Walter Schellenberg, né le à Sarrebruck (Allemagne) et mort le à Turin (Italie), est un membre du parti nazi et un haut fonctionnaire SS du régime nazi. Après avoir dirigé au sein de la Gestapo le service de contre-espionnage, il devient en 1942 responsable de la section espionnage du RSHA : le SD-Ausland. En 1944, il atteint le grade de SS-BrigadeführerNiveau hiérarchique de la SS, équivalent en français à général de brigade..

Biographie Jeunesse

Né en Sarre en 1910, Walter Schellenberg est le plus jeune d'une famille de sept enfants. Son père est facteur de pianosDocument UK 81 Affidavit D: nazi Conspiracy and Aggression. Volume VIII. USGPO, Washington, 1946/. Document UK-81 Affidavit of Walter Schellenberg.. En 1929, il entre à l'université de Bonn et y étudie la médecine pendant deux ans avant de bifurquer vers le droit. Il est alors repéré par deux conseillers de Reinhard Heydrich en 1934 et devient membre du Sicherheitsdienst (SD).

Entrée dans la SS Après un entrainement spécial appropriéEntraînement dont il veut faire croire qu'il a été exempté alors qu'il admet être tireur d'élite., il participe au sein du SD à plusieurs opérations en tant qu'agent provocateur, notamment l'affaire Toukhatchevski ou la mise en place du bordel connu sous le nom de « maison Kitty »Walter Schellenberg (Auteur), Edith Vincent (traductrice) : Le Chef du contre-espionnage nazi parle : 1933-1945. Mémoires traduits du manuscrit allemand par Edith Vincent. Librairie Académique Perrin; Édition : Julliard René (1957) réédité par Perrin Condé-sur-Escaut, impr. C. Descamps (1966) version moins expurgée que la traduction anglaise par Louis Hagen..

Ayant adhéré au NSDAP par ambition politique, homme cultivé, tacticien hors pair, agent provocateur spécialiste des stratagèmes et chantages en tous genres, il entretient une relation étroite avec son supérieur Reinhard Heydrich. Il rejoint à cette période la « Forschungs und Lehrgemeinschaft das Ahnenerbe e.V. », plus souvent appelée simplement l'Ahnenerbe, créée par Heinrich Himmler.

Incident de Venlo Son fait d'armes le plus notoire est l'enlèvement, le 9 novembre 1939, au lendemain de l'attentat à Munich contre Hitler commis par Georg Elser, de deux agents des services secrets britanniques à Venlo en territoire hollandais neutre, près de la frontière allemandeLeo Cooper, Leo Kessler: Betrayal At Venlo, Londres, 1991.. Cet attentat que les nazis déguisent en une conspiration anglo-hollandaise sert de prétexte en 1940 à envahir les Pays-Bas neutres. L'opération commando réalisée avec l'aide d'Alfred Naujocks et d'Helmut Knochen lui attire la bienveillance d'Himmler, chef de la SS, et l'honneur d'être décoré par Adolf Hitler.

Tentative d'enlèvement du duc et de la duchesse de Windsor La réussite de cette opération incite Hitler à charger Schellenberg de mettre au point, puis d'exécuter lui-même, le kidnapping du duc et de la duchesse de Windsor alors en résidence à Lisbonne. Le Führer pense ainsi mieux persuader l'ex-roi d'Angleterre de collaborer avec lui pour faire la paix avec le Royaume-Uni. Après l'enlèvement, il a prévu d'installer le couple en Allemagne et a déjà mis à leur disposition de francs suisses, déposés dans une banque de Genève. L'opération échoue de peu, tant en raison de l'activité soutenue des agents de l'Intelligence Service présents sur la zone et chargés d'une surveillance rapprochée du duc et de la duchesse de Windsor, que des réticences de Schellenberg, relatives à la faisabilité de la mission d'une part, et à son opportunité politique, d'autre partHHhH Par Laurent Binet page 98..

Fonction principale pendant la guerre : le SD-Ausland Après avoir rédigé les lois antisémites en Autriche et procédé à l'organisation des centrales d'émigration juives qui seront dirigées quelques semaines plus tard par Adolf Eichmann, il organise avec Alfred Naujocks, d'une part, les premiers Einsatzkommando en Tchécoslovaquie, puis, d'autre part, les Einsatzgruppen à partir d'éléments de l'armée, de la gendarmerie et de la police, visant à commettre des assassinats de masse en territoire polonais.

Après avoir, à la demande de Heydrich, conçu la structure du RSHA retenue par HimmlerAndré Brissaud: SS - Histoire du Service Secret Nazi. Plon - 1972. Propos prétendument recueillis par un journaliste sur la base de ses entretiens avec Walter Schellenberg, soigné en Suisse après la guerre alors qu'il était hébergé chez le Lang à la demande du Brigadier Masson. Ce document fut plus probablement établi par Sven Hinnen, le garde du corps de Walter Schellenberg, mis à la disposition par Masson. Ce Sven Hinnen essaya sans succès de vendre les notes prises au chevet du malade à des éditeurs américains, malgré l'interdiction de Walter Schellenberg qui préparait la publication de ses mémoires (traces dans les archives américaines NARA dans l'État du Maryland). La disparition de ces notes, le suicide inexpliqué en 1953 de Sven Hinnen et la façon peu plausible dont André Brissaud prétend avoir rencontré Schellenberg permettent de soupçonner que ce livre est en fait celui reproduisant les notes du garde du corps., au , Walter Schellenberg apporte son concours aux opérations Andreas et Bernhard en cassant grâce à son service de décryptage le code de numérotation de la livre sterling. En inondant l'Angleterre de centaines de milliers de faux billets, cette opération devait couler l'économie britannique. En , Schellenberg participe activement aux négociations entre la Wehrmacht et le RSHA concernant les limites de compétence territoriale des Einsatzgruppen sur le front de l'est. Il en rédige le texte final. Le , il informe le commandement militaire allemand en France que l'émigration des Juifs est désormais strictement interdite, première étape de la solution finale de la question juive..

Pendant les guerres de conquête allemande, Walter Schellenberg prépare pour les SS la description détaillée des institutions des pays en passe d'être envahis ainsi que la liste des personnalités à faire « disparaître », ou à emprisonner. C'est ainsi qu'il rédige un effarant programme pour l'invasion de l'Angleterre : la Sonderfahndungsliste G.B. (en français : liste spéciale de recherches pour le Royaume-Uni ; généralement appelée The Black Book au Royaume-Uni) est une liste de résidents britanniques devant être arrêtés en cas d'invasion du Royaume-Uni par l'Allemagne nazie en 1940. Elle contient les noms de personnes, Britanniques et Européens réfugiés. Elle était un appendice à un autre document, l’Informationsheft G.B., un manuel édité par la Gestapo en vue de l'invasion du Royaume-Uni. Publié par Schellenberg, ce plan apporte un sévère démenti aux allégations britanniques pensant que Schellenberg était confus et un peu stupide et, en tout cas, ignorant des lois, institutions, mœurs et coutumes anglaises. Il admet dans ses Mémoires avoir rédigé ce type d'ouvrage, mais pour les Balkans.

C'est à cette époque qu'il démantèle l'Orchestre rouge. Son collègue Werner Best ayant été affecté au Danemark, il organise la sélection des membres des Einsatzgruppen responsables des massacres derrière les lignes du front de l'Est (environ 3,5 millions de juifs et commissaires politiques soviétiques fusillés avec leurs femmes et leurs enfants). Comme toujours, il assure la conception et laisse à d'autres le soin de se targuer de la réalisation puisque ses chefs connaissent son rôle.

Hans Bernd Gisevius, l'un des chefs de file des ennemis secrets d'Hitler présente Walter Schellenberg comme :

En 1942, il entre en relation avec le colonel-brigadier Roger Masson, chef des services de renseignement suisse puis rencontre le général Henri Guisan l'année suivante.

Fonctions pendant la guerre dans les services secrets De 1943 jusqu'en 1944, Schellenberg est responsable du contre-espionnage et des affaires internationales du SD en remplacement de Heinz Jost, et coordonne les activités de ces agents. Grâce à sa pénétration de l'organisation diplomatique des nazis, il gère l'opération Cicero et remet à Hitler les plans du débarquement en Normandie. En France, son bras armé est le sinistre Helmut Knochen qui démantèle grâce à la torture la plus brutale les réseaux de résistance et, appuyé jusqu'en de Theodor Dannecker, un autre de ses sbires du SD chargé des questions juives, fait pression sur la police française pour l'application de la politique antisémite des nazis, ne rendant de comptes directement qu'au SS-Brigadeführer Carl Oberg. En Europe de l'Est, Schellenberg a comme agent, d'abord en Autriche puis en Hongrie Wilhelm Höttl, qui travaille pendant quelques années pour les Américains après la guerre. Otto Skorzeny, l'officier SS qui délivre Mussolini au Gran Sasso dirige son service de commandos traduit en anglais : ..

Très tôt convaincu, probablement par l'amiral CanarisHeinz Zollin Höhne (Auteur): Canaris: Patriot im Zwielicht [patriote dans le crépuscule]. C. Bertelsmann – 1976 traduit en Français sous le titre Canaris : la véritable histoire du chef des renseignements militaires du Reich ; Balland 1981 et en anglais par Richard Barry : "Canaris: Hitler's Master Spy". Cooper Square Press ; édition - . de la folie du maintien d'un deuxième front à l'Ouest, Walter Schellenberg tente de nombreuses négociations pour obtenir un renversement d'alliance avec les Alliés occidentaux dont il cherche à obtenir le soutien contre les Soviétiques. Les Alliés exigeant la tête de Hitler comme monnaie d'échange, Walter Schellenberg, en nazi convaincu que la « juiverie internationale » contrôle les décisions américaines, propose systématiquement la libération de Juifs, voire l'arrêt de l'holocauste comme lors de la négociation avec Joel Brand en 1944Alexandre Weissberg-Cybulski, Alex Weissberg, L'histoire de Joël Brand (« Die Geschichte von Joel Brand »), préface et traduction de Nina Gourfinkel, Paris, Éditions du Seuil, 1957..

Il met en place en Allemagne sous le nom de Funkspiel, le même système de retournement des agents infiltrés que le MI5 établit sous le nom de Double Cross System. Il réussit de son côté à décrypter tous les messages envoyés de Berne par Allen Dulles de l'OSS (voire les interrogations non reportées dans le rapport final). Il réussit même pendant un temps à établir une table d'écoute sur le câble entre les États-Unis et l'Angleterre et à faire capter certains messages entre Roosevelt et ChurchillMémoires de Walter Schellenberg in , ..

À partir du début 1944, son ami et maître à penser en matière d'espionnage, l'amiral Canaris, étant tombé en disgrâce auprès de Hitler, il prend le contrôle de l’Abwehr, service secret de l'armée, qui est presque intégralement incorporé au SD, service secret politique et civil omniprésent (dans des Services généraux). À la suite de l'incrimination de l'amiral Canaris dans le complot contre Adolf Hitler, Walter Schellenberg arrête personnellement son ami et maître, qui finit pendu par les SS au camp de concentration de Flossenbürg le , juste avant la reddition de l'Allemagne.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, soutenu par Felix Kersten, il conseille à Himmler d'arrêter Hitler et de prendre lui-même le contrôle du Reich. Devant les hésitations de Himmler, il va jusqu'à échafauder un attentat contre le Führer avec son ami médecin, le docteur Crinis.

Fin de la guerre et procès à Nuremberg vignette|Schellenberg incarcéré, vers 1946. Sentant la fin du régime nazi, il se rend en Suède où il tente de négocier sous la houlette de Himmler un armistice avec les Alliés ou la fin des hostilités et une alliance contre le « bolchévisme », mais les Alliés refusent.