Kateryna Vassylivna Bilokour (en ) est une artiste peintre ukrainienne née le à (alors dans le , dans le gouvernement de Poltava de l'Empire russe) et morte le dans le même village (alors dans le , dans l'oblast de Kiev de la République socialiste soviétique d'Ukraine).
Biographie Fille de Vassyl Ïossypovytch Bilokour et de Pavlivna Tonkonih Iakylyna, paysans ukrainiens, on ne connaît pas exactement la date de sa naissance mais elle se situe entre le 23, le 24 ou le ou 1901. On a reconnu le 25 comme date officielle parce que c'est de plus le jour de sainte Catherine d'AlexandrieLes 100 Ukrainiens les plus célèbres par Bedryk-Bilan Kh., Beznossik A., Hnatiouk M. etc.. Suivront les naissances de deux frères : Hryhoriy en 1903 et Pavlo en ?arbre généalogique . Bien que ses parents ne soient pas des paysans pauvres, ils élevaient du bétail, avaient une maison couverte de zinc (ou de cuivre ?) et environ 2,5 dessiatines de terrain soit 2,5 ha environ. Très tôt, Kateryna doit, pour participer au maintien ou à l'amélioration du patrimoine et de leurs conditions d'existence, comme la plupart des filles de son milieu, être capable de tenir une maison, savoir travailler aux champs pour devenir une bonne épouse qui saura au mieux servir les intérêts de la ferme du paysan avec lequel elle sera probablement mariée. Vers 6 ou 7 ans, son père et son grand-père lui donnent ses premières leçons de lecture et ayant facilement appris le conseil de famille, par mesure d'économie sur les vêtements et les chaussures, décide qu'elle peut se passer d'école. Donc les journées se passent à travailler aux champs, au jardin, exécuter les tâches ménagères au domicile. Son père lui a même donné une machine à coudreKonstantyne Bourkout. Mais à la fin de l'adolescence, vers 15 ou 17 ans, son goût pour le dessin et la peinture l'emportent et la nuit venue, jusqu'à ce qu'elle tombe de sommeil, elle dessine, elle peint en cachette, car encore à 14 ans on la menaçait du fouet si elle se livrait à cette occupation. Elle peint même sur les murs d'une pièce de la maison de ses parents. Elle fabrique toute seule ses pinceaux, parfois avec des poils de queue de chat coupés à la longueur adéquate, 9, 12 ou 36 millimètres, et crée ses couleurs avec les herbes et les végétaux qui poussent alentour : viornes, betteraves, oignons, baies de sureau mais ces teintes ne sont pas très stables. Elle arrive parfois à se procurer de la peinture à l'huile et utilise aussi du fusain sur du tissu. À part Ivan Grigorevitch Kalyta, un professeur artiste amateur exerçant à la campagne et respecté par son père, qui lui dispense quelques conseils, autour d'elle on ne la comprend pas et on lui dit que ces activités ne servent à rien, que sa peinture est stupide, mais Kateryna résiste inspirée par toutes les fleurs qui l'entourent et probablement aussi par le contexte culturel populaire. En Ukraine énormément de fleurs sont brodées sur des textiles d'usage courant (nappes, serviettes, chemins de table..., où les fillettes se tressent des couronnes de fleurs champêtres, où les murs des habitations paysannes, les khatas, blanchis à la chaux ont parfois des peintures de fleurs au-dessus des fenêtres et des portes. thumb|Photographie de Kateryna Bikokour exposée dans sa maison natale transformée en musée
Entre 1915 et 1917, un voisin et parent de sa famille, Mykytoiou Tonkonohom, un meunier entreprenant, organise un atelier théâtral et sachant que Katerina sait peindre et dessiner, il lui demande de l'aide pour réaliser les décors du spectacle présenté sur le plan d'eau de son moulin. Plus tard, dans les années 1920, elle s'engage davantage en ne se limitant pas à la réalisation de décors mais en fréquentant le groupe de comédiens régit par un couple d'enseignants, Ivan Hryhorovytch et Nina Vassylivna Kalita. À condition que cela ne gêne pas son travail à la maison et au potager ses parents lui permettent d'apprendre des rôles qu'elle interprète par exemple dans Natalka Poltavka d'Ivan Kotliarevsky, de Hryhoriy Kvitka-Osnovianenko, et d'Ivan Karpenko-Kary, La Servante mère d', une mise en scène de d'après un poème de Taras Chevtchenko et bien d'autres. Cependant son âge ne convient pas pour certains personnages et elle est orientée vers ceux de servante où d'épouse, fonction que ses parents à leur grand désespoir voudraient bien lui voir tenir en réalité. À la campagne, à cette époque, une fille de 24 ou de 26 ans non mariée était une «catastrophe». Elle a bien eu au moins un soupirant, Oleksandr Kravchenko qu'elle aurait éconduit alors qu'il voulait lui offrir un bouquet de fleurs. Kateryna lui aurait expliqué qu'on n'ôtait pas la vie à des fleurs en les cueillant. Ce monsieur ne savait sans doute pas que l'artiste ne les récoltait jamais pour réaliser ses tableaux car elle les considérait comme des créatures vivantes et les peignait en installant son nécessaire à peinture devant elles.
En 1922 ou 1923, elle essaie d'entrer au en présentant deux œuvres : la copie d'un tableau et un croquis de la maison de son grand-père d'après nature, réalisé sur du papier dessin qu'elle avait acheté. Mais on ne regarde même pas ses travaux ; elle est éconduite car elle n'a pas le certificat attestant sept ans de fréquentation scolaire. De dépit, elle « balance » ses dessins par-dessus la clôture du jardin de l'établissement et rentre à pied chez elle.
En 1928 elle apprend que l'on recrute des étudiants pour l'Université nationale Karpenko-Kary à Kiev. Elle a évoqué diverses raisons qui l'ont peut-être poussée à s'y présenter : s'évader du milieu familial, continuer à faire du théâtre, bénéficier d'une formation artistique, profiter de cette structure pour continuer à dessiner et à peindre puis y faire connaître ses productions pour intégrer une école d'art. De nouveau éconduite à cause de ce fameux certificat de scolarité, elle ne se décourage pas et déclare alors qu'elle sera une artiste. Elle trouve des opportunités, rares, pour rencontrer d'autres artistes, voir, étudier leurs œuvres.
Le carcan familial, le poids des mœurs villageoises, la charge de travail difficile à concilier avec son activité créatrice, les douleurs dans les jambes atteignent le moral de la jeune artiste. Elle effectue un pèlerinage à Kaniv sur la tombe de Chevtchenko demander au Kobzar de l'aider à devenir artiste. A la fin de l'automne 1934, elle songe à se suicider malgré le tabou que cela représente pour une croyante sincère. Alors qu'elle était immergée jusqu'à la poitrine dans la rivière , sa mère parvient à l'empêcher de poursuivre mais son séjour dans l'eau froide aggravera l'état de ses jambesOlena Bondarenko . Puisque c'est ainsi, comme elle l'a montré jusque là en assumant son originalité, elle prend la ferme résolution d'être ce qu'elle a toujours été : une artiste. Ses parents se résignent.
En 1939, lors d'une visite chez son cousin, Lioubov Tonkonih qui habitait sur la rive opposée elle entend Oksana Petroussenko interpréter N'y avait-il pas de viorne dans le pré?Oksana Petroussenko : N'y avait-il pas de viorne dans le pré?. Bouleversée par la chanson, par la voix de la cantatrice ou par les deux elle lui écrit une lettre intitulée « Confessions » qu'elle accompagne du dessin d'une viorne sur un morceau de toile et envoie le tout à Oksana Petroussenko Kiev, Théâtre académique. Malgré la démarche, style bouteille à la mer, l'artiste étant très en vogue, on réussit à lui faire parvenir le message. Touchée par les confidences de la jeune femme, la chanteuse en fait part à ses amis, Vassili Kassiane, Pavlo Tytchyna puis s'adresse au centre d'art populaire de Kiev qui demande à celui de Poltava d'envoyer en mission quelqu'un à Bogdanivka pour s'informer. C'est qui dirigeait le conseil artistique et méthodique de la maison régionale de l'art populaire qui s'y rend. Etonné par ce qu'il découvre, Kateryna lui offre plusieurs tableaux qu'il emporte pour les montrer à . Séduits par ce qu'ils voient, ils décident d'organiser immédiatement, à Poltava, en 1940, une première exposition de 11 œuvres. Elle obtient un énorme succès auprès des amateurs et des critiques. Kateryna est récompensée par un voyage de découverte du monde artistique à Kiev et à Moscou. Accompagnée par Volodymyr Khytko car elle n'avait pas de passeport comme presque tous les paysans, elle découvre la Galerie Tretiakov, le Musée des beaux-arts Pouchkine, le Musée Lénine et manifeste sa préférence pour les petits maîtres hollandais, les Ambulants et les impressionnistes français. Dans un premier temps elle est accablée par le niveau des œuvres présentées mais elle comprend vite la particularité de son talent: elle est le peintre des fleurs car avant elle, aucun ne les a peintes ainsi, comme dans un rêve,
L'occupation nazie, deux ans, est très éprouvante pour la jeune artiste comme pour tout le monde sans aucun doute. Pendant cette période, elle ne peint presque pas et tous les tableaux qu'elle avait exposés à Poltava sont brûlés cependant elle parvient à sauver ceux qui n'avaient pas été présentés.
Après la libération du village, elle se remet à peindre intensément et produit quelques-unes de ses meilleures œuvres. Dès 1944, , le directeur du Musée national des arts décoratifs populaires achète plusieurs de ses toiles et expose ses œuvres ce qui explique l'importance de la collection de tableaux que possède maintenant cet établissement. En 1949, elle est admise dans l'Union des artistes ukrainiens qui va l'aider et en 1951 elle reçoit une médaille d'honneur de cette institution. Les années 1950 sont les années les plus fructueuses de sa production en nombre et en qualité cependant elle peint lentement: on sait qu'elle a mis trois semaines pour peindre Champ kokhozien. Des représentants de la culture ukrainienne viennent la voir à Bogdanivka. Elle participe à de nombreuses expositions, se met à l'aquarelle, rencontre et correspond avec le poète Pavlo Tytchyna et son épouse Lidiia Petrivna Paparouk, l'écrivain et poète Mykola Bajan, le peintre et illustrateur Vassili Kassiane, le critique d'art et directeur du musée d'état d'art populaire décoratif ukrainien Vassili Grigorievitch Nagaï, le graphiste , un artiste de Poltava, Matviy Dontsov et son épouse Julia Ivanovna Andreevitch, l'artiste , l'historien de l'art , l'artiste Olena Koultchytska, le peintre Kateryna Bilokour, artisane ukrainienne exceptionnelle. Elle inspire des étudiants comme Olha Bintchouk et Tamara Hanja, . De plus ses lettres montrent qu'elle a un véritable talent épistolaire. En 1954, lors d'une exposition internationale à Paris, ses tableaux L'oreille du roi, Le bouleau et Champ kolkhozien sont exposés. Pablo Picasso, selon des témoins, l'aurait comparée à Séraphine de SenlisTatiana Sirotchouk. Extrait du Dictionnaire universel des créatrices. et arrêté longuement devant ces trois œuvres aurait dit «Si on avait une femme peintre d'un tel niveau chez nous, le monde entier parlerait d'elle».
Toutes ces relations, ces échanges, ne l'empêchent pas de continuer à vivre dans son village natal; ses absences sont de courte durée sauf, en 1955, où elle effectue un séjour de deux mois dans la maison des écrivains. Plus d'une fois, elle a rêvé d'habiter à Kiev où elle aurait pu fréquenter ses amis, bénéficier des musées, assister à des concerts mais cela n'a pas été possible parce que les villageois n'obtenaient de passeport pour aller en ville ou y étudier que s'ils avaient les autorisations écrites du directeur du kolkhoze et du chef de la branche locale du parti communiste soumises au département régional du NKVD pour délivrance du certificat. Cela n'avait guère de chance d'être remis en cause car les directeurs des fermes collectives avaient besoin de main d'oeuvre gratuite pour réaliser leurs objectifs. En conséquence, Kateryna est restée toute sa vie dans son village en tant que fermière aux yeux des autoritésIryna Chtohrine : 10 faits sur Kateryna Bilokour .