La Grande Loge de France (abrégée en GLDF ou GLF) est une obédience maçonnique française constituée en lorsque les loges des trois premiers degrés qui forment la Grande Loge centrale du Suprême Conseil de France, décident de prendre leur autonomie.

Le nom « Grande Loge de France » a été porté successivement par deux entités maçonniques distinctes : de à par « l'assemblée des maîtres de loge de Paris » — dont une majorité participe à partir de 1773 à la fondation du Grand Orient de France — et depuis par l'actuelle Grande Loge de France.

Juridiquement, elle est une fédération de loges régies par la loi de 1901 et qui, sauf très rares exceptions dues à leur origine historique, pratiquent toutes le Rite écossais ancien et accepté. Exclusivement masculine, elle entretient des rapports d'amitié ou de reconnaissance avec la plupart des obédiences françaises. Elle est cofondatrice de la Confédération des grandes loges unies d'Europe. Sa devise, Liberté, Égalité, Fraternité, est celle de la République française.

Histoire Première Grande Loge de France de à Bien que le nom de Grande Loge de France n'apparaisse pour la première fois que le Dans le certificat de constitution de la loge « Bussy-Aumont » ., les francs-maçons français avaient déjà décidé de reconnaître dès un en la personne de Philippe, duc de Wharton (-), qui séjourna à Paris et à Lyon de à , et qui avait déjà été, en , grand maître de la Grande Loge de Londres..

Après lui, et avant que ne soit fondée une obédience française, il y eut au moins deux autres grands-maîtres en France: les jacobites James Hector MacLean (-) puis Charles Radclyffe, Comte de Derwentwater, élu le .

La version de des Constitutions d'Anderson mentionne l'existence de grands-maîtres et de loges en France, en les traitant sur un pied d'égalité avec celles d'York, d'Irlande, d'Écosse et d'Italie dans une formulation qui ne permet cependant pas d'établir l'existence d'une véritable obédience nationale en France, alors que de telles obédiences nationales, indépendantes de celle de Londres depuis leur origine, sont attestées à l'époque pour l'Irlande et l'Écosse.:

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En , le chevalier de Ramsay prononce un discours développant l'idée d'une origine chevaleresque de la franc-maçonnerie. Cette idée aura par la suite une influence certaine sur la rédaction en France, dans la période -, de très nombreux hauts grades maçonniques.

Quelques années plus tard, le français Louis de Pardaillan de Gondrin, deuxième duc d'Antin, est élu . La date exacte de cette élection est sujette à débat : certains historiens la placent en , d'autres en Alain Bernheim dit que c'est l'historien Claude-Antoine Thory (dans son ouvrage de ?) qui aurait le premier avancé la date du et il semble douter de cette information. André Kervella évoque plutôt le début de l'année . (Voir la page de discussion de l'article).. Différents auteurs considèrent que cet événement constitue la date de naissance de la Grande Loge de FranceNotamment qui écrit que se tint ce jour-là une . Toutefois, Naudon n'indique pas sur quelle source il se fonde et ce n'est pas confirmé par les auteurs plus récents. bien que l'utilisation de ces termes exacts, apparus brièvement en , ne soit plus attestée avant .

Le , à la suite du décès du duc d'Antin, c'est Louis de Bourbon-Condé (1709-1771), comte de Clermont, prince du sang et futur membre de l'Académie française qui est élu par une assemblée de seize maîtres . Le même jour, sont adoptées des en vingt articles dont le dernier mentionne pour la première fois l'existence en France d'un grade se présentant comme supérieur aux trois premiers, pour le condamner en ces termes :

Les termes , dans ce texte, semblent désigner la réunion qui adopta ces ordonnances générales plus qu'une obédience maçonnique permanente. En ce qui concerne le quatrième grade, cette grande loge se trompait, puisque les historiens ont démontré depuis qu'il ne provenait pas d'Écosse où il était inconnu, mais, comme le troisième apparu peu avant lui, d'Angleterre où il était connu sous les noms de , et vers .. Au cours des années suivantes, de très nombreux autres hauts grades maçonniques dits sont rédigés, en France pour la plupart, et rencontrent un grand succès, en particulier à Bordeaux, Lyon et Marseille. La Grande Loge de France ne contribue pas à ce développement mais elle finit par le reconnaître, puisque ses règlements du concèdent différents privilèges aux titulaires du grade de « Les Maîtres Écossais auront la surveillance de tous les travaux. Eux seuls auront le droit de relever les fautes commises, ils ont la liberté de prendre la parole, d'être toujours armés et de rester couverts, et s'il arrivait à l'un d'entre eux de commettre quelque infraction aux règlements, les Écossais seuls les jugeront » ..

En , apparaissent de nouveau les termes « Grande Loge de France », dans les constitutions de la loge lyonnaise : :.

La structure ainsi dénommée n'est donc pas encore tout à fait une véritable obédience maçonnique nationale, mais plutôt la , ou encore la loge du , dont les décisions s'appliquaient à la vingtaine de loges présentes à Paris et étaient plus ou moins bien suivies par celles de province.. Elle est constituée par l'assemblée des maîtres de loge de Paris, auxquels se joignent en fonction de leurs déplacements un certain nombre de maîtres de loges de province. Ces maîtres de loges, à l'époque, ne sont pas élus : ils tiennent leurs pouvoirs de patentes et sont le plus souvent les fondateurs de la loge qu'ils dirigent. Lorsqu'ils sont aristocrates ou fortunés, ils fournissent aussi les locaux et se chargent de l'intendance. Ceci explique pourquoi le pouvoir de la Grande Loge de France ne s'étend pas de manière indiscutée sur tout le royaume, à la manière des obédiences maçonniques contemporaines. Ainsi se forme par exemple en , à l'initiative de Jean-Baptiste Willermoz, une et en la fondée à Bordeaux par Étienne Morin en est qualifiée par celle de Paris de .

À partir de , la Grande Loge fera face à une série de scissions qui s'interrompra brièvement de à avant de reprendre puis de prendre part en , deux ans après le décès du grand maître le comte de Clermont, à la fondation d'une véritable obédience nationale, très majoritaire dans le pays, aristocratique et fortement centralisée, qui prendra le titre de Grand Orient de FrancePrécédemment, le terme « Grand Orient » désignait l'endroit où se réunissait la Grande Loge: De même qu'une loge parisienne se réunissait « à l'Orient de Paris », la Grande Loge de France se réunissait « au Grand Orient de France » . et confiera sa grand-maîtrise à Louis Philippe d'Orléans (1747-1793). Sous l'impulsion du duc de Luxembourg, substitut du grand-maître, elle adopte différentes réformes, dont l'élection des vénérables maîtres de loge, la mise à l'écart des (Discours du Grand Orateur Bacon de la Chevalerie le )., et l'interdiction de réunir les loges chez des traiteurs ou dans des locaux profanes.

Une (du nom du grand-maître décédé en ) voit le jour à la suite de cette transformation, de direction beaucoup moins aristocratique et réunissant une partie des maîtres de loge parisiens et une cinquantaine. de loges de province qui leur étaient restés fidèles. Elle conserve les usages précédents, en particulier l'inamovibilité des vénérables et la vénalité des charges, mais n'est guère en mesure de résister à la puissance du Grand OrientLes sceaux de l'ancienne Grande Loge de France furent remis au Grand Orient après que le garde des sceaux précédent, Duret, fut écroué au Châtelet pour « affaire de franc-maçonnerie », du au . qui permettra aux loges initialement récalcitrantes de le rejoindre jusqu'en ..

La Révolution française contraint la à suspendre ses travaux en . Lorsqu'elle les reprend après la Terreur, le , elle ne compte plus que dix loges à Paris et huit en province. Le Grand Orient de son côté, réuni le , n'en compte pas davantage alors qu'il en comptait plus de 600 à la veille de la Révolution. Alexandre Roëttiers de Montaleau sous le titre de sera l'artisan de la fusion de la Grande Loge de Clermont au sein du Grand Orient et la signature d'un concordat d'intégration le le 23 mai pour le Grand Orient et le 9 juin pour la Grande Loge . qui permet au Grand Orient de se proclamer : .. Le concordat prévoyant l'abrogation définitive de l'inamovibilité des offices moyennant la possibilité pour les vénérables qui n'avaient pas encore renoncé de conserver pendant encore neuf années la direction de leur loge..

Le en France de à

Poursuivant les réformes qu'ils avaient engagées, le Grand Orient réorganisa son système de hauts grades maçonniques en fondant le Rite français en sept degrés. Par circulaire du , il interdit à ses loges la pratique des autres systèmes de hauts grades. Il y eut relativement peu de réactions immédiatesParmi celles-ci, la de Douai protesta immédiatement avant de s'incliner. La proteste en , refuse de s'incliner et fut radiée..

En , Alexandre Comte de Grasse-Tilly, qui vient d'arriver à Paris, fait connaître en France la naissance du Rite écossais ancien et accepté fondé en aux États-Unis à partir de grades écossais venant pour la plupart de France via les Antilles. Il reçut un accueil favorable et fonda le le . Celui-ci contribua aussitôt à la transformation des loges nouvellement regroupées autour de en une nouvelle obédience symbolique (c'est-à-dire chargée de la gestion des trois premiers degrés), dénommée . Celle-ci se plaça immédiatement sous l'autorité du prince Louis Bonaparte en le choisissant pour grand maître. Elle nomma ensuite à sa tête d'autres puissants protecteurs, notamment le savant Lacépède et les maréchaux Kellermann, Masséna, Lefebvre et Sérurier. Toutefois, l'Empereur exigea immédiatement la fusion des nouvelles structures avec le Grand Orient de France. Il avait d'ailleurs déjà nommé son frère Louis à la charge de grand maître adjoint du Grand Orient l'année précédente. Un accord autorisant la pratique du Rite écossais ancien et accepté au sein du Grand Orient de France fut rapidement trouvé et la fusion fut réalisée le . sous l'égide de Cambacérès.

Cette évolution aboutit un peu plus tard à un changement dans l'usage du vocabulaire de la franc-maçonnerie française : alors que jusqu'ici on n'appelle que les loges des grades supérieurs au troisième, le terme est désormais utilisé pour désigner les loges des trois premiers degrés pratiquant un rite différent du Rite français. Ce rite fut probablement constitué à partir de sur la base du Rite français auquel on combina des éléments pratiqués par la fondée en Angleterre en . Il aboutit en à la rédaction du qui fixe pour la première fois le Rite écossais ancien et accepté en ce qui concerne ses trois premiers degrés.. Ces loges des trois premiers degrés accordent à leurs membres titulaires de hauts grades maçonniques des honneurs particuliers, selon la coutume française du qu'elles croient généralement, bien qu'à tort, remonter à l'ancienne franc-maçonnerie d'Écosse..

L'union de ne survit pas à la fin de l'Empire. De nouvelles dissensions eurent lieu. Elles aboutissent en au réveil du , de nouveau indépendant du Grand Orient et créant des loges de tous degrés. Ces deux obédiences coexistent ensuite sans heurts notables pendant quarante ans. C'est ainsi par exemple qu'en une brillante fête maçonnique fut organisée conjointement par le Grand Orient et par le Suprême Conseil en l'honneur de La Fayette, qui était membre des deux obédiences..

Dans le premier tiers du , et à l'inverse de la situation de la fin du , les instances dirigeantes du Suprême Conseil sont surtout composées d'aristocrates, alors que celles du Grand Orient sont dominées par la bourgeoisie.. Cette différence sociologique s'équilibre par la suite, avant d'évoluer de nouveau après , le nombre de francs-maçons d'origine plus modeste augmentant davantage du côté du Suprême Conseil, peut-être en partie du fait de cotisations moins élevées qu'au Grand Orient.