vignette|Mujer de la medicina, tableau de Harry Pinedo Valera (2023). La place des femmes en médecine désigne la participation des femmes aux professions médicales, notamment au métier de médecin. Historiquement, cette place a souvent été restreinte dans de nombreux endroits du monde, alors même que le rôle des femmes en tant que soignantes, de manière informelle ou dans le cadre des diverses professions de la santé était important.
Au , la plupart des pays garantissent aux femmes un accès aux études médicales égal à celui des hommes, bien que tous n'assurent pas l'égalité des possibilités d'emploi online "Women's Human Rights", 1998, sur le site de Human Rights Watch, et que la parité ne soit pas encore atteinte au sein des spécialités médicales.
Histoire dans le monde occidental vignette|Agnodice, Sage-femme athénienneGravure extraite de Biographie des sages-femmes célèbres, anciennes, modernes, contemporaines, par A. Delacoux, 1833.
Plusieurs civilisations anciennes ont retenu l'implication des femmes en médecine.
Ancien Monde
Égypte ancienne
En Égypte ancienne, Méryt-Ptah (2700 av. J.-C.), décrite comme « médecin en chef », pourrait être la première femme scientifique explicitement nommée de l'histoire des sciences, mais son existence réelle est remise en question.
D'autre part, on cite également Peseshet, ayant vécu sous la , comme la connue au monde Pahor AL. « First among women » BMJ. 1992;304(6836):1249-50. ..
Grèce antique
thumb|Marie la Juive, à qui l'on doit l'invention de plusieurs instruments de chimie, dont le bain-marie et un type d'alambic.
Agamédé est citée par Homère en tant que guérisseuse, dans la Grèce antique d'avant la guerre de Troie (vers 1194–1184 av. J.-C.). Agnodice est la première femme médecin à pratiquer légalement, à Athènes, en 350 av. J.-C. Celle-ci doit se déguiser en homme pour suivre les cours de médecine, passe brillamment l'examen et devient gynécologue, mais sans révéler sa véritable identité. Les malades viennent en grand nombre la voir et les autres médecins lancent une rumeur disant qu’elle userait de son métier pour séduire les femmes mariées. Agnodice est alors obligée de révéler sa véritable identité, faisant qu'elle est accusée de violer la loi athénienne - en pratiquant une branche de la médecine - et risque une forte condamnation..
La reconnaissance et l'intérêt personnel portent les femmes des principaux citoyens à se réunir pour prendre sa défense arguant du fait que les femmes préféraient se laisser mourir plutôt que de recourir à un médecin homme. Les magistrats acquittent Agnodice et lui permettent de continuer à exercer la médecine. L’année suivante, une loi est instaurée pour autoriser les femmes à étudier cette matière.
La première femme à être appelée « médecin » (iatros) dans les sources antiques est Phanostratê, athénienne du , qui était aussi sage-femme L'existence d'autres femmes médecins a été rapportée, comme Laïs et Elephantis.
Rome antique Dans la Rome antique, l'accouchement des femmes issues de la classe aisée est assurée par des sages-femmes, (). En cas de complications, il est fait appel à des médecins obstétriciennes appelées ou . L'une d'entre elles, nommée Soranos, est réputée maîtriser deux pratiques : la version podalique, qui consiste à retourner un enfant mal engagé afin qu'il se présente par les pieds, et l'avortement tardif, si l'enfant n'arrive pas à sortir. Ces pratiques ont probablement fait l'objet d'un enseignement dans l'Empire romain et au-delà, puisqu'on a retrouvé en Angleterre au le corps d'un enfant présentant les signes caractéristiques de l'avortement tel qu'il était pratiqué à Rome.
Alexandrie de tradition gnostique
On recense plusieurs femmes ayant contribué au développement de la protoscience de l'alchimie à Alexandrie vers les , où la tradition gnostique faisait de sorte que les contributions féminines étaient considérées avec valeur. La femme la plus connue est Marie la Juive, qui est créditée de l'invention de plusieurs instruments de chimie, dont le bain-marie et un type d'alambic.. Elle est considérée comme l'une des fondatrices de l'alchimie, ayant vécu à l'époque hellénistique, probablement entre le
Europe médiévale
Éducation
Dans l'Europe médiévale occidentale, les principes de vertu, de piété et de bienséance que l'on tentait d'inculquer aux filles se retrouvent, entre autres, dans le Livre pour l'enseignement de ses filles de Geoffroi de La Tour Landry, un traité didactique écrit par un noble français pour ses filles dans le dernier tiers du .
Dans les couvents thumb|Hildegarde de Bingen.
Durant cette période, les couvents étaient un lieu central pour l'éducation des femmes et dans certaines communautés, il était possible aux femmes de s'adonner à la recherche scientifique. Un exemple est l'abbesse allemande Hildegarde de Bingen, dont les écrits prolifiques incluent des traitements d'une variété de sujets scientifiques, dont la médecine, la botanique et l'histoire naturelle (c.1151–58).
Hildegarde de Bingen est médecin, et l’un des plus renommés de son temps. Ses ouvrages pressentent les idées à venir sur la physiologie humaine. Elle a une grande connaissance de la pharmacopée et utilise tout ce que la nature peut lui offrir en matière de traitements : les simples bien sûr mais aussi les minéraux. Ainsi, par exemple elle écrit dans le langage imagé de son époque que :
Elle attribue ainsi des vertus protectrices, curatives, prédictives, purificatrices aux minéraux suivant en cela des pratiques antiques. La dumortiérite, ou pierre de sainte Hildegarde de Bingen, lui est associée..
Italie
Femmes médecins italiennes thumb|230px|Une miniature représentant la Schola Medica Salernitana à partir d'une copie du Canon de la médecine d’Avicenne.
Pour ce qui est de la place des femmes en médecine en Italie, elle apparaît avoir joui d'une attitude davantage libérale qu'ailleurs en Occident. On croit que la femme médecin Trotula de Salerne a tenu une chaire à l'école de médecine de Salerne au où elle enseignait à des italiennes nobles, d'où le surnom de ses étudiantes : « les dames de Salerno ».
Virdimura est la première femme officiellement certifiée comme ayant exercé la médecine en Sicile.
L'école de médecine de Salerne
L’école de médecine de Salerne a été la première école de médecine du Moyen Âge située dans une ville cosmopolite de la zone côtière du mezzogiorno, Salerne. Elle a fourni la plus importante source locale de connaissances médicales européennes de l’époque.
Les traductions en arabe de traités médicaux en grec datant de l’Antiquité s'étaient accumulées dans la bibliothèque de l'abbaye du Mont-Cassin où ils ont été traduits en latin et elle a recueilli la tradition de Galien et Dioscoride, complétée et actualisée par la pratique médicale arabe, transmise par des contacts avec la Sicile et l’Afrique du Nord.
De ce fait, les médecins de Salerne qui pouvaient être des hommes ou des femmes, car la profession était alors accessible aux deux sexes, ont été sans rivaux dans toute la Méditerranée occidentale pour le haut niveau de leur pratique.
vignette|Illustration du De passionibus mulierum curandarum, la plus importante partie de l'œuvre de Trotula de Salerne
Trotula de Salerne
On attribue à Trotula de Salerne plusieurs textes d'influence sur la médecine féminine, couvrant les champs de l'obstétrique et de la gynécologie, entre autres sujets. Ces ouvrages incluent Les Maladies des femmes, Traitements pour les femmes, et Soins cosmétiques pour les femmes (désignés collectivement sous le nom de TrotulaLe premier étant la Trotula major (grande Trotula), les deux autres la Trotula minor (petite Trotula).). Au Moyen Âge et après, ces textes ont constitué une source d'information gynécologique essentielleMonica Green, The Trotula, U. of PA, 2001, ..
On connaît pour le , les noms de chirurgiennes exerçant à Naples Nancy G. Siraisi, Medieval & Early Renaissance Medicine : An Introduction to Knowledge and Practice, Chicago/London, University Chicago Press, 1990, . p. 27.. Dorotea Bocchi, une autre femme médecin italienne, a détenu une chaire de philosophie et de médecine à l'université de Bologne dès 1390 et pendant plus de Howard S. The Hidden Giants, , (Lulu.com; 2006) (Retrieved 22 August 2007)Brooklyn Museum: Elizabeth A. Sackler Center for Feminist Art: The Dinner Party: Heritage Floor: Dorotea Bucca (Retrieved 22 August 2007)Jex-Blake S (1873) 'The medical education of women', republished in The Education Papers: Women's Quest for Equality, 1850–1912 (Spender D, ed) (Retrieved 22 August 2007). D'autres Italiennes de l'époque dont les contributions en médecine sont notées sont entre autres : Abella, Jacqueline Félicie de Almania, Alessandra Giliani, Rebecca de Guarna, , Mercuriade (), Constance Calenda, Calrice di Durisio (), , et Walsh, J. J. 'Medieval Women Physicians' in Old Time Makers of Medicine: The Story of the Students and Teachers of the Sciences Related to Medicine During the Middle Ages, ch. 8, (Fordham University Press; 1911).
Au , émergent les premières universités, bien que les femmes y étaient en général excluesWhaley, Leigh Ann. Women's History as Scientists. Santa Barbara, California: ABC-CLIO, INC. 2003.. Il existe des exceptions, dont l'université de Bologne, qui a permis l'accès des femmes aux cours, dès sa fondation en 1088.
France
vignette|Femme médecin : au Moyen Âge les femmes pratiquent toutes les branches de la médecine (manuscrit anglais du ). Au Moyen Âge, des miresses ou mirgesses ou meiresses, exercent la médecine illégalement à Paris, sans études et sans diplôme ; d'autres en revanche sont très connues, comme Maîtresse Hersend, physicienne du roi saint LouisMarcel Baudoin, Les Miresses ou femmes médecin de France.. Gazette médicale de Paris, juin 1901.. Isabelle, rue de Frépillon, Isabieau, Héloïse, Marie, rue de Lourcinne, Phelippe, Ameline la miresse que Boileau a recensée dans les métiers de Paris en 1300Statistique médicale de Paris au commencement du quatorzième siècle La Revue médico-chirurgicale de Paris.
Magistra Hersend (floruit 1249-1259, Paris) est une chirurgienne qui a accompagné Louis IX de France à la septième croisade en 1249. C'est l'une des deux femmes que l'Histoire a retenues comme chirurgiennes royales en France. Au , la Juive Sarah de Saint-Gilles pratique et enseigne à Marseille, en 1326.
L'université de l'Ancien Régime n’admettait comme étudiants que des célibataires masculins. En 1270, elle publie un décret interdisant d'exercer la médecine à ceux qui n'avaient pas suivi son enseignement. Malgré ce décret, des femmes continuèrent à exercer la médecine jusqu'au procès de Jacqueline Félicie de Almania un siècle plus tard. Ce qui eut pour effet à partir du d'interdire aux femmes de pratiquer la médecine et la chirurgie, alors qu'elles s'y illustraient depuis l'Antiquité et étaient chargées de soigner les malades et d'assurer le monopole de la faculté de Paris sur la médecine, sauf l'obstétrique. La conséquence fut également que les femmes furent privées de soinsHistoire des femmes scientifiques de l'Antiquité au de Eric Sartori..
Après le procès de Félicie de Almania, et bien que l'exercice de la médecine ne leur ait jamais été formellement retiré, en France les femmes restèrent exclues de son enseignement et de sa pratique jusqu'au , bien qu'elles aient continué à exercer comme matrones ou sages-femmes. Ce n'est qu'en 1875 qu'une Française, Madeleine Brès, a pu obtenir un diplôme de docteur en médecine..
Allemagne On recense pour le , une quinzaine de femmes médecins - la plupart juives - à Francfort.
Espagne