, né le au palais impérial de Tokyo, est empereur du Japon, du à son abdication, le . La Constitution japonaise de 1947 limite son rôle à celui de « symbole de l'État et de l’unité du peuple japonais ». Avant son accession au trône du chrysanthème, qui marque la fin de l'ère Shōwa et le début de l'ère Heisei, il est prince héritier pendant de 1952 à 1989.

Il est le cinquième enfant, fils aîné et successeur de l'empereur Shōwa, dit Hirohito, et de l'impératrice Kōjun, dite Nagako. Par sa mère, il est également le cousin de la princesse coréenne Yi Bangja.

Officiellement intronisé le , il est, selon la tradition officielle shinto, le , issu de la lignée Yamato qui régnerait sur le Japon depuis 660 av. J.-C., ce qui en ferait la plus ancienne dynastie régnante en exercice. Toutefois, les historiens s'accordent généralement pour dire que les quinze premiers empereurs de cette lignée seraient légendaires.

L'empereur Akihito abdique le , décision qu'il avait annoncée plusieurs mois auparavant« L'empereur japonais Akihito abdiquera le 30 avril 2019 », Le Figaro, 26 avril 2019.. À partir de cette date, il prend le titre d'empereur émérite. Avant lui, 62 souverains japonais ont porté ce titre après leur abdication.

Ses noms, titres et appellations

vignette|gauche|300px|L'empereur Akihito dans sa tenue traditionnelle pour sa cérémonie d'intronisation, le Sokuirei no gi, le . L'ancien empereur du Japon est généralement connu dans les médias occidentaux sous son nom personnel, ou prénom, Akihito, reçu de ses parents comme le veut la tradition sept jours après sa naissance (soit le ). Ce prénom est alors composé des kanjis « », qui peut signifier « clair, lumineux ». Définition du kanji 明 par le wiktionary en anglais., et « », renvoyant aux notions de « vertu, bienveillance, humanité, piété ». Définition du kanji 仁 par le wiktionary en anglais. et servant de suffixe traditionnel dans presque tous les prénoms des enfants mâles de la famille impériale depuis le car symbolisant le lien entre l'homme et le ciel.

Le jeune Akihito reçoit en même temps que son prénom un nom honorifique : il est alors le . Outre le kanji « », qui signifie « maison princière, temple shinto ». Définition du kanji 宮 par le wiktionary en anglais. et qui, sous sa forme no-miya (littéralement « de la maison »), est souvent traduit tout simplement par la particule aristocratique « de », celui de renvoie quant à lui aux notions de « suivre, succéder, hériter, continuer, poursuivre, maintenir ». Définition du kanji 継 par le wiktionary en anglais.. Son titre peut être ainsi traduit littéralement par « prince de la continuité » et renvoie au fait que la naissance d'un héritier mâle, alors que son père était déjà empereur depuis sept ans, était particulièrement attendue.

De sa naissance en 1933 à son intronisation comme prince héritier en 1952, sa titulature complète est alors .

De son intronisation officielle comme prince héritier en 1952 à son accession au trône en 1989, il abandonne le titre de prince Tsugu pour être désormais désigné au Japon sous le titre de , les kanjis , littéralement le « Premier fils de l'empereur », désignant le titre d'héritier au trône du chrysanthème.

Depuis qu'il a succédé à son père comme empereur du Japon, il n'est plus jamais désigné par les Japonais sous le nom d'Akihito, mais, durant son règne, comme ou encore comme . Comme le veut la tradition depuis le règne de l'empereur Meiji, son accession au trône correspond à la proclamation d'une nouvelle ère servant de base officielle au comput japonais (même si le comput occidental chrétien est aujourd'hui largement utilisé, les documents officiels datent encore la plupart des évènements en année de l'ère impériale actuelle) : cette ère a pris le nom de , traduit généralement par « Accomplissement de la paix ». À la suite de son abdication, cette ère prend fin au profit de celle correspondant au règne de son fils, baptisée . À partir de là, Akihito est désigné par le titre . Après sa mort, il prendra enfin le nom posthume d'.

Si en Occident s'est répandu l'usage de nommer l'empereur par son simple prénom, Akihito, à l'instar des monarques européens, cette pratique est considérée au Japon comme un manque de respect à l'empereur.

Jeunesse

Naissance vignette|Le prince Akihito de Tsugu, enfant, . Premier fils et cinquième enfant de l'empereur Hirohito et de l'impératrice Nagako, sa naissance, le 23 décembre 1933, était alors particulièrement attendue. En effet, le couple impérial était déjà marié depuis et n'avait eu jusqu'alors que des filles, qui ne pouvaient donc prétendre à la succession de leur père. L'arrivée de l'héritier tant attendu permet de rassurer les autorités japonaises, soucieuses de la stabilité du trône du chrysanthème.

Éducation Comme le veut la tradition pour les enfants du couple impérial, il est séparé de ses parents à l'âge de et est éduqué par les chambellans du palais impérial et des précepteurs privés, ne voyant ses parents qu'une fois par semaine lors de rencontres relativement solennelles. Plus tard, il suit, de 1940 à 1952, les cours de l'école Gakushūin, alors réservée aux enfants de la haute aristocratie japonaise, à Tokyo.

Les premières années de sa scolarité, il est isolé de ses camarades de classe qui sont maintenus à distance. Dans un contexte de shintoïsme d'État, il est éduqué dans l'optique de devenir le futur « dieu vivant » qu'est l'empereur du Japon pour l'opinion japonaise encore à l'époque, à savoir un individu distant, isolé du peuple et sans défaut. Les festivités pour son dixième anniversaire en 1943 prennent l'aspect d'un véritable jubilé national.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, du fait de l'intensification des raids aériens sur la capitale japonaise à la fin de l'année 1944 et en 1945, il est évacué de la ville en compagnie de son frère puîné le prince Yoshi Masahito (qui porte désormais le titre de prince Hitachi), pour être conduit en lieu sûr à la villa impériale de Tamozawa située à Nikkō à l'intérieur des terres. Il y apprend la capitulation du Japon et écrit alors dans son journal : « Je vais devoir travailler plus dur à mon apprentissage » William Langley, « Emperor Akihito, the father of Japan, overcome by family trouble », Telegraph, ..

Apprentissage de la culture occidentale vignette|Le prince Akihito de Tsugu et sa tutrice, l'Américaine Elizabeth Gray Vining. Sous l'occupation américaine qui suit la Seconde Guerre mondiale, le prince Akihito et ses frères et sœurs reprennent les cours à Gakushūin mais en ayant la possibilité de se mélanger avec leurs camarades. Il est ainsi certainement le premier empereur japonais à posséder de réels amis personnels Steven R. Weisman, , The New York Times, ..

De plus, ils reçoivent pour tutrice, de 1946 à 1950, la quaker Elizabeth Gray Vining qui les initie à la langue anglaise et à la culture occidentale. Bien qu'elle n'ait été finalement chargée de leur éducation que relativement peu de temps, elle a laissé sur les enfants impériaux une forte impression, notamment sur le jeune prince Tsugu qui a gardé avec elle une relation particulière jusqu'à son décès en 1999 (lui rendant visite à plusieurs reprises ou gardant une correspondance active avec elle, tandis qu'elle sera la seule étrangère invitée à son mariage en 1959).

Dans son ouvrage Windows for the Crown Prince, paru en 1952 et devenu un best-seller, Elizabeth Gray Vining raconte comment elle a pris en affection le jeune prince et décrit sa transformation, sous sa conduite, d'un enfant rigide et renfermé en un adolescent ouvert sur le monde et gagné aux idées libérales à l'occidentale. Après son départ en 1950, elle est remplacée comme professeur d'anglais des enfants impériaux par une autre quaker, Esther Rhoads, principale de l'école pour filles de la Société des Amis à Tokyo.

Formation politique vignette|L'empereur Hirohito, l'impératrice Kōjun et Akihito le jour de son investiture comme prince héritier du Japon, le .Sa formation politique et de futur empereur est quant à elle essentiellement supervisée à partir de 1949 par le , économiste « Their Majesties the Emperor and Empress visit exhibition of Shinzo Koizumi », Université Keiō. qui fut président de l'université Keiō de 1933 à 1947 Liste des présidents de l'Université Keiō sur son site officiel.. Lui aussi un fervent libéral et admirateur de la monarchie parlementaire britannique, il cite à son jeune élève comme exemple à suivre celui du roi George V du Royaume-Uni « Focus: Prince's birth sparks question of how to prep him for throne », Kyodo News, .. Voulant faire d'Akihito le symbole de la modernisation de la famille impériale et plus généralement de la société japonaise, il est l'un des principaux artisans de son mariage avec une non-aristocrate qui semble de plus être un réel choix d'amour, Michiko Shōda. Il est ainsi à l'origine, à la demande du prince, de l'inscription en de la jeune femme sur la liste des prétendantes au mariage et déclare : « Le prince héritier l'a choisie, et donc nous aussi » Their Majesties the Emperor and Empress, Agence de la Maison impériale du Japon, .. Il reste son principal conseiller jusqu'à son décès en 1966.

Ses autres précepteurs incluent le juriste Kōtarō Tanaka, ministre de l'Éducation de 1946 à 1947 et président de la Cour suprême de 1950 à 1960, qui l'initie au droit constitutionnel de 1951 à 1960A. Eyffinger, A. Witteveen, « Kotaro Tanaka », in La Cour internationale de Justice, 1946-1996, éd. Martinus Nijhoff Publishers, 1999, ., et le prêtre Stephen Fumio Hamao, alors aumônier d'étudiants de l'Université catholique de Tokyo depuis 1957 puis cardinal-archevêque de Yokohama, qui lui enseigne le latinG. O'Connell, « After 8 years as Vatican official, Japanese cardinal calls for changes » , Catholic Online, ..

Il reçoit aussi une préparation physique active, et apprécie particulièrement l'équitation et le tennis.

En 1989, il soutient le chef Raoni dans son combat pour la préservation de la forêt amazonienne.

Prince héritier du Japon

Les premiers pas vignette|Akihito avec l'empereur d'Éthiopie Haïlé Sélassié Ier (1955).Il est intronisé prince héritier, au palais impérial (Kōkyo) le lors de la cérémonie traditionnelle appelée Rittaishi no Rei.. Autorisé à fonder sa propre maison princière, traditionnellement appelée « Tōgū »., il quitte le Palais impérial pour s'installer dans sa propre résidence, le Palais du Tōgū, situé dans le Domaine impérial d'Akasaka (qui comprend de nombreuses demeures de membres de la famille impériale) dans l'arrondissement spécial de Minato à Tokyo. Jusqu'à l'année précédente, il s'agissait du , résidence de sa grand-mère l'impératrice douairière Teimei jusqu'à son décès.

Minoru Hamao, frère du prêtre et futur cardinal Stephen Fumio Hamao, devient son chambellan à partir de 1961 et le reste jusqu'en 1971. Certains observateurs y voient l'importance de l'influence des catholiques dans l'entourage du prince, d'autant qu'Elizabeth Gray Vining et Shinzō Koizumi, deux de ses principaux précepteurs, sont tous deux également chrétiens. Toutefois, Akihito semble ne jamais avoir songé à une conversion, et a toujours réalisé les cérémonies et rituels traditionnels shinto et bouddhiste B-A. Shillony, « The Sons of Heaven and the Son of God : Emperors and Christianity in Modern Japan », JSAA. S. Garon, B. Molony, W. Pascha, B-A. Shillony, « Japan: State and people in the Twentieth century », Sticerd 20th Anniversary Symposium, éd. J. Hunter, 03/1999..