L'ancien couvent des Carmes de Nantes est un couvent de l'ordre du Carmel fondé en 1318 à Nantes, en France, ville alors située dans le duché de Bretagne. Il a été progressivement détruit à partir de la Révolution française.

Situation Dans la configuration urbaine actuelle, le couvent a été établi entre la rue des Carmes et rue du Moulin, au niveau de la rue des Trois-Croissants, dans un espace traversé par la rue des Bons-Français.Plan de la ville de Nantes et de ses faubourgs levé par ordre de MM. les maire, échevins et procureur du roy sindic de ladite ville, levé par F. Cacault en 1756 et 1757, gravé par J. Lattré, en 1759, archives municipales de Nantes..

Histoire Fondation En 1318, Thibaut II de Rochefort (vers 1260-après 1327), vicomte de Donges, officier du duc de Bretagne à Nantes (et peut-être gouverneur de la ville) fonde un couvent des Carmes. Il respecte en cela une tradition du temps, qui conduit les familles nobles dominantes à choisir une congrégation pour qu'elle accueille les sépultures de leurs lignées. Cette prérogative ajoutait à leur prestige. La famille de Rochefort est alors ..

Thibaut II demande à six religieux de l'établissement de Ploërmel, le premier Carmes de Bretagne, fondé en 1273 par son ancien suzerain, le duc Jean II (1239-1305), de venir créer un couvent qu'il installe d'abord dans l'« hôtel de Rochefort ».. Cette vaste demeure et son terrain sont situés à l'angle des actuelles rues Saint-Vincent et Fénelon. Thibaut de Rochefort fait construire un oratoire ; le premier prieur se nomme Jean de Paris.

Cependant, les Cordeliers, installés non loin de là vers le nord-est, font valoir un privilège qui leur a été accordé par le pape Clément IV, selon lequel aucun autre ordre religieux ne peut s'installer à moins de ( ou selon les sources) environ d'un de leurs établissements. Le couvent des Carmes déménage alors pour l'« hôtel de Rougé », entre les actuelles rue des Carmes et du Moulin, dans la période entre 1325 et 1327.. Outre le fait que le bâtiment a accueilli auparavant une taverne, presque en face, sur le côté opposé de la rue de Verdun, se dresse un « bordeau public », ce qui permet aux détracteurs des Carmes de déconsidérer le nouvel établissement. L'ordre s'installe pourtant. Le bâtiment d'origine est vaste, la grande salle devenant la base de la nef de la future église..

Les Cordeliers, soutenus par les Jacobins protestent de nouveau contre cette implantation, jusqu'en 1345. En vain. En 1348, en paiement de la fondation de deux messes, le chevalier Alain de Saffré cède une maison au couvent.

Extension sous Jean IV de Bretagne L'aménagement du couvent se heurte à un problème majeur : l’enceinte de l'établissement est traversée par l'enceinte gallo-romaine, propriété ducale. Ce n'est qu'au terme de la guerre de Succession de Bretagne que la situation évolue. La victoire de sur Charles de Blois profite aux Carmes, les franciscains du couvent des Cordeliers ayant soutenu le camp des vaincus. Lors de l'entrée du nouveau duc dans la ville, deux miracles sont réputés avoir été accomplis après imploration de la vierge de l'autel de Notre-Dame-des-Carmes, placé dans l'oratoire des Carmes. , soucieux sans doute de s'attirer la sympathie des nantais pour conforter sa récente victoire, décide alors de faire don aux Carmes de la partie d'enceinte qui traverse le couvent, du logis dit « de la Tour-neuve » et d'une maison attenante. Ces nouvelles acquisitions permettent de créer un grand jardin sur la partie sud du couvent. Le duc fait également don du bois nécessaire aux travaux de l'église des carmes en projet. La chapelle des Carmes (aussi appelée église) est bâtie entre 1365 et 1372. La construction du couvent proprement dit s'étale entre 1369 et 1384. Une dernière acquisition, près de la rue de Verdun, permet la construction d'un édifice abritant la salle du chapitre, et un réfectoire au-dessus duquel un dortoir est aménagé..

Agrandissement sous Jean V de Bretagne Le duc Jean V de Bretagne finance l'agrandissement de l'établissement en 1420. Lors de sa séquestration par Marguerite de Clisson dans le château de Champtoceaux en mai de cette année-là, il fait le vœu de verser son poids en or au couvent s'il en réchappe. Le duc une fois libre tient promesse, et, revêtu de son harnois de guerre, il fait disposer sur le plateau d'une balance un ensemble de bijoux, de pièces de monnaie et d'orfèvrerie, et en fait don à l'établissement (l'inventaire en a été conservé). Une partie de ce trésor est récupérée plus tard par le duc et ses successeurs. Mais la générosité du duc permet aux religieux d'acquérir des terrains, et d'agrandir le couvent, entre 1421 et 1488.. Ils font notamment construire des bâtiments le long de la rue des Carmes, et une infirmerie le long de la rue de Verdun.

Tombeau de François II de Bretagne vignette|gauche|Écrin du cœur d'Anne de Bretagne.|alt=Un coffret en or, sphérique, portant des insciptions gravées, et surmonté d'une couronne. vignette|Tombeau de François II de Bretagne, achevé en 1507 dans la chapelle des Carmes, d'où il est extrait en 1792 et transféré en 1817 dans la Cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Nantes.|alt=Un tombeau de marbre blanc richement sculpté, avec deux gisants. En 1499, Anne de Bretagne lance le projet de faire réaliser un tombeau orné de sculptures, notamment les gisants de ses parents, François II de Bretagne et Marguerite de Foix. Cette œuvre monumentale est dessinée par le peintre Jehan Perréal et exécutée par le sculpteur Michel Colombe entre 1502 et 1507. François y est inhumé auprès de sa première épouse, Marguerite de Bretagne, dans la chapelle des Carmes. En 1506, la duchesse et reine de France obtient l'autorisation de transférer les restes de sa mère et seconde épouse de son père, Marguerite de Foix, dans l'église des Carmes où est achevé le tombeau. Lorsque le corps y est déposé en 1507, la sépulture contient alors trois dépouilles. À sa mort en 1514, Anne de Bretagne est inhumée dans la basilique Saint-Denis, comme tous les monarques capétiens. Seul son cœur, déposé dans un écrin (ou reliquaire) en or, est placé dans le tombeau familial..

Du à la Révolution Au , l'établissement connaît un engouement commun à toutes les confréries religieuses. En 1532-1533, les Carmes comptent .. L'établissement héberge les assemblées des juges consuls de la ville. À l'occasion d'une de ces réunions, en 1577 et 1578, les vitres de la salle les accueillant sont refaites.

À la suite d'un débordement de la Loire, en 1590, le reliquaire du cœur d'Anne de Bretagne est exhumé pour en vérifier l'état.

La chapelle est remaniée au , au sortir des guerres de Religion, qui ont entraîné une dégradation des bâtiments convenutels. En 1605-1608, le maître peintre et sculpteur Antoine Blassel est chargé de réaliser un tabernacle pour le grand autel. Puis, en 1617, Guillaume Belliard reçoit de la municipalité pour l'aménagement de l'autel. La ville contribue, cette même année, à la fermeture du chœur. C'est même l'ensemble du couvent qui est concerné par les travaux à partir de 1622. Un nouveau bâtiment, construit à l'est de l'établissement, est inauguré le . Les États de Bretagne ont lieu aux Carmes en 1636 et 1638.

Gérard Mellier, alors maire de Nantes, fait de nouveau exhumer l'écrin du cœur d'Anne de Bretagne en 1727, craignant que les religieux n'en aient fait fondre l'or.

Démantèlement Fin 1789, lors de la Révolution française, les biens sont appelés à devenir biens nationaux. En , la mise en vente du couvent des Carmes est décidée. Entre le et le , les architectes Julien-François Douillard et Robert Seheult (père de François-Léonard Seheult) dressent un plan de l'établissement, et en estiment le prix à .. En 1791, les religieux sont dispersés. Une première mise en vente organisée le est infructueuse, et c'est finalement le que Julien Gaudin, négociant de la rue de Richebourg, achète les Carmes.

Cependant cette vente ne concerne que les murs. Le mobilier liturgique est destiné à être vendu séparément. Il comprend l'orgue, des balustrades, des colonnes de marbre qui composaient le maître autel, la figure du christ qui se trouvait au-dessus de ce dernier, des tableaux, des tentures, un tabernacle doré et neuf grands livres d'églises, certains étant des parchemins. Tout est stocké sur place en attendant la vente. Le nouveau propriétaire des murs s'en trouve gêné, le mobilier étant déposé dans la nef, qu'il envisage de détruire. L'administration fait déplacer le tout dans le chœur de l'église, qui contient les tombeaux, et qui est fermé pour éviter les intrusions. Un inventaire de préparation à la vente est réalisé le . L'ensemble est livré à la surveillance du portier de la collégiale Notre-Dame, elle-même fermée, puis dans l'église du couvent des Cordeliers. Dans ce lieu, le , une vente de mobilier prélevé dans les églises fermées est organisée, mais il n'est pas certain que les objets extraits des Carmes en aient fait partie..

Le tombeau de est déplacé dans la cathédrale en 1791, puis est caché pour en éviter la destruction. Le reliquaire d'Anne de Bretagne est envoyé à la Monnaie de Paris en 1793, pour y être fondu. Oublié, il est récupéré endommagé, transmis à Nantes en 1852 et conservé depuis par le musée Dobrée.

En 1802, l'ancienne nef est transformée en salle de spectacle, le « théâtre des Variétés », dirigé par la veuve Charles « et Compagnie », puis par des dénommés Ferville et Potier. Au début du , quelques arcades et des voûtes sont encore visibles au de la rue des Bons-Français et aux de la rue des Carmes.. En 1975, il n'en subsiste plus rien.

Revenus et propriétés Au , L'établissement tire ses revenus . Un état des revenus établi en 1669 permet de constater que le « casuel », c'est-à-dire les sommes obtenues pour la rémunération des actes religieux, représente sur les des ressources totales. Un autre apport important provient de la location d'immeubles ou de pièces. entre 1752 et 1790, les rentrées du casuel s'élèvent, à environ 30 % des revenus, avec des extrêmes à 53 % en 1781, et 15 % en 1790.

Architecture L'architecture du couvent est mal connue, les seuls éléments graphiques d'étude conservés étant les plans dressés par deux architectes, Julien-François Douillard et François-Léonard Seheult.. En 1790, le prieur Eloi de la Bellangerie est contraint de fournir un état des lieux de l'établissement. Bien que sans doute volontairement dressé dans le désir de souligner le dénuement des Carmes, cet écrit permet de connaître la distribution des bâtiments à cette époque. Le couvent présente trois bâtiments autour du cloître, la partie nord étant adossée à l'église (ou chapelle). L'aile est, le long de la rue du Moulin, abrite au rez-de-chaussée des magasins et la sacristie. Au premier étage, une salle pour les assemblées de l'université, et la chambre du prieur. Au second étage, le dortoir des jeunes religieux. Au troisième étage, la bibliothèque. L'aile est du cloître est formée en s'adossant à ce bâtiment. De ce côté, la galerie est surmontée d'un dortoir. L'aile nord longe l'église. L'aile ouest longe un bâtiment qui abrite un magasin au rez-de-chaussée, au premier étage un réfectoire et une grande salle, au second des chambres d'hôte et l'infirmerie, et au troisième les chambres des domestiques. L'aile sud, enfin, la galerie est surmontée par des chambres de religieux.