Félicité du Crest, par son mariage comtesse de Genlis, marquise de Sillery, citoyenne Brûlart pendant la Révolution, née le à Issy-l'ÉvêqueAu château de Champcery. et morte le à Paris , est une romancière, dramaturge, mémorialiste et pédagogue française.
Biographie Naissance et enfance Stéphanie-Félicité du Crest est née dans une famille de noblesse d’épée originaire de Bourgogne ; elle était la fille d’un ancien capitaine qui portait le titre de marquis de Saint-Aubin. Dans son enfance, conformément à un usage alors fréquent dans la noblesse de province, son père, après avoir fourni la preuve de huit quartiers de noblesse pour Félicité, la fait recevoir chanoinesse dans un des chapitres du Lyonnais. Elle a pour préceptrice une cousine de la compositrice Hélène-Louise Demars, qui lui apprend . , qui est vers ses trente-sept ou trente-huit ans gouvernante des enfants de « madame de Voyer », avant d'être engagée chez la princesse de Condé et de se marier avec « le secrétaire de M. de Voyer », d'Argenson..
Le père de Félicité de Genlis, Pierre César du Crest, marquis de Saint-Aubin, meurt en . Sa veuve et ses deux enfants se trouvent soudain plongés, sinon dans la pauvreté comme on l’a dit, du moins dans une certaine gêneLe père de Félicité avait fait faillite et a laissé sa famille dans le besoin.. En tant que chanoinesse, celle qui est appelée la « comtesse Félicité de Lancy » ( son père était seigneur et patron de cette petite ville) acquiert un savoir encyclopédique qui lui fut utile par la suite.
Dans ses Mémoires, elle revient sur ses premières années et décrit un régime alimentaire atypique dès le berceau, à base de « miaulée », mélange de vin, d’eau et de mie de pain de seigle, qu’elle présente comme une des causes de sa robustesse et de sa longévité. Elle y évoque également plusieurs épisodes où sa vie d’enfant est mise en péril, notamment la proximité d’un étang ou le danger du feu, qu’elle interprète rétrospectivement comme des protections providentielles, contribuant à la dimension auto-mythologique de son récit.
Les débuts de la vie mondaine La mère de Félicité eut l’habileté de s’introduire dans les salons des grands financiers du temps, où sa jeune fille se fit remarquer par ses talents de harpiste. Ce furent ses concerts qui remirent à la mode cet instrument, qu’on avait cru oublié depuis la Renaissance. Quatre fois par semaine, la mère et la fille se rendaient à des dîners à l’issue desquels Félicité donnait son récital, dont on prétendit que c’était moyennant une rétribution convenue à l’avance.
Auprès de la famille d'Orléans Par l’entremise de sa tante, la marquise de MontessonMaîtresse puis épouse morganatique du duc d’Orléans père du futur Philippe-Égalité., Félicité rencontra Charles-Alexis Brûlart, marquis de Sillery, comte de Genlis, filleul et héritier d’un ancien ministre d’État, Louis Philogène Brûlart de Sillery, marquis de Puisieulx, colonel des Grenadiers, âgé de trente ans, qui devint par la suite marquis de Sillery. Félicité, seize ans, cherchait un mari aisé et bien portant.
Son mariage, conclu discrètement avec le comte de Genlis, allait à l’encontre des projets d’alliance plus avantageuse envisagés par la famille de Puisieux. Selon ses Mémoires et les travaux qui s’en inspirent, cette union lui valut un soutien matériel limité : sa mère ne lui fournit qu’un faible dot et un trousseau modeste, tandis qu’elle se considéra également lésée dans le partage de l’héritage paternel. Cette décision fut présentée par certains biographes comme un choix audacieux, à l’origine d’un scandale familial demeuré relativement discret.
Les jeunes gens se marièrent en et monsieur de Genlis n’interférera jamais dans les projets ou ambitions sociales de sa femme. Grâce à sa position dans la société, la comtesse de Genlis fut présentée à la cour, deux ans après son mariage. En 1770, elle espérait entrer dans la maison de la future comtesse de ProvenceFuture épouse du comte de Provence, futur Louis XVIII.. Les Brûlart refusant de s’abaisser à en faire la demande à la comtesse du Barry, ainsi qu’il en était de rigueur à l’époque, Félicité dut se rabattre sur la Maison d'Orléans, branche cadette de la Maison royale.
Madame de Montesson la fit admettre au début de 1772 comme « dame pour accompagner » la duchesse de Chartres, belle-fille du duc d’Orléans, tandis que le comte de Genlis était nommé capitaine des gardes du duc de Chartres, futur Philippe Égalité. Ces deux postes comportaient le logement au Palais-Royal ainsi que des gages de pour le mari et pour la femme de celui-ci.
À peine arrivée, la comtesse de Genlis entame une liaison avec le duc de Chartres, son cadet de quelques mois. Pendant l’été 1772, alors que la duchesse était partie en cure à Forges-les-EauxLes eaux de cette station balnéaire favorisaient, pensait-on à l’époque, la fécondité., cette liaison tourna à la passion.
Le duc de Chartres charge également la comtesse de Genlis de l'éducation des enfants d'Orléans, et notamment de celle du futur roi des Français. Dès la naissance de Louis-Philippe en 1773, elle suggère au duc de Chartres divers gouverneurs possibles, mais, celui-ci les ayant tous rejetés, elle propose d'éduquer les enfants elle-même. Cette proposition fut acceptée. La charge était délicate étant donné que vers l’âge de sept ans, l’usage était que les princes «passent aux hommes» pour être confiés aux soins d’un gouverneur assisté d’un sous-gouverneur. Félicité de Genlis ne fut pas nommée gouverneur. De cette manière, elle put diriger l’éducation de Louis-Philippe, qu'elle éleva avec l'idée d'en faire un nouveau saint Louis., jusqu’au moment où elle pouvait en être officiellement chargée. En attendant, il fut convenu avec la duchesse de Chartres qu’elle prendrait en main l’éducation des deux jumelles nées en 1777. et que, pour ce faire, elle s’installerait avec elles dans un couvent. En fait, elle alla s’établir dans un petit bâtiment appelé pavillon de Chartres ou pavillon de Bellechasse, spécialement construit sur un terrain dépendant du couvent des dames chanoinesses du Saint-Sépulcre au Faubourg Saint-Germain. À cette époque, elle se lie avec la baronne de Montolieu, qui devient une amie intime.
Le duc de Chartres la nomma gouvernante de ses enfants, au nombre desquels le futur Louis-Philippe, futur roi des Français (de 1830 à 1848), qui lui voua toute sa vie une véritable adoration. Ainsi dans ses Mémoires, le roi Louis-Philippe raconte l’éducation spartiate que ses frères et sœurs ainsi que lui-même avaient reçue de . Il qualifie cette éducation de , et assure qu'adolescent, il a été quasiment amoureux d’elle, en dépit de sa sévérité.. L’ensemble de ces princes et princesses la préférèrent d’ailleurs toujours à leur propre mère.
Félicité de Genlis se fit connaître par ses principes sur l’éducation des jeunes gens et par de nombreux ouvrages littéraires. Elle rencontra Rousseau et Voltaire, fut l'amie de Charles Pierre Claret de Fleurieu, de Bernardin de Saint-Pierre, de Talleyrand, de Juliette Récamier, et composa une œuvre riche de quelque 140 volumes. Son premier essai, Théâtre à l'usage des jeunes personnes, reçut les éloges de Marmontel, d'Alembert et Fréron..
Sous la Révolution, l'Empire et la Restauration De 1789 à 1791, elle tient un salon, que fréquente le duc d’Orléans, et où se retrouvent Talleyrand, David et de jeunes députés de la Constituante comme Lameth, Barère et Barnave.
Madame de Genlis s'enfuit en Angleterre pendant la Terreur. Son mari ainsi que Philippe Égalité furent guillotinés, tandis que deux de ses pupilles, les frères de Louis-Philippe, croupirent si longtemps en prison qu’ils contractèrent une maladie de poitrine qui les emporta en 1807 et 1808. Sa fille, Pulchérie, mariée au général de Thiembronne, passa, elle aussi, très près de l’échafaud. En Angleterre, Félicité de Genlis maria une autre de ses filles, Pamela Brûlart de Sillery, qu’elle avait eue en secret du duc de Chartres, à Lord Fitzgerald, qui fut massacré lors de la rébellion irlandaise de 1798. Sa dernière fille (supposée), Fortunée Élisabeth Herminie Compton, est la grand-mère de Marie Lafarge. Lors de son émigration, Félicité de Genlis est accompagnée également par sa nièce, Rose Henriette Péronne de SerceyRose Henriette Péronne de Sercey, fille de Antoine Guillaume de Sercey (1732-1780) et de Marie Anne Henriette Benech de Solon, est née le à Torbeck (Île de Saint Domingue) alors colonie française. Elle est baptisée le (cf. Archives nationales d'outre-mer). Orpheline, elle est prise en charge à l'âge de neuf ans par sa tante, la comtesse Félicité de Genlis, femme de lettres et chargée de l'éducation des enfants de la famille d'Orléans. Au cours de la Révolution française, Henriette émigre avec sa tante en Angleterre, puis en Allemagne à Hambourg où elle épouse en premières noces le banquier Johann Conrad Matthiessen (1751-1822), le . Leur fille Émilie (dite Emma par la comtesse de Genlis) Conradine Matthiessen (1801-1831) se marie le à Carlepont avec Lord Charles Strickland Standish (1790-1863), le fils aîné de Lord Thomas Strickland Standish (1763-1813). Henriette de Sercey divorce en 1801 pour épouser la même année, le en secondes noces à Wolfenbüttel, près de Brunswick, le baron suisse Gaspard-Henri de Finguerlin-Bischingen (1776-1856). De cette seconde union sont nées deux filles dont Gasparine Ursule Ida de Finguerlin-Bischingen (1805-1846), mariée en premières noces le à Carlepont, au plus jeune frère de Charles Standish, Thomas Strickland Standish de Sizergh (1792-1835). Henriette de Sercey est Dame du palais d'Élisa Bonaparte, l'aînée des trois sœurs de l'empereur . Elle devient institutrice et gouvernante de la princesse Élisa Napoléone Baciocchi au palais Pitti de Florence. Henriette de Sercey meurt à son domicile au 25, rue du Faubourg Saint-Honoré à Paris, le . À propos des liens entre la famille Standish et Henriette de Sercey, se reporter au chapitre consacré : Famille Standish., élevée par ses soins dès 1781..
En 1799, vivant alors à Berlin, âgée de 53 ans, frappée par , elle prend un enfant à la famille de sa logeuse, lui fait changer de religion et de prénom, afin qu'il porte celui de son fils mort, et l'élève à sa façon à Paris, ainsi qu'elle l'écrit elle-même : .
En 1801, Bonaparte l’autorisa à rentrer en France, l’utilisa comme espionne et la pensionna. Au sujet des notes secrètes qu'elle lui envoyait et qu'il rémunérait douze mille francs par an, Napoléon dira à Sainte-Hélène : . Elle fut, avec Antoinette Legroing de La Maisonneuve, que connaissait, une des femmes de lettres qu’il admira, et qu'il tâcha de récompenser. En revanche, Bonaparte n'admira jamais Germaine de Staël, qui fut considérée, sa vie durant, comme la rivale de ; en fait, il la détestait.
En 1815, sa vie devint difficile avec le retour des Bourbons. Elle ne vécut financièrement que grâce aux droits d’auteur qu’elle tirait de ses romans et nouvelles. Mais, toute sa vie durant, et malgré ses moyens limités, elle adopta de nombreux enfants de toutes les classes sociales et se chargea de leur éducation.
Dernières années vignette|redresse|Madame de Genlis peu avant sa mort, gravure d’Étienne-Frédéric Lignon d'après une peinture de Sophie Chéradame, Fogg Art Museum. Félicité de Genlis vécut juste assez longtemps pour voir celui qu’elle avait élevé devenir roi des Français.
Victor Hugo rapporte les confidences que le roi lui avait faites sur : Madame Genlis qui mourut pauvre, raconte également Victor Hugo, se plaignait de et confia :
Elle laissait non seulement des mémoires appelés à devenir célèbres mais aussi de nombreux ouvrages édifiants à l’usage de la jeunesse.
Elle meurt le à Paris, faubourg du Roule, dans une pension de famille, où elle s'était retirée depuis 1827, tenue par Madame Afforty, belle-mère du jurisconsulte et abolitionniste François-André Isambert. Jusqu'à ses derniers jours, Louis-Philippe vint lui rendre visite dans la pension de Madame Afforty.