Une pile, aussi appelée pile romaine, pile gallo-romaine ou pile funéraire, est une sorte de tour élevée, de plan carré ou rectangulaire, plus rarement circulaire, constituant un monument funéraire ; cette terminologie est propre au vocabulaire français de l'archéologie, dans le cadre géographique et historique de la Gaule romaine.

Les piles, élevées entre le et le , se retrouvent dans un large sud-ouest de la Gaule avec une forte concentration dans la des Ausques, autour de l'actuelle ville d'Auch, où elles portent souvent un nom local, comme « tourasse » ou « tourraque », dérivé occitan du mot « tour ».

Faute de fouilles approfondies des sites, leur fonction est longtemps restée énigmatique mais il est très probable qu'il s'agisse de monuments funéraires dédiés à la mémoire d'un notable local. Sans être de véritables mausolées, puisque la presque totalité d'entre elles sont dépourvues de chambre funéraire, elles signalent la proximité de la sépulture elle-même qui devrait se trouver dans un enclos au pied de la pile ; par leur caractère ostentatoire, elles servent également à montrer la richesse et la puissance de la famille de leur commanditaire, dont la est fréquemment localisée à proximité.

Quatorze piles sont protégées comme monuments historiques français.

Des monuments à la fonction comparable existent également dans d'autres parties de l'Empire romain : Italie, où se trouve peut-être leur berceau géographique, Hispanie, Afrique proconsulaire et en Gaule Belgique comme le mausolée d'Igel à proximité de Trêves. Toutefois, leur morphologie est souvent un peu différente et ils ne portent pas, dans la langue des pays concernés, le nom de « pile ».

Terminologie Le terme « pile », désignant indistinctement toute sorte de construction massive s'apparentant à un pilier composé de structures superposées., s'est imposé dans la langue courante pour ces édifices, ce que relève Camille Jullian en 1896. En Guyenne et Languedoc, les mots « tourrasse » ou, en Gascogne, « tourraque », sont des augmentatifs du substantif occitan « tour ». Le nom de « Peyrelongue » (pierre longue) habituellement donné aux mégalithes, se retrouve en plusieurs endroits, avec les formes « Pirelongue » ou « Pirelonge » (tour de Pirelonge à Saint-Romain-de-Benet, près de Royan).. En Saintonge, le substantif « fanal », qui pourrait évoquer à première lecture une tour à signaux, est en réalité une évolution du terme (temple).. Le toponyme « Montjoie », désignant fréquemment l'emplacement d'un monument militaire commémoratif élevé à un carrefour, se retrouve parfois associé à une pile (pile gallo-romaine de la Montjoie à Roquebrune, Gers).. La pile d'Authon-Ébéon est parfois dénommée « pyramide »., substantif qui n'est pas systématiquement réservé aux monuments de forme géométriquement pyramidale. En 1814, Alexandre Du Mège qualifie la pile de Lestelle, à Beauchalot, d'« obélisque » par analogie de forme, sans pour autant la relier à la culture égyptienne, car il la pense dédiée à Mercure..

En dehors des régions françaises, c'est le terme plus générique de « mausolée » ou « mausolée-tour » qui est le plus souvent employé, soit que le caractère funéraire soit demeuré évident par la bonne conservation du monument, soit qu'on lui ait attribué d'autres fonctions : borne, monument commémoratif, etc., qui l'auraient protégé du vandalisme. Un mausolée antique, au sens strict du terme français, est un . ; ce n'est pas le cas des piles qui, dans leur immense majorité, ne sont pas aménagées pour servir de sépulture et se rapprochent davantage d'un cénotaphe..

Historiographie et caractéristiques En 1898, Philippe Lauzun publie un premier inventaire des piles du sud-ouest de la France ; il y inclut tous les monuments en forme de tour, quel que soit leur plan, qu'ils soient ou non pourvus de niches ou creusés d'une loge funéraire et ne conclut pas toujours sur leur fonction, alors souvent méconnue.

Huit décennies plus tard, Pierre Audin se livre à une étude de la pile de Cinq-Mars mais élargit le champ de sa publication à l'ensemble des monuments funéraires turriformes, en France comme à l'étranger, considérés eux aussi comme des « piles ».

Dans l'introduction de l'ouvrage consacré à l'étude des piles du sud-ouest qu'elle publie en 2016, Pascale Clauss-Balty donne une définition beaucoup plus restrictive de la pile, déjà esquissée en 1993 par Pierre Sillières et Georges Soukiassian et basée sur le type le plus fréquemment rencontré dans le sud-ouest de la France. Une pile est un monument en forme de tour, massif, sur plan carré ou rectangulaire, pourvu dans sa partie supérieure d'une niche abritant à l'origine une statue ; cette définition exclut des monuments comme la pile de Cinq-Mars ou la tour de Pirelonge (absence de niche), la tourasse d'Aiguillon (plan circulaire) ou la tour de Mézolieux (monument creux pourvu d'une chambre funéraire).

Généralités et plan Le plan type d'une pile est donc celui d'une tour pleine quadrangulaire qui se décompose généralement en plusieurs structures dont les dimensions en plan se réduisent au fur et à mesure de l'élévation. Dans la pratique, le plan des piles s'écarte parfois de ce schéma mais les différences semblent le résultat d'usages régionaux ; une certaine homogénéité dans la construction est discernable au sein d'une même zone géographique. La Tourasse à Aiguillon (Lot-et-Garonne) est l'unique édifice de plan circulaire encore en élévation, mais son statut de monument funéraire, longtemps discuté., semble désormais attesté.

La hauteur d'une pile est difficile à établir en raison de la dégradation des monuments subsistants ; elle est en tout cas très variable, le plus souvent entre . Toutefois, celle de Cinq-Mars (Indre-et-Loire), la plus haute, atteint et celle de Clergué (Haute-Garonne), sans doute la plus petite, ne dépasse pas .

Description Parties constitutives vignette|alt=Dessin en couleurs des différents éléments éléments constituant un édifice.|Schéma général d'une pile (façade principale).. Le massif de fondations, destiné à ancrer le monument dans le sol, est toujours largement débordant par rapport à l'élévation et sa profondeur, en fonction de la qualité du sous-sol et de la hauteur de la pile, varie entre , sauf à Villelongue-d'Aude où la pile est directement établie sur le sol rocheux sans que des fondations soient nécessaires. Généralement dépourvues de parement, les fondations sont constituées de blocs cimentés.

Le soubassement a pour fonction de surélever le corps de la pile, c'est-à-dire les étages supérieurs, afin d'exposer encore plus le monument à la vue. Il est souvent parementé de la même manière que les étages supérieurs mais son plan ne conditionne pas le leur et il n'est généralement pas ornementé.

Le podium est le premier étage ostentatoire de l'édifice et son importance apparaît dans la qualité de son parement et dans les décorations (pilastres, corniches) dont il est parfois pourvu, en tout cas pour les piles les plus grandes. C'est également sur la face principale du podium qu'est fixée la plaque d'inscription portant la dédicace de la pile.

L'édicule est l'élément le plus important de la pile. C'est à ce niveau qu'est installée, quand elle existe, la niche qui abrite une représentation du défunt dont on veut honorer la mémoire. La construction de l'édicule intègre les mêmes éléments décoratifs que le podium. La niche est souvent voûtée en berceau, à fond plat ou arrondi et sa largeur est généralement supérieure à sa profondeur : il n'est pas nécessaire de disposer d'une niche profonde puisque la statue qu'elle recèle doit être installée à l'entrée, bien en vue.

La question de la toiture n'est pas résolue, aucune pile n'étant conservée intacte jusqu'à ce niveau. Toutes les formes permettant un bon écoulement des eaux sont envisageables selon le plan de l'édicule, bâtière, toiture à quatre pans voire pyramide, cône, avec une couverture de tuiles scellées au mortier ou de dalles de pierre rendues solidaires par des crampons métalliques .

Maçonnerie et décor vignette|redresse|alt=Photographie en couleurs d'un décor fait de briques assemblées.|Décor, pile de Cinq-Mars. La maçonnerie fait appel à un noyau en (pierres non calibrées noyées dans du mortier) recouvert d'un parement, en de petits moellons calcaires le plus fréquemment et régulièrement taillés, mais parfois en grands blocs (piles de Saintonge) ou en briques (pile de Cinq-Mars). Dans le cas de la pile de Roques, l'emploi de galets de la Garonne pour les fondations et le noyau et de la brique pour le parement traduit une adaptation aux matériaux et aux techniques de construction locaux, également mis en œuvre dans le rempart gallo-romain de Toulouse, tout proche et sans doute construit à la même époque.

Dans le cas d'un parement en moellons, les pilastres sont généralement sculptés dans les pierres du parement, mais il n'est pas exclu que des éléments en stuc, disparus avec le temps, viennent compléter la décoration. Des enduits de couleurs vives ont parfois été apposés en décoration au niveau de l'édicule et de sa niche : il en subsiste des vestiges, par exemple sur la pile romaine de Luzenac. Aux Tourreilles, c'est grâce à un jeu de moellons de différentes couleurs que la pile est décorée. Les panneaux en brique, calcaire et terre cuite de la pile de Cinq-Mars sont sans équivalent connu., bien qu'un décor à base de motifs géométriques en argile cuite soit envisagé sur la pile disparue de Chagnon..

Environnement et implantation vignette|gauche|alt=Dessin en 3D d'une tour et d'un mur d'enceinte.|Illustration d'une des piles de Mirande. Il arrive souvent que la pile soit accompagnée d'un enclos funéraire de forme carrée ou rectangulaire à son pied ; la pile peut se trouver au centre de l'enclos, contre l'un de ses murs ou même à l'extérieur. Cette disposition est sans doute plus courante que les recherches ne le montrent : les fouilles sont parfois incomplètes ou anciennes et mal documentées et ces enclos passent d'autant plus inaperçus que certains ont dû être constitués de matériaux périssables (palissades ou haies). À Mirande (piles de Betbèze), de nombreuses sépultures sont retrouvées dans et autour de l'enclos, confirmant le rôle de monument funéraire de la pile. Sur ce site, et sans doute sur d'autres, la pile n'est pas isolée mais elle est un élément d'une nécropole plus vaste dont les limites ne sont pas cernées. vignette|redresse=0.7|alt= Photographie en couleurs d'une tour ; au second plan passe une route.|Labarthe-Rivière : la voie passe au niveau de la route en arrière-plan. Dans plusieurs situations, comme à Ordan-Larroque, la découverte d'une à proximité de la pile conduit à supposer que c'est la famille du propriétaire décédé de la qui a décidé de l'érection de ce monument.. Là encore, l'insuffisance des données peut conduire à sous-estimer l'importance du lien entre pile et habitat..

La présence d'une voie antique, au bord de laquelle la pile est construite, est signalée dans plus d'une quinzaine de sites et, dans ce cas, la niche de la pile est tournée vers la voie. Ceci s'explique par la volonté de montrer la pile au plus grand nombre de personnes, dont les voyageurs transitant par cette voie. Celle-ci peut être un axe de grand passage (voie de /Toulouse à /Dax pour les piles de Haute-Garonne ou voie de /Poitiers à /Bordeaux pour les piles saintongeaises) ou un chemin moins fréquenté (pile de Clergué ou tour de la Chèvre d'Or).

En dehors de ces considérations, il est difficile d'établir une implantation type pour les piles, tant les facteurs précédemment cités sont prioritaires. Peu semble importer que le monument soit construit sur une hauteur ou dans une vallée, orienté selon l'un ou l'autre des points cardinaux, du moment qu'il est exposé à la vue du plus grand nombre ou bien édifié près des sépultures qu'il est destiné à marquer ou de l'habitation dont il dépend.

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