( ou – ), surnommé Édouard (aux) Longues-Jambes (en anglais : ) ou (« le Marteau des Écossais »), est duc d'Aquitaine, roi d'Angleterre et seigneur d'Irlande de 1272 à 1307.

Fils aîné du roi , Édouard s'implique très jeune dans les intrigues politiques du royaume. Il soutient brièvement le mouvement des barons réformateurs mené par Simon de Montfort avant de se réconcilier avec son père, auquel il reste fidèle durant toute la Seconde Guerre des barons (1264–1267). Otage des barons après la défaite de Lewes, il s'évade quelques mois plus tard et écrase l'armée de Montfort à la bataille d'Evesham. Une fois l'Angleterre pacifiée, il prend la croix et dirige la neuvième croisade (1271–1272), dont les résultats sont très limités. C'est sur le chemin du retour qu'il apprend la mort de son père. Il est couronné le à l'abbaye de Westminster.

Une grande partie du règne d' est consacrée à la réforme de l'administration royale et du droit commun. Cependant, il s'intéresse également aux affaires étrangères. Il conquiert le pays de Galles au terme d'une brève guerre d'invasion (1282–1283) et l'intègre au royaume d'Angleterre, fondant plusieurs châteaux et plusieurs villes qu'il peuple de colons anglais. Son attention se tourne ensuite vers l'Écosse : après avoir arbitré la crise de succession au trône, il affirme sa suzeraineté sur le royaume. La guerre éclate entre les deux nations en 1296 et se poursuit durant le reste du règne d'Édouard, malgré quelques périodes d'accalmie. Le financement des campagnes militaires d'Édouard par l'impôt suscite une opposition religieuse comme séculière, qui n'est pas résolue à sa mort. Il laisse à son fils un royaume en guerre contre son voisin septentrional et en proie à des problèmes politiques et financiers durables.

Sa grande taille et son tempérament colérique font d' un homme craint par nombre de ses contemporains, mais il gagne le respect de ses sujets par son comportement digne du roi idéal : soldat, administrateur, homme pieux. Les historiens contemporains sont plus divisés : certains applaudissent son œuvre législative et administrative, d'autres critiquent son attitude intransigeante vis-à-vis de l'aristocratie anglaise. Le rétablissement de l'autorité royale après le règne difficile d', la création du Parlement en tant qu'institution permanente et la réforme du système législatif doivent être portés à son crédit. Mais, il fait également preuve d'un comportement cruel vis-à-vis des Écossais et des Gallois, et c'est lui qui expulse les Juifs du royaume d'Angleterre en 1290 ; l'édit d'Expulsion reste en vigueur jusqu'en 1656.

Noms et surnoms

Le nom Édouard (Edward), d'origine anglo-saxonne, n'est guère usité par la noblesse anglaise après la conquête normande. Mais, voue un culte tout particulier à Édouard le Confesseur, roi d'Angleterre (1042–1066) canonisé en 1161, et il choisit de nommer son fils aîné en son honneur. Ainsi, n'est en réalité pas le premier Édouard à régner sur l'Angleterre : outre Édouard le Confesseur, ce nom est également celui d'Édouard le Martyr (975–978) et d'Édouard l'Ancien (899–924). Cependant, l'usage de l'époque n'est pas de numéroter les rois, et de son vivant, est simplement appelé , ou . Ce n'est qu'après les règnes de son fils, puis de son petit-fils, tous deux également appelés Édouard, que l'appellation « » entre dans l'usage..

vignette|gauche|La tombe d', ouverte en 1774 (dessin d'époque).

Le surnom « » donné à Édouard signifie « longues jambes » ou « longs jarrets » et fait référence à sa taille. Le , la Society of Antiquaries of London fait ouvrir la tombe d'Édouard et procède à des mesures sur son corps, concluant qu'il mesurait six pieds deux pouces, soit , une taille nettement supérieure à la moyenne de ses contemporains.

Un autre surnom d' est « Marteau des Écossais ». Il apparaît dans l'inscription en latin figurant sur sa tombe : . Cependant, cette inscription, qui fait référence à ses campagnes écossaises, est loin d'être contemporaine et date probablement du .

Au , le juriste Edward Coke qualifie Édouard de , en référence à son œuvre législative. Contrairement à l'empereur byzantin, Édouard n'a pas codifié la loi, mais son rôle dans l'histoire législative anglaise et la longévité de ses lois justifient la comparaison.

Jeunesse

Enfance et mariage

vignette|redresse|Édouard et sa femmeL'artiste a peut-être cherché à représenter le ptosis hérité de son père dont souffre Édouard (). (enluminure du début du ).

Édouard, fils du roi et d'Éléonore de Provence, (fille de , comte de Provence, et de Béatrice de Savoie, fille de Thomas) naît au palais de Westminster dans la nuit du au Les sources n'étant pas plus précises, il est impossible de dire si Édouard est né le ou le . ().. L'enfant tombe malade à plusieurs reprises, en 1246, 1247 et 1251, mais sa santé s'améliore par la suite. Édouard est confié à la garde de Hugues Giffard, père du futur chancelier Gautier Giffard, puis à celle de Bartholomew Pecche à la mort de Giffard, en 1246. Il compte parmi ses amis d'enfance son cousin Henri d'Almayne, fils de Richard de Cornouailles. D'Almayne reste un compagnon fidèle du prince durant la guerre civile et la croisade.

En 1254, le risque d'une invasion castillane de la Gascogne anglaise incite le père d'Édouard à arranger le mariage de son fils de quatorze ans avec Éléonore, la demi-sœur du roi . Le mariage est célébré le au monastère royal de las Huelgas de Burgos, en Castille. En vertu de l'accord de mariage, le prince reçoit des terres d'une valeur annuelle de . Cependant, malgré l'importance des dotations dont bénéficie Édouard, elles ne lui apportent guère d'indépendance. Ainsi, la Gascogne, qu'il a reçue dès 1249, est en réalité gouvernée par le lieutenant royal Simon de Montfort, et Édouard n'en retire ni pouvoir, ni bénéfices. Il en va de même pour les terres que son père lui a octroyées en 1254 (la majeure partie de l'Irlande et des domaines au pays de Galles et en Angleterre, dont le comté de Chester) : le roi, qui en tire la majeure partie de ses revenus, y conserve une grande partie de son autorité, notamment en Irlande, et le prince n'y exerce qu'un pouvoir limité.

Jusqu'en 1257, Édouard est sous l'influence de la famille de sa mère, les « Savoyards », et notamment de Pierre de Savoie, l'oncle de la reine. À partir de 1257, il penche davantage du côté des « Poitevins », ou Lusignan, menés entre autres par Guillaume de Valence, le demi-frère cadet du roi. Ces deux factions étrangères sont mal vues de la noblesse anglaise, une antipathie qui joue un rôle crucial dans le mouvement réformateur des barons. Des histoires circulent sur le prince Édouard et les Lusignan, qui remettent en question ses qualités personnelles. Les années qui suivent sont déterminantes dans la formation de son caractère.

Premières ambitions

Dès 1255, Édouard fait preuve d'indépendance politique en intervenant dans une querelle entre deux familles gasconnes, les Soler et les Colomb. Il apporte son soutien aux Soler, en contradiction avec la politique de médiation poursuivie par son père. En 1258, il s'oppose aux Provisions d'Oxford, un document signé par les principaux barons réformateurs menés par Simon de Montfort, mais le roi est contraint de les accepter. Les barons parviennent ainsi à limiter le pouvoir des Lusignan, et Édouard commence à se détacher d'eux. Il s'allie à l'un des principaux réformateurs, le comte de Gloucester Richard de Clare, en , puis annonce son soutien aux barons le .. Cette volte-face est peut-être dictée par le plus simple pragmatisme : Simon de Montfort est bien placé pour soutenir le prince en Gascogne.

Après le départ du roi pour la France, en , le comportement d'Édouard tourne à l'insubordination : il procède à plusieurs nominations en faveur des barons réformateurs, au point que son père croit qu'il prépare un coup d'État. À son retour, Henri refuse de voir son fils, et il faut la médiation du comte Richard de Cornouailles et de l'archevêque de Cantorbéry Boniface de Savoie pour réconcilier les deux hommes. Édouard est envoyé sur le continent, et en , il se réconcilie avec les Lusignan, exilés en France.

Édouard rentre en Angleterre en 1262 et se brouille avec plusieurs membres du parti Lusignan sur des questions d'argent. L'année suivante, le roi l'envoie en campagne au pays de Galles contre Llywelyn ap Gruffydd, avec des résultats limités. Au même moment, Simon de Montfort, qui avait quitté le pays en 1261, rentre en Angleterre et ranime le mouvement des barons. Alors que le roi semble prêt à céder à leurs demandes, Édouard prend les choses en main : alors qu'il avait louvoyé d'un camp à l'autre jusqu'alors, il prend désormais fermement position en faveur des droits de son père. Il se réconcilie avec d'anciens alliés, parmi lesquels son ami d'enfance Henri d'Almayne et le comte de Surrey John de Warenne, et reprend le château de Windsor, qui était tombé aux mains des rebelles. Un accord est conclu entre les deux camps grâce à l'arbitrage du roi de France , mais cette « mise d'Amiens », nettement favorable au roi, ne résout la crise que momentanément.

La guerre civile

La Seconde Guerre des barons, de 1264 à 1267, voit s'opposer les barons rebelles, menés par Simon de Montfort, à ceux restés fidèles au roi. En ouverture du conflit, Édouard reprend la ville de Gloucester, puis conclut une trêve avec le comte de Derby Robert de Ferrières, venu secourir les rebelles. Le prince s'empare ensuite de Northampton, puis entreprend une campagne contre les terres du comte de Derby, qui a rompu la trêve. Le premier affrontement majeur du conflit a lieu à Lewes le . Édouard commande l'aile droite de l'armée royale. Il écrase les Londoniens qui lui font face, mais commet l'erreur de poursuivre l'ennemi en fuite, et lorsqu'il revient sur ses pas, il est trop tard : l'armée royale a été vaincue. Par la , Édouard et son cousin Henri d'Almayne sont remis à Montfort comme prisonniers..

vignette|Le corps mutilé de Simon de Montfort à Evesham (illustration médiévale).

Édouard reste prisonnier jusqu'en , et reste sous étroite surveillance après sa libération. Malgré cela, il parvient à échapper à ses gardiens le et rejoint le comte de Gloucester Gilbert de Clare, fils de Richard de Clare, qui vient de rallier le camp royal. Montfort est peu à peu lâché par ses partisans, et Édouard lui reprend facilement Worcester et Gloucester. Le baron s'allie à Llywelyn ap Gruffydd et se dirige vers l'est, pour rallier son fils Simon, mais Édouard le devance en attaquant le château de Kenilworth, où le jeune Montfort doit s'enfermer. Édouard s'avance ensuite à la rencontre de son père. Les deux armées s'affrontent à Evesham, le . Les rebelles, inférieurs en nombre, sont écrasés, et leur chef laisse la vie sur le champ de bataille.

La façon dont Édouard abuse le comte de Derby à Gloucester, entre autres épisodes, lui vaut une réputation d'individu peu digne de confiance. Cependant, la campagne de l' lui permet d'apprendre de ses erreurs, et il y gagne le respect et l'admiration de ses contemporains. La guerre se poursuit après la mort de Montfort, et Édouard continue à y jouer un rôle. En , il parvient à un accord avec le fils Montfort et ses alliés à l'île d'Axholme, et en , il dirige une offensive couronnée de succès sur les Cinque Ports. La forteresse inexpugnable de Kenilworth reste aux mains d'un contingent rebelle, qui refuse de se rendre avant la signature du , par lequel les rebelles privés de leurs terres peuvent les récupérer en échange d'une amende proportionnelle à leur rôle dans l'insurrection. En , le comte de Gloucester semble sur le point de rejoindre les insurgés, relançant la guerre civile, mais une renégociation des termes du dictum permet d'éviter la reprise du conflit. Édouard ne s'implique guère dans ces négociations, car il se consacre alors entièrement à ses projets de croisade.

La croisade