L'église Saint-Révérien est une église catholique située à Saint-Révérien, en France.

Dédiée à saint Révérien, il s'agit d'une ancienne prieurale, dont le monastère était directement rattaché à l'abbaye de Cluny, construite entre la fin du et le début du .

Unique vestige d'un prieuré conventuel (avec le logis du prieur et une ferme), cette église romane (choeur, déambulatoire et absidioles) et néo-romane (nef et clocher) recèle de remarquables chapiteaux, dalles funéraires, ainsi que des fresques des . Plusieurs fois fragilisée ou détruite au cours de son histoire, elle est reconstruite aux .

Elle est ouverte tous les jours.

Toponymie La première mention du lieu remonte au : Cella Sancti-Reveriani (886). On trouve ensuite : Cellam Sancti Reveriani (1055, 1058 et 1075), Sanctus-Reverianus (1171), Sancto Reveriano (1119, 1171 et 1312)Georges de Soultrait, Dictionnaire topographique du département de la Nièvre, 1865, ..

Historique

Moyen Âge L'origine du nom de la commune provient de Reverianus, missionnaire venu de Rome et installé à Autun pendant les persécutions d’Aurélien. Accompagné d’un prêtre (Paul) et de dix autres compagnons, ils sont envoyés évangéliser le Nivernais à la fin du . Sur ordre de l'empereur, les douze hommes auraient été décapités à Nevers en 274, à l'emplacement de l'ancienne abbaye Notre-Dame, ou à Compierre lieu de leur prêcheAugustin-Joseph Crosnier, Congrégations religieuses d'hommes dans le diocèse de Nevers, Nevers, Michot, 1877, p. 323..

Dans la tradition, le souvenir de Reverianus et de ses disciples dans la contrée se perpétue : un petit monastère, une cella, s'établit non loin de Compierre. En 886, au moment où se met en place le comté de Nevers, le roi Charles le Gros, retire cet établissement au diocèse d'Autun au profit de celui de Nevers, à la demande du comte GuillaumeLespinasse René de, Cartulaire de Saint-Cyr, Nevers, Gremion, 1916, p. 31-32..gauche|vignette|Transaction entre le prieur Jean de Buissy et Henri de Lanty en 1389 ; ADN : 1 F 163.

Sans que l'on connaisse les raisons ni la date de ce rattachement, la cellam Sancti Reveriani, intègre le temporel de l'abbaye de Cluny au (première mention en 1055). Le monastère est ensuite érigé en prieuré conventuel (présence de douze moines autour d'un prieur) et dépend directement à l'abbaye mâconaise (l'abbé nomme le prieur). L'église est construite au début du tout comme, probablement, les bâtiments conventuels (réfectoire, dortoir, salle du chapitre, logis…) organisés autour d'un cloître.

Le prieuré est puissant, il possède de nombreux biens dans les environs (bois, terres, prés, moulins, étangs…) ainsi que deux annexes (de grands domaines) le prieuré de Chevannes-sous-Montaron et la maison de Diennes. Le prieur est seigneur du bourg avec droit de basse, moyenne et haute justice, il nomme aux cures de Chevannes-sous-Montaron, Diennes, Chazeuil, Dompierre, Beaulieu, Neuilly, Billy, Rix, Ouagne et Cuncy-lès-VarzyAuguste Longnon, Pouillés de la province ecclésiastique de Sens : Diocèses de Nevers et d'Auxerre, Paris, Imprimerie Nationale, 1904, p. 521-535 et p. 258.. L'aristocratie locale et comtale lui font plusieurs donations au cours de la période médiévale. De plus, plusieurs seigneurs de Champallement se font enterrer dans la prieuraleMichel de Marolles et Georges de Soultrait (ed.), Inventaire des titres de Nevers, Nevers, Imprimerie de Paulin-Fay, 1873, p. 17-18..

Le prieuré, les moines et les habitants du bourg sont plusieurs fois victimes de pillages et d'exactions (en 1343, 1360 et 1423)Voir les registres du Parlement de Paris aux Archives Nationales. Époque moderne À la suite des difficultés de la fin du Moyen Âge (guerres, épidémies, crises frumentaires, avènement de la commende), le poids et le prestige du prieuré de Saint-Révérien sont moindres. Le nombre de moines institué à l'origine, diminue au point qu'on n'en trouve que deux, trois ou quatre au cours des et siècles. Ces religieux vivent tant bien que mal au milieu de bâtiments mal entretenus, dont certains sont en ruine (sauf le logis du prieur)Denise Pointud-Détraz, « Une dynastie de prieurs investit le prieuré de Saint-Révérien aux XVIIe et XVIIIe siècles », Bulletin de la Société nivernaise des Lettres, Sciences et Arts, n°46, 1997, p. 165-184..

Fragilisée par un manque d'entretien, l'église est victime d'un incendie dans la nuit du 24 au qui emporte son clocher et sa nef. L'ancienne prieurale est alors restaurée entre 1725 et 1726 mais de manière sommaire et maladroite. À l'approche de la Révolution, il ne reste plus que deux moines sur place, Dom Admiral et Dom Périnet, dirigés par le prieur comandataire François Mouchet de Villedieu également évêque de Digne.

Époque contemporaine À la Révolution, la commune change de nom, elle devient Brutus-le-Bourg. Les biens du prieuré sont vendus comme biens nationaux et les deux derniers moines sont expulsésADN : 1 Q 859.

Très mal reconstruit en 1725-1726, le clocher de l'église s'effondre au début du . Cette dernière est alors très largement restaurée à partir de 1833. Un nouveau clocher porche est ajouté en 1838 et en 1840, la nef est reconstruite « à l'identique » par l'architecte diocésain Pierre Hyppolite Paillard. Cette même année, l'église est inscrite sur la première liste des Monuments Historiques.

Viennent ensuite les grandes réparations de 1887-1888, suite aux rapports adressés à Dominique-Augustin Dufêtre par le curé : reprise des soubassements en sous-œuvre avec moellons piqués et chaux hydraulique de Beffes ; clocher et contreforts enduits à neuf avec du mortier de même nature ; parmi celles-ci, restauration de l'absidiole de Saint-Révérien ; réouverture de fenêtres anciennement bouchées.

Un devis du ministère des Beaux-arts du concerne le débadigeonnage du chœur et des chapelles absidiales, ce qui fut également fait. En juin 1903, un autre devis fait part de l'enlèvement des dalles funéraires d'Hugues de Lespinasse et de Marguerite de Thianges du dallage de l'église et de leur dressement contre les murs latéraux de celle-ciADN : 4 T 97.

Architecture

Général L'église actuelle, ancienne prieurale devenue paroissiale, est élevée au début du , mais est gravement endommagée par un incendie en 1723. Réparée précipitamment et maladroitement, la nef se trouve en ruine au début du avant d'être entièrement reconstruite dans son ancien style.

Le clocher central ayant disparu avec les quatre gros piliers qui le soutenaient, il ne reste donc plus de l'édifice primitif que le chevet avec son déambulatoire et ses chapelles rayonnantesMarcel Anfray, L'architecture religieuse du Nivernais au Moyen-âge : les églises romanes, Paris, Picard, 1951, p. 170..

Extérieur vignette|365x365px|Vue sur le logis prieural accolé à l'église.De l'église orientée, le chevet constitue la partie la plus intéressante.

Scandé par le clocher à l'occident et trois chapelles à l'orient, l'immense vaisseau de pierre qui domine le vallon de la Vaucreuse ne se présentait pas ainsi au Moyen Âge. Cet aspect est récent et dû aux reconstructions des , et siècles.

Au , les volumes sont étagés : les chapelles, plus basses, sont dépassées par le déambulatoire, lui-même dominé par l'abside. Les baies des absidioles et du déambulatoire sont soulignées par un cordon perlé, à l'exception de la baie centrale de l'absidiole sud-est qui est ornée d'une moulure de deux rangs de bâtons rompus. Au fil des siècles, les transformations sont importantes : Au chevet, les chapelles ont été surélevées au niveau du déambulatoire. La toiture pouvant alors ceindre complètement l'édifice d'un bas-côté à l'autre. Un seul modillon sculpté subsiste, les autres n'étant visibles qu'à l'état de vestige ou d'assise. Côté ancien prieuré, au sud, une travée du chœur a conservé son élévation romane (fenêtres). Donnant dans la cour du prieuré, une ouverture murée, surmontée d'une petite baie munie d'un fronton, murée elle aussi, était certainement la porte d'accès des religieux à l'église. Côté cimetière, au nord, la reprise des maçonneries se traduit par un arrachement au droit de la chapelle rayonnante : on observe les départs des arcs sculptés des fenêtres qui s'arrêtent brusquement avant la jointure de la travée du chœur.

Le clocher roman était établi à la jonction du chœur et de la nef. Le clocher porche moderne de la façade s'ouvre par un portail intégrant des sculptures romanes en réemploi. La voussure en plein cintre est décorée de rinceaux aux palmettes et grappes de raisin. À l'intérieur de l'arc se trouvent deux sculptures d'anges cariatides à quatre ailes. Le style presque byzantin des anges, de grande qualité, évoque un relief de l'abbaye Notre-Dame de Nevers conservé au Louvre. Intérieur La nef du est calquée sur l'architecture d'origine, le chœur ayant servi de modèle. Les voûtes en berceau sont soutenues par des arcs doubleaux retombant sur des colonnes engagées à chapiteaux décorés. À chaque travée de la nef correspondent les deux travées des collatéraux dont les arcs doubleaux brisés reposent tantôt sur des colonnes engagées tantôt sur des colonnes rondes.

Le chœur comporte trois travées voûtées en berceau. Entre la première et la deuxième travée côté nord, la colonne engagée s'arrête au niveau du sommier des arcades, tandis qu'au sud elle s'arrête brusquement à presque deux mètres au-dessus de la moulure du tailloir. Ces deux fûts montaient auparavant jusqu'au niveau de chapiteaux des autres colonnes, afin de recevoir certainement la retombée d'un arc doubleau qui a disparu et n'a pas été reconstruit au . Le chœur se termine par un hémicycle en cul-de-four composé de sept arcades, dont cinq en tiers-point, reposant sur six colonnes dont certaines sont monolithes. Ces colonnes dites tournées auraient pu être récupérées sur le site de Compierre à Champallement. À la naissance de la voûte de l'abside, un cordon orné de rosaces inscrites dans un cercle unifie l'espace, tout comme la moulure sculptée de pointe de diamant. Derrière cet hémicycle, le déambulatoire est voûté d'arêtes comme les bas-côtés qu'il prolonge.

Les trois chapelles Les trois chapelles rayonnantes en cul-de-four ovoïde ont respectivement trois fenêtres bordées de colonnettes à chapiteaux décorés d'animaux ou de palmettes. Entre les chapelles s'ouvrent deux fenêtres cintrées superposées, garnies de colonnettes droites, sauf pour la fenêtre haute entre les chapelles est et sud qui est encadrée de colonnettes à spirales.

La chapelle nord est dédiée à saint Révérien : une statue céphalophore du saint, datant du , trône à côté de l'autel du en bois dont les ornements sculptés sont rehaussés d'une dorure à l'or.

Dans la chapelle axiale, un cycle de peintures du consacré à la Vierge commence par le cul de four :

les quinze emblèmes des litanies sont distribués symétriquement de part et d'autre de la Vierge, les sont représentés comme des objets concrets et identifiés à l'aide de phylactères : le soleil, la lune, l'étoile, la porte du ciel, le massif de roses, la Tour de David, les roses mystiques, le miroir sans tache, le puits, la fontaine, le cèdre et l'olivier, le jardin clos et la Cité de Dieu. Au-dessus de l'inscription Tota pulcra es amica mea et macula non est in te, (tu es toute belle mon amie et il n’y a aucune tâche sur toi), Dieu le Père, figuré à mi-corps, bénit la Vierge. L'Annonciation est représentée de chaque côté de la baie centrale. L'Archange Gabriel est placé à gauche, la Vierge à droite. La clarté, pénétrant par la fenêtre, évoque la lumière divine touchant la Vierge sans entacher sa virginité rappelant ainsi le dogme de l'Immaculée Conception. À droite de la baie de droite, la scène de la Visitation parachève ce cycle consacré à la Vierge et à sa glorification. Elisabeth désigne de sa main le ventre de Marie debout devant elle, annonçant ainsi la venue de Jésus. Dans les écoinçons, figurent les quatre docteurs de l'Église : saint Dominique, saint Ambroise, saint Augustin et saint Jérôme.