thumb|right|La Vierge Hodegetria d’après une icône du .
Le monastère de la Panaghia Hodēgētria (en grec : Ὁδηγήτρια, litt. « celle qui montre la Voie »), connu aussi sous le nom de monastère des Hodèges (en grec Μονὴ τῶν Ὁδηγῶν, « Monastère des Guides ») à Constantinople fut fondé selon la tradition par sainte Pulchérie (399-453), fille de l’empereur Arcadius (377-408)Mango (2000) . Le monastère était l’une des trois fondations dédiées à la Vierge vénérée sous ce nom (Hodégétria) avec l’église des Blachernes et celle de ChalkoprateiaPentcheva (2006) .
Le monastère était situé au-delà du quartier Chalkoprateia (en grec : Χαλκοπρατεῖα, litt : « marché du cuivre ») , près de la mer de Marmara au sud-est de la ville et servait de contrepartie à celui des Blachernes, situé au nord-ouest de la ville (voir carte). Tous deux servaient de point de départ et de point d’arrivée à des processions comme celle, hebdomadaire, qui partait des murailles de Théodose pour se terminer au quartier ChalkoprateiaMaguire (2004) .
Selon la tradition, le monastère aurait abrité l’icône de la Hodégétria, qui aurait été peinte par saint Luc et, selon un récit de Xanthopoulos, aurait été rapportée d’Antioche. Entre 1403 et 1406, Ruy Gonzales de Clavijo l’a décrite comme une peinture carrée couverte de joyaux, tels qu'émeraudes, saphirs, topazes et perlesSpatarakis (1976) . Le nom de Panaghia Hodēgētria donné à l’icône fait référence à la légende selon laquelle se trouvait dans l’enceinte du monastère une source miraculeuse ayant le pouvoir de guérir les aveugles et tous ceux qui souffraient des yeux. La Vierge serait apparue à deux aveugles et les aurait guidés vers la source où elle leur fit recouvrer la vue. Les hodèges ou « guides » étaient les moines qui accompagnaient les aveugles vers la source. Tous les mardis, cette icône miraculeuse était portée en procession dans les rues de la ville où se massait la foule de ceux qui espéraient une guérison miraculeuseKazdhan (1991) « Hodegon monastery », vol. 2, . Le sanctuaire fut restauré sous l’empereur Michel III (r. 842-967), mais il n’en reste rien aujourd’hui, à moins que quelques ruines éparses près du parc Gülhane marquent bien l’emplacement de l’ancien monastère, ce qui n’est pas certainDemangel (1939) .
Emplacement thumb|Carte de Constantinople sous l’Empire byzantin. On ignore l’endroit exact où se trouvait le monastère à ConstantinopleVoir à ce sujet : Berger (1988), et Kidonopoulos (1994) . Une description dans le Logos diēgēmatikosAngelidi (1994) de même qu’une mention de Nicétas Choniates Histoire ecclésiastique, XV, 14 (PG 147, col. 44. portent à croire que le monastère était situé « près de la mer » (celle de Marmara ou du Bosphore). D’après certaines sources écrites, en particulier la description qu’en fait un pèlerin contemporainMajeska (1984) , le monastère devait se trouver à l’est ou au sud-est de Hagia Sophia.
Des fouilles au parc Gülhane ont mis au jour une rotonde ainsi que les restes de ce qui a pu être une fontaine (localisation approximative: 41° 0′ 33″ N, 28° 59′ 6″ O) ; ces ruines ont pu appartenir à un monastère, mais elles se trouvent au nord-est de Hagia Sophia, alors que les sources écrites indiquent plutôt une position au sud-estKidonopoulos (1994) .
Histoire Le nom « Hodēgoi » apparaît pour la première fois de façon certaine dans les textes au : selon les Patria de ConstantinoplePatria, III, § 27 (= Éd. Th. Preger, tome II, Leipzig, 1907, 223)., l'empereur Michel III (entre 856 et 865) fit rebâtir une chapelle qui s'élevait, depuis longtemps, à l'emplacement d'une source miraculeuseEn grec ἂγιον λοῦμα, un « saint bain »., qui guérissait les aveugles ; les « Ὁδηγοί » (c'est-à-dire en grec les « Guides ») étaient les personnes qui conduisaient les aveugles vers la source. Au printemps 866, le césar Bardas fit une visite solennelle au nouveau sanctuaire avant de partir en campagne contre les Arabes de Crète, et un présage (la chute de sa cape) annonça sa fin prochaineThéophane continué, éd. de Bonn, ; Génésios, éd. Lesmüller-Werner et Thurn, ..
Il exista plus tardivement une autre tradition sur l’origine du vocable : la fondation de l’église serait attribuable à l’impératrice Pulchérie par Nicolas Mésaritès Description de l'église des Saints-Apôtres, éd. G. Downey (Transactions of the American Philosophical Society, n° 47, 1957), § XXXIX, (à propos du tombeau de Pulchérie aux Saints-Apôtres). et par Nicéphore Calliste XanthopoulosHistoire ecclésiastique, XV, 14 (PG 147, col. 44). Cet auteur attribue la fondation de toutes les églises mariales de Constantinople à Pulchérie, ce qui est sûrement une simplification. Sa source principale, dans cette partie de son ouvrage, est l'Histoire ecclésiastique de Théodore le Lecteur (perdue comme telle), mais le passage sur les Hodēgoi ne remonte pas nécessairement à ce dernier auteur., qui rapporte qu'elle était destinée à abriter une icône de la Vierge peinte par saint Luc envoyée d'Antioche par sa belle-sœur Eudocie ; un texte consacré au sanctuaire, copié dans les années 1430Le « Discours narratif sur les Hodēgoi » (Λόγος διηγηματικὸς περιέχων τὰ περὶ τοῦ πανσέπτου καὶ θείου ναοῦ τῆς ὑπεραγίας Θεοτόκου, τοῦ οὕτω λεγομένου τῶν Ὁδηγῶν), analysé et édité par Christine Angelidi (1994). Il se trouve sur un quaternion de treize feuillets, détaché probablement d'un codex, retrouvé en 1988, au monastère de Vatopedi, par Criton Chryssochoïdis., affirme que l'impératrice aurait elle-même désigné cette icône comme Guide (« Ὁδηγὸν τῶν καλῶν ἁπάντων »). L'icône qui était conservée dans le sanctuaire est traditionnellement identifiée comme une « Hodêgêtria », un type iconographique attesté sur les sceaux impériaux à partir de 695 Werner Seibt, « Die Darstellung der Theotokos auf byzantinischen Bleisiegeln, besonders im 11. Jahrhundert », in N. Oikonomidès (dir.), Studies in Byzantine Sigillography, Dumbarton Oaks, 1987, 37 et 40-41..
Selon la Lettre des trois patriarches orientaux à l'empereur ThéophileTexte à l'authenticité discutée, en tout cas présentant des remaniements et des interpolations. Voir Paul Lemerle, Le premier humanisme byzantin, Paris, 1971, ., le patriarche Jean le Grammairien aurait été un temps lecteur de l'église des Hodēgoi sous le règne de Léon V, donc avant la reconstruction sous Michel III. Nicon de la Montagne Noire indique que l'empereur Jean Tzimiscès fixa les Hodèges comme résidence aux patriarches d'Antioche pendant leur séjour dans la capitale, et c'est à ce statut que doit renvoyer le terme de « μονή », utilisé pour désigner l'établissement à partir du (Génésios). En 1097, un décret d'Alexis Comnène mentionne un higoumène des Hodèges nommé Ioannikios. Le patriarche d'Antioche Jean l'Oxite s'y réfugie après sa fuite de son siège en 1100, et il a des démêlés avec les moines de l'établissement, qu'il qualifie de « repaire de brigands » et dont il finit par s'échapper de nuitPaul Gautier, « Jean V l'Oxite, patriarche d'Antioche. Notice biographique », Revue des études byzantines 22, 1964, .. Pendant le concile tenu aux Blachernes en mai 1157, le patriarche d'Antioche élu, Sotérichos Panteugénos, dont les opinions douteuses étaient examinées, refusait de bouger de sa résidence des Hodèges, et exigeait que le concile, s'il devait y en avoir un, s'y tînt. Après son élection comme patriarche d'Antioche en exil en 1185/90, le canoniste Théodore Balsamon résida aussi aux Hodèges.
On sait d'après les textesNotamment les récits de voyage des pèlerins russes. Voir George P. Majeska, Russian Travelers to Constantinople in the Fourteenth and Fifteenth Century, Dumbarton Oaks Studies 19, 1984, . que les Hodèges se situaient au voisinage du Grand Palais, à l'est de Sainte-Sophie, sur le chemin qui conduisait à Saint-Georges-des-Manganes, non loin du rivage. Selon le Discours narratif, l'église était adossée à une pente, en hauteur près de la muraille maritime qui servait en partie de clôture au domaine, à proximité d'un phare qui doit être celui qui se trouvait au nord-est du Grand Palais. Les archéologues Robert Demangel et Ernest Mamboury ont annoncé avoir identifié le site en 1923, entre la muraille maritime et l'hôpital de GulhanéR. Demangel et E. Mamboury, Le quartier des Manganes et la première région de Constantinople, Paris, de Boccard, 1939, . Ils ont notamment identifié une vaste construction balnéaire et une porte ouverte dans la muraille maritime, avec une inscription sur le linteau, qui serait la porte des Hodèges.. D'après le Discours, l'établissement avait annexé à une certaine époque une partie de l'ancien Domaine de Marina (Τὰ Μαρίνης) dont on sait qu'il s'étendait à l'est du Grand Palais Cyril Mango, « The Palace of Marina, the Poet Palladas and the Bath of Leo VI », in Evangelia Kypraiou (dir.), Eufrosynon : Afieroma ston Manoli Hatzidaki, Athènes 1991, . Marina était une des trois filles de l'empereur Arcadius, donc la sœur de Pulchérie. thumb|right|Un hodège guide un aveugle vers la source miraculeuse, icône de l’église gréco-byzantine du Saint-Sauveur, Cosenza, Italie. À l'origine de la fondation se trouvait donc semble-t-il une fontaine miraculeuse supposée guérir les aveugles ; indépendamment du ἂγιον λοῦμα, une épigramme de Théodore BalsamonN°42, éd. Horna. atteste aussi l'existence près de l'église d'un établissement de bains publics (δημοσιακὸν λουτρὸν τῶν Ὂδηγῶν), restauré au . Ces installations étaient gérées par une « diaconie », une confrérie pieuse qui se réunissait une ou deux fois par semaineVoir Paul Magdalino, Constantinople médiévale. Études sur l'évolution des structures urbaines, Paris, de Boccard, 1996, (« Bains publics et diaconies ») et (Appendice I : liste des vingt-cinq « diaconies » connues dans la ville). Selon l'auteur, la diaconie des Hodèges était « la plus célèbre des confréries byzantines »..
Mais la vénération particulière dont l'établissement était entouré était surtout due au nombre et à la sainteté des reliques qui étaient déposées dans l'église. Selon Nicéphore Calliste Xanthopoulos et le Discours narratif, on y conservait le fuseau de la Vierge, quelques gouttes de sang et une partie des langes du Christ. On ne sait si ces textes parlent des réalités de leur époque, ou si ces reliques furent emportées par les croisés après 1204 comme beaucoup d'autres.
La relique la plus importante était l'icône de la Vierge supposée avoir été peinte par saint Luc lui-mêmeLa tradition selon laquelle saint Luc aurait peint la Vierge apparaît au dans une homélie sur la vénération des images attribuée à André de Crète (PG 97, col. 301-304).. Selon les témoignages, c'était une icône de grande dimension très lourde, sur pierre selon les pèlerins russesGeorge P. Majeska, loc. cit., sur bois selon Xanthopoulos, portée en procession une fois par semaine. C'était semble-t-il une icône du type de l'Hodēgētria, d'origine égypto-palestinienne, dont les exemples les plus anciens attestés datent du . Il y avait un groupe spécial de « serviteurs de l'icône » rémunérés, mentionnés au dans le typikon du monastère du Pantocrator, où l'Hodēgētria était transportée solennellement chaque année pour la commémoration des fondateurs. Selon le Pseudo-Codinos, elle était aussi transférée au Palais le jeudi de la cinquième semaine du Carême et vénérée jusqu'à Pâques dans la chapelle de la Vierge Nikopoios. Il y avait une grande procession jusqu'aux Blachernes le dimanche des Rameaux. C'était l'une des quatre icônes miraculeuses de la Vierge conservées à Constantinople (avec celle des Blachernes, celle des Chalkoprateia, et une Vierge « Chymeutè » déposée on ne sait où)Ces quatre icônes constantinopolitaines sont reproduites sur un registre d'une icône du conservée au monastère Sainte-Catherine du Sinaï..