vignette|Fanion de voiture des en usage à partir de 1941. Le Gauleiter (prononciation allemande : ) est un fonctionnaire du parti nazi, responsable d'un Gau. La fonction est créée en 1925 par Gregor Strasser, lors de la réorganisation du NSDAP consécutive à l'échec du putsch de la Brasserie, et perdure jusqu'à la chute du III Reich. Recrutés parmi des membres de longue date du NSDAP, pour la plupart proches d'Adolf Hitler qu'ils connaissent depuis longtemps, ces fonctionnaires du parti dépendent directement de lui et de la chancellerie du parti nazi. À partir de 1933, les Gauleiter héritent, en tant que Reichsstatthalter, de certaines compétences du pouvoir central dans leurs circonscriptions, les Gaue. Le périmètre de leurs interventions augmente au fil des années, jusqu'à disposer également, dans la dernière année du conflit, de compétences militaires et judiciaires importantes. Ces responsables régionaux, après avoir soutenu la lutte à outrance contre les Alliés, disparaissent dans la tourmente des dernières semaines du Troisième Reich : certains se sont simplement enfuis, d'autres sont morts en tentant de résister à l'avance des armées alliées, d'autres se sont suicidés. Les survivants sont jugés lors des procès de dénazification : certains sont exécutés, d'autres condamnés à des peines de prison.

Les Gauleiter avant la prise du pouvoir Création En 1925, le parti nazi est réorganisé et son maillage territorial est étoffé ; à cette occasion, un cadre territorial est mis en place, le Entre 1871 et 1945, le nom officiel de l'État national allemand est , simplement désigné par le terme Reich par la suite. est divisé en Gaue, confiés à un Gauleiter, souvent choisi parmi les proches de Hitler.

En 1928, à l'occasion de la réorganisation voulue par Strasser, cette fonction devient un grade dans l'organisation paramilitaire nazie. À cette occasion, la carte des Gaue est redessinée sans pour autant correspondre à l'organisation territoriale du Reich.

Rapidement, ces cadres ont pour fonction de transmettre aux représentants locaux du NSDAP les consignes émanant des organes centraux du parti nazi. Le nouvel échelon prive les institutions centrales de moyens réels pour s'assurer que les recommandations et consignes rédigées par les fonctionnaires du parti sont effectivement suivies d'effet localement.

Tentatives de contrôle Pour tenter de mettre un frein aux tendances centrifuges qui se développent dès les années 1920, un corps d'inspecteurs est mis en place, sous la houlette de Paul Schutz, un activiste d'extrême-droite, puis de Robert Ley, alors Gauleiter dans la région rhénane. Ces inspecteurs sont souvent choisis parmi les Gauleiter les plus méritants. Regardés avec suspicion par leurs collègues, ils ne disposent d'aucun pouvoir de sanction, ne pouvant révoquer de leur propre autorité un de leurs collègues défaillant.

Cependant, s'ils peuvent résister aux contrôles exercés sur leurs actions, ils ne peuvent se dérober aux opérations de contrôle menées par Franz Xaver Schwarz, le trésorier du NSDAP, qui organise efficacement les modalités du contrôle de leurs comptes. celui-ci se plaint régulièrement des détournements de fonds, de l'usage de fonds du NSDAP à des fins privées ou encore du retard dans le versement de la part des cotisations des militants qui revient à l'organisation nationale.

Le manque de moyens des structures de contrôle conduit à une forte autonomie au niveau régional, tout en renforçant leurs liens directs entre Hitler. Le départ des frères Strasser, en , met un terme à toute velléité de mise au pas de ces satrapes régionaux, ainsi qu'à toute tentative de réorganiser le NSDAP pour en faire un instrument réellement efficace dans tous les domaines.

Une relation particulière avec Hitler

La nature des liens personnels entre Hitler et ces cadres territoriaux, tissés au fil des années, constitue la principale raison de l'échec final des frères Strasser. En effet, la crise de , qui se termine victorieusement pour Hitler, lui fournit l'occasion de resserrer les liens directs qui l'unissent aux Gauleiter, dans le cadre de relations de type néo-féodal entre lui et ses subordonnés.

Alors que l'accès au Führer est sévèrement contrôlé par Bormann, les Gauleiter comptent parmi les rares responsables du Reich à pouvoir approcher librement Hitler. En effet, ces hommes disposent de nombreuses occasions d'échanges avec ce dernier : rencontres officielles, célébrations nazies ou réunions périodiques, comme celle qui célèbre, tous les , la publication du programme du NSDAP ou bien celle qui se tient le dans les appartements privés de Hitler à la nouvelle chancellerie. Lors de ces rencontres, Hitler en profite pour revenir sur les événements en cours, dresser un tableau de la situation politique nationale et globale ou encore exposer son point de vue sur l'évolution du conflit. En 1940, une partie importante du discours de Hitler est consacrée à des développements antisémites. La dernière réunion des Gauleiter le à la chancellerie à Berlin, constitue l'ultime occasion d'échanger directement avec Hitler. Lors de ces derniers échanges, ils font preuve d'un optimisme vraisemblablement de façade, selon Karl Wahl, Gauleiter de Souabe, et expriment leur ressentiment, notamment à l'égard de Bormann. D'autres, , par exemple, Gauleiter de Magdebourg-Anhalt, semblent revigorés par cette célébration.

La fonction de Gauleiter à partir de 1933

Avec le temps, la fonction de Gauleiter devient la plus importante dans l'organisation nazie, après celle de Reichsleiter. Jusqu'en 1938, le Gauleiter pouvait être secondé par un Stellvertretender-Gauleiter ou « Gauleiter adjoint ». Cette fonction va être abolie au début de la Seconde Guerre mondiale. En , nommés gouverneurs du Reich dans les Länder, ils apparaissent comme des éléments de centralisation aux mains d'un pouvoir central qui met au pas toutes les formes de pouvoir à l'exception de la sienne.

Les Gauleiter et le pouvoir central

Dès la mise en place du système, les Gauleiter, véritables potentats locaux, jouissent d'une très grande autonomie à l'égard des ministères, en dépit des efforts du ministère de l'Intérieur du Reich pour tenter de limiter cette autonomie.

Au fil du conflit, responsables de l'administration, les Gauleiter constituent des courroies de transmissions précieuses pour le pouvoir central de Berlin. En effet, ils ont à la fois pour rôle d'envoyer des rapports à la chancellerie du parti sur l'état de la population, mais aussi transformer en actes les directives du pouvoir central, que ce soit l'État ou le parti. Cependant, comme le note le Gauleiter de l'Oldenbourg, l'extension du Führerprinzip à tous les échelons ne crée pas les conditions d'un pouvoir central unifié et efficace à l'échelon du Gau, chaque Gauleiter exerçant son activité quotidienne de façon indépendante, à la fois de l'État central, mais aussi du Gauleiter voisin. Mais, à partir de 1942, cette indépendance de fait est contrariée par Bormann, qui reçoit de Hitler la compétence sur toute la correspondance émanant des cadres du parti, Gauleiter compris.

Tous les ans, un congrès des Gauleiter est réuni, celui de 1943, en octobre, et celui de 1944, en août, se tiennent à Posen, chef-lieu du Wartheland. Lors de ces manifestations, ces derniers sont notamment informés par Albert Speer de l'état réel de l'économie de guerre du Reich.

Des fonctions cumulées aux limites mal définies

Tenant à mettre en application les projets nazis du vivant même de Hitler, ils participent à la radicalisation constante du régime au fil du conflit. En effet, dans les régions orientales annexées au Reich, les Gauleiter, ceux des nouveaux Gaue comme ceux des Gaue de l'Altreich agrandis, Erich Koch en Prusse-Orientale, Albert Forster en Prusse-Occidentale - Dantzig, Arthur Greiser dans le Wartheland et Karl Hanke en Silésie reçoivent de Hitler les pleins pouvoirs pour pratiquer sur ces régions une épuration ethnique radicale, devant aboutir à une germanisation totale dans les dix années, Hitler leur ayant donné la liberté totale des moyens, y compris l'arbitraire le plus absolu, les codes et lois du Reich ne s'appliquant pas sur ces territoires.

Erich Koch, Gauleiter en Prusse-Orientale, et Hinrich Lohse, Gauleiter du Scheswig-Holstein, sont nommés à la tête des Reichskommissariat mis en place en Union Soviétique, le premier en Ukraine, le second en Ostland.

Les , acteurs de la politique raciale nazie

Le , Himmler, dans une lettre à Arthur Greiser fixe les objectifs de la politique antisémite du Reich dans les mois suivants : il s'agit de (c'est-à-dire de déporter les Juifs de ces régions) l'Altreich et le protectorat de Bohême-Moravie des Juifs qui y vivent encore.

Dès la réorganisation des territoires polonais conquis en 1939 (création du Gouvernement général, annexion de vastes territoires intégrés dans des Gaue existants ou non), la recomposition raciale de l'Europe de l'Est suivant les objectifs nazis se fait sous le contrôle direct de Himmler. En effet, dès , les de Vienne, des Sudètes et de Haute-Silésie demandent à Hitler l'autorisation, accordée, de procéder à l'expulsion de leur Gau des populations juives, tandis qu'Arthur Greiser, dans le Wartheland procède à l'expulsion brutale, rapide et désorganisée des Juifs de son Gau. En , dans l'indifférence générale, Josef Bürckel Gauleiter du Gau Sarre-Palatinat et Robert Wagner Gauleiter du Gau Pays de Bade-Alsace, font déporter en France par le RSHA les Juifs résidant dans leur Gau.

D'autres font déporter les Juifs de leur Gau dans le Gouvernement général, malgré l'opposition de Hans Frank, le gouverneur général, et profitent de ces expulsions pour exproprier légalement les biens juifs, comme Baldur von Schirach, à Vienne. Paul Giesler, à Munich, quant à lui, fait construire, aux frais des Juifs expropriés, un village de baraquements dans la banlieue de la ville. Dans le Warthegau, domaine d'Arthur Greiser, la constitution, puis la gestion du ghetto de Łódź fournissent l'occasion d'expérimenter une nouvelle forme de vexations des populations juives concentrées dans des ghettos surpeuplés : un prélèvement de 65% sur les salaires perçus par les salariés juifs des entreprises du Reich. Durant l'automne 1941, pour faire face à la pénurie de logements liée aux bombardements dont les effets commencent à se faire sentir, les Gauleiter des Gaue occidentaux mènent une campagne auprès de Hitler pour demander la déportation des Juifs de l'Altreich, de façon à libérer les logements occupés par les Juifs pour les citoyens du Reich : le , le lendemain du bombardement de Hambourg, Karl Kaufmann, appuyé par Goebbels, son collègue de Berlin, avait adressé une remarque en ce sens à Hitler.

Au fil du conflit, les sont de plus en plus informés du sort des Juifs dont ils ordonnent la déportation : ainsi, lors du congrès qui les réunit à Posen en , ceux-ci sont explicitement informés par Himmler, dans son discours du , du sort des Juifs du Reich.

Acteurs dans la conduite de la guerre Les dans l'effort de guerre allemand

Peu informés de la situation réelle du en guerre jusqu'en , Les doivent à partir de ce moment constituer un rouage essentiel de l'effort de guerre : en effet, le congrès de 1943 fournit à Speer, expressément soutenu par Himmler, l'occasion de leur demander une participation à l'effort de guerre ; le ministre exige notamment un soutien accru à la réorganisation économique qu'il met en place, tout en leur spécifiant l'absence de passe-droit.