patriote mais aussi membre d'un parti nationaliste conservateur, Borotra est un membre actif du Régime de Vichy, donc implicitement « collaborateur » avec les Nazis. De fait, entre 1940 et 1942, il est commissaire général à l'éducation physique et aux sports du gouvernement de Vichy. Cependant en 1942, ses prises de position et ses actions ont évolué, il est poussé è la démission par les Nazis qui le considèrent « trop indépendant ». Il est arrêté par la Gestapo, en novembre 1942, alors qu'il tente de quitter la métropole pour rejoindre les Alliés en Afrique du Nord. Détenu comme des « Ehrenhäftlinge » (prisonniers d'honneur), il est envoyé au camp de Sachsenhausen, puis transféré au château d'Itter en Autriche, où il retrouve d'autres dignitaires français: les anciens Présidents du Conseil Paul Reynaud et Édouard Daladier ou encore les généraux Weygand et Gamelin. Gardés et encerclés par des Waffen-SS, les otages de marque sont libérés par des troupes américaines aidées par des soldats de la Wehrmacht ! Peu après leur sauvetage, Borotra et le général Weygand sont arrêtés sur ordre des Autorités de ParisArticle du journal La Libre du 18/04/2021.

Biographie Famille Jean Laurent Robert Borotra est le fils d'Henri Borotra (1864-1907), homme de lettres, et de Marguerite Laurence Suzanne Juliette Revet (1868-1947). Son père Henri est né à Zacatecas au Mexique, d'une mère mexicaine et de Jean Borotra, qui sera maire d'Arbonne de 1881 à 1896.

Il a deux frères cadets : Frédéric (1902-1923), diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris, mort à d'une double pneumonie., et Édouard (1904-1979), ingénieur et père des hommes politiques Didier et Franck Borotra. Édouard, joueur de tennis classé en première série en 1929 et 1930 a participé à trois éditions des Internationaux de France, ainsi qu'au tournoi de Wimbledon de 1928.. Jean Borotra est le grand-oncle de l'actrice Claire Borotra, qui est la fille de Franck.

Jean Borotra épouse le Mabel de Forest-Bischoffsheim (1902-1998), fille de , un aristocrate naturalisé britannique, héritier par adoption de la grande fortune Hirsch-Bischoffsheim et connu sous le titre de « comte de Bendern ». Elle est divorcée de l'homme politique Edmond Barrachin.. Borotra et elle auront un fils, Yves, avant de divorcer en Selon mention marginale de l'acte de naissance, ., elle ayant été accusée à la Libération d'avoir dénoncé des résistants et d'avoir été une informatrice de la Gestapo.. Elle est jugée par contumace en alors qu'elle s'est réfugiée en Suisse. Condamnée à une peine de de travaux forcés, elle est finalement acquittée en 1953 par le tribunal militaire de Paris, après son retour en France en 1952. Jean Borotra témoigne en sa faveur, en 1950 (affirmant qu'il ne l'a plus vue depuis mais qu'elle ne peut pas être coupable) et en 1953Le Monde, 31/12/1949 : Le Parisien libéré, 25/7/1953, Tucson daily citizen, 1/5/1950, , The Ottawa journal, 28/4/1950, , The Evening independant, 31/5/1952, , The Kansas city times, 25/7/1953, , Spokane daily chronicle, 28/4/1950.. Il se remarie en avec l'historienne Janine Bourdin (1925-2017)..

Jeunesse Jean Borotra passe sa jeunesse au Pays basque. Il découvre le tennis à 14 ans lors d'un séjour linguistique dans une famille anglaise, les Wildy, habitant à Kenley (Surrey). : jusqu'alors, il n'avait connu que la pelote basque. Ses hôtes ont bien du mal à croire qu'il n'a jamais touché une raquette (il a d'ailleurs commencé à renvoyer les balles à mains nues, comme dans le jeu de maniste, une des variantes de la pelote basque qu'il pratiquait en alternance avec le joko garbi, ou chistera courte). Les tennismen locaux se bousculent pour affronter le jeune phénomène français dont le style tennistique est tout sauf académique mais dont la condition physique exceptionnelle, associée à un grand désir de vaincre le font progresser à pas de géant.

Première Guerre mondiale Dès ses dix-huit ans, Jean Borotra interrompt ses études au lycée Saint-Louis à Paris pour s'engager volontairement dans l’Armée, le pour la durée de la guerreFiche matricule du bureau de recrutement de Bayonne.. D'abord canonnier de au d'artillerie lourde, il est admisDernier, d'après la liste publiée au Journal officiel du ., en , à l’École de l'artillerie de Fontainebleau. Il en sort, fin , aspirant d'artillerie à titre temporaire, d'abord au d'artillerieJournal officiel du 30 août 1917. puis au d’artillerie lourde. Il gagne ses galons de sous-lieutenant à titre temporaire le Journal des marches et opérations du du d'artillerie lourde, ; . et termine la guerre avec deux citations (fiche matricule ). À l’ordre du régiment, sous–lieutenant Jean Borotra, du d’artillerie lourde : (). : croix de guerre.. Son grade de sous-lieutenant est rendu définitif peu avant sa démobilisation en Journal officiel du ..

Son engagement volontaire pendant la Guerre de 1914-1918 met entre parenthèses sa carrière tennistique naissante, cependant il parvient en finale du double du championnat militaire de tennis de l'armée du Rhin en 1919, associé à un ancien champion de France militaire, le capitaine Cardot. La paire Cardot - Borotra est battue en finale, de peu, et Cardot demande à Borotra combien de fois il a joué au tennis. Borotra répond qu'il n'a joué que moins d'une centaine de parties. Cardot répond que cela ne l'étonne pas, .

Études Comme son engagement sous les drapeaux ne lui a pas permis de suivre une scolarité normale, il peut participer à une épreuve spéciale. du concours d’entrée à l'École polytechnique qu'il intègre dans la promotion dite « 1920 spéciale » ou « 1920Ssur le site de la [http://www.bibliotheque.polytechnique.fr bibliothèque de l'École polytechnique. Sa fiche mentionne notamment qu'il a été classé au classement d’entrée et au classement de sortie, dans une promotion de . ». Borotra fait très probablement partie de la khômiss.. Il est également fortement engagé dans la pratique sportive et n'entre pas dans la fonction publique à sa sortie de l'École en 1922. Durant cette période, il remporte le championnat de France militaire de football avec l'équipe de Polytechnique en 1921. Il obtient également une licence de droit.

Brillant étudiant, il est toutefois plus assidu sur l'unique court de tennis de l'école (alors en plein Paris) qu'en cours. Il lui arrive même de se faire remplacer lors d'un examen partiel par son condisciple Louis Leprince-Ringuet (futur physicien et bon joueur de tennis) car il est parti disputer un tournoi en Belgique sous le pseudonyme d'Ortabor (anagramme transparent de Borotra).

Parcours tennistique En , Jean Borotra bat un des meilleurs joueurs français de l'époque, André Gobert, alors qu'il s'adonne également au football, et accède directement à la première série, avec le rang de 5 français. Finaliste du critérium au Racing club contre Henri Cochet, il dispute des tournois internationaux, dont une finale de double mixte, au tournoi de Cannes, associé à Suzanne Lenglen. Dès 1922, il est sélectionné dans l'équipe de France de Coupe Davis, épreuve qu'il dispute de multiples fois associé aux trois autres mousquetaires Cochet, Lacoste et Brugnon.

Surnommé par les médias anglophones « the bounding Basque » (« le Basque bondissant ») en raison des bonds impressionnants qu'il effectue sur le terrain, il gagne les tournois de Wimbledon en 1924 et 1926 (trois fois finaliste) et de Roland-Garros en 1931, ainsi que le championnat d'Australie en 1928, à l'occasion d'une tournée organisée par son club, le Racing. Il est un des rares joueurs non australiens à avoir disputé ce dernier championnat car les moyens de transport de l'époque ne favorisaient guère la venue des grands champions du temps, et le seul « Mousquetaire » à l'avoir remporté. Il échoue en finale de l'US Open de tennis 1926 contre René Lacoste, qui le bat en finale , , , ce qui l'empêche ainsi de réaliser un Grand Chelem sur la durée de sa carrière.

Sa « bête noire » a été le champion américain Bill Tilden ; il est toutefois le premier des Mousquetaires à le battre, lors du championnats des États-Unis sur courts couverts de 1926, ce qui restera sa seule victoire contre lui.

Jean Borotra est le détenteur de plus de 80 titres internationaux. Il a été 59 fois champion de France, 20 fois champion d'Angleterre, trois fois champion du monde et deux fois champion d'AmériqueJean Laurent Robert BOROTRA (1898-1994)..

Il compte 32 sélections en Coupe Davis de 1922 à 1947. En 54 matchs disputés, il totalise 19 victoires pour 12 défaites en simple et 17 victoires pour 6 défaites en double. Il a aussi été médaille de bronze en double aux Jeux olympiques à Paris.

Volleyeur de premier ordre, avec une technique peu orthodoxe mais des qualités athlétiques exceptionnelles, Borotra pratique toute sa vie un tennis d'attaque, s'emparant du filet à la première occasion, où il est quasiment « impassable » grâce à son sens de l'anticipation et sa très bonne détente. Excellent sur surfaces rapides, il est particulièrement redoutable sur courts couverts en bois, surface sur laquelle il remporte des tournois à plus de cinquante ans, comme le championnat d'Angleterre sur court couvert alors qu'il est âgé de cinquante-et-un ans. En 1936, il remporte la Coupe du Roi au côté de Bernard Destremau. Ayant arrêté la compétition au plus haut niveau à la veille de la Seconde Guerre mondiale, il fait sa rentrée dans le tournoi de Deauville en 1946. et parvient à réaliser en 1947 une unique et dernière apparition en équipe de France de Coupe Davis, en double contre la Tchécoslovaquie où il perd cependant son match. Au Championnat international des vétérans, il a remporté le simple en 1959 et le double en 1960 (avec Adrian Quist) et 1964 (avec McCall). Il joue son dernier match en compétition à lors du tournoi de double mixte vétéran de WimbledonVoir Le dictionnaire des médaillés olympiques français..

Jean Borotra a été membre depuis 1920 puis président du Tennis club de Paris de 1930 à 1941, lauréat du prix Guy Wildenstein de l'Académie des sports en 1937, et lauréat du Prix du Dirigeant sportif en 1938 du comité de l'Association des écrivains sportifs. Jean Borotra est nommé président d'honneur de la Fédération française de tennis après la guerre. Il a également été vice-président de la Fédération internationale de tennis; il est évincé en 1969, car il s'oppose à ses collègues français sur la question du statut des joueurs et leurs rapports avec les promoteurs professionnels.. Il a été nommé membre de l'International Tennis Hall of Fame avec ses camarades Mousquetaires en 1976, et a été élu Gloire du sport.

Carrière professionnelle Jean Borotra mène de front une double carrière de champion de tennis et de cadre dirigeant dans l'industrie. Il est embauché en 1924 par la SATAM (« société anonyme pour tous appareillages mécaniques »), fabricant d'appareils pour la distribution des carburants, en qualité d'ingénieur commercial chargé des exportations. Il devient ensuite administrateur de la société de 1933 à 1976, ainsi que de l’Union française de crédit pour le commerce et l’industrie, de la marque Hotchkiss-Delahaye en 1953. La SATAM et l’Union française de crédit font partie d’un groupe fondé par le polytechnicien Alexandre Giros, la SGE (Société générale d’entreprise). L’un des ses fils, François, PDG de la SATAM, est administrateur avec Borotra d’une filiale, la société britannique Avery-Hardoll LtdL’Industrie du pétrole en Europe, 1972, , « Les cinquante ans d’industrie de Jean Borotra », ..