vignette|300px|Le château hanté est le cadre typique des romans gothiques, inspirant la crainte par son atmosphère mystérieuse et lugubre, son isolement et son passé chargé d'histoire. Le roman gothique est un genre littéraire qui émerge à la fin du en Angleterre et qui connait son apogée au début du . Mêlant des éléments d'horreur, de mystère et de romantisme, ce genre se caractérise par des atmosphères sombres et inquiétantes, des décors lugubres et des intrigues mettant en scène le surnaturel ou l'inexplicable. Considéré comme le précurseur de la littérature fantastique et d'horreur moderne, le roman gothique plonge ses racines dans le mouvement romantique et dans un regain d'intérêt pour le Moyen Âge et ses vestiges architecturaux. Le terme « gothique » fait d'ailleurs référence à l'architecture médiévale qui sert souvent de toile de fond à ces récits : châteaux en ruines, abbayes abandonnées, manoirs isolés. Le roman fondateur du genre est généralement considéré comme étant Le Château d'Otrante (1764) d'Horace Walpole. Cette œuvre établit de nombreux codes et conventions qui seront repris et développés par les auteurs ultérieurs. Parmi les figures emblématiques du roman gothique, on peut citer Ann Radcliffe, Matthew Gregory Lewis, Mary Shelley et Bram Stoker. Les thèmes récurrents du genre incluent la transgression des tabous, la confrontation entre le rationnel et l'irrationnel, l'exploration des peurs ancestrales et la critique sociale voilée. Les personnages archétypaux comprennent souvent une héroïne vertueuse en détresse, un antagoniste machiavélique, et des créatures surnaturelles telles que fantômes, vampires ou monstres. Bien que le genre ait connu son apogée au tournant du , son influence perdure dans la littérature contemporaine et s'est étendue à d'autres médias comme le cinéma et la télévision. Le roman gothique a également donné naissance à de nombreux sous-genres et variations, comme le gothique américain, le gothique victorien., le néogothique, ainsi que le romantisme noir en français.
Chronologie vignette|300px|Strawberry Hill, villa construite dans le style « renaissance gothique » par l'écrivain Horace Walpole. Le roman gothique s'inscrit dans la logique d'un engouement pour le sentimental et le macabre qui se fait jour dans l'Europe du avec des auteurs comme l'abbé Prévost dont L'Histoire de Monsieur Cleveland, fils naturel de Cromwell (1731-1739) paraît d'abord dans une traduction anglaise à LondresPrévost et son Cleveland. La naissance du roman gothique est également associée à la redécouverte de l'architecture gothique dans l'Angleterre de la deuxième moitié du et plus généralement à l'engouement pour le passé. Horace Walpole, noble et homme politique anglais qui fut l'ami intime de de Tencin, se fait ainsi construire un château de style médiéval sur la colline de Strawberry Hill. Le premier, Walpole va réunir les ingrédients du roman gothique historique dans le Château d'Otrante paru en 1764 : action située dans le passé mythique des croisades, décor médiéval, présence du surnaturel, personnages contemporains victimes des mystères du passé. En France, des auteurs comme François Guillaume Ducray-Duminil, Charles-Antoine-Guillaume Pigault-Lebrun, Madame de Genlis ou François-Thomas-Marie de Baculard d'Arnaud exploitent de leur côté une veine macabre, prolongée dans les tout débuts du romantisme par Charles-Victor Prévost d'Arlincourt et Étienne-Léon de Lamothe-Langon. Baculard d'Arnaud produit une version dramatique des Mémoires du comte de Comminge (1735) de de Tencin avec pour décor une crypte « où sont les tombeaux des religieux de la Trappe, avec des crucifix, des têtes de morts ». inspirés des décors macabres chers aux Graveyard Poets (poètes des cimetières) anglais tels que Edward Young dont il admirait beaucoup les NuitsPréface du Comte de Comminges, Le genre frénétique. C'est lui qui crée le terme de genre sombre. En Allemagne, les romantiques, notamment les poètes comme Frédéric Schiller, se sont également tournés vers le Moyen Âge, mais ce sont des auteurs de moindre importance comme Joseph Alois Gleich (1772-1841) ou Christian Heinrich Spieß qui lancent le genre du Schauerroman (Le roman de l'effroi). Cependant, c'est en Angleterre que le roman gothique trouve son terrain de prédilection. Les femmes s'y distinguent. Clara Reeve, influencée par la lecture du Château d'Otrante, d’Horace Walpole, publie en 1777 Le Champion de la Vertu ou le Vieux Baron Anglais ; à son tour, Charlotte Smith (1749-1806) publie une série de romans très populaires à la fin du siècle : Emmeline ou l'Orpheline du château en 1788, Éthelinde ou la Recluse du lac en 1789 et en 1791, accentuant le thème de la persécution féminine déjà présent chez Richardson. Elle précède Ann Radcliffe dont les Mystères d'Udolpho (1794) connaissent un succès européen et passent à la postérité comme un monument du genre gothique. L'engouement du public pousse William Lane, propriétaire de la maison d'édition Minerva Press à offrir leur chance à des auteurs à la recherche d'un gagne-pain, notamment des femmes comme Regina Maria Roche (The Maid of the Hamlet, 1793 ; Clermont, 1798), Eliza Parsons (The Castle of Wolfenbach, 1793 ; The Mysterious Warning, 1796), ou (The Orphan of the Rhine, 1798). À côté du roman gothique sentimental paraissent des œuvres qui se caractérisent par une atmosphère d'horreur plus prononcée comme en témoignent Vathek, conte à la manière orientale écrit en français par William Thomas Beckford en 1786, puis le célèbre Moine de Matthew Gregory Lewis (1796). On peut également rattacher à cette période dite « frénétique » le Manuscrit trouvé à Saragosse du Polonais Jan Potocki, également rédigé en français. En 1818 paraît le célèbre Frankenstein de Mary Shelley, un roman charnière profondément enraciné dans la tradition gothique et considéré a posteriori comme un des premiers romans de science-fiction. Enfin, la parution la même année de deux romans qui parodient le genre gothique (L'Abbaye de Northanger de Jane Austen et de Thomas Love Peacock) signe la fin de l'âge d'or du roman gothique. En 1820, l'Irlandais Maturin publie Melmoth ou l'Homme errant et en 1824 Les Albigeois, considéré selon Maurice Lévy comme le dernier roman gothique. Thomas de Quincey (Klosterheim, 1832) perpétue encore la tradition, tandis que le . Les thèmes du roman gothique continuent toutefois de nourrir toute la littérature anglaise jusqu'au , de Charles Dickens à Mervyn Peake en passant par Joseph Conrad. Au tournant du , une mode « néogothique » apparaît ainsi dans la littérature fantastique par le biais d'œuvres aussi célèbres que L'Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde (1886) de Robert Louis Stevenson, Le Portrait de Dorian Gray (1890) d'Oscar Wilde ou encore Dracula (1897) de Bram Stoker, tant l'imaginaire et les codes esthétiques du genre originel abreuvent le style et la structure de chacun de ces récits. Cependant, la critique préfère parler de roman d'horreur. En France, Paul Féval publie en 1875 le roman parodique La Ville-vampire, mettant en scène Mary Ann Radcliffe luttant contre un vampire.
Caractéristiques Cadres et décors Le château médiéval en ruine est sans doute l'un des décors les plus emblématiques du roman gothique. Introduit par Horace Walpole dans Le Château d'Otrante (1764), considéré comme le premier roman gothique, le château devient rapidement un élément central du genre. Ces structures imposantes, avec leurs tours sombres, leurs passages secrets et leurs donjons, symbolisent le poids de l'histoire et les secrets du passé qui hantent le présent. Leurs architectures labyrinthiques reflètent souvent la complexité psychologique des personnages et la nature tortueuse de l'intrigue. Les abbayes et monastères constituent un autre cadre récurrent, comme dans Le Moine (1796) de Matthew Gregory Lewis. Ces lieux, chargés d'histoire religieuse, deviennent des espaces où s'affrontent le sacré et le profane, la vertu et le vice. Leur isolement et leur atmosphère austère créent un terrain propice à l'exploration des thèmes de la transgression et de la punition divine. Les manoirs isolés et les grandes demeures aristocratiques sont également des décors privilégiés du gothique. Ces endroits, comme dans Jane Eyre (1847) de Charlotte Brontë ou dans L'Abbaye de Northanger (1817) de Jane Austen, sont souvent présentés comme des microcosmes de la société, renfermant en leur sein les tensions sociales et les secrets familiaux. Leur isolement géographique reflète souvent l'isolement psychologique des personnages. Les éléments architecturaux spécifiques jouent un rôle crucial dans la création de l'atmosphère gothique. Les escaliers en colimaçon, les corridors sombres, les portes grinçantes, les fenêtres à meneaux et les portraits ancestraux sont autant de détails qui contribuent à l'ambiance inquiétante. Ces éléments servent souvent de points focaux pour des événements surnaturels ou des révélations dramatiques. L'utilisation de la lumière et de l'obscurité est un aspect crucial du décor gothique. Les ombres mouvantes, les chandelles vacillantes, les orages illuminant brièvement des scènes terrifiantes sont des techniques fréquemment utilisées pour créer une atmosphère de tension et d'incertitude.. Le paysage naturel joue également un rôle crucial dans l'établissement de l'atmosphère gothique. Les forêts sombres, les landes désolées, les falaises escarpées et les marécages brumeux sont autant d'éléments qui contribuent à créer un sentiment d'isolement et de menace. Ces paysages, souvent décrits avec un langage riche et évocateur, deviennent des extensions de l'état psychologique des personnages, reflétant leurs tourments intérieurs. Le climat et les conditions météorologiques jouent également un rôle important. Les tempêtes, le brouillard, la neige et la pluie sont souvent utilisés pour accentuer l'isolement des personnages et créer une atmosphère de menace imminente. Les villes, en particulier les quartiers anciens et labyrinthiques, deviennent des cadres gothiques importants au . Londres, dans des œuvres comme L'Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde (1886) de Robert Louis Stevenson, est dépeinte comme un labyrinthe urbain mystérieux et menaçant, où le danger peut surgir à chaque coin de rue. La ville gothique incarne les anxiétés liées à l'urbanisation rapide et à la modernité. Au fil de l'évolution du genre, de nouveaux décors ont été intégrés, reflétant les changements sociaux et culturels. Par exemple, les usines sombres et oppressantes de la révolution industrielle ou les laboratoires scientifiques mystérieux sont devenus des cadres gothiques à part entière au . Personnages vignette|Le comte Dracula est indéniablement l'un des personnages les plus emblématiques des romans gothiques, à la fois incarnation du mal et objet de fascination. Les personnages du roman gothique sont souvent archétypaux. On y trouve fréquemment une héroïne vertueuse et vulnérable, un héros noble mais torturé, et un antagoniste maléfique et charismatique. Ces personnages sont souvent aux prises avec des forces surnaturelles ou des secrets familiaux obscurs, ce qui ajoute à la tension narrative.