Le catch, également appelé lutte professionnelle ou lutte au Canada francophone, est une forme de divertissement combinant du combat simulé et le théâtre. Dans sa forme moderne, le catch se présente comme une série de combats en public qui s'enchaînent lors de réunions organisées par des compagnies itinérantes ou lors d'enregistrements d'émissions régulières télévisées. Chaque combat oppose catcheurs ou catcheuses sur un ring, reproduisant les codes des sports de combat tout en y intégrant des règles et conventions propres à la discipline et à ses spécificités régionales. Dans sa forme première, le catch s'apparentait principalement à la lutte, puis il s'est étoffé au fil du temps d'un arsenal technique varié (coups, clefs, prises, projections, retournements, manœuvres acrobatiques). Ces composantes techniques sont tantôt inventées par les pratiquants, tantôt empruntées à d'autres arts martiaux ou inspirées par d'autres éléments de la culture populaire (cinéma, danse, sport…).
Le catch n'est compétitif qu'en apparence : les résultats des combats sont prédéterminés et les pratiquants coopèrent afin d’assurer le spectacle et de pouvoir « raconter une histoire ». De plus, l’impact des manœuvres est travaillé afin de prévenir les risques de blessure. Le public a longtemps été volontairement tenu dans l'ignorance de cette connivence, mais désormais tout ceci est publiquement avoué, y compris par la plupart des gens de ce milieu. Cependant, tout ceci est tu pendant la présentation des combats en eux-mêmes (un principe du catch appelé en anglais) pour permettre la suspension consentie de l'incrédulité du spectateur.
Puisant ses origines dans les spectacles de foire itinérants d'Europe au , le catch s'est répandu dans le monde entier, devenant un spectacle à part entière. En France, le catch connaît son apogée médiatique pendant l'après-guerre, notamment dans les salles parisiennes et lors de ses retransmissions sur les chaînes de l'ORTF.. En Amérique du Nord, c'est une industrie qui pèse plusieurs milliards de dollars (voir l'entreprise WWE) et qui a connu plusieurs périodes de prééminence dans la culture populaire.
Discipline hybride, le catch est un sport, un spectacle, et il est également parfois considéré comme une forme d'art : le sémiologue Roland Barthes l'a décrit comme « une pantomime immédiate », « le principe même de l’art classique triomphant »..
Origines aux États-Unis La lutte dans l'Amérique du début du XIXe siècle La lutte dans l'Amérique du début du XIXe siècle était généralement un sport local. Les lutteurs affrontaient des adversaires de leur propre ville ou des villes voisines accessibles à pied. Ils combattaient parfois pour de l'argent, mais les gains étaient généralement modestes, insuffisants pour vivre. Du fait de ces faibles gains et de l'appartenance des lutteurs à la même communauté, les styles de lutte pratiqués privilégiaient la maîtrise de l'adversaire sans le blesser, ce qui leur permettait de reprendre leurs activités habituelles le lendemain et d'éviter de se faire des ennemis. Les styles de lutte les plus courants au début du XIXe siècle étaient la lutte gréco-romaine, la lutte au col et au coude, et le catch-as-catch-can.
La multiplication des combats truqués Les sports de spectateurs ont connu une popularité croissante à la fin du XIXe siècle en Amérique, grâce à l'augmentation du niveau de vie, à l'urbanisation, au développement du chemin de fer, des transports en commun et des médias de masse. Avant cette époque, le sport était surtout un loisir, mais désormais, un athlète vedette pouvait gagner sa vie en parcourant le pays et en se produisant devant un public nombreux et payant. Cependant, les lutteurs qui tentaient une carrière professionnelle se heurtaient à un problème : la plupart des spectateurs trouvaient la lutte ennuyeuse. Les lutteurs passaient beaucoup de temps sur le tapis à se pousser ou à rester bloqués dans des positions immuables. Il arrivait que les matchs s'éternisent pendant des heures. La victoire se jouait généralement lorsqu'un lutteur soumettait son adversaire. Une prise de soumission est impossible à contrer et généralement facile à mettre en place si la défense de l'adversaire est relâchée. En lutte, les attaques les plus efficaces sont souvent des contre-attaques, où un lutteur exploite l'agressivité de son adversaire pour créer des ouvertures et lancer sa propre offensive. Cela incitait les lutteurs à adopter une approche défensive, ce qui donnait lieu à des matchs peu dynamiques, pouvant durer des heuresSport: Readings from a Sociological Perspective, p. 283.
Pour remédier à ce problème, les catcheurs expérimentèrent différents styles et règles, mais finirent par opter pour une solution plus discrète : truquer leurs combats. Grâce à la chorégraphie ou à l'improvisation, ils pouvaient exécuter des prises et des cascades plus spectaculaires. Un catcheur pouvait laisser son adversaire effectuer une projection spectaculaire et le prendre en prise, puis, quelques secondes plus tard, ce dernier lui permettait de s'échapper de façon spectaculaire. L'action se déroulait à un rythme qui plaisait au public. Les combats truqués pouvaient également être plus courts, ce que les spectateurs appréciaient. Le public détestait par-dessus tout les matchs nuls, mais les combats truqués garantissaient toujours un vainqueur.
Un autre avantage des combats truqués était la réduction des risques de blessure. Les combats de lutte compétitive se terminaient souvent par des entorses ou des fractures. Une blessure grave pouvait mettre fin prématurément à la carrière d'un lutteur. De plus, au début du XXe siècle, le public américain était de plus en plus dégoûté par la violence excessive dans le sport, ce qui avait conduit à l'interdiction de la boxe dans plusieurs régions du pays. Dans un combat truqué, les lutteurs n'avaient pas besoin d'être aussi brutaux. Contrairement à la boxe, les prises de lutte peuvent être simulées de manière convaincante sans blesser. Des combats plus courts convenaient également aux lutteurs vieillissants qui n'avaient plus l'endurance nécessaire pour un long affrontement. Cela leur permettait de se produire plus fréquemment et facilitait l'organisation des combats. Au cours des décennies suivantes, les goûts du public ont évolué et la lutte professionnelle est devenue plus brutale, mais à ses débuts, les lutteurs avaient une fort desir de minimiser les blessuresSport: Readings from a Sociological Perspective, p. 283.
La culture foraine a fortement influencé la lutte professionnelle. À la fin du XIXe siècle, certains lutteurs travaillaient dans des spectacles de foire. Moyennant un droit d'entrée, un visiteur pouvait défier le lutteur dans un combat rapide. Si le challenger battait le champion en un temps limité, généralement 15 minutes, il remportait un prix. Pour encourager les défis, les forains organisaient des combats où un complice, se faisant passer pour un visiteur, défiait le champion et l'emportait, donnant ainsi au public l'impression que ce dernier était facile à vaincre. Cette pratique a appris aux catcheurs l'art de truquer les combats et a engendré une mentalité selon laquelle les spectateurs étaient des dupesBeekman (2006). Ringside, pp. 39–40.
Les lutteurs professionnels n'admettaient pas publiquement que leurs combats étaient truqués, même si le public préférait nettement les matchs truqués aux matchs honnêtes. La manipulation de matchs dans le sport a toujours été mal vue, et le catch professionnel ne comportait pas encore d'éléments dramatiques; le public n'avait donc aucune autre raison de le regarder.
Au début du XXe siècle, la quasi-totalité des combats de catch professionnel étaient truqués, et la presse s'en était aperçue.
Description Étymologie Le terme est un emprunt à l'anglais, dérivé de l'expression (en français « attrape-le comme tu peux ») désignant une forme de lutte libre (voir catch wrestling, qui est lui-même un emprunt à l'ancien français « cach(i)er » prononcé ). En Amérique du Nord francophone, il est question de « lutte » ou « lutte professionnelle » et dans le langage familier, « catcher » signifie attraper ou comprendre. En anglais il est nommé ou souvent simplement (littéralement « lutte professionnelle » ou « lutte »). En japonais on le nomme プロレス (, transcription phonétique et contractée de « pro wrestling »).
Origines vignette|gauche|Baraque de lutte au début du
La lutte, l'un des sports les plus anciens au monde, a traversé les âges sous diverses formes. Au , le succès des tournois de lutte en Europe prend de l'ampleur et permet à sa forme la plus sportive de se développer considérablement, comme en témoigne la place obtenue par la discipline lors des Jeux olympiques de 1896. Parallèlement, une forme plus populaire de lutte apparaît dans les représentations de baraques de lutte installées sur les champs de foire, où des combats mettent en scène un assemblage de techniques piochées dans diverses écoles de lutte traditionnelle. C'est de cette lutte foraine que le catch (ou « lutte professionnelle ») tire son origine....
À la fin du , les baraques proposent des combats qui opposent leurs champions à des amateurs, promettant à ces derniers une somme d'argent en cas de victoire, ce qui se produit parfois ; à d'autres occasions, la vedette d'une troupe rivale surgit de l'assistance pour défier le champion de la maison. Pour alimenter ces scénarios et ravir le public, on truque parfois les rencontres. Certains propriétaires de baraque de lutte se sédentarisent (par exemple en France en s'installant dans les salles de spectacles parisiennes) et capitalisent sur ce côté spectaculaire, en demandant aux athlètes de pratiquer la « lutte au chiqué ».. C'est ainsi que naît la forme moderne du catch à grand spectacle.
La Première Guerre mondiale ferme l'âge d'or de la lutte professionnelle en Europe. Les fédérations nationales et internationales de lutte sportive entravent clairement le développement de cette activité sur le Vieux Continent entre les deux guerres. En Suisse, toute publication sur le sujet est même interdite.
Sport ou spectacle ? vignette|Un ring de catch classique à quatre côtés, ici celui de la WWE. La nature hybride. et protéiforme du catch rend difficile toute tentative de le définir catégoriquement. Les dictionnaires se contentent souvent de le décrire comme « une forme de lutte libre » sans entrer dans le détail. On le résume parfois par les expressions « sport-spectacle » ou « divertissement sportif » mais bien souvent les observateurs préfèrent simplement traiter le sujet sous forme de question : « sport ou spectacle ? »...
Ces difficultés de définition s'expliquent également par les réticences des pratiquants de la discipline à accepter de devenir sujets d'analyse, comme en témoigne le sociologue Christophe Lamoureux, qui en vient à surnommer ce milieu « la petite industrie du simulacre ».. Historiquement né de parents bonimenteurs et saltimbanques, le catch a en effet longtemps entretenu le secret sur sa vraie nature pour tromper le grand public. Pour toutes ces raisons, le catch a aussi de tout temps attiré ses détracteurs, qui tantôt le disqualifient en tant que sport « chiqué » : ., ou tantôt le désavouent en tant que forme d'expression artistique, car trop impur, trop violent, ou trop populaireRoland Barthes qui, comme cité en introduction, apparente le catch à l'art théâtral, défend le catch en écrivant dans Mythologies : ..