Le château de Noirieux est situé sur la commune Bierné-les-Villages en la commune déléguée de Saint-Laurent-des-Mortiers, dans le département de la Mayenne.

Le monument fait l’objet d’une inscription au titre des Monuments Historiques depuis le .

Situation géographique

Le château de Noirieux est une demeure du Haut-Anjou. Il est situé dans le département de la Mayenne sur la commune de Saint-Laurent-des-Mortiers (canton de Bierné), non loin de la départementale reliant ces deux communes. Cette petite route borde le parc. Le site jouxte les départements du Maine-et-Loire () et de la Sarthe ().

L’ensemble du domaine d’un total de 26 hectares se compose de deux ensembles : tout d’abord, la partie qui entoure le château, d’une superficie de 10 hectares 37 ares 31 centiares, comprenant, outre le château et ses dépendances, boulangerie (four banal), parc, chemins, verger, prés, etc. ; à cette première partie s’ajoutent 16 hectares situés hors de la propriété proprement dite mais qui la bordent, et qui ont été rachetés par les actuels propriétaires. Ces terres faisaient autrefois partie de la tenure de Noirieux et sont donc revenues à leurs origines. Elles ont été boisées, principalement de chênes. La propriété est de forme sensiblement carrée, bordée au sud et à l’ouest par un fort rideau d’arbres. Elle est limitée au nord par un chemin communal et à l’est et à l’ouest par un fossé, reste d’une ancienne douve. Le château était, en effet, autrefois entouré d’une double enceinte de douves.

Historique Les origines de Noirieux « Noirieux » fut jadis parfois écrit « Noyrieux » ou « Noerieux ». On peut y deviner, sans certitude, la racine latine nucariosum de necarius : le noyerLes noms de lieux dans la Mayenne, Laval, Goupil 1920, . Graphies savantes latines ou graphies phonétiques ne permettent pas de remonter au-delà du Frédéric Lemeunier, La Province du Maine, Le Mans, (avril – juin 1978)..

Tout près du château, sensiblement à l’emplacement de l’ancien chemin puis de la route conduisant de Saint-Laurent-des-Mortiers à Bierné, a été découverte la présence d’une ancienne voie romaine. Cette voie, d’après Géraud, historiographe d’Évron, conduisait à Angers, aboutissant au confluent de la Sarthe et de la Mayenne.

L’abbé Angot, dans son Dictionnaire historique, topographique et biographique de la Mayenne, fait de Noirieux un fief médiéval relevant d’Azé.

Léon Maître, dans son Dictionnaire topographique., le dit fief du marquisat de Château-Gontier s’étendant sur Bierné et Saint-Laurent.

La paroisse d’Azé, quant à elle, possédait un prieuré dépendant de Saint-Nicolas d’Angers et fondé vers 1118. Or, parmi ses derniers moines, on rencontre, témoin de quelques actes, un « Radulphus monachus » qui fut de « Nuchariis ». De Brossay, éditeur du Cartulaire, en fait un « Raoul de Noirieux en Saint-Laurent des Mortiers »Archives historiques du Maine, , 1903, 69, 74, 75..

On ne sait rien du vieux manoir féodal qui a pourtant, à l’évidence, existé puisque nous connaissons certains de ses propriétaires. Plusieurs familles en ont le titre. Un Guillaume de Marigné en porte le nom en 1494. De 1441 à 1444, Huet de Baïf est cité par l’abbé Angot (d’après les Archives nationales, / 1) : « les féages de Noereux à Huet de Baïf ». Celui-ci serait le père d’Antoine de Baïf qui en aurait hérité mais l’aurait revendu dès 1446 à Guillaume de Cens, lequel le revendit à Jean Briand, seigneur de Brez.

Les Briand

Les Briand appartiennent à une ancienne famille de chevalerie dont on trouve des représentants dès le . On connaît surtout Jacques Briand, sénéchal de Château-Gontier en 1390. Parmi ses enfants, Bertrande Briand de Brez épouse Guillaume Bourré, père du célèbre Jean Bourré, né à Château-Gontier en 1424, secrétaire du Roi Louis XI, trésorier de France, et seigneur du PlessisFrédéric Lemeunier, La Province du Maine, Le Mans, avril – juin 1978..

Jean Briand, épousa Jeanne Frézeau. Il est également Seigneur de la Grenonnière, fief en Bierné, proche de Noirieux. Il achète « Nouereux » en 1446, mais paraît résider à la Grenonnière qui comporte hébergement, domaine, motte, fossés doubles, douves, bois, etc. ». Pierre Briand, « Sieur de Brez, de la Grenonnière et de Noirieux » est mort avant 1467. C’est seulement en 1507 qu’a lieu le partage de Jean Briand et de Jeanne Frézeau. Celle-ci avait demandé en 1505 à être inhumée dans l’église de Bierné. Guyon Briand est époux de Jeanne, dame de , à Contigné.

En 1491, François Binel fut maire d’AngersLes maires de Angers sur francegenweb.org. Il en est fait mention comme Juge d’Anjou dans le procès-verbal de la coutume d’Anjou en 1508. Il était fils de Jean Binel, aussi Juge d’Anjou, et d’Yvonne de Pinée, dame de Noirieux, fille de Jean de Pinée et Guillemeine d’Alance.

En 1557, apparaît, d’après l’Abbé Angot (tome III, ), une Renée Fournier, « Dame de Noirieux et de Lernière », engagiste de la terre et Seigneurie de Saint-Laurent. De 1566 à 1597, on trouve Pierre Briand, Sieur de Brez, la Grenonnière et Noirieux. En 1569, celui-ci sert sous le maréchal de Vieilleville et acquitte en 1573 une mine de froment due à l’aumônerie Saint-Julien de Château-Gontier.

De 1599 à 1628, Claude Briand possède toujours les trois seigneuries. C’est le fils ainé de Pierre. Il habite la Grenonnière où naissent six enfants de 1600 à 1607. René, son fils aîné, qui a huit frères et sœurs, vend par la suite Noirieux et la Grenonnière à Pierre Le Maistre, gentilhomme de la Chambre du Roi. Il meurt le Frédéric Lemeunier, La province du Maine, Le Mans, avril – juin 1678..

Famille Le Maistre

Les Le Maistre, originaires de Paris, descendent d’un Pierre Le Maistre, notaire et secrétaire du Roi, greffier de la Chambre des comptes de Paris. Pierre Le Maistre achète vraisemblablement les fiefs de Noirieux et de la Grenonnière en 1630.

Claude Le Maistre (1639–1685), fils du précédent, est conseiller de Grande chambre au Parlement, commissaire aux Requêtes. Il est aussi Seigneur de Noirieux, la Grenonnière, Montsabert à Coutures et Boisbignon à Gennes. Sa veuve, Anne Serezin, rend aveu pour la Grenonnière en 1687.

Famille Goislard Anne Le Maistre, fille du précédent, rendit hommage pour Noirieux dès 1677. Cette seigneurie lui avait donc probablement été donnée en dot à l'occasion de son mariage en avec Marc-Anne Goislard (mort le ), conseiller au Parlement de Paris. Elle hérite aussi de la seigneurie de Montsabert (paroisse de Coutures) et de Richebourg (au Thoureil), en Anjou. Leur fils est Anne-Charles Goislard de Montsabert, conseiller au Parlement de Paris, membre du Conseil des afffaires du dedans.

C’est le-fils de ce dernier, Anne-Louis de Goislard de Montsabert, comte de Richebourg, conseiller au Parlement de Paris, qui, en 1742, vendit Noirieux et La Grenonnière, aux destinées liées, pour à Louis-Pierre Ernault de Montiron, qui de 1742 à 1747 fit construire le château actuel de Noirieux.

Les Ernault Les Ernault appartiennent à une vieille famille angevine. Le plus ancien membre connu est, en 1558, Guillaume, Sieur de la Daumerie. Louis-Pierre Ernault « Sieur de Montiron, écuyer et conseiller du Roi », est né en 1710. Il sera contrôleur ordinaire ou commissaire des guerresFrédéric Lemeunier, La province du Maine, Le Mans, avril – juin 1978.. Il parait vivre dans l’orbite de Colbert, ayant été, en effet, chargé de procuration par Jean-Baptiste Colbert, marquis de Torcy et de Sablé, pour ses propriétés de La BarreLa Barre sur notrefamille.com à Bierné et de la Guénaudière à Grez-en-Bouère. Il a épousé le Marguerite-Pauline d’Andigne, fille d’Antoine Poullain d’Andigne, Echevin d’Angers. Celle-ci mourut au château de Noirieux le .

Les Ernault achetèrent donc le la Seigneurie et le domaine de la Grenonnière à Bierné avec ceux, tous voisins, de Noirieux à Saint-Laurent-des-Mortiers pour livres. Peu après cet achat, ils firent démolir le manoir de la Grenonnière et, avec les matériaux, firent construire tout près de là un château au goût du jour à Noirieux pour en faire leur demeure. Celle-ci sera terminée le , comme en témoigne une ardoise découverte vers 1880 à Noirieux et revenue au château après son rachat par les actuels propriétaires chez un antiquaire, car les occupants, en 1977, avaient cru devoir la vendre.

La chapelle du château fut dédiée à Notre-Dame Refuge des Pêcheurs. Elle a elle-même son histoire. Elle fut bénie le par René Louis François Chaliaud, Seigneur de la Fautraize et curé de la paroisse d’Argenton, en vertu de la permission à lui donnée par Jean de Vaugirault, évêque d’Angers, en date du . Assistaient à cette bénédiction, entre autres, Maugard, curé de Bierné, Morin, curé de Châtelain, qui ont contresigné le procès-verbal qui figure aux registres paroissiaux de Saint-Laurent-des-Mortiers, ainsi qu’aux archives du Bignon.

Avant la Révolution, la procession des Rogations faisait toujours un arrêt à la chapelle de Noirieux et ne la quittait qu’après avoir entendu la messe. D’après les témoignages de personnes vivant à cette époque, la chapelle servit pendant une grande partie de la Terreur à célébrer la messe, lorsqu’en 1793 furent fermées les églisesRelations manuscrites de Monsieur Léopold II de Quatrebarbes..

Révolution française

Durant la période troublée de la Révolution française, Noirieux fut le théâtre d’événements historiques et sanglants, principalement liés à la résistance chouanne. Victor Hugo en fait mention dans son roman historique Quatrevingt-treize dans l’édition Pocket et parle explicitement de Noirieux et de l'abbé Baudoin :

Joseph Coquereau, né à Daon (à seulement de Noirieux), y fut baptisé le . Il était fils de Louis Coquereau, négociant en fil, et de Charlotte Marion, son épouse. Après un passage au régiment de Maine, stationné en Corse, dont il fut renvoyé, Coquereau se maria en 1791 avec une jeune fille de Marigné nommée Renard et s’y établit faisant commerce de fil comme son père. Sincèrement royaliste, il rêvait de rejoindre les Vendéens. Lorsque ceux-ci occupèrent Angers en , il partit avec un certain nombre de jeunes gens pour les rejoindre.

À Château-Gontier, les Bleus, ainsi dénommés parce qu’ils portaient la casaque bleue à revers blancs et parements rouges de la Garde nationale, furent battus. Pourtant, lors de la campagne de Bretagne, Les Chouans, sous les ordres de Cadoudal, avec hommes venus en renfort, échouèrent devant Granville et malgré leurs victoires à Dol et Pontorson sur Kléber et Marceau, leur retour fut, dit-on, un véritable calvaire. Au mois de décembre, malade et épuisé, Coquerau rentra à Marigné et résida, le plus souvent, dans les bois de Coudray d’où il attaquait les postes républicains voisins avec quelques hommes, dont les trois frères Logerais, sans doute Guiter et Étienne Pelletier, vacher du domaine de Noirieux. Il devint la terreur des patriotes et Gardes nationaux, attaquant aux cris de « Vive le Roi ! » et « Mort aux patauds ! ». Pelletier fut emprisonné le 12 ventôse an II (), accusé d’avoir suivi les Vendéens. En juin 1794, la famille Coquereau fut arrêtée à Château-Gontier. Joseph-Juste menaça alors la municipalité de Saint-Laurent-des-Mortiers et la surprit lors d’une de ses réunions dans la salle de la cure. Huit de ses membres furent massacrés. Il harcela les troupes de Château-Gontier et les cantonnements voisins.