Le phénobarbital est un médicament barbiturique utilisé pour soigner l'épilepsie..
Il fut historiquement utilisé dans le traitement des troubles du sommeil, ainsi que comme sédatif afin de soulager les symptômes d'anxiété ou de tension.
Sa première commercialisation sous les noms Luminal et Gardénal remonte aux années 1910.. Il a été l'un des barbituriques les plus répandus.
Utilisation Il est encore largement utilisé en médecine humaine et vétérinaire. En France, il n'est plus prescrit que comme traitement anticonvulsivant.
Le produit est répertorié sur la Liste II des substances vénéneuses et n'est disponible que sur ordonnance. Il est inscrit au tableau de la Convention sur les substances psychotropes de 1971 ce qui le décrit comme .
Le phénobarbital fait partie de la liste des médicaments essentiels de l'Organisation mondiale de la santé (liste mise à jour en ). Il est aussi utilisé pour traiter le syndrome de Gilbert, ainsi que la maladie de Crigler-Najjar de type II, où il induit une baisse du taux de bilirubine non conjuguée..
Mécanisme et durée d'action Contrairement à sa demi-vie d'élimination très longue, le phénobarbital n'agit de façon discernable que durant dix à douze heures. En effet, le facteur limitant de sa durée d'action est davantage sa propension à être dispersé à travers le corps, hors du système nerveux central. On estime son délai d'action à plus d'une heure..
Son canal d'action primaire est la modulation positive des récepteurs au GABA de type A. Comme les autres dérivés barbituriques, le phénobarbital potentialise l'action du GABA naturellement produit, tout en agissant aussi comme un agoniste direct de ses récepteurs.J. M. Rho, S. D. Donevan, M. A. Rogawski, Direct activation of GABAA receptors by barbiturates in cultured rat hippocampal neurons, The Journal of physiology, 497, 1996, (Pt 2): 509–522. . .. Lorsqu'ils sont activés, ces derniers ont un effet inhibiteur sur la stimulation des neurones cibles. Plus spécifiquement l'utilisation d'un barbiturique ouvre davantage le canal ionique Cl− lorsque le GABA (ou un autre agoniste tel que l'alcool) se fixe à ses récepteurs. Cela permet au neurone cible d'absorber encore davantage de charge électriques négatives et réduit son potentiel de stimulation par courant électrique, lorsque des ions positifs tenteront de le charger positivement.
Le barbiturique agit également sur d'autres canaux de manière mineure : on note une action inhibitrice de la recapture de l'adénosine, ainsi qu'un antagonisme des récepteurs AMPA et une inhibition de la sécrétion de glutamate...
Comparées aux barbituriques, les benzodiazépines qui les ont largement supplantés, ne sont que des modulateurs positifs de l'action du GABA naturellement produit. Aussi, ils augmentent la fréquence des ouvertures du canal ionique Cl− au lieu d'en augmenter l'amplitude.. Ce sont ces diverses différences qui expliquent le caractère plus toxique du phénobarbital comparé à un composé plus moderne.
Effets secondaires Les effets indésirables du produit sont principalement la somnolence, des troubles de la mémoire, des nausées et certaines réactions allergiques cutanées. Ils sont relativement rares, avec une incidence de moins de 10 %..
L'ANSM met en garde contre le risque teratogène du phénobarbital : les femmes enceintes sont exposées à un risque trois fois plus grand de malformations du fœtus. Par ailleurs des cas de troubles neurodéveloppementaux sont rapportés.
La surdose de ce produit présente un risque élevé de décès., en particulier en cas de consommation simultanée d'alcool et d'autres sédatifs.
Historique et développement vignette|gauche|Comprimés de Gardénal. Le premier barbiturique commercialisé fut le barbital, ou acide diéthylbarbiturique, en 1904 sous le nom de Véronal. vignette|236x236px|Boite de phénobarbital () russe. Lorsque l’on dut trouver un nom pour le phénobarbital, en 1911, la technique du laboratoire Rhône-Poulenc pour faciliter son introduction et sa mémorisation, tant par les médecins que par le public, fut de , d'où le nom commercial Gardénal.
Alors que cette classe de médicaments fut largement détourné pour un usage récréatif jusqu'aux années 1970, le phénobarbital l'était dans une moindre mesure, à cause de son absorption lente et progressive et son action longue. Les produits apparentés à action plus rapide tels que le pentobarbital, amobarbital ou sécobarbital étaient souvent préférés. par les toxicomanes et furent impliqués dans des centaines de milliers de cas de dépendance ou de surdose..
Suicide de personnalités célèbres Le , Max Linder s'empoisonne au Gardénal mais est réanimé à temps. Pierre Drieu la Rochelle s'est suicidé en ingérant du Gardénal, le . le , Margaux Hemingway fut trouvée morte, à la suite d'une surdose de phénobarbital.
Littérature, filmographies, chansons et culture populaire
Littérature québécoise Dans son roman Le Matou écrit en 1980, Yves Beauchemin fait découvrir à son héros Florent Boissonneault la cause de son incapacité à travailler dans son restaurant La Binerie, un empoisonnement régulier de sa nourriture par cachet blanc appartenant à son mesquin associé anglais SlipskinYves Beauchemin, Le matou, roman, France Loisirs et éditions Juillard, Paris, 1982, 602 pages. En particulier, p. 156.. Informé de manière laconique par son pharmacien, il consulte l'Encyclopédie médicale à la bibliothèque nationale de Montréal et décrit in fine le puissant calmant et dépressif "phénobarbital", médicament utilisé, affirme-t-il, par les médecins psychiatres soviétiques pour contrôler les opposants politiques et "ramener les têtes dures au pas". Il semble pourtant que Florent, lecteur pressé, le confonde également avec le largactil, un puissant neuroleptique qui engourdit les agités et permettaient de soigner les opposants au régime communiste, souffrant officiellement de schizophrénie torpideBoris Cyrulnik, Le laboureur et les mangeurs de vent, liberté intérieure et confortable servitude, Odile Jacob, Paris, mars 2022, 260 pages. En particulier, p.61..
Chansons Serge Gainsbourg fait référence au Gardénal dans les chansons Ce mortel ennui (1958) et En relisant ta lettre (1961), Serge Lama dans Les petites femmes de Pigalle (1973), Alain Kan dans Speed My Speed en (1976), Alain Bashung dans L'amour c'est pas confortable (1977), Alain Souchon dans J'ai perdu tout ce que j'aimais (1977), Hubert-Félix Thiéfaine dans Vendome Gardenal Snack (1980), Daniel Balavoine dans Le blues est blanc (1985), Patricia Kaas dans Mademoiselle chante le blues, Benjamin Biolay dans Jaloux de tout (2009), Oldelaf dans Le monde est beau (2011), Pierre Lapointe dans Zopiclone (2017), Femtogo dans Tuer la bête (2024).
Films Dans le film Terminator 3 de Jonathan Mostow (2003), John Connor (Nick Stahl) avale un tube de phénobarbital qu'il vole dans la pharmacie de la clinique vétérinaire où travaille Kate Brewster (Claire Danes), la future femme du chef de la rébellion et commandante en second de celle-ci. Dans le film Ascenseur pour l'échafaud, Véronique (Yori Bertin) et Louis (Georges Poujouly) tentent de se suicider avec du Gardénal.
Notes et références
Voir aussi Articles connexes Barbiturique
Liens externes
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