thumb|upright=1.5|La chapelle palatine d'Aix-la-Chapelle inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco vignette|upright=1.5|Oratoire carolingien de Germigny-des-Prés dans le Val de Loire inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco thumb|upright=1.5|Fresques de l'église Saint-Jean de Müstair inscrites au patrimoine mondial de l'Unesco
L’architecture carolingienne se développe du milieu du à la fin du à partir de références paléo-chrétiennes avec la renaissance carolingienne. Elle marque en Occident un renouveau artistique dans un cadre chrétien qui se structure et où le monachisme est théorisé. L'architecture carolingienne représente la formulation concrète d'une pensée et de sa fonction. L'organisation des structures des plans romans vient très directement de l'élaboration de l'époque carolingienne et l'ordonnance des westwerks carolingiens puis ottoniens a préparé les façades de l'époque romane. Il nous reste cependant très peu de monuments et de vestiges de cette époque, la plupart ayant été remplacés par des monuments plus grands et plus récents de style roman et gothique mais les fouilles et les textes permettent des restitutions.
Contexte historique Les carolingiens left|thumb|L'Empire carolingien en 814. L'histoire de l'Europe carolingienne débute par l'ascension d'une famille aristocratique connue au début du . Cette dynastie des carolingiens règne sur l'Europe des années 750 à la fin du et réalise avec l'appui du pape la quasi-unité de l'Occident chrétien sous Charlemagne sacré empereur en 800.
Les Pépinides ancêtres des Carolingiens vont profiter de la crise qui secoue la Gaule mérovingienne pour peu à peu s'imposer en Austrasie puis dans tout le royaume. Ils trouvent avantage à servir les maires du palais des mérovingiens dès les premières nominations de laïcs à la tête d'évêchés et de monastères. Mais l'obstacle fondamental pour eux reste la légitimité des mérovingiens que seul l'appui des moines anglo-saxons et de la papauté leur permet de contourner. L'accession à la royauté et à l'empire est en grande partie l'œuvre conjointe des victoires militaires de Pépin le Bref et de Charlemagne et de la reconnaissance du clergé tant franc que romain.
La reconstitution de l'unité occidentale se développe dans trois directions : au Sud-Est en Italie, au Sud-Ouest vers l'Espagne et à l'Est en Germanie. L'horizon germanique et singulièrement saxon attire Charlemagne vers l'Est et il abandonne la vallée de la Seine où s'étaient fixés les mérovingiens. Il a surtout le souci de rétablir l'ancien empire romain dont il serait le chef, laissant au basileus byzantin l'Orient. Il lui paraît nécessaire de marquer cette égalité et son indépendance face à la poussée iconoclaste à Byzance qui fait des Francs le clan de l'orthodoxie.
En 843, au traité de Verdun l'Empire est partagé en trois régions : à l'Ouest la Francia occidentalis de Charles II le Chauve sacré roi en 848 à Orléans, à l'Est, la Francia orientalis de Louis le Germanique et entre les deux, la Media Francia de qui garde le titre d'empereur, le transmet à son fils aîné Louis II et répartit le reste de son empire la Lotharingie à Lothaire II et la Provence à Charles.
En 870, après le traité de Meerssen, deux ensembles apparaissent bien distincts : la Francie et la Germanie. thumb|upright=0.7|Charlemagne dans l'église Saint-Jean de Müstair Après la mort de Louis le Germanique en 876 puis celle de son fils Charles III le Gros, dernier unificateur de l'Empire, en 888, c'est la faillite rapide de l'unité carolingienne. En Francie occidentale, la royauté redevenue élective fait alterner des rois carolingiens et des rois de la famille d'Eudes, comte de Paris, héros de la défense de Paris contre les normands en 885-886. En Germanie, la dynastie carolingienne s'est éteinte en 911 avec Louis IV l'Enfant et la couronne royale échoit par élection au duc Conrad de Franconie. Il la transmet à et son fils Otton fonde une lignée impériale en reprenant la politique carolingienne et avec l'aide du pape instaure le Saint-Empire romain germanique.
Les carolingiens et l'Église thumb|upright=0.7|Évangéliaire de Charlemagne thumb|upright=0.7|Charles II le Chauve avec les papes Gélase et , vers 870). Du au , la religion chrétienne s'est adaptée à son environnement mais s'est barbarisée puis l'Angleterre entre dans la Chrétienté et des moines irlandais créent des liens avec le continent suivis par des pèlerins et des marchands. Le Rhin, l'Escaut et la Meuse sont des voies de pénétration et ce premier commerce atlantique marque le début d'une nouvelle époque. C'est surtout la Gaule au Nord de la Loire qui profite de ces échanges.
L'essor du monachisme est le grand événement du pour la Gaule et tout l'Occident. Les rois, les évêques, les aristocrates installent des moines sur leurs terres et les protègent. L'église de Latran perfectionne la liturgie qui devient un modèle pour tout l'Occident. Bien avant que se noue une alliance entre les carolingiens et la papauté, le pape apparaît comme la plus grande puissance morale de l'Occident.
Grimoald maire du palais d'Austrasie fonde des monastères et y installe parents et proches. Il marque une politique que suivront tous les carolingiens : posséder des abbayes, avoir des moines qui prient pour la famille et les aident dans leurs entreprises.. Son neveu Pépin II sait que sa puissance sera d'autant plus grande s'il peut s'appuyer sur l'Église et sur ses monastères qui commencent à devenir des possessions familiales. Charles Martel sécularise les biens d'église.
Devant le comportement désastreux des ecclésiastiques, la population chrétienne retourne au paganisme et Carloman réunit en 744 à Soissons 23 évêques et oblige les clercs à mener une vie digne de la fonction, met partout en honneur la Règle de saint Benoît, rattache les évêques à une église épiscopale, donne aux évêques l'autorité sur le clergé et extirpe même par la force ce qui empêche le peuple de faire son salut mental.
Pépin le Bref avant son coup d'état contre les mérovingiens consulte le pape qui lui répond qu'il vaut mieux appeler roi celui qui a le pouvoir plutôt que celui qui l'avait et en 751, Pépin se fait élire roi, et sacrer par les évêques, renforçant ainsi l'étroite union entre la monarchie et l'Église. L'évêque Chrodegang de Metz romanise le culte aux dépens des liturgies gallicanes et l'importance en Gaule des usages liturgiques de Rome est comparable pour le développement culturel de l'Occident, à l'importance de la conjonction des Francs à la papauté. Entre 754 et 756, Chrodegang rédige la règle des chanoines qui doivent mener une vie en commun comme les moines et organise une liturgie stationnale au moment du carême.
Charlemagne est un prince chrétien qui met ses forces au service de la foi. Les papes, en faisant alliance avec les rois francs et en leur demandant de protéger l'Église romaine, ont affirmé la prédestination de la famille carolingienne et du peuple français. Le jour de Noël 800, le pape couronne Charlemagne. On met en place le baptême des enfants à la maison, l'obligation du repos dominical, de l'assistance aux offices et de la communion trois fois par an. Charlemagne veut des communautés monastiques stables, dirigées par un abbé de valeur, des religieux s'adonnant au travail manuel, intellectuel et surtout liturgique. En 813, il fait diffuser partout la Règle de saint Benoît.
Louis le Pieux met Benoît d'Aniane à la tête de tous les moines du pays et en 817 fait approuver 83 articles réglant la vie monastique. Après le partage de Verdun en 843, l'Église vient au secours de l'unité impériale.
L'effondrement des carolingiens est fatale à l'Église romaine. La papauté tombe dans les mains de l'aristocratie, puis à partir de 962 est soumise aux empereurs ottoniens.
La renaissance carolingienne La renaissance carolingienne est l'aboutissement d'une série de petites renaissances qui après 680 se sont produites à Corbie, Tours, Saint-Gall, Fulda, Bobbio, York, Pavie et Rome. Ces limites viennent qu'elles répondent aux besoins superficiels d'un petit groupe social pour lequel la culture est surtout un instrument de prestige qui sert à gouverner en impressionnant le vulgaire, non en l'instruisant. Elle est une étape dans la construction de l'outillage intellectuel et artistique de l'Occident médiéval. Les rois carolingiens inventent une nouvelle idée d'état fondé sur le respect de la loi religieuse.
L'architecture carolingienne La Renaissance carolingienne se manifeste par un étonnant essor de la construction. Entre 768 et 855, on enregistre la construction de 27 cathédrales nouvelles, monastiques et 100 résidences royales. Sous Charlemagne sont bâties 16 des 27 cathédrales, 232 monastères et 65 palais. Les rois ne sont pas seuls responsables des chantiers mais ils fournissent des architectes et des fonds. La redécouverte des traités d'architectures de Vitruve permet d'édifier des constructions en pierre, matériau encore peu employé au Nord de la Loire. Les voyages des carolingiens en Italie leur font découvrir la beauté des basiliques romaines, des arcs de triomphe, des chapelles palatines. Les architectes n'en ont pas fait une copie servile mais imaginé des plans et des formes qui correspondent aux cérémonies royales et aux célébrations religieuses. La plupart des formules architecturales inventées au début de l'époque carolingienne s'affinent au long des décennies et subissent des adaptations successives qui portent en elles les germes de l'art roman du .
La première période de l'architecture carolingienne, celle de Pépin le Bref et du début du règne de Charlemagne paraît marquée par de puissants ecclésiastiques, l'évêque Chrodegang de Metz, Fulrad abbé de Saint-Denis ou Manassès, abbé de Flavigny.
thumb|upright=0.7|Saint-Pierre de Rome
Le pape veut avec l'aide de Charlemagne réorganiser et homogénéiser la Chrétienté. L'évêque Chrodegang introduit la liturgie romaine ce qui provoque d'importantes modifications dans l'architecture. En Occident le prêtre célèbre la messe vers l'Ouest depuis l'Est de l'église et à Rome, le célébrant est à l'Ouest et regarde vers l'Orient. Les édifices traditionnellement orientés vers l'Est le sont vers l'Ouest et on retrouve parfois des églises à double abside. Pour la liturgie qui imite Rome on utilise l'abside Ouest pour les grandes fêtes comme celle de Pâques et on garde l'abside Est pour la liturgie ordinaire. La basilique Saint-Pierre de Rome, le Saint-Sépulcre de Jérusalem et l'architecture paléochrétienne deviennent les références des concepteurs carolingiens.
Vers 780-790, avec la création de l'abbaye de Lorsch, l'épanouissement de celle de Corbie, le lancement de Saint-Riquier et de abbaye de Fulda annoncent une monumentalité nouvelle. Le palais d'Aix-la-Chapelle avec sa chapelle est le joyau et le point culminant de cette époque.
À la fin du règne de Charlemagne, on voit se multiplier de multiples projets architecturaux souvent très importants et l'intégration des données récentes de la liturgie et des codifications monastiques. Le plan de Saint-Gall en constitue le témoignage le plus appréciable avec ses indications pratiques, théoriques et spirituelles. À partir de ce moment-là, le retour vers un style classique semble s'imposer.
Le est difficile à caractériser. Les années 960-970 présentent de nombreux changements en attendant que vers 1000-1020, les institutions carolingiennes se disloquent en France pendant qu'en Allemagne la nouvelle dynastie des ottoniens avec l'architecture ottonienne d'un style bien particulier utilise habilement de nombreux éléments de l'architecture carolingienne.
Les palais royaux vignette|upright=0.7|Aqueduc carolingien à Ingelheim am Rhein. thumb|upright=0.7|La chapelle du palais d'Aix-la-Chapelle