La bataille de la mer des Philippines est une bataille navale et aérienne de la guerre du Pacifique pendant la Seconde Guerre mondiale, et qui a opposé la Marine impériale japonaise et la Marine des États-Unis en mer des Philippines, au large des îles Mariannes du 19 au , pendant que les troupes américaines s'emparaient de Saipan pour ensuite envahir Tinian, deux îles des Mariannes du Nord.
Cette bataille, qui s'inscrit dans le cadre des opérations A-Gō côté japonais et Forager côté américain, fut un désastre pour les forces japonaises, puisqu'elles perdirent la quasi-totalité de leur aéronautique navale embarquée et un tiers des porte-avions engagés. Le sort des armes fut tellement à sens unique que les pilotes américains surnommèrent cette bataille le « Tir aux pigeons des Mariannes » (en ).
Après cette bataille, la Marine impériale avait perdu l'essentiel de sa force de frappe en termes d'aviation embarquée.
Contexte
Après la bataille des îles Santa Cruz qui avait conclu la campagne de Guadalcanal, en , la flotte japonaise se retira à Truk, puis Palaos et enfin Singapour, se réorganisant et remplaçant ses pertes.
Après la mort de l'amiral Yamamoto en , l’amiral Mineichi Koga devint commandant en chef de la Marine impériale japonaise. La stratégie navale du Japon était alors la défense d'un périmètre englobant les îles Salomon, les îles Gilbert et les îles Mariannes jusqu'aux îles Aléoutiennes. Après les succès de MacArthur en Nouvelle-Guinée et les raids aériens américains sur la base de Rabaul en automne 1943 et les dégâts subis par la flotte japonaise dans ce port, il devint évident que ce périmètre de défense ne pouvait plus inclure ni les îles Salomon, ni les Gilbert, ni les Marshall.
Koga mourut lors d'un accident d'avion en et fut remplacé par l'amiral Soemu Toyoda qui dirigea la flotte depuis Tokyo. La flotte combinée qui avait fait la fierté de Yamamoto s'était scindée en plusieurs groupes. La plus importante force à la disposition de Toyoda était la Force, ou la Force mobile.
Depuis la fin de 1942, le commandant de la Force mobile était le vice-amiral Jisaburo Ozawa, un officier considéré comme agressif et talentueux.
Le , la Force mobile d'Ozawa quitta Singapour pour Tawi-Tawi, une île des Sulu, dans les Philippines. Le plan principal de Toyoda était l'opération « A » (A-Go) : il s'agissait d'attirer la flotte américaine dans la zone délimitée par les îles Palaos, les îles Mariannes et les îles Carolines, où étaient situées bon nombre d'unités d'aviation terrestre. L'action conjuguée de l'aviation embarquée et basée à terre devait détruire la Task Force et ainsi supprimer toute possibilité de débarquement américain aux Mariannes.
Alors que la flotte japonaise attendait l'attaque américaine dès la mi-mai à Tawi-Tawi, elle fut repérée par des sous-marins américains qui commencèrent à la harceler lors de ses sorties d'entraînement (le Yukikaze fut endommagé par une torpille), privant ainsi de précieuses heures de vol les pilotes japonais, pour la plupart jeunes et inexpérimentés. La flotte japonaise souffrant également d'une pénurie de carburant, il fut décidé de recourir au pétrole brut tiré de Bornéo en guise de produit de substitution. La décision d'utiliser ce carburant de faible qualité et hautement volatil fut particulièrement lourde de conséquences lors des combats.
Début , la flotte japonaise détecta l'approche de la Flotte et se porta à sa rencontre pour l'annihiler.
Les forces en présence Sigles (CV=Porte-avions ; CVL=Porte-avions léger ; BB=Cuirassé ; CA=Croiseur lourd ; CL=Croiseur léger ; DD=Destroyer ; SS=Sous-marin)
Dispositif japonais Désignation de l'escadreCommandantEffectifsForce mobilevice-amiral Jisaburō Ozawaà bord du CV La Force mobile était divisée en 3 forces : les Forces « Van », « A » et « B »Force d'avant-garde (Van Force)vice-amiral Takeo Kuritaà bord du CA 3 CVL (, Chiyoda, Zuiho),4 BB (, , , Haruna)8 CA (, , , , Kumano, , Chikuma, Tone), 1 CL (Noshiro), 7 DD 653 Kokutai (17 A6M5, 46 A6M2, 9 B6N2, 18 B5N2) .Force "A"vice-amiral Jisaburō Ozawaà bord du CV 3 CV (, Zuikaku, Shōkaku) 2 CA ( , Haguro)1 CL (Yahagi), 6 DD 601 Kokutai (80 A6M5, 11 A6M2, 70 D4Y1, 9 D3A2, 44 B6N2)Force "B"vice-amiral Takatsugu Jojimaà bord du CV Junyo2 CV (Junyo, Hiyo) 1 CVL (Ryūhō)1 BB () 1 CA () 10 DD 652 Kokutai (53 A6M5, 27 A6M2, 11 D4Y1, 29 D3A2, 15 B6N2)Force sous-marinevice-amiral Takeo Takagisur l'île de Saipan24 sous-marinsForce aériennevice-amiral Kakuji Kakuta sur l'île de Guam250 avions basés à Rota, Saipan, Tinian et Guam total:5 CV, 4 CVL, 5 BB, 11 CA, 2 CL, 28 DD et 24 SS689 avions (dont 439 embarqués)
Dispositif allié center|700px|Organigramme du commandement Allié
Désignation de l'escadreCommandantEffectifs Flotte du Pacifique amiral Chester Nimitz Flotte Amiral Raymond Spruanceà bord de l' Task Force 51 ou TF 51 (Forces expéditionnaires Jointes)Task Force 58 ou TF 58 (Forces Aéronavales Rapides) TF 58vice-amiral Marc A. Mitscherà bord de l'7 CV, 8 CVL, 7 BB, 8 CA, 12 CL, 67 DD : la TF 58 était divisée en 4 Task Groups (TG) plus la ligne de bataille du vice amiral Willis A. Lee TG 58.1contre-amiral J.J. Clarkà bord de l'2 CV ( et ) 2 CVL ( et ) 3 CA (, et )2 CL ( et ) 14 DD TG 58.2contre-amiral Alfred E. Montgomeryà bord du CV 2 CV ( et ) 2 CVL ( et )3 CL (, et ) 15 DD TG 58.3contre amiral John W. Reeves Jr.à bord du CV 2 CV ( et ) 2 CVL ( et ) 1 CA () 3 CL (, et ) 13 DD TG 58.4contre amiral W. K. Harrillà bord du CV 1 CV () 2 CVL ( et Langley)3 CL (, et ) 14 DD TG 58.7 (Ligne de bataille)vice-amiral Willis A. Leeà bord du BB 7 BB (, , , , , et ) 4 CA (, , et ) 14 DDForce d'interceptioncontre-amiral Charles A. Lockwood13 SS (, , , , , , , , , , , et )Total :7 CV, 8 CVL, 7 BB, 8 CA, 12 CL, 67 DD, 22 SSEffectif aérien embarqué891 avions sur porte-avions 65 hydravions sur cuirassés et croiseurs
Mise en place L'opération américaine avait pour nom Opération Forager. Son but était la prise de contrôle des îles Mariannes et plus particulièrement Saipan et Tinian, deux îles qui appartenaient au Japon depuis 1917, et Guam, une île américaine depuis 1899, la plus grande des Mariannes située au sud de l'archipel, que le Japon avait envahie trois jours après l'attaque de Pearl Harbor.
La Flotte était constituée principalement des forces de débarquement (« Forces expéditionnaires conjointes ») sous les ordres du vice-amiral R.K. Turner, et des porte-avions rapides et de leur escorte (Task Force 58 ou TF58) sous les ordres du vice-amiral Marc A. Mitscher.
Le , la force d'invasion américaine fit précéder l'attaque principale par une série de frappes aériennes sur les Mariannes, faisant comprendre aux Japonais que l'objectif de l'attaque était les Mariannes. Ceci était une surprise pour eux puisqu'ils s'attendaient plutôt à une attaque plus au sud, soit dans les Carolines, éventuellement à Palaos.
La Force mobile quitta Tawitawi le en direction des Mariannes. Elle était repérée par les sous-marins américains et le code secret japonais étant décrypté, tous les mouvements de la Force étaient donc connus de la Flotte et de la TF58.
Par ailleurs, les raids américains du sur les aérodromes de Rota, Saipan, Tinian et Guam avaient mis à mal la capacité aérienne de ces bases, puisque, selon les rapports américains, 150 (des 250) avions japonais furent détruits au sol ou en vol (contre 11 avions américains abattus).
Le , Spruance reçut des informations relatives à de possibles renforts aériens japonais en provenance d'Iwo Jima et Chichi Jima dans les îles Bonin. Sachant que plusieurs jours se passeraient avant l'engagement avec la flotte japonaise, il envoya deux Task Groups, le TG 58.1 de Clark et le TG 58.4 de Harris vers ces îles, qu'ils atteignirent et attaquèrent le , infligeant de graves dégâts aux capacités aériennes de leurs aérodromes.
Le , l'invasion de Saipan commençait.
Le vers 20 heures, la Flotte mobile fit sa jonction avec l'escadre cuirassée de l'amiral Ugaki, et se dirigea tout droit sur les îles Mariannes. Malgré leur infériorité numérique, les Japonais étaient confiants, car leurs avions avaient d'une part un plus grand rayon d'action, et pouvaient d'autre part faire la navette entre les porte-avions et les bases terrestres, ce qui augmentait de façon significative le rendement de l'aviation embarquée.
Le plan japonais A-Go reposait sur l'action conjuguée de l'aviation embarquée et des avions basés à terre. Ces derniers devaient avoir détruit au préalable au moins un tiers du potentiel américain. Or les bombardements américains avaient causé de lourdes pertes à l'aviation basée à terre et rendu les aérodromes quasiment inutilisables. L'action de l'aviation terrestre fut négligeable dans la bataille qui allait suivre, ce qui allait avoir de lourdes conséquences pour les attaques aériennes de la Flotte mobile.
Le , l'amiral Mitscher avait rassemblé la TF 58 près de Saipan et se préparait à la bataille. Peu avant minuit ce jour-là, l'amiral Chester Nimitz envoya à Spruance un message l'informant que la force japonaise se trouvait à environ à l'ouest-sud-ouest de la TF 58 et Mitscher demanda l'autorisation de se porter à l'ouest pendant la nuit, afin de se trouver dans une bonne position d'attaque à l'aube.
Spruance refusa de donner cet ordre. Il craignait en effet que les Japonais tentent d'éloigner sa Task Force de la zone d'invasion avec une force de diversion et attaquent ensuite sa flotte par le flanc en mettant en danger l'invasion de Saipan. Il ordonna donc à la TF de rester sur place, laissant aux Japonais l'initiative, et donna l'ordre aux deux Task Groups envoyés dans les Bonin de rejoindre la Task Force le .
La position attentiste de Spruance fut critiquée à l'époque et encore maintenant, quoiqu'il soit intéressant de comparer la prudence de Spruance à l'époque avec l'impétueuse poursuite d'une force de diversion par l'amiral William Halsey pendant la bataille du golfe de Leyte.
La bataille
Premiers mouvements au 19 juin thumb|300px|Bataille aérienne au-dessus de la Task Force 58, 19 juin 1944.
À , la commença à lancer des patrouilles aériennes. Dans le même temps, l'aviation japonaise basée à Guam lançait 50 avions à la recherche de la Task Force.
Vers , un Mitsubishi Zero trouva la et réussit à en transmettre la position avant d'être abattu.
Moins d'une heure plus tard, le reste des forces aériennes de Guam se regroupait pour attaquer la Task Force.
Ces mouvements ayant été repérés par radar, un groupe de Grumman Hellcats du CVL Belleau Wood fut lancé et attaqua alors que les avions japonais se rassemblaient pour l'attaque, ces derniers rejoints par des avions provenant des autres îles.
Une bataille aérienne s'ensuivit, au cours de laquelle 35 avions japonais furent abattus. La bataille n'était pas encore terminée lorsque les Hellcats furent rappelés par leurs porte-avions à .
Les raids japonais thumb|300px|Un avion japonais abattu alors qu’il attaquait l'.
L'ordre de rejoindre les porte-avions avait été donné parce que la TF 58 venait de détecter un certain nombre de contacts radars à à l'ouest. Il s'agissait du premier raid de 69 avions lancé par la Force mobile et la TF 58 lança la quasi-totalité de ses avions embarqués.
Le lancement de cette première vague d'avions à , très en avant des autres raids, était une première erreur, commise par le contre amiral Obayashi qui commandait les porte-avions de la Force d'Avant Garde (Force Van) du vice-amiral Kurita et qui avait décidé de cette attaque sans attendre les ordres, remettant en cause toute cohérence dans l'attaque japonaise.