vignette|L'image représente un drapeau symbolisant le socialisme démocratique. Ce drapeau tricolore présente un rapport dimensionnel global de deux pour la largeur et trois pour la longueur. Le fond se compose de trois larges bandes verticales de largeur égale. Les bandes bleues de chaque côté peuvent symboliser l'ignorance ou le privilège, tandis que la bande blanche au centre peut symboliser l'illumination. Le motif central, entièrement contenu dans la bande blanche, représente un poing gauche tendu vers l'avant, serrant une rose par la tige.

L'expression socialisme démocratique désigne, dans son acception la plus répandue, un ensemble de courants socialistes caractérisés par la volonté de construire une société socialiste, où existerait l'égalité la plus grande possible et où régnerait la justice sociale, tout en respectant des principes démocratiques.

De manière plus précise, l'expression "socialisme démocratique" est aujourd'hui principalement employée pour désigner le courant socialiste qui, s'opposant après 1917 au léninisme et à ses pratiques autoritaires et coercitives, s'est progressivement éloigné des conceptions révolutionnaires et du marxisme, pour adopter des positions simplement « réformistes ». Le communisme et le socialisme démocratique sont dès lors devenus des courants clairement distincts.

Le terme de social-démocratie est devenu, avec le temps, un vocable proche de socialisme démocratique, les deux expressions étant aujourd'hui parfois utilisées comme des synonymes, ou en alternance pour désigner la même réalité politique. Elles ne se confondent cependant pas totalement sur le plan politique et historique : toutes les figures socialistes démocratiques, que ce soit des individus ou des collectifs, n'utilisent en effet pas l'appellation social-démocrate dans leur nom officiel et ne se sont pas toujours définis comme tels, quand bien même ils se revendiqueraient aujourd'hui ouvertement de valeurs dites sociales-démocrates. En outre, le vocable est de nos jours également utilisé par des partis, notamment de gauche radicale (soit situé entre la social-démocratie et l'extrême gauche), ne relevant pas de la tendance de centre gauche, courant aujourd'hui plutôt assimilé à la social-démocratie.

Définitions La relation entre socialisme et démocratie fait l'objet de nombreux commentaires, dont les conclusions et la portée varient en fonction des sens donnés aux mots socialisme et démocratie. Bertrand Russell décrit en 1918 comme étant « The essence of Socialism [can be defined] as the advocacy of communal ownership of land and capital. Communal ownership may mean ownership by a democratic State, but cannot be held to include ownership by any State which is not democratic. », in Proposed roads to freedom. Socialism, Anarchism and Syndicalism, Henry Holt and Company, édition de 1919, p. 10. Émile Durkheim établit entre socialisme autoritaire et socialisme démocratique une distinction sous un angle principalement économique : il définit le premier comme un socialisme qui prônerait un État fort réglant étroitement les activités économiques en les encadrant par un réseau de décisions qui ne prendraient que faiblement en compte les indications des organes économiques ; au contraire, le socialisme démocratique est, selon la définition de Durkheim, un socialisme prévoyant un dialogue constant entre l'État et les groupes économiques, dans le cadre d'un équilibre général des pouvoirsJean-Claude Filloux, Durkheim et le socialisme, Droz, 1977, p. 285.

La notion de socialisme démocratique au sens contemporain, dont le modèle se trouve essentiellement parmi les partis européens, se développe au dans le contexte d'une redéfinition de l'identité socialiste, alors que le mouvement est confronté à la concurrence du communisme, qui se revendique lui aussi du socialisme. Le socialisme démocratique s'affirme alors comme une tendance attachée à la réduction des injustices, mais opposée à toute forme de révolution violente et ne concevant les changements sociétaux que dans le cadre de la démocratie parlementaire et du multipartisme. L'expression « socialisme démocratique » - utilisée en alternance avec social-démocratie, au sens contemporain du terme - désigne la plupart du temps le courant dominant du centre gauche, ou plus généralement de la gauche réformiste, soit la mouvance la plus couramment désignée de nos jours par l'appellation de socialisme.

Historique

Entre-deux-guerres Dans les dernières décennies du et les premières années du , le mouvement socialiste international est profondément divisé par les divisions entre réformistes et révolutionnaires. Au Royaume-Uni, le marxisme n'a jamais exercé de rôle dominant dans le mouvement ouvrier, ni au sein du Parti travailliste, et les intellectuels membres de la Fabian Society s'emploient à définir un socialisme non marxiste. En Europe continentale, au contraire, le marxisme conserve, notamment en Allemagne, une prééminence sur le terrain des idées : le dualisme entre les principes révolutionnaires et une pratique politique de plus en plus intégrée à la démocratie libérale crée des tensions profondes. Durant le conflit mondial, l'absence de réaction unitaire de l'Internationale ouvrière aggrave encore le sentiment de malaise, voire de faillite morale du mouvement socialiste. Après la Révolution d'Octobre de 1917 et la prise de pouvoir des bolcheviks en Russie, la rupture devient définitive entre réformistes et révolutionnaires. Ces derniers, qui adoptent le nom de communistes, se regroupent au sein de l'Internationale communiste, fondée en 1919. Les conditions d'admission à cette Internationale stipulent notamment le caractère indispensable de la révolution pour abattre l'État et le remplacer par un État socialiste, la mise en place de la dictature du prolétariat, et le respect du centralisme démocratique comme règle d'organisation des partis.

Face au défi posé par l'Internationale communiste, les socialistes qui refusent l'adhésion au mouvement communiste doivent affirmer leur singularité. En France, Léon Blum se fait, notamment à partir de son intervention au congrès de Tours de la SFIO en 1920, l'un des principaux avocats du socialisme démocratique et du rejet du léninisme : il s'oppose fermement au socialisme conçu par les bolcheviks qui lui apparaît, non comme une dictature du prolétariat authentique, mais comme la dictature d'un . Pour Blum, le marxisme ne saurait à lui seul constituer la base du socialisme : récusant le matérialisme historique et le déterminisme sociologique, Blum conçoit le socialisme comme devant assurer en installant .

Le constitutionnaliste et politologue Dmitri Georges Lavroff date de cette période de l'entre-deux-guerres l'affirmation du socialisme démocratique en tant qu'acteur politique original. Le socialisme cherche cependant encore son identité propre face au communisme : certains socialistes, ou anciens socialistes (Benito Mussolini, qui fonde le fascisme en Italie, ou dans une moindre mesure les néo-socialistes français comme Adrien Marquet et Marcel Déat), évoluent dans les années 1920-1930 vers des options politiques autoritaires. L'Internationale ouvrière, très affaiblie au sortir de la Première Guerre mondiale, connaît en 1921 une scission avec l'Union des partis socialistes pour l'action internationale : les deux tendances fusionnent à nouveau deux ans plus tard pour constituer l'Internationale ouvrière socialiste, qui regroupe la majorité des partis socialistes européens. À la fin des années 1920 et au début des années 1930, l'opposition entre communistes et socialistes prend un tour particulièrement violent, l'Internationale communiste privilégiant une ligne qui désigne les socialistes - dits - comme les principaux ennemis, au détriment de la lutte contre le fascisme et le nazisme. Ce n'est qu'une fois que Staline réalise l'ampleur du danger nazi que les communistes s'allient aux socialistes dans le cadre d'une politique de . Si une grande partie des mouvements socialistes européens demeurent attachés aux concepts de révolution et de dictature du prolétariat, ils n'en demeurent pas moins partisans d'une pratique modérée : en France, Léon Blum - tout en concevant que les acquis de la révolution puissent être défendus par des moyens violents si ses adversaires utilisent eux-mêmes la violence - insiste sur la nécessité de la transformation de la société par des moyens légaux et ne conçoit l'accession au pouvoir que dans le cadre d'un processus électoral.

En Scandinavie, et notamment en Suède, les partis sociaux-démocrates ont pris depuis longtemps leurs distances avec le marxisme et le socialisme révolutionnaire et construisent, une fois arrivés au pouvoir - en Suède notamment, ils accèdent au gouvernement à partir de 1932 et y demeurent de façon quasi-ininterrompue jusqu'en 1976 - des systèmes d'États-providence qui constituent le de socialisme démocratique. En France, le gouvernement de Léon Blum, sous le Front populaire, réalise un ensemble de réformes sociales mais sans transformation radicale de la société. Dans l'ensemble, la période de l'entre-deux-guerres est, du moins dans les pays européens marqués par une forte présence communiste, peu favorable au développement du socialisme démocratique, qui demeure enfermé entre la réaction fasciste et l'expansion communiste soutenue par l'URSS. L'évolution vers une forme non autoritaire de socialisme demeure cependant théorisée par des intellectuels comme Joseph Schumpeter, qui estime dans Capitalisme, socialisme, et démocratie que les sociétés libérales démocratiques étaient en train d'évoluer du capitalisme libéral vers le socialisme démocratique, avec la popularisation de la gestion des travailleurs par les travailleurs, la démocratie industrielle et les institutions de réglementationVoir John Medearis, Schumpeter, the New Deal, and Democracy, The American Political Science Review, 1997..

Après-guerre Après la Seconde Guerre mondiale, les partis socialistes forment une nouvelle Internationale, qui est officiellement formée en 1951 sous le nom d'Internationale socialiste. Les travaillistes britanniques, sans guère d'attaches marxistes, comptent parmi les principales chevilles ouvrières de cette renaissance : une nette majorité de partis socialistes démocratiques, dans le contexte de la Guerre froide, refusent catégoriquement le communisme du bloc de l'Est et se positionnent sans ambiguïté du côté du . L'ensemble des partis socialistes européens abandonnent dès lors progressivement leur culture marxiste et leurs aspirations révolutionnaires, à un rythme inégal selon les pays. Dans certains pays comme la France et l'Italie les références marxistes mettent en effet beaucoup plus longtemps à disparaître du discours des partis socialistes (le Parti socialiste italien reste ainsi durant des années allié au Parti communiste italien, ce qui pousse les socialistes opposés à cette alliance à faire scission en créant le Parti social-démocrate italien) ; le Parti social-démocrate d'Allemagne, au contraire, renonce dès 1959 à toute référence à la lutte des classes.