vignette|« Femme enseignant la géométrie » Illustration en introduction d'une traduction médiévale des Éléments d'Euclide (c. 1310 AD). vignette|Ellen Richards, chimiste américaine prééminente du . L'étude de la place des femmes en sciences recense leurs contributions significatives dans l'histoire des sciences ; elle analyse aussi les obstacles auxquels elles ont été confrontées, et les stratégies qu'elles ont mis en œuvre pour que leurs travaux soient publiés et reconnus. Les recherches sur les rapports entre science et genre constituent aujourd'hui une discipline académique à part entière.

Étude historique, sociale et critique

Inégalités de genre Des historiens qui s'intéressent au rapport entre genre et science, comme Margaret W. Rossiter, Londa Schiebinger ou encore Yaël Nazé, ont mis en lumière les réalisations scientifiques des femmes, les obstacles qu'elles ont rencontrés et les stratégies qu'elles ont mis en œuvre pour que leur travail soit accepté par leurs pairs.

Margaret Rossiter, une historienne américaine, a développé les concepts de ségrégation hiérarchique et territoriale des femmes.. En 1993, Rossiter met en évidence , par lequel les contributions des femmes scientifiques sont dévaluées et attribuées finalement à des collègues masculins. Ce phénomène avait été observé par Matilda Joslyn Gage vers la fin du . Il peut être considéré comme un cas particulier de l'effet Matthieu, par lequel les plus favorisés tendent à accroître leur avantage sur les autres. Concrètement, l'effet Matilda a été observé entre autres pour les travaux de trois scientifiques importantes : Lise Meitner, Rosalind Franklin et Marietta Blau.

Un autre phénomène connu en histoire et sociologie des sciences et également décrit par Rossiter, est l'effet de harem... Les Harvard Computers en sont un exemple. Il est admis que Edward Charles Pickering, le directeur du Harvard College Observatory, a engagé des femmes plutôt que des hommes, parce que celles-ci était moins bien payées et que la quantité d'informations à traiter dépassait les capacités de traitement de l'observatoire.. À cette époque, les femmes astronomes qui faisaient ce travail de chercheur à l'Observatoire de Harvard étaient payées de heure, ce qui était inférieur au salaire d'une secrétaire à la même université.. Certaines femmes astronomes s'illustrent alors, telle que l'Américaine Annie Jump CannonUniversité de l'Alabama, Département de physique et d'astronomie : CANNON, ANNIE JUMP, astronomer (1863-1941) ..

En 2008, une étude portant sur un test de mathématiques réalisé par adolescents et adolescentes dans 40 pays remet en cause l’idéologie du déterminisme biologique pour expliquer la sous-représentation des femmes dans les sciences et montre que l’écart de performance en mathématiques entre les garçons et les filles est corrélé à l'index d'émancipation des femmes, soulignant ainsi l'influence de l’éducation et de la culture (notamment l'estime de soi et les stéréotypes de genre).. Ainsi, la culture égalitaire aux États-Unis explique la disparition entre 1990 et 2008 de l’écart de performance en mathématiques entre les deux sexes..

Perspectives interculturelles Dans les années 1970 et 1980, de nombreuses études sur les femmes scientifiques ont été publiées ; la plupart ignoraient les femmes de couleur et les femmes vivant hors de l'Europe et de l'Amérique du Nord.. La création en 1985 du Fonds Kovalevskaïa, qui soutient les femmes scientifiques dans les pays en développement, et de l'Organisation pour les femmes et la science pour le monde en développement en 1993, a donné plus de visibilité à des femmes scientifiques auparavant marginalisées, mais aujourd'hui encore il y a une pénurie d'informations relatives aux pays en voie de développement. L'universitaire déclare à ce sujet :

Ces généralisations concernant les femmes en sciences ne sont pas corroborées par des comparaisons interculturelles, selon Ann Hibner Koblitz...

Histoire dans le monde occidental jusqu'au début du

Ancien Monde

Plusieurs civilisations anciennes ont retenu l'implication des femmes en médecine. En Égypte ancienne, Méryt-Ptah (2700 ), a été présentée comme « médecin en chef », et donc la première femme scientifique explicitement citée de l'histoire des sciences., mais son existence réelle est remise en cause par une étude publiée le .

Agamédé est citée par Homère en tant que guérisseuse, dans la Grèce antique d'avant la guerre de Troie (vers 1194–1184 ). Agnodice est la première femme médecin à pratiquer légalement, à Athènes, vers

L'étude de la philosophie naturelle en Grèce antique était ouverte aux femmes. Aglaonice, prédisait des éclipsesPréceptes conjugaux, traduction de Victor Bétolaud, 1870. tandis que Théano, mathématicienne et médecin est une étudiante de Pythagore (et possiblement aussi sa femme)., ainsi qu'une école à Crotone fondée par Pythagore qui incluait plusieurs autres femmes, en sont des exemples historiques.. Plusieurs femmes se sont jointes à l'école de philosophie de Pythagore en tant qu'enseignantes ou érudites. Les membres de cette école vivaient de façon communautaire et publiaient leurs travaux sous le nom commun de Pythagore. Donc, il est difficile de déterminer à qui en attribuer les travaux. Des écrits apocryphes existent toutefois au nom de Théano.

On recense plusieurs femmes ayant contribué au développement de la protoscience de l'alchimie à Alexandrie vers les , où la tradition gnostique faisait de sorte que les contributions féminines étaient considérées avec valeur. La femme la plus connue est Marie la Juive, à qui on crédite l'invention de plusieurs instruments de chimie, dont le bain-marie et un type d'alambic.. Elle est considérée comme l'une des fondatrices de l'alchimie, ayant vécu à l'époque hellénistique, probablement entre le .

Hypatie d'Alexandrie (c.|350–415 AD), fille de Théon, était une érudite et philosophe dont les écrits touchent à la géométrie, l'algèbre et l'astronomie.

Europe médiévale

La première partie du Moyen Âge européen est marquée par le déclin de l'Empire romain d'Occident. La portion latine occidentale de la civilisation gréco-romaine est alors aux prises avec de grandes difficultés affectant négativement la production intellectuelle du continent. Bien que la nature était toujours vue comme un système qui est compréhensible par la raison, il y a peu d'initiative ou d'innovation scientifiqueThe End of the Classical World, (Lecture 12), in Lawrence M. Principe (2002) History of Science: Antiquity to 1700. Teaching Company, Course No. 1200.. Toutefois, les siècles suivant l'an mil ont amené davantage de prospérité et une augmentation rapide de la population, ce qui a entraîné plusieurs changements et donné une poussée à la production scientifique.

Malgré les succès de certaines femmes, le biais culturel a affecté leur éducation et leur participation à la science du Moyen Âge. Par exemple, saint Thomas d'Aquin, un érudit chrétien a écrit, sur la femme : « Elle est mentalement incapable de tenir une position d'autorité ».Par ailleurs, à la fin du Moyen Âge, les femmes sont peu à peu évincées du travail artisanal, à cause de la concurrence qu’elles créent. Deux siècles plus tard, en 1688, une loi est créée par Adrian Beier interdisant aux femmes d’exercer une activité artisanaleGeorges DUBY et Michelle PERROT, Histoire des femmes, le Moyen Âge, Plon, 1990, ..

Éducation

Dans l'Europe médiévale occidentale, les principes de vertu, de piété et de bienséance que l'on tentait d'inculquer aux filles se retrouvent, entre autres, dans le Livre pour l'enseignement de ses filles de Geoffroi de La Tour Landry, un traité didactique écrit par un noble français pour ses filles dans le dernier tiers du .

Dans les couvents vignette|Hildegarde de Bingen.

Durant cette période, les couvents étaient un lieu central pour l'éducation des femmes et dans certaines communautés, il était possible aux femmes de s'adonner à la recherche scientifique. Un exemple est l'abbesse allemande Hildegarde de Bingen, dont les écrits prolifiques incluent des traitements d'une variété de sujets scientifiques, dont la médecine, la botanique et l'histoire naturelle (c.1151–58).. Un autre exemple est celui de Herrade de Landsberg qui devient célèbre en tant qu'auteure et illustratrice de lHortus deliciarum (Le Jardin des délices), composé entre 1169 et 1175. Première encyclopédie écrite par une femme, c'était un superbe manuscrit à vocation essentiellement didactique.

Au , émergent les premières universités, bien que les femmes y étaient en général excluesWhaley, Leigh Ann. Women's History as Scientists. Santa Barbara, California: ABC-CLIO, INC. 2003.. Il existe des exceptions, dont l'université de Bologne, qui a permis l'accès des femmes aux cours, dès sa fondation en 1088..

Femmes médecins italiennes Pour ce qui est de la place des femmes en médecine en Italie, elle apparaît avoir joui d'une attitude davantage libérale qu'ailleurs en Occident. On croit que la femme médecin Trotula de Salerne a tenu une chaire à l'école de médecine de Salerne au où elle enseignait à des italiennes nobles, d'où le surnom de ses étudiantes : « les dames de Salerno ». On attribue à Trotula plusieurs textes d'influence sur la médecine féminine, couvrant les champs de l'obstétrique et de la gynécologie, entre autres sujets.

Dorotea Bocchi, une autre femme médecin italienne, a détenu une chaine de philosophie et de médecine à l'université de Bologne dès 1390 et pendant plus de 40 ansHoward S. The Hidden Giants, , (Lulu.com; 2006) (Retrieved 22 August 2007).Brooklyn Museum: Elizabeth A. Sackler Center for Feminist Art: The Dinner Party: Heritage Floor: Dorotea Bucca (Retrieved 22 August 2007).Jex-Blake S (1873) 'The medical education of women', republished in The Education Papers: Women's Quest for Equality, 1850–1912 (Spender D, ed) (Retrieved 22 August 2007).. D'autres Italiennes de l'époque dont les contributions en médecine sont notées sont entre autres : Abella, Jacqueline Félicie de Almania, Alessandra Giliani, Rebecca de Guarna, , Mercuriade (), Constance Calenda, Calrice di Durisio (), , et Walsh, J. J. 'Medieval Women Physicians' in Old Time Makers of Medicine: The Story of the Students and Teachers of the Sciences Related to Medicine During the Middle Ages, ch. 8, (Fordham University Press; 1911)..

Révolution scientifique des

vignette|Portrait de M. et Lavoisier : Marie-Anne Pierrette Paulze a traduit des textes pour les travaux de chimie de son mari Margaret Cavendish est une aristocrate anglaise du qui a pris part à la plupart des débats scientifiques de son époque. Par contre elle n'a pas été admise à la Royal Society, bien qu'on lui ait permis d'assister une fois à une réunion. Elle a écrit plusieurs ouvrages sur des sujets scientifiques, tels Observations upon Experimental Philosophy et Grounds of Natural Philosophy. Dans ces écrits, elle est particulièrement critique de la croyance croissante que les humains, via la science, étaient les maîtres de la nature.

Aucune femme n'a été invitée soit à la Royal Society de Londres, ni à l'Académie des sciences jusqu'au . La plupart des gens du voit une vie consacrée à tout type d'érudition comme étant en contradiction avec les tâches domestiques que les femmes étaient censées accomplir. En 1673, en réponse au biais culturel de l'époque, François Poullain de La Barre fait paraître anonymement De l'égalité des deux sexes, discours physique et moral où l'on voit l'importance de se défaire des préjugez. Il y dénonce l'injustice du traitement réservé aux femmes, soutient qu'il faut leur permettre de suivre les mêmes études que les hommes et qu'il faut leur ouvrir toutes les carrières, y compris scientifiques. On lui doit la célèbre formule l'esprit n'a point de sexe.

vignette|Frontispice de la traduction des Principia de Newton. Émilie du Châtelet y est dépeinte comme la muse de Voltaire.