Johannes Gutenberg, de son nom complet allemand Johannes Gensfleisch zur Laden zum Gutenberg, souvent appelé simplement GutenbergNom d'emprunt tiré de la maison que possédaient ses parents à Mayence et qui portait l'enseigne Zum guten Berg (« à la bonne montagne »). D'après . La maison, aussi connue sous le nom « », est située dans la Schusterstrasse à Mayence. Sa naissance à Eltville, où la famille maternelle possédait une maison, n'est pas exclue., né vers 1400 à Mayence. (Saint-Empire romain germanique), ville dans laquelle il est mort le , est un imprimeur allemand devenu célèbre grâce à l'invention de techniques d'imprimerie modernes pour l'époque (notamment la presse et l'encre grasse), qui ont révolutionné la reproduction des textes et ont été déterminantes dans la diffusion du savoir en Europe, et constituent donc des éléments clefs de la Renaissance et de l'Époque moderne en Europe.

Bien que Gutenberg soit considéré comme le père de l'imprimerie à caractères métalliques mobiles en Europe, l'invention particulière des caractères métalliques mobiles semble venir en premier de Choe Yun-ui, et non de Gutenberg, malgré une croyance assez répandue (néanmoins, les nombreuses innovations de Gutenberg pour son imprimerie concernent aussi ces caractères).

Malgré son invention, Gutenberg connaît une existence difficile. Associé à Johann FustFust joue un rôle décisif dans l’invention de Gutenberg. Sans son aide financière, l’invention n’aurait sans doute pas vu le jour aussi rapidement. et Peter Schoeffer, il perd en le procès contre son créancier Fust qui saisit l’atelier avec le matériel et les impressions réalisées. Gutenberg n'est sauvé de la misère que grâce à de Nassau qui lui accorde une pension à vie et le titre de gentilhomme de sa cour.

Certains ouvrages anciens emploient l'orthographe francisée GutebergPar exemple Paul Lacroix, Curiosités de l'histoire des arts, Delahays, 1858. L'usage français veut que, devant les lettres m, b et p, à l'exception de quelques mots comme bonbon, bonbonne et embonpoint, on emploie le m au lieu du n., de même que son prénom est parfois francisé en JeanCf. par exemple la rue Jean-Gutenberg à Genève..

Biographie Sources La documentation concernant ce personnage est maigre : il demeure seulement trente-six documents antérieurs à sa mort, la majorité étant des archives judiciaires particulièrement arides et sujettes à interprétations. Cela a fait naître de nombreux portraits fantasmés et ambivalents : génial inventeur ; ou voleur d'idées. Victime dépouillée de son invention ; ou usurpateur qui aurait exploité un procédé mis au point par d'autres inventeurs avant lui. Humaniste ; ou homme d'affaires dévoré par l'appât du gain..

Formation Johannes Gutenberg, né à Mayence aux alentours de 1400Comme souvent à cette époque, sa date de naissance ne peut être établie précisément, elle oscille entre 1394 et 1404 selon ses biographes. La date de 1400, symbolique, a été retenue à la fin du par la municipalité de Mayence pour célébrer les cinq cents ans de son invention, sa naissance ayant été fixée arbitrairement au 24 juin (jour de la fête de Jean le Baptiste). – ., est le troisième enfant d'une famille aisée de la haute bourgeoisie, celle de Friele Gensfleisch zur Laden, orfèvre de profession, également marchand d'étoffes, et d'Else Wirich.Gutenberg avait également une demi-sœur, issue du premier mariage de son père.. Il semble qu'il a été baptisé dans l'église Saint-Christophe, proche de sa maison nataleÉglise Saint-Christophe - Église baptismale de Gutenberg..

Les lieux de séjour et les activités de Gutenberg ne sont pas connus entre 1400 et 1420. Au regard de ses activités ultérieures et du niveau social de sa famille, des études universitaires sont probables., peut-être à Erfurt durant le semestre d'hiver 1419-1420Un Johannes de Alta villa est inscrit à l'université d'Erfurt et y passe le baccalauréat. Alta villa désigne Eltville, lieu de la maison maternelle de Gutenberg.Frédéric Barbier (dir.), « Chapitre 2 - Gutenberg et l’invention de l’imprimerie », Histoire du livre en Occident, Paris, éd. Armand Colin, coll. « U », 2012, p. 83-102. DOI : 10.3917/arco.barbi.2012.01.0083. URL : https://www.cairn.info/histoire-du-livre-en-occident--9782200277512-page-83.htm.. En 1429, les corporations d'artisans et de marchands de la ville libre de Mayence se soulèvent contre le patriciat oligarchique et forcent les familles dirigeantes à l'exil..

vignette|gauche|upright=0.8|Statue en bronze de Gutenberg par David d'Angers (1840), place Gutenberg, Strasbourg : la houppelande relevée sur la jambe gauche et le bonnet bordé de fourrure, l'imprimeur tend une page de la fameuse Bible à 42 lignes sur laquelle on peut lire le verset de la Genèse . Entre 1434Ce n'est qu'à partir de 1434 que des archives mentionnent sa présence à Strasbourg. Depuis 1429, la municipalité de Mayence doit une rente viagère à la famille de Gutenberg, qui a avancé à la ville une somme d'argent. Comme Johannes Gutenberg refuse de revenir en sa ville à la suite des troubles de 1429, le magistrat de Mayence cesse de lui payer cette rente. Or il est spécifié dans la reconnaissance de dette que l'emprunt contracté par Mayence est garanti par tous les citoyens. Nicolas de Wœrstaed, le secrétaire de cette ville, étant de passage à Strasbourg, Gutenberg le fait arrêter pour qu'il règle personnellement sa créance. Craignant de se mettre à dos les autorités de Strasbourg ennuyées par cette affaire, Gutenberg accepte devant le magistrat de Strasbourg de faire remettre en liberté Wœrstaed contre l'engagement de ce dernier de s'occuper personnellement de régler son litige (acte du désistement de Gutenberg devant le conseil de Strasbourg, notifié dans un parchemin du 14 mars 1434, aujourd'hui perdu et dont fait état Jean-Daniel Schoepflin). . et 1444La dernière trace de Gutenberg à Strasbourg est son nom qui figure sur le registre de la taxe de vins, aux dates du et du . . (peut-être dès 1429), la famille Gutenberg s'installe dans le quartier Saint-Arbogast de Strasbourg.. Gutenberg a peut-être été formé à des techniques d'orfèvrerieUn acte du 25 janvier 1444 nous apprend qu'avec un associé, Andréas Heilmann, Gutenberg se fait inscrire à Strasbourg dans la corporation des orfèvres. .. Il apprend notamment la ciselure et la maîtrise des alliages, qui constitueront les bases de sa future invention, lui permettant de concevoir des caractères d'imprimerie résistants et reproductibles. Il s'associe notamment vers 1438 avec le bailli de Lichtenau et des négociants pour fabriquer des enseignes de pèlerinage, certaines constituées d'un alliage où dominent le plomb et l'étain, et un petit miroir y étant serti, d'autres peut-être constituées d'une feuille de métal estampé., toutes devant être mises en vente lors du pèlerinage d'Aix-la-Chapelle de 1439..

Il n'existe aucune trace de son activité au cours des quatre années suivantes.. De retour à Mayence en 1448 au plus tard, il poursuit les travaux commencés à Strasbourg et emprunte de l'argent à son cousin Arnold Gelthus. pour construire une presse.

Invention du caractère mobile d'imprimerie typographique Le concile de Bâle, qui s'ouvre en 1431, rassemble de nombreux intellectuels et universitaires dont les écrits ont besoin d'être reproduits, ce qui conduit au développement de moulins à papier. Vingt ans plus tard, les frères Galliziani, venus du Piémont, s'installent à Bâle et importent en Suisse et en France leur technique de fabrication du papier d'imprimerie moins coûteux que le papier de chancellerie. Les besoins des bibliothèques et des universités qui se développent, l'ouverture d'écoles, la multiplication des lecteurs, sont autant de facteurs qui justifient les recherches de Gutenberg à Strasbourg, grand centre commercial et intellectuel européen, pour assurer la reproduction rapide et multiple des textes et l'abaissement du prix des livres par une répartition des coûts de fabrication sur plusieurs exemplaires..

thumb|upright=0.8|Statue de Gutenberg par Bertel Thorvaldsen (1837), moulage par Charles Crozatier, Gutenbergplatz, Mayence : l'imprimeur tient dans la main droite un paquet de caractères mobiles et dans la main gauche la Bible B42. Rentré dans sa ville natale de Mayence en 1448, Johannes Gutenberg y poursuit ses recherches et, deux ans plus tard, persuade le riche banquier Johann Fust de l'aider à financer son projet. Fust prête à GutenbergSomme équivalant au prix de quatre ou cinq maisons. . et par an pour les frais généraux. Il devient de fait son associé. En homme d’affaires avisé, Fust rédige un contrat particulièrement contraignant pour Gutenberg. En garantie d’hypothèque, Gutenberg devra engager sa presse et ses outils et réglera 6 % d’intérêt l’an. Fust se montrera magnanime et ne lui réclamera pas les intérêts, du moins dans un premier temps.. Pour espérer des revenus suffisants, Fust et Gutenberg doivent choisir d'imprimer un livre dont le tirage permettra de couvrir les sommes engagées. À l’époque, le seul livre susceptible de connaître un succès immédiat est la Bible dans la version en latin de saint Jérôme, la Vulgate, livre qui demande environ trois ans de travail à un moine copiste pour être entièrement recopié.. L'idée première de Gutenberg pour imposer son invention est d'imiter parfaitement les livres manuscrits (codex). À ce jour, le modèle précis de Bible utilisé par Gutenberg demeure inconnu.

C'est à cette époque que Gutenberg perfectionne simultanément les différents éléments qui constituent son invention : la technique de production des caractères en métal interchangeables et égaux (alliage de plomb, étain et antimoine) à l'aide de timbres d'acier coupés, de matrices de cuivre et d'un instrument à couler, proche des caractères mobiles du Jikji ; ce premier livre imprimé est publié par le monastère de Hŭngdŏk en 1377, soit 78 ans avant la Bible de Gutenberg ; auparavant Bi Sheng utilisait des caractères mobiles en argile () ;la presse à bras ; en Asie, l'imprimerie utilisait un frotton ; l'encre d'impression, à base d'huile de lin (liant) et de suie de résineux (pigments) ; jusqu'alors l'encre utilisée par les copistes était à base d'eau et l'impression en Asie utilisait également une encre à l'eau.

Premières impressions thumb|Caractères mobiles. Les nouveaux outils mis au point par Gutenberg et ses ouvriers lui servent d'abord à imprimer de petits documents, des poèmes, la grammaire latine de Donat (dont il ne subsiste que quelques fragments), des lettres d'indulgence pour l'Église, etc. Les lettres d'indulgence à trente et une lignes (dont la plus vieille, datée du , est le premier spécimen d'une œuvre d'imprimerie venant de Mayence) et les petits ouvrages connus ont, semble-t-il, été produits par un apprenti de Gutenberg. Le plus ancien ouvrage complet qui subsiste à ce jour, imprimé par Gutenberg, est probablement le calendrier turc (), portant le titre (Une admonition de la chrétienté contre les Turcs) et dont l'unique exemplaire conservé dans la bibliothèque de Munich date de 1455.. Toutes ces publications sont caractérisées par les mêmes caractères typographiques, appelés DK type (abréviation de Donat-Kalender Type)..

La mise au point de la presse prend plus de temps que prévu, les frais courent et les premiers investissements de Fust ne suffisent plus pour financer l'entreprise. En 1454, Fust avance à nouveau pour poursuivre l’impression des bibles sur vélin et, sans doute par économie, sur papier.

Impression de la Bible B42 thumb|Bible de Gutenberg, bibliothèque du Congrès, Washington D.C..

Gutenberg et ses ouvriers, dont Pierre Schoeffer, impriment la Bible en six cent quarante et un feuillets répartis en soixante-six cahiers.