(« Qui aime son père »), en grec ancien , né vers 244 av. J-C., mort en 204, est un roi et pharaon d'Égypte de la dynastie lagide. Il est issu de la lignée du premier Ptolémée, l'un des Diadoques (ou successeurs) d'Alexandre le Grand qui se sont partagé son immense empire à sa mort en 323.
La plupart des sources antiques désignent son règne comme le début du déclin de l'Égypte ptolémaïque, en dressant le portrait d'un roi davantage soucieux du luxe et du divertissement que des affaires de son royaume et de son peuple.
Biographie
Principales sources antiques
La source principale concernant est un ouvrage d'Ératosthène, un savant grec originaire de Cyrène ; aujourd'hui perdu, le texte est consacré à , sœur et épouse de . Ératosthène est notamment connu pour être le premier à avoir calculé la circonférence de la Terre (exacte à près) et pour avoir dirigé la bibliothèque d'Alexandrie. Le jeune prince a été son disciple, son père l'ayant fait venir en Égypte pour être son précepteur. Par son enseignement de sage et de savant, Ptolémée est devenu un homme cultivé. Ce trait particulier l'inscrit dans la digne lignée des rois hellénistiques. Ainsi, il vénère Homère et compose même une tragédie qu'il intitule Adonis Grandjean, Hoffman, Capdetrey, Carrez-Maratrey, Le Monde Hellénistique..
L'autre source le concernant est Polybe, considéré comme un des plus grands historiens grecs. C'est ce dernier qui fait du règne de la charnière du déclin chez les lagides par sa débauche et son désintéressement des affaires du pays. Ce jugement a fortement inspiré les auteurs antiques par la suite, comme Plutarque, Trogue Pompée, Strabon, Jean d'Antioche, saint Jérôme ou encore Appien.
Cependant aujourd'hui, les historiens contemporains ont tendance à nuancer la seule responsabilité de dans la naissance de la « crise lagide », qui a probablement débuté avant son règne. Il n'en reste pas moins toutefois que Philopatôr est considéré comme un roi médiocre, souvent comparé à son désavantage aux grands rois de sa propre lignée ou des dynasties voisines comme les Séleucides ou les Antigonides.
Une arrivée au pouvoir précoce et meurtrière
est le fils aîné de et de la reine de Cyrène. Sa naissance est située en mai/juin, probablement au cours de l'année 244 av. J.-C. T2 .. Il arrive au pouvoir à la fin de l'année 222 ou en février 221, à la mort de son père T2 .. Il a alors une vingtaine d'années, ce qui fait de lui un souverain inexpérimenté lors de son arrivée au pouvoir. Il n'est d'ailleurs pas le seul dans ce cas parmi les autres royautés hellénistiques : presque simultanément arrivent sur le trône chez les Séleucides et chez les Antigonides, tous deux très jeunes également. En effet, leurs trois prédécesseurs que sont respectivement , et sont tous morts entre 223 et 221. Les trois grands royaumes hellénistiques se retrouvent donc dirigés par de jeunes souverains, davantage guidés par leurs passions ou leur ambition, et potentiellement limités par leur inexpérience politique ou militaire. Les années qui arrivent s'annoncent donc cruciales pour le jeu de pouvoir constant qui existe entre les grandes dynasties depuis la division de l'empire d'Alexandre.
Son accession au trône si jeune ne s'est pas faite d'elle-même. Ainsi, c'est Sosibios, un des ministres et principaux conseillers de son père (avec Agathoclès) qui orchestre son accès au trône. Sosibios apparaît comme un conseiller conspirateur, manipulateur et avide de pouvoir ; à tel point qu'il incarne le « machiavélisme alexandrin », un trait de caractère sombre entré dans la tradition par les écrits de Polybe. Détectant chez une relative faiblesse et un désintérêt pour la politique, Sosibios fait tout pour lui garantir l'accès à la royauté, avec comme objectif de peser de tout son poids sur les décisions royales futures en usant de sa grande influence. C'est pourquoi en 221, afin de consolider et d'éviter toute contestation possible du pouvoir du jeune Ptolémée, Sosibios procède à une purge familiale en bonne et due forme : il élimine la propre mère du prince, de Cyrène, le fils de celle-ci et donc demi-frère de , Magas (fruit d'un premier mariage avec Démétrios Kalos, demi-frère du roi de Macédoine ), ainsi que son oncle Lysimaque alors gouverneur de Coptos depuis 240. La principale hypothèse pour justifier ces assassinats est la crainte que la reine Bérénice ne désire mettre en avant son premier fils Magas comme principal prétendant au trône, lui qui avait de solides appuis militairesLudovic Lefebvre, « Polybe, et la tradition historiographique », ENIM 2, 2009, .. C'est pour faire face à cette menace que Sosibios a recours à des moyens extrêmes pour encore une fois sauvegarder son pouvoir et conserver son influence sur le roi. Cet épisode tragique symbolise la grande importance que prennent les ministres tout au long du règne de et même après, puisque Sosibios lui survit.
La politique du royaume est donc décidée, surtout dans les premières années du règne du jeune roi, en réalité par Sosibios à travers son influence sur ; et il ne se contente pas de gérer paisiblement les affaires du pays. Ainsi en 219, il orchestre la déchéance et la mort de l'ancien roi de Sparte , alors réfugié en Égypte et qui a tenté de soulever Alexandrie contre son souverain. La même année, le ministre organise la riposte contre pour répondre aux velléités de conquête de ce dernier qui s'est emparé de la ville de Séleucie de Piérie et a envahi la Cœlé-Syrie. C'est le prélude à la quatrième guerre de Syrie.
Vers 220, épouse sa sœur . De cette union naît un fils, , qui est donc le successeur légitime de la dynastie lagide.
Bataille de Raphia (217 av. J.-C.)
redresse=1.5|vignette|Le monde méditerranéen en 218 av. J.-C.
Les manœuvres de Sosibios orchestrées depuis 219 av. J.-C. permettent à l'Égypte de mettre sur pied une armée pour contrer l'avancée d' en Cœlé-Syrie. Ce territoire n'est pas à proprement parler égyptien, mais l'Égypte lagide a, depuis , une stratégie de conquête des régions limitrophes pour s'en servir comme dernier rempart avant l'invasion de leurs propres terres. C'est pourquoi il est urgent pour de constituer une armée capable de vaincre Antiochos avant son arrivée en Égypte. Pour ce faire, et sous l'impulsion de Sosibios, il rappelle toutes les unités militaires stationnées dans les territoires extérieurs, engage des mercenaires étrangers (dont des Galates et des Thraces) et enrôle même des autochtones égyptiens, une première sous un gouvernement ptolémaïque. Deux années plus tard, le 22 juin 217, l'Égypte triomphe de sa rivale séleucide à la bataille de Raphia, un succès dont le déroulement est rapporté en détail par Polybe, ..
Les deux monarques participent personnellement à la bataille T2 ., au cœur de leur armée, sachant que le courage à la guerre et les victoires militaires sont perçus par les peuples de l'époque comme des éléments constitutifs de la légitimité d'un roi à les gouverner. Dans l'armée ptolémaïque, on dénombre selon les estimations de Polybe dont équipés en phalangites à la « macédonienne », et d'Afrique contre des forces quasi équivalentesPolybe, Histoire, ,17.. La bataille est d'abord mal engagée pour Ptolémée, notamment du fait de la supériorité des éléphants d'Asie d'Antiochos sur ceux du pharaon, et d'une charge efficace du souverain séleucide. Mais les Égyptiens reprennent le dessus grâce à l’incapacité d' de cesser la poursuite de la cavalerie adverse et à un mouvement de troupes astucieux décidé par l'un des commandants de Philopatôr, Eschécratès. L'apport de dans la bataille est reconnu comme essentiel, même par Polybe : c'est d'ailleurs un des seuls passages où l'historien nous en brosse un portrait positif. Il nous le décrit par exemple en orateur qui passe en revue et harangue ses troupes avant le combat, ou en roi guerrier qui scelle l'issue de la bataille en rassemblant son armée derrière lui : « Ptolémée venait de se replier à l'abri de sa phalange. Il s'avança au milieu des deux armées et s'offrit à leur vue. Ses adversaires en furent atterrés, ses troupes saisies d'un grand mouvement d'élan et d'enthousiasme »Polybe, Histoire, , 82-85..
Il convient toutefois de ne pas se montrer trop catégorique sur cet épisode rapporté par Polybe. La victoire de semble ne tenir qu'à un fil et être davantage due à Eschécratès qu'au pharaon. De plus, dans sa description, apparaît comme supérieur à son rival car plus en vue par son courage et son allant. Son attaque éclair a failli le rendre victorieux et il ne doit sa défaite qu'à son inexpérience. La victoire remportée par le jeune roi égyptien à Raphia face à son adversaire séleucide ne trouve donc guère grâce aux yeux de Polybe. Pour lui, Ptolémée (et Sosibios derrière lui) a surtout profité de la jeunesse et de l'inexpérience d'Antiochos.
Cette victoire permet à de récupérer toutes ses possessions en Cœlé-Syrie à l’exception de Séleucie de Piérie. Alors qu' semble en très mauvaise posture, Philopatôr (fidèle à la dynastie ptolémaïque qui préfère la paix à l'extension) ne pousse pas son avantage et un armistice est conclu. La Cœlé-Syrie est conservée par les Lagides jusqu'à la défaite des troupes de à la bataille de Panion. Le succès de Raphia n'offre ainsi qu'un court sursis à la domination égyptienne en Cœlé-Syrie.
Un roi peu soucieux de sa charge
Un grand nombre d'historiens de l'Antiquité ont décrit de manière extrêmement critique et négative le règne de . Ces jugements sont en grande partie causés par la description du souverain lagide faite par Polybe, qui insiste sur sa vie dissolue (il est considéré comme faible et décadent) et sur le bilan de son règne, considéré alors comme le début du déclin de l’Égypte lagide. En effet, le portrait dessiné par Polybe décrit un roi nullement concerné par la politique extérieure comme intérieure et qui laisse la conduite des affaires à ses proches conseillers (sous l'influence majeure de Sosibios), préférant lui-même se consacrer à des beuveries, « des amours inconvenantes et des ivresses (methai) déraisonnables et perpétuelles » ainsi que des fêtes (les panègurikôteros). De cette négligence résulte donc une dégradation de la situation politique égyptienne, qui conduit à une véritable guerre civile. L'historien Justin résume tout cela ainsi : « Ptolémée montra autant de négligence à administrer son royaume qu'il avait mis de scélératesse à s'en emparer ».
Polybe attribue également une maîtresse royale à Ptolémée, Agathocléa. Il s'agit de la jeune sœur de son ministre et conseiller Agathoclès. Celle-ci, dit Polybe, « dominait le roi et bouleversait tout le royaume ». Une telle situation doit effectivement être très mal perçue par les citoyens de l'époque, accentuant l'image d'un souverain faible et trop influençable. Plutarque (Vie de Cléomène) décrit la débauche à la cour lagide dans des termes semblables : « Car le roi était si ravagé par les femmes et les beuveries que lorsqu'il était sobre et même lorsqu'il était plein d'ardeur, il célébrait les fêtes et quêtait dans son palais avec un tambourin tandis qu'il abandonnait les affaires les plus importantes de son empire à sa maîtresse, Agathocléa, à la mère de celle-ci et à Énanthès ».
De plus, Ptolémée développe un attrait tout particulier pour le dieu Dionysos et se consacre au culte dionysiaque, dont il ordonne le recensement des desservants par une ordonnance retrouvéeProstagsma : C.Ord. Ptol. 29, entre 215 et 205 av. J.-C.. va même jusqu'à se faire attribuer le surnom de Néos DionysosÀ la table des rois, .. Outre ces excès festifs, affectionne le luxe. Il ordonne par exemple la construction d'un navire gigantesque, qui s'approche davantage d'une fonction de plaisance que d'une fonction militaire, sur lequel il aime à séjourner. Tous ces excès doublés d'une apparente incapacité à régner, tandis que des révoltes populaires sont endémiques en Égypte, participent à accabler le roi d'une grande responsabilité dans la naissance de la crise lagide.