Le Périple de la mer Rouge ou Périple de la mer Érythrée (en grec polytonique : / ; en latin : ) est un « périple » (récit d'exploration maritime) rédigé en grec et généralement daté entre le et le .

Cet ouvrage décrit la navigation et les occasions commerciales depuis les ports romano-égyptiens comme Bérénice le long de la côte de la mer Rouge, alors appelée mer Érythrée (, « rouge » en grec ancien), et d'autres le long de l'Afrique orientale et de l'Inde. Cette route maritime desservait le commerce de l'ivoire, des épices, de la cannelle, de l'encens, du styrax, du lapis-lazuli, des topazes et turquoises, de la soie, de l'indigo, des esclaves, mais a aussi contribué à diffuser le christianisme en Inde, la notion de zéro en Méditerranée ainsi que diverses graines (abricotier, aubergine, cerisier).

Origine et éditions Le texte exploité actuellement provient d'un manuscrit byzantin du appartenant au fonds de la bibliothèque universitaire de HeidelbergCPG 398 : 40v-54v et d'une copie de celui-ci datant du ou appartenant au British MuseumB.M. Add 19391 9r-12r. Le Périple a connu sa première édition moderne par Sigismund Gelenius en 1553.

On le date généralement de la première moitié du , ou du Voir Reinaud, Le Périple de la mer Érythrée, Paris 1864 (sur Archive, p. 8) : « je place la rédaction définitive du Périple de la mer Érythrée en l'année 246 ou 247 de notre ère, sous les règnes de l'empereur Philippe et de son fils.» Même opinion à l'art. Ethiopie de l'Encyclopædia Universalis.. Bien que l'auteur en soit inconnu, sa lecture indique qu'il s'agit d'une description de première main d'un familier de cette zone géographique et une source quasiment unique de renseignements concernant le monde antique dans les régions qui bordent l'océan Indien. En effet, bien que mer Érythrée soit la dénomination grecque antique de la mer Rouge, le texte inclut la description de l'océan Indien et du golfe Persique, partant de l'île de Dioscoride (aujourd'hui Socotra)Reinaud, op. cité : « Par la dénomination de mer Érythrée, les anciens désignaient la mer de l'Inde, y compris le golfe Persique et la mer Rouge. Quant au mot périple, c'est une expression grecque qui équivaut pour nous à circumnavigation. Nous pourrions la traduire aussi par description maritime et livre de bord. ».

Selon une attribution ancienne et discutée, le texte daterait de 131-132, et serait l'œuvre d'Arrien (Lucius Flavius Arrianus, 85-146).

Description de l'œuvre L'œuvre se compose de soixante-six chapitres, la plupart d'entre eux consistant en un long paragraphe.

La première partie, chapitres un à dix-huit, décrit les routes maritimes suivant l'axe Nord-Sud depuis l'Égypte le long de la côte d'Afrique jusqu'à ce qui correspond probablement à l'actuelle Érythrée.

Le reste du texte suit un axe Ouest-Est, depuis l'Égypte, en faisant le tour de la péninsule Arabique et du golfe Persique jusqu'à la côte de Malabar.

Le court chapitre cinquante-quatre, par exemple, dit dans sa totalité :

Pour qualifier la qualité de ses informations, Joseph Toussaint Reinaud, Relations politiques et commerciales de l'Empire romain avec l'Asie orientale., dit :

Interprétation de l'œuvre Dans un grand nombre de cas, la description est suffisamment précise pour pouvoir identifier les emplacements actuels correspondants, tandis que pour d'autres, les hypothèses sont très nombreuses.

La ville de « Porto » est vraisemblablement l'actuelle Aden au Yémen.

Le lieu dénommé « Rhapta » est mentionné comme étant le marché le plus lointain le long de la côte africaine « d'Azania » ; des chercheurs ont reconnu au moins cinq endroits correspondant à la description, dans une zone s'étendant du sud de Tanga jusqu'au delta de fleuve Rufiji.

La description de la côte indienne mentionne le Gange tout à fait clairement, puis le périple perd beaucoup en précision lorsqu'en décrivant la Chine, il cite comme une « grande ville intérieure », « Thina qui est une source de soie brute »Sur la trace des Romains en Chine, se seraient-ils rendus dans l'empire du Milieu ?..

Une autre caractéristique du Périple est que certains des mots décrivant les marchandises n'apparaissent dans aucun autre texte de la littérature antique, obligeant à faire des conjectures sur leur signification.

Lieux mentionnés La liste suivante recense une partie des lieux mentionnés dans le Périple. Les numéros en début de ligne font référence aux paragraphes correspondants du texte.

Le long de la côte africaine orientale : Mer Érythrée, Égypte, Myos Hormos, Bérénice BarbariqueRégion qui n'est pas soumise à l'Empire, au-delà de l'Égypte romaine (Ichthyophages« Mangeurs de poisson », Agriophages« Mangeurs de lion », Moschophages« Mangeurs de veau »), Méroé Ptolémaïs Theron Adulis, , Axoumites, îles Alalaei Avalites Malao Mundus

Acannae (peut-être Calula) Cap des Aromates, Tabai Opone Azanie, îles Pyralaoi (peut-être l'archipel de Lamu), Menouthias Rhapta

Le long de la côte de la péninsule arabique : Leukè Komè, Pétra Jabal at-Tair

Saue, Mapharitis Zafar, Himyar, Saba Golfe d'Avalites, Bab-el-Mandeb, île de Diodore, Océlis Arabie Eudaemon (probablement Aden) Cana, Sabata golfe de Sachalitès Cap Syagros, île Dioscoride côte d'Oman, Moscha (peut-être Khor Rori) Ras Hasik, djebel Samhan, îles Zénobies, île de Sérapis Îles Calées Golfe Persique, monts Asabôn, mont Sémiramis, , Charax Spasinou, Euphrate Omana (peut-être Sohar)

Le long de la côte asiatique : Golfe de Gédrosie Scythie, Sinthus, Barbarikon, Parthie golfe d'Eirinon Golfe de Barygaza, côte de l', royaume de , , Sysastrène, Minnagara, Astacampra , Mahi, Narmada Kammoni (peut-être Surate) Barygaza Ozène côte de Dakhinabades Paithana, Suppara, Kalliena , Mandagora, Palaepatmae, Melizigara, Byzance, , , îles Sesecrienae, Chersonesus, Naura, Tyndis (peut-être Ponnani), Muziris, Nelcynda

Cottonara Paralia (peut-être Kânyâkumârî), Balita (peut-être ), Comari Royaume Pandya, royaume de Chola Camara, Poduca, Sopatma Taprobane Masalia, Dosarene Gange, Chryse This,

Notes et références

Notes

Références

Bibliographie Voir Topoi. Orient-Occident. Supplément 11, 2012, pour une bibliographie plus développée.

Manuscrits Le Codex pal. graec. 398, fol. 40v-54v, de l'Université de Heidelberg (). Le Add. MS 19391, fol. 9r-12r, du British Museum ().

Principales éditions et traductions du texte grec . Jöns Ivan Hjalmar Frisk, Le Périple de la Mer Erythrée, suivi d'une étude sur la tradition et la langue [Thèse], Göteborg, 1927 (Goteborgs högskolas ärsskrift, 33) .

Autres éditions et traductions « Le Périple de la Mer Erythrée », trad. fr. par Marc Szwajcer, dans remacle.org, 2010 (en ligne). The Periplus of the Erythraean Sea ; with some extracts from Agatharkhides "On the Erythraean Sea" [De mari Erythraeo], éd. et trad. angl. par , Londres, 1980 (Works issued by the Hakluyt society. Second series, 151) . [trad. par] Raymond Mauny, « Le périple de la mer Erythrée et le problème du commerce romain en Afrique au sud du Limes », dans Journal de la Société des Africanistes, 38-1, Paris, 1968, (en ligne). The Periplus of the Erythræan Sea, trad. angl. par , New York, 1912, (en ligne ; texte et sur Wikisource) ; repr. 1995 . Der Periplus des Erythräischen Meeres von einem Unbekannten. Griechisch und deutsch mit kritischen und erklärenden Anmerkungen nebst vollständigem Wörterverzeichnisse, éd. et trad. all. par B. Fabricius (pseud. de ), Leipzig, 1883 (en ligne). Anonymi [Arriani, ut Fertur] Periplus Maris Erythraei, dans Geographi graeci minores, vol. 1, éd. grecque et trad. latine par Karl Müller, Paris, 1855, (en ligne et le texte grec sur Wikisource).

Principales références à propos du Périple Topoi. Orient-Occident. Supplément 11, 2012. Autour du Périple de la mer Érythrée [= Actes du séminaire organisé les 13 et (Lyon, Maison de l'Orient et de la Méditerranée)], sous la dir. de Marie-Françoise Boussac, Jean-François Salles et Jean-Baptiste Yon, Lyon, 2012 (en ligne). Felix A. Chami, The Early Iron Age on Mafia island and its relationship with the mainland, dans Azania : Journal of the British Institute of History and Archaeology in East Africa, 34, Londres, 1999, (part. en ligne). Didier Marcotte, Les Géographes grecs. Tome I, Introduction générale. Pseudo-Scymnos, Circuit de la terre, Paris, 2000, p. XXX-XXXI (CUF, 403) . Gérard Fussman, Le Périple et l'histoire politique de l'Inde, dans Journal asiatique, 279 (1-2), Paris, 1991, . Christian Robin, L'Arabie du sud et la date du Périple de la mer Érythrée. Nouvelles données, dans Journal asiatique, 279, Paris, 1991, (en ligne). Jehan Desanges, Les relations de l'Empire romain avec l'Afrique nilotique et érythréenne, d'Auguste à Probus, dans ANRW, II. 10.I, Berlin, 1988, (extraits). Aubrey Diller, The Tradition of the Minor Greek Geographers, Lancaster-Oxford, 1952 (American Philological Association Monographs, 14) ; réimpr. Amsterdam, 1986. James Innes Miller, The spice trade of the Roman Empire: 29 B.C. to A.D. 641, Oxford, 1969 ; repr. 1998 . , Umstrittene Daten : Untersuchungen zum Auftreten der Griechen am Roten Meer, Cologne et Opladen, 1965 (Wissenschaftliche Abhandlungen der Arbeitsgemeinschaft für Forschung des Landes Nordrhein-Westfalen, 32) . Joseph Toussaint Reinaud, Mémoire sur le Périple de la mer Érythrée et sur la navigation des mers orientales au milieu du troisième siècle de l'ère chrétienne, d'après les témoignages grecs, latins, arabes, persans, indiens et chinois, Paris, 1864 (en ligne)

Annexes

Articles connexes

Liens externes

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