vignette|redresse=1.7|alt=Carte en couleurs portant des repères géographiques détaillés dans la légende ci-dessous.|« Quartiers généraux » successifs de Lecoz et de son maquis. Lecoz seul :
Le maquis Lecoz (parfois écrit Le Coz ou Lecoze) est un groupe de résistants qui opère de à dans le sud-est de l'Indre-et-Loire, entre le Cher et l'Indre, durant la Seconde Guerre mondiale.
Reconnu officiellement par les Alliés début , il bénéficie dès lors de l'assistance matérielle de Londres et de la Direction générale des Services spéciaux du général de Gaulle. Il conduit avec succès une douzaine d'actions de guérilla qui occasionnent des pertes sévères à l'occupant allemand et participe à la libération provisoire de Loches le . En parallèle, il mène une intense activité de pillage et de racket (une trentaine de victimes) ainsi que d'exécutions sommaires (17 ou 18 recensées). Les crimes et dérives du maquis Lecoz le définissent comme un « maquis noir ».
Son chef, le « capitaine » autoproclamé Lecoz, est arrêté par les autorités du gouvernement provisoire de la République française le . Son procès révèle qu'il s'appelle en réalité Georges Dubosq, qu'il est un criminel, un voleur multirécidiviste, un ancien agent au service de la Gestapo. Il est accusé d'avoir utilisé la couverture de son maquis pour amasser une fortune estimée à de francs, d'avoir commis de nombreux crimes dont l'assassinat de civils prétendument collaborateurs et de maquisards ayant protesté contre ses méthodes. Il est condamné à mort par la justice militaire le et fusillé le à Angers. Ses deux principaux lieutenants sont condamnés à des peines de travaux forcés. La plupart des membres de son maquis sont cependant déclarés innocents et leurs faits de résistance sont reconnus à titre individuel : il est établi qu'ils ignoraient tout des motivations réelles d'un chef auquel ils n'osaient désobéir.
L'ancien agent de la Gestapo fonde un maquis Le multirécidiviste au service des Allemands vignette|gauche|redresse=1.2|alt=Carte localisant les tribunaux ayant recherché un même criminel.|Juridictions ayant poursuivi ou condamné Georges Dubosq (1917-1944). Georges Dubosq, fils unique d'un couple désuni, naît le à Fontenay-le-Pesnel (Calvados). Il est élevé par son père qui commet lui-même quelques larcins et il l'imite dès son plus jeune âge. Il est condamné à de nombreuses reprises dès l'âge de et « fréquente » des colonies pénitentiaires jusqu'à sa majorité.
À ses nombreux délits vient bientôt s'ajouter un crime : il est arrêté une nouvelle fois en , soupçonné d'avoir assassiné le cordonnier qu'il a cambriolé en à Verneil-le-Chétif dans la Sarthe. Incarcéré à la prison du Mans, il s'en évade mais il est repris. En échange de sa libération, il accepte d'infiltrer la Résistance pour le compte de la Gestapo. Il y parvient à Angers, où il fait arrêter plusieurs responsables locaux en 1942, puis à Brest et à Saint-Malo en 1943. Il dénonce également les possesseurs de postes de radio émetteurs clandestins. Pendant toute cette période, il poursuit sa série de cambriolages ponctuée d'arrestations, de remises en liberté ou d'évasions. C'est après l'un de ces vols qu'il est placé en cellule avec des détenus auxquels il doit soutirer des informations. En , ce sont les Allemands qui arrêtent Dubosq : il a commis un vol à leurs dépens. Incarcéré à Brest, il s'évade une fois encore et vient s'installer à Tours où il commet de nouveaux forfaits.
Le faux médecin vignette|alt=Photographie en couleurs d'un ensemble de bâtiments dont les toits en ardoise sont surmontés d'un clocheton.|L'hôpital de Loches. Le , Georges Dubosq arrive à Beaulieu-lès-Loches. Par l'intermédiaire de (ou Houlbrèque), une infirmière native de Fécamp, il se présente à l'hôpital de Loches sous la fausse identité de « docteur Georges Jan » : ayant servi au 2 bataillon d'infanterie légère d'Afrique au Maroc de 1925 à 1927, affecté à l'infirmerie avec le grade de caporal et ayant été employé dans les dispensaires des prisons qu'il a fréquentées, il a acquis des rudiments de médecine.. Son imposture est toutefois révélée au bout d'une semaine ; confondu par le docteur Paul Martinais, chirurgien en chef, et le docteur Paul Jucquois, radiologue, il est dès lors indésirable à l'hôpital sans être davantage inquiété.
Il continue toutefois à soigner des habitants de Loches et des communes voisines avec, semble-t-il, de bons résultats. Il est apprécié de ses patients qui, en outre, fixent eux-mêmes le prix de la consultation. Dès ce moment, il se signale pourtant par son caractère instable et imprévisible, ses violences verbales ou physiques et un vol chez sa logeuse de Beaulieu. Après ce dernier épisode et son renvoi de l'hôpital, le « docteur » Jan juge plus prudent de s'éloigner de Loches et s'installe à la ferme des Fontaines, à Saint-Hippolyte.
L'attrait de la Résistance Dès , il contacte la Résistance et se fait connaître sous le nom de « capitaine Lecoz ». Il prétend être un ancien médecin militaire évadé du camp de Royallieu ou de celui de Drancy et recherché par la Gestapo pour faits de Résistance. Il dit que les Allemands ont tué sa femme et ses enfants. En , alors qu'il séjourne aux Fontaines, il fait la connaissance de deux jeunes, anciens maquisards de la région de Luant dans l'Indre, Gilbert Morin et Charles Pageault, dont l'organisation a été démantelée. Les trois hommes, qui paraissent exaltés, souhaitent rejoindre le maquis d'Épernon actif dans le sud de la Touraine. Les responsables locaux de l'Armée secrète sont partagés sur la conduite à tenir vis-à-vis de Lecoz. Si Fernand Auclert (responsable de la « section choc ») souhaite le voir intégrer le maquis d'Épernon pour qu'il y soit encadré, l'avocat Raymond Mallet (responsable de la « section politique » puis maire de Loches de la Libération à ) est favorable à la création d'un nouveau maquis autour de Lecoz pour éviter que les formations existantes ne prennent trop d'importance. Lecoz réitère sa demande peu après l'annonce du débarquement de Normandie mais les discussions en restent là face au refus formel et définitif du commandant René Costantini, chef du maquis d'Épernon, d'accepter cet homme « peu fiable » dans ses rangs. Lecoz et ses deux « mousquetaires » décident donc de fonder leur propre maquis qui s'installe à Chanceaux-près-Loches au début du mois de , Lecoz et ses mousquetaires au château de Grand-Vaulx et ses premiers maquisards dans les bois proches. Entre-temps, Lecoz avait quitté la ferme des Fontaines pour résider successivement à Perrusson puis à Loches, mais à chaque fois il était entré en conflit avec les personnes qui l'hébergeaient.
La création de ce nouveau maquis ne se fait pas dans la discrétion. Elle est commentée dans Loches et le nom de Lecoz suscite la curiosité. C'est le que des membres du maquis font leur première apparition dans la ville, emmenés par leur chef, et les Lochois qui assistent à la scène découvrent en Lecoz celui qu'ils ont connu quelques semaines plus tôt sous le nom de « docteur Jan ».
Actions et exactions Le maquis monte en puissance vignette|gauche|alt=Photographie aérienne en couleurs d'un château avec des tours cylindriques et une enceinte basse qui le protège.|Le château de Montpoupon. Le maquis Lecoz, en , se renforce rapidement avec la venue de nouvelles recrues, principalement des jeunes impatients d'en découdre avec l'occupant. Le futur journaliste Georges de Caunes fait partie de ces nouveaux maquisards. John (Jack) Mersereau Veness et Jack L. Fairweather, deux majors canadiens capturés durant la bataille de Normandie, s'évadent près de Bléré d'un train de prisonniers en partance pour l'Allemagne et rejoignent eux aussi le maquis ; le récit de leurs aventures paraît en 1955.. Outre les deux majors canadiens, le maquis Lecoz compte plusieurs autres combattants alliés, dont des Américains. Pendant cette période, Lecoz et ses troupes changent à plusieurs reprises de cantonnement car les lieux où ils s'installent finissent toujours par être connus, d'autant plus que Lecoz tient à ce que son maquis soit visible aux yeux de la population. Les actions spectaculaires du maquis Lecoz contre les Allemands ou des collaborateurs notoires, comme l'exécution dans la nuit du du docteur Abribat, responsable local de la Légion des combattants, lui valent rapidement une grande renommée dans la région, et des réfractaires au STO, des déserteurs allemands ainsi que des évadés alliés le rejoignent. En outre, Lecoz procède, dès la constitution de son maquis, à la « réquisition » de véhicules auprès de particuliers, ce qui assure la mobilité de ses troupes ; le nombre de véhicules récupérés par le maquis, soit par réquisition auprès de Français, soit par capture à l'ennemi, est estimé à une cinquantaine.
Le a lieu la rafle de l'école Alfred-de-Vigny à Loches, la torture et l'assassinat d'un probable résistant à Dolus-le-Sec perpétrés par des Allemands et des miliciens venus de Tours ; , dont l'épouse de et Odette Houlbreck, une infirmière très proche de Lecoz., sont expédiées en camps de concentration dont 16 seulement reviendront.. Lecoz en profite pour intensifier ses actions sous couvert de représailles ; en réalité il profite de ce que de nombreux policiers et gendarmes sont pris dans la rafle et que l'activité des forces de l'ordre est presque réduite à néant.
Les maquisards peuvent cependant être surpris par les méthodes de leur chef : celui-ci n'hésite pas, en effet, à mener des raids contre d'autres maquis pour se fournir en vivres, en armes ou en véhicules, alors que son groupe, non reconnu par les Alliés, ne bénéficie d'aucun soutien logistique. C'est ainsi qu'un parachutage destiné à un maquis de Buzançais est récupéré. De riches châtelains des environs sont également rançonnés, comme les propriétaires du château de Montpoupon (Céré-la-Ronde), enlevés et séquestrés du 3 au .. Cette famille, et leur fille, ne doit sa libération qu'au passage de trois officiers alliés au maquis. Lecoz réussit à leur extorquer , deux véhicules et du matériel de chasse, fusils et munitions, sans violences selon .
La reconnaissance par Londres et les appuis locaux vignette|redresse=1.2|gauche|alt=Carte en couleurs représentant l'emplacement des combats entre des résistants et des soldats.|Combats opposant le maquis Lecoz aux troupes allemandes (). Au début du mois d', le maquis, qui compte environ dont une quarantaine d'officiers et sous-officiers auxquels il faut ajouter une vingtaine de femmes dont plusieurs sont des favorites successives de Lecoz, s'attaque frontalement à des convois et des garnisons allemandes, s'emparant d'importants stocks d'armes et de matériel. Le , il est enfin reconnu par les Alliés, il reçoit des parachutages d'armes et de munitions. Trois jours plus tard, depuis Londres, la Direction générale des services spéciaux lui envoie le commandant Legrand (pseudonyme de Léon Legendre) en tant qu'agent de liaison. Celui-ci, également chargé de coordonner l'action des différents maquis de la région, se heurte à l'hostilité de Lecoz qui refuse toute autorité supérieure. Une zone d'intervention entre le Cher et l'Indre est attribuée au maquis. vignette|alt=Carte postale sépia et blanc représentant un château.|Le château de Biard-la-Chapelle.