L'arminianisme est une tradition théologique protestante, apparue au début du et fondé sur les idées du théologien néerlandais Jacobus Arminius et de ses partisans historiques, les « remontrants ». L’arminianisme néerlandais fut l’une des premières réponses systématiques aux doctrines du calvinisme, en particulier à son interprétation de la prédestination.
Au cœur de la théologie arminienne se trouve la conviction que Dieu accorde à tous les êtres humains une grâce prévenante, les préparant ainsi à la régénération. Elle enseigne également que la grâce qui rend possible la régénération et la sanctification progressive est résistible. Les deux principales formes de pensée arminienne sont l’arminianisme classique, principalement associé à Arminius, et l’arminianisme wesleyen, principalement associé à John Wesley.
De nombreuses dénominations protestantes ont été influencées par les conceptions arminiennes, notamment les baptistes au XVIIᵉ siècle, les méthodistes au XVIIIᵉ siècle et les pentecôtistes au XXᵉ siècle.
Histoire Mouvements précurseurs et influences théologiques Les croyances d’Arminius, c'est-dire l'arminianisme, n’ont pas commencé avec lui. Avant la Réforme, des groupes comme les vaudois affirmaient déjà une liberté individuelle contredisant toute forme de prédestination predéterminée. Le théologien anabaptiste Balthazar Hubmaïer (1480–1528) défendit à peu près la même vision qu'Arminius près d’un siècle avant lui. En effet, les doctrines sotériologiques de l'arminianisme et de l'anabaptisme sont globalement équivalentes. En particulier, les mennonites rejetaient la sotériologie calviniste, et « ont été historiquement arminiens, qu'ils aient épousé distinctement ou non le point de vue arminien ». La théologie anabaptiste semble avoir influencé Jacobus Arminius. Du moins, « il avait de la sympathie pour le point de vue anabaptiste, et les anabaptistes assistaient généralement à sa prédication ». De manière similaire, Arminius mentionne le théologien luthérien danois (1513-1600) comme partageant sa vision sotériologique de base et a pu être influencé par Hemmingsen. Un autre personnage clé, Sébastien Castellion (1515–1563), qui s’opposait aux vues de Calvin sur la prédestination et l'intolérance religieuse, est connu pour avoir influencé à la fois les mennonites et certains théologiens du cercle d'Arminius. Les premiers opposants des arminiens citaient même Castellion comme une des inspirations principales de leur mouvement.
Arminianisme néerlandais vignette|Abraham van der Eyk, Disputes entre remontrants et contre-remontrants en 1618, 1721.Jacobus Arminius (1560-1609) est un pasteur et théologien néerlandais. Il reçoit l'enseignement de Théodore de Bèze. Il rejette la théorie de l'élection divine inconditionnelle calviniste. Il propose pour sa part une théorie de l'élection conditionnelle. Plusieurs théologiens réformés néerlandais, notamment Franciscus Gomarus, ont contesté ce point de vue.
Dans sa Déclaration de Sentiments (1608), Arminius présenta sa théologie aux magistrats des États de Hollande à La Haye. Après sa mort, les partisans d'Arminius continuèrent à promouvoir sa vision théologique en rédigeant une Remontrance (1610), comportant cinq articles, dans laquelle ils expriment leurs points de divergence avec le calvinisme plus strict de la Confessio Belgica. À cette époque on appela les partisans d'Arminius les remontrants et ceux de Gomarus les contre-remontrants à la suite d'une Contre-remontrance qu'ils publièrent en 1611. Après quelques manœuvres politiques, les calvinistes néerlandais réussirent à convaincre le prince Maurice de Nassau de s'occuper de la situation. Maurice démit systématiquement de leurs fonctions les magistrats arminiens et initia un synode national. Ainsi, se tint en 1618 à Dordrecht un synode de l’Église réformée néerlandaise. Ce synode fut ouvert principalement aux calvinistes hollandais (102), tandis que les arminiens en étaient exclus (13 interdits de vote), avec des représentants d'Églises réformées d'autres pays (28). En 1618, il publia une condamnation d'Arminius et de ses partisans comme hérétiques. Les Canons de Dordrecht répondaient entre autres aux thèses arminiennes, anticipant leur articulation ultérieure connue sous le nom des cinq points du calvinisme.
Les arminiens de Hollande furent démis de leurs fonctions, emprisonnés, bannis et contraints de se taire. Douze ans plus tard, les Pays-Bas accordent officiellement à l'arminianisme la protection en tant que confession, mais l'animosité entre arminiens et calvinistes se poursuivit. La plupart des premiers remontrants suivirent une version classique de l'arminianisme. Cependant, certains d'entre eux comme Philipp van Limborch, se sont dirigés vers le semi-pélagianisme et le rationalisme.
Arminianisme dans l'Église d'Angleterre
En Angleterre, les doctrines qualifiées d'arminiennes étaient soutenues, dans leur substance, avant et parallèlement à celles Arminius. En fait, les Trente-neuf articles (finalisés en 1571) étaient suffisamment ambigus pour être compatibles avec des interprétations arminiennes ou calvinistes. L'arminianisme dans l'Église d'Angleterre, était fondamentalement une expression de négation du calvinisme, et seuls quelques théologiens adhéraient à l'arminianisme classique, mais pour le reste, ils étaient semi-pélagiens voire pélagiens. Dans ce contexte spécifique, les historiens contemporains préfèrent utiliser le terme « proto-arminiens » plutôt qu' « arminiens » pour désigner les positions des théologiens qui ne suivaient pas l'arminianisme classique. L'arminianisme anglais était représenté par des puritains arminiens tels que John Goodwin ou des anglicans arminiens de la haute église tels que Jeremy Taylor et Henry Hammond. Les arminiens anglicans du tels que William Laud (1573-1645) combattirent les puritains calvinistes. Ils voyaient l'arminianisme en termes de religion d'État, idée complètement étrangère à celles d'Arminius. Cette position est devenue particulièrement évidente sous le règne (1625-1649) de Charles Ier d'Angleterre. Après la première révolution anglaise (1642–1651) Charles II d'Angleterre, tolérant les presbytériens, réinstitua la pensée arminienne dans l'Église d'Angleterre. Cette dernière y fut dominante à partir de la Restauration (1660) pendant une cinquantaine d'années.
Baptistes Le mouvement baptiste est né en Angleterre au . Les premiers baptistes (appelés « baptistes généraux » en raison de leur confession d'une expiation « générale » ou illimitée) étaient des arminiens. Le mouvement baptiste vit le jour avec Thomas Helwys, qui quitta son mentor, John Smyth et retourna à Londres pour fonder la première église baptiste anglaise en 1611. John Smyth, quant à lui, avait adopté les croyances communes et autres particularités des églises mennonites hollandaises Waterlander. Plus tard les baptistes généraux tels que John Griffith, Samuel Loveday et Thomas Grantham défendirent une théologie arminienne réformée, qui reflétait l'arminianisme d'Arminius. Les baptistes généraux résumèrent leurs vues arminiennes dans de nombreuses confessions, la plus influente étant la Standard Confession de 1660. Dans les années 1640, le groupe des baptistes particuliers se forma, divergeant fortement de la doctrine arminienne et embrassant le presbytérianisme. La Standard Confession de 1660 fut utilisée par les héritiers américains des baptistes anglais, bientôt connus sous le nom des baptistes libres.
Méthodistes Dans la controverse méthodiste-calviniste des années 1770 impliquant les ministres anglicans John Wesley et George Whitefield, Wesley répondit aux accusations de semi-pélagianisme en adoptant une identité arminienne. Wesley avait une familiarité limitée avec les croyances d'Arminius et a largement formulé ses opinions sans s'appuyer directement sur les enseignements de ce dernier. Wesley a été notamment influencé par l'Arminianisme anglais du et par certains porte-parole des remontrants. Il est néanmoins considéré comme un fidèle représentant des croyances d'Arminius. Wesley défendit sa sotériologie au travers de la publication d'un périodique intitulé The Arminian (1778) et d'articles tels que La prédestination calmement considérée. Pour soutenir sa position, il affirma fermement ses croyances en la dépravation totale tout en clarifiant d'autres doctrines notamment celle de la grâce prévenante. De plus, Wesley attaquait le déterminisme qui, selon lui, caractérisait la doctrine calviniste de la prédestination. Il prêchait typiquement la notion de perfection chrétienne (en maturité et non « sans péché »). Son système de pensée est devenu connu sous le nom d'arminianisme wesleyen, dont il a posé les fondements avec son collègue prédicateur John William Fletcher. Le méthodisme a également navigué dans ses propres subtilités théologiques relatives à la contribution humaine dans le processus du salut. Dans les années 1830, pendant le second grand réveil, des traces d'influence de pélagianisme firent surface dans le mouvement de sanctification américain. Par conséquent, les critiques de la théologie wesleyenne ont parfois injustement perçu ou étiqueté sa pensée générale. Cependant, son centre est reconnu comme étant l'arminianisme.
Pentecôtistes Le pentecôtisme trouve son origine dans l'activité de Charles Parham (1873–1929). Son origine en tant que mouvement remonte au réveil d'Azusa Street à Los Angeles en 1906. Ce renouveau a été dirigé par William Joseph Seymour (1870–1922). En raison de l'origine méthodiste et de l'arrière plan du mouvement de sanctification de nombreux premiers prédicateurs pentecôtistes, les églises pentecôtistes s’alignaient généralement sur les pratiques issues de l'arminianisme wesleyen. Au cours du , alors que les églises pentecôtistes commençaient à s'installer et à adopter des formes plus standardisées, elles formulèrent une théologie entièrement arminienne. Actuellement, les grandes dénominations pentecôtistes telles que les Assemblées de Dieu adhèrent officiellement aux vues arminiennes telles que la grâce résistible, l'élection conditionnelle, et la sécurité conditionnelle du croyant.
L'arminianisme contemporain Dénominations protestantes Les partisans de l'arminianisme trouvent leur place dans plusieurs dénominations protestantes. Parfois plusieurs autres théologies comme le calvinisme coexistent au sein d'une même dénomination. Quoique l'arminianisme ne fasse pas historiquement partie de la tradition théologique luthérienne, il existe certaines similarités. Ainsi, des églises luthériennes peuvent y être ouvertes. De même, les dénominations anglicanes évangéliques récentes montrent également un certain degré d'ouverture à la théologie arminienne. La théologie anabaptiste et l'arminienne sont similaires à certains égards. On trouve ainsi l'arminianisme chez les dénominations anabaptistes telles que les mennonites, les huttérites, les Brethren de Schwarzenau et les Amish. On trouve la théologie arminienne chez les baptistes généraux et les baptistes libres. La majorité des baptistes du Sud adhère à une forme « traditionaliste » d'arminianisme, qui inclut la croyance en la sécurité éternelle. Bien que le calvinisme ne soit pas majoritaire, il est néanmoins bien représenté au sein de la convention. On trouve la théologie arminienne dans le mouvement restaurationniste, en particulier dans les Églises chrétiennes et Églises du Christ. On la trouve chez les adventistes du septième jour. On la trouve sous la forme de wesleyanisme dans les principales églises méthodistes, et en particulier dans les dénominations issues du mouvement de sanctification telles que l’église du Nazaréen, l'église méthodiste libre, l’église wesleyenne, et l'Armée du salut. On la trouve aussi chez une partie des charismatiques dont notamment les pentecôtistes.
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