La cathédrale d'Aix-la-Chapelle (en allemand : Aachener Dom) est une église catholique romaine située à Aix-la-Chapelle, en Allemagne.

Une des plus vieilles cathédrales d’Europe, elle fut construite pendant le règne de l’empereur Charlemagne qui y fut inhumé en 814. Elle formait à l’origine un des éléments du palais d’Aix-la-Chapelle, ensemble de bâtiments résidentiels, politiques et religieux qui devaient être le centre du pouvoir carolingien. De 936 à 1531, trente-et-un rois allemands et douze reines y furent couronnés. Depuis 1802, elle est l’église-mère du diocèse d’Aix-la-Chapelle et est inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1978.

Historique thumb|upright=1.2|Reconstitution du palais de Charlemagne. La chapelle se trouve en haut à gauche. thumb|upright=1.2|Plan simplifié du palais.

Charlemagne commença la construction de la chapelle palatine vers 796Bayer (2000) en même temps que celle du Palais d'Aix-la-Chapelle, dans la ville thermale d'Aix-la-Chapelle dont il voulait faire une « Roma secunda » (Deuxième Rome)Conant (1994) . Hormis quelques vestiges, il ne reste de ce palais que la cathédrale.

L'Octogone de la chapelle palatine de Charlemagne est la partie la plus ancienne de la cathédrale ; elle date d'environ 796 et fut construite par l'architecte Eudes de Metz dans le style carolingien. On construisit une fonderie sur place pour couler les nombreuses pièces de bronze nécessaires allant des portes et de leurs gonds aux statuesGaehde (1996) . Selon Alcuin, un des principaux amis et conseillers de Charlemagne, la construction était presque terminée en 798. En 805, le pape Léon III put la consacrerMcClendon (1996) .

Quand il mourut le , Charlemagne y fut inhumé dans un sarcophage romain en marbre, datant du , lequel fut transporté d'Italie à Aix-la-Chapelle de son vivant et sur son ordre : le sarcophage de Proserpine (appelé aussi sarcophage de Perséphone en grec)McClendon (1996) . Cela vaudra à la cathédrale le surnom de « cathédrale de l’empereur » (en ).

L’édifice fut la cible d’un raid Viking en 881 et fut restauré en 983.

Après la canonisation de Charlemagne sous le règne de Frédéric Barberousse en 1165, la chapelle attira de très nombreux touristes . Pour les accommoder, un nouveau chœur fut construit entre 1355 et 1414Hoiberg (2010) : référence explicite à la Sainte-Chapelle de Paris, cette construction, véritable « capella vitrea », est éclairée par un unique registre de hautes lancettes s'élevant sur presque toute la hauteur des murs. Le nouveau chœur fut consacré en 1414, soit 600 ans après le décès de Charlemagne, dont la châsse fut exposée dans la nouvelle abside.

Par la suite, une coupole, diverses chapelles et un clocher s’ajoutèrent aux structures d'origine ; suivirent de nombreuses modifications au cours des siècles. Ainsi de 1719 à 1733, Johann Baptist Atari appliqua du stuc sur la surface des salles et y peignit des scènes, donnant à celles-ci un caractère baroque pendant qu’il transformait le vitrail principal pour lui donner également un style baroque. On devait revenir au style d'origine lors d’une restauration en 1881Jacob (1975) McClendon (1996) .

La cathédrale fut sévèrement endommagée durant la Deuxième Guerre mondiale par les bombardements alliés, mais la structure essentielle demeura intacte. Nombre des objets les plus précieux avaient été mis en lieu sûr pendant la guerre, ceux qui ne pouvaient être déplacés étant protégés. Malheureusement, les vitraux du chœur datant du , l’autel néo-gothique, une grande partie du cloître et la Sainte-Chapelle (Heiligtumskapelle) furent détruits irrémédiablement. Les travaux de reconstruction et de restauration s’échelonnèrent sur une trentaine d’années.

En 1978, la cathédrale d’Aix-la-Chapelle fut l’un des douze premiers sites à être portés au Patrimoine mondial de l’UNESCO.

Architecture thumb|Modèle de bronze près de l’entrée principale.

Deux styles principaux se côtoient dans la cathédrale. La chapelle palatine qui forme le noyau de la cathédrale est de style roman carolingien et est modelé sur San Vitale de Ravenne. Ses dimensions sont extrêmement petites comparées aux apports postérieurs. Le chœur pour sa part fut construit en style gothique. Finalement, certaines parties de l’édifice, comme celle qui entoure le trône, sont de style ottonien.

La chapelle palatine thumb|upright=1.5|Plan de la chapelle palatine et de l’ensemble de la cathédrale. thumb|Plan au sol et coupe transversale.

La chapelle du palais, au centre de la cathédrale, fut construite de 796 à 805 sur un plan octogonal similaire à celui utilisé pour d’autres édifices byzantins de l’époque comme la basilique San Vitale de Ravenne et l'église Sainte-Sophie de ConstantinopleSchillig (2005). L’architecte Eudes de Metz prévoyait une salle octogonale surmontée d’un dôme et ceint d’un mur extérieur à seize côtés. Tant par ses dimensions que par sa hauteur, la chapelle de Charlemagne ne devait pas avoir son pareil au nord des Alpes pendant deux cents ans.

La chapelle palatine est basée sur un plan octogonal à deux étages, l’étage supérieur étant constitué par une galerie fermée par des arcs supportés par des colonnes et une barrière. L'empereur prenait place dans la galerie, face à l'autel. L’octogone intérieur, d’un diamètre de 14,46 mètres, est fait de solides piliers, surmonté d’une voûte octogonale en arc-de-cloître qui recouvre la salle. Autour de cet octogone intérieur est construit un système de seize voûtes d’arêtes basses qui supportent la galerie au niveau supérieur. Celle-ci était connue comme la Hochmünster (l’église haute). Les ouvertures des arcs inférieurs ne sont que la moitié de celles des arcs supérieurs, donnant à cet étage un aspect ramassé et lourd. L’étage supérieur forme une large corniche où étaient placés l’autel principal et le trône impérial ; elle communiquait avec le reste du palais grâce à un passage. Sur les arches de la galerie repose un tambour avec fenêtre surplombé de la coupole. Du côté est se trouvait une petite abside en saillie, laquelle fut remplacée ultérieurement par le chœur. À l’opposé se trouvaient l’entrée du palais maintenant disparu, le Westwork. La lumière pénétrait par un triple système de fenêtres à arcs.

La galerie du niveau supérieur est pourvue d’un ensemble de colonnes fort anciennes provenant de l’église Saint-Géréon de Cologne. De plus, Charlemagne ordonna de faire venir d’autres spolia de Rome et de Ravenne à la fin du . En 1794, au cours de l’occupation française de cette partie du Rhin, elles furent transportées à Paris, mais en 1815, près de la moitié des colonnes alors au Louvre furent retournées à Aix-la-Chapelle. Elles furent replacées à leur endroit d’origine et de nouvelles colonnes de granites d’Odenberg furent substituées aux colonnes manquantes. Les murs intérieurs étaient à l’origine recouverts de plaques de marbre. Les ouvertures rondes en forme d’arc au niveau supérieur situées entre les colonnes devant une mezzanine sont fermées par une barrière de bronze haute d'un mètre. Cette barrière fut coulée en une seule pièce selon des modèles romains. La mosaïque originelle fut probablement exécutée vers 800 et, selon des sources médiévales, représentait le Christ triomphant entouré des symboles des quatre évangélistes ainsi que des vingt-quatre Vivants de l’Apocalypse offrant leur couronne au Christ. Elle fut refaite en 1880/1881 par les ateliers vénitiens d’Antonio Salviati sur les plans de l’architecte belge Jean-Baptiste de Béthune. Le dôme lui-même était décoré de tuiles de mosaïque s’entrelaçant de façon complexe.

Les murs extérieurs de l’octogone carolingien sont faits de pierre de carrière sans joints ou autre décoration. Seule exception : les projections des piliers de la coupole sont couronnées de chapiteaux antiques. Au-dessus de la maçonnerie carolingienne, on trouve une série d’arcs de style roman situés au-dessus d’un pignon de la basse époque romaine. L’Octogone est couronné d’une série inhabituelle de fentes baroques.

D’après les recherches de l’Autorité rhénane des bâtiments, la cathédrale aurait, au temps de Charlemagne, été peinte en rouge pourpre, rendu plus résistant par l’addition de poudre de brique. La couleur aurait probablement été choisie en raison de son association avec le pouvoir impérialBertozzi (2003).

Le symbolisme est omniprésent dans la cathédrale, surtout sous forme numérique : le chiffre huit, correspondant à l’octogone, était le symbole du huitième jour (le dimanche suivant le sabbat) et représentait la Résurrection de Jésus-Christ et la promesse de la vie éternelle. De même, le chiffre dix représentait la perfection dans le système architectural médiéval et se retrouve fréquemment dans la chapelle palatine dont le diamètre (en incluant le circuit autour du dôme) mesure cent pieds carolingiens (c.a.d. 10 x 10) et est équivalent à la hauteur du dômeRoth (2011) .

Le massif occidental vignette|upright|La cathédrale vue de l’ouest (entrée principale). vignette|upright|Les deux panneaux de la porte d’entrée et leurs poignées en forme de têtes de lions. vignette|Sarcophage de Proserpine. vignette|upright|Pomme de pin en bronze du hall d’entrée.

Le massif occidental (Westwerk) de la cathédrale, d’origine carolingienne, est flanqué de deux tours à escaliers. Cet édifice à deux étages est complété du côté ouest par un porche du .

Les panneaux de bronze formant la porte d’entrée, connue depuis le comme la porte du Loup (Wolfstür)Buchkremer (1924), ont été forgées à Aix-la-Chapelle vers l’an 800. L’ensemble mesure de hauteur, de largeur et pèse . Elle constituait l'entrée principale de la cathédrale, située à l'origine entre le Westwerk et l’octogone, à un endroit appelé jusqu’en 1788 Hexadécagone ; le portail a été restauré en 1924Roth (2011) . Chaque panneau est divisé en huit rectangles (nombre symbolique). Chaque rectangle est entouré d’une frise décorative faite de décorations en forme d’œuf. L’œuf avait, lui aussi, un symbolisme particulier : celui de la vie et de la fécondité et, par conséquent, de vie éternelle. Les deux poignées de la porte affectant une tête de lion sont entourées de vingt-quatre (c.a.d. deux fois douze ou trois fois huit) feuilles d'acanthe. Le tout affecte la forme des portes que l'on trouvait dans les anciens temples romains, rappelant ainsi que Charlemagne entendait faire d’Aix-la-Chapelle une « Nouvelle Rome » et que la chapelle palatine devait être le monument commémorant la restauration de l'EmpireRoth (2011) .

Parmi les nombreuses sculptures de bronze figurait une statue équestre se voulant probablement le rappel de la statue de Marc Aurèle à Rome. Dans le hall d’entrée se trouve la statue de bronze d’un ours ou d’une louve, sûrement coulée au , à l’époque ottonienneKünzl (2002). Face à celle-ci, on peut voir un cône de pin percé de 129 ouvertures, d’une hauteur de (incluant la base), dont la date de fabrication oscillerait entre le et le . La base, manifestement d’inspiration ottonienne, porte une inscription en hexamètres léonins se référant aux fleuves Tigre et Euphrate de la Mésopotamie. C’est peut-être par ce cône que jaillissait l’eau d’une fontaine qui aurait été placée dans l’atrium de la chapelle palatine à l’époque carolingienneGiersiepen (1992).

Le niveau supérieur est fait d’un mur de briques exceptionnellement ouvragé, qui présente une protubérance vers l’extérieur, donnant l’impression d’un renflement « concave-convexe ». Avant que le porche ne soit construit au , la façade ouest carolingienne, vue du narthex, était saisissante : une niche imposante, surmontée d’un arc semi-circulaire au niveau supérieur ouest, correspondait au demi-cercle de la voûte en berceau au niveau inférieur.