La pharaonique, de la Troisième Période intermédiaire, est une dynastie d'origine berbère amazighe libyque, qui gouverne l'Égypte antique en commençant à la suite de la avec vers 943 AEC (même si l'oncle de ce dernier, Osorkon l'ancien, avait déjà régné auparavant et est considéré comme faisant partie de la ) et se terminant en plusieurs endroits à des dates différentes. En effet, cette dynastie règne d'abord sur une Égypte unifiée, puis en parallèle avec les , , et s à la suite du morcellement du pays dès la fin du règne d' à partir de 834 AEC avec l'émergence d'un royaume à Thèbes issu d'une branche cadette de la dynastie.
Histoire
Origines vignette|gauche|redresse=1.5|Libyens, Nubien, Syrien et Égyptien peints sur la tombe de .
Les Libyens, de la tribu des Mâchaouach (ou Mâ) comme celle de la tribu des Libou, sont bien implantés dans le delta du Nil, et ce depuis bien avant le règne de , peut-être dès le règne de . En effet, les premiers sheshonqides exercèrent semble-t-il des fonctions militaires dans la région de Per-Sopdou. Toujours est-il que, si les rois de la dynastie portent des noms libyens, ce n'est pas par une volonté de mettre en avant une culture libyque ancestrale maintenue sur plusieurs générations mais par tradition familiale (par exemple un fils recevait le nom de son grand-père). Les Libyens devaient avoir été culturellement assimilés, parlant l'égyptien et honorant les dieux égyptiens. Leurs titres de « Chef des Mâ » et de « Chef des Libou », s'ils ont bien une origine ethnique, ont à cette époque davantage pris la valeur d'une fonction que celle d'une ethnie. Enfin, si les Hyksôs avant eux, ainsi que les Koushites, les Perses et les Grecs après eux, ont bien une culture matérielle distincte de celle des Égyptiens, une culture matérielle spécifiquement libyque n'est en rien identifiable dans le registre archéologique.
La famille de faisait partie de la tribu des Mâchaouach. Elle est inscrite sur la stèle de Pasenhor : ce dernier, prêtre et lointain descendant de , y décrit sa généalogie paternelle en remontant à six générations avant le fondateur de la dynastie. Comme écrit précédemment, les premiers sheshonqides exercèrent semble-t-il des fonctions militaires dans la région de Per-Sopdou. Il est probable que cette famille entretenait des liens avec les dirigeants de la . Osorkon l'ancien, oncle de , a en effet régné pendant la , entre des rois égyptiens (Amenemopet et Siamon), sans que cela ne pose visiblement problème. Des liaisons matrimoniales sont possibles, même si cela reste spéculatif.
Avènement et règne sur une Égypte unifiée
Sheshonq vignette|gauche|Gravure d'un relief de Sheshonq trouvé à Karnak.
À la mort de , sous le règne duquel il semblait être le numéro deux ou trois de l'État (après le roi lui-même), , neveu d'Osorkon l'ancien, monte sur le trône vers 943 AEC pour un règne d'environ vingt et un ans. Il s'allie avant même le début de son règne aux grandes familles thébaines et memphites : le grand prêtre de Ptah Chedsounéfertoum semble épouser une sœur de Sheshonq nommée Méhytemousekhet tandis que son propre fils, le futur , avait épousé Maâtkarê, la fille de . Ces différents éléments assurent une transition sans heurt entre la et la dynastie.
C'est sous son règne que sont transportées dans la tombe DB320 les momies de la famille des grands prêtres d'Amon de la ainsi que celles de plusieurs rois du Nouvel Empire. Le roi inaugure une politique d'apanage en octroyant des fonctions importantes à ses fils, politique poursuivie par ses successeurs. Ainsi, Ioupout devient généralissime du Sud et grand prêtre d'Amon, Nimlot devient général d'Héracléopolis et grand prêtre d'Héryshef tandis que Djedptahiouefânkh, qui était peut-être son fils, devient troisième prophète d'Amon et chef du district autour de Thèbes. De plus, sa probable fille Méhytemouskhet devient divine adoratrice d'Amon vers 940 AEC. Il continue de s'allier au cours de son règne aux puissantes familles locales : sa fille Tashepenbastet épouse le général et troisième prophète d'Amon Djeddhéhoutyiouefânkh, une fille de Ioupout épouse le quatrième prophète d'Amon Djedkhousouiouefânkh et une autre fille du roi, Tanytsepeh, épouse le grand prêtre de Ptah Chedsounéfertoum de Memphis.
vignette|gauche|Première cour avec vue sur le pylône d'Horemheb et le kiosque de Taharqa - Enceinte d'Amon-Rê. Le roi est l'auteur d'un important programme architectural, son nom ayant été retrouvé à Tanis (sphinx usurpés et temples d'Amon et de Mout), Memphis (table d'embaumement des taureaux Apis au niveau du temple de Ptah, un temple des millions d'années est également connu par les textes mais n'a pas été retrouvé), Héliopolis, Athribis, Pithom, Tell Tebilleh, Héracléopolis (bloc portant un décret rappelant les donations des élites locales au temple d'Héryshef), El Hibeh (construction d'un temple d'Amon), Thèbes (première cour du temple d'Amon de Karnak principalement) et Éléphantine tandis que le nom de son fils Ioupout a été retrouvé à Abydos (édifice s'apparentant à un cénotaphe).
De plus, le roi a organisé a minima une campagne en Palestine, comme figuré sur le mur sud de la cour du temple d'Amon à Karnak. Cette campagne est encore assez floue, que ce soit sa raison d'être, la date et les lieux visités mais il semble qu'elle avait des raisons économiques, qu'elle a eu lieu vers 927-926 AEC et que les armées égyptiennes visitèrent le Néguev, la plaine côtière (Gaza, Gezer) et les confins de ce qui sera où était déjà le royaume d'Israël (vallée de Jezraël avec Megiddo et vallée moyenne du Jourdain). Le roi a également noué des relations étroites avec les cités phéniciennes alors en pleine expansion, comme l'atteste un fragment de de Sheshonq portant le nom du roi Abibaal.
Osorkon vignette|gauche|Buste d'Osorkon découvert à Byblos.
succède à son père vers 922 AEC, pour un règne d'environ trente-cinq ans. Le roi poursuit la politique initiée par son père d'apanage des principales fonctions clés à des fils royaux avec peut-être une petite entorse avec un certain Osorkon qui serait grand prêtre d'Héryshef à la suite de son père Nimlot et donc un petit-fils du roi Sheshonq , mais peut-être est-il devenu grand-prêtre pendant le règne de son grand-père. Un texte daté d'Osorkon et retrouvé à Bubastis précise bien ce fonctionnement où lorsque le détenteur d'une des principales fonctions du pays meurt, le roi (Osorkon et ses successeurs) doit alors le remplacer par l'un de ses propres fils. La famille d'Osorkon étant moins bien connue que celle de son père ou celle de son petit-fils , l'évaluation de la mise en pratique d'une telle politique est difficile. Toujours est-il que le fils qu'il a eu avec la reine Maâtkarê, fille de , nommé Sheshonq comme son grand-père, devient grand prêtre d'Amon à la suite de son oncle Ioupout.
vignette|droite|Bas-relief représentant Osorkon , provenant du grand temple de Bastet, à Bubastis. Le roi est bien attesté à travers l'Égypte : à Bubastis, il construisit une cour et une colonnade hathorique en granit dans le temple de Bastet ainsi que peut-être un petit temple dédié à Atoum ; à Tanis, son nom est lié à son mobilier funéraire dans la nécropole royale ; à Tell el-Yahoudieh, une statuette en bronze du roi a été retrouvée ; à Memphis, un linteau représentant le roi et deux notables locaux devant Isis et Horus a été retrouvé ; à Atfieh, un relief montre le roi allaité par Isis ; à El Hibeh, il termine la construction du temple d'Amon commencé par son père ; à Abydos ont été trouvés des vases votifs à son nom ; enfin à Thèbes, il continue la cour commencée par son père dans le temple d'Amon mais ne fait pas terminer les reliefs pour une raison inconnue.
Il semble, selon des stèles de donations, être l'auteur d'importantes donations d'or et d'argent sous forme de vaisselles (5 010 deben d'or et 30 720 deben d'argent) et de statues (15 345 deben d'or et 14 150 deben d'argent) aux temples de Rê-Atoum à Héliopolis, de Thot à Hermopolis et d'Amon à Thèbes. La valeur réelle du deben pour cette période n'étant pas assurée et les quantités très importantes de métaux ne permettent pas de s'assurer de la réalité de ces dons : peut-être le roi a fait passer la quantité de métaux précieux possédée par les temples pour des donations.
L'activité internationale du roi est mal connue. Un buste du roi trouvé à Byblos et portant une dédicace du roi Elibaal serait un cadeau diplomatique du roi égyptien pour son homologue levantin. La Bible mentionne également qu'un général Koushite nommé Zerah (inconnu par ailleurs) aurait mené une expédition égyptienne contre le royaume de Juda où régnait alors Asa. Si la réalité de l'évènement tel que décrit dans la Bible est loin d'être assurée, le texte étant bien plus tardif que le règne d'Osorkon , la réalité d'une intervention de ce dernier au Levant est possible, dans le but de maintenir les acquis obtenus par son père .
D' à vignette|Masque funéraire de Sheshonq a, trouvé à Tanis.
La succession des rois qui suivent (mort vers 887 AEC) et précèdent (début du règne vers 865 AEC) est floue. Trois noms sont connus : , (ou a) et . Alors que trois rois inconnus sont placés par Manéthon entre et .
De , très peu de choses sont connues : il est le fils d'Osorkon et le père d'Osorkon , il aurait régné treize ans selon Manéthon et il est le commanditaire d'une activité architecturale (seul un bloc inscrit porte son nom) au Sérapéum de Memphis et de quatre stèles de donations trouvées à Bubastis dont l'une porte la mention d'un an . Sa dernière demeure n'a pas été retrouvée mais il a été ré-enterré dans la tombe de son fils Osorkon dans la nécropole royale de Tanis. Il semble que ce soit bien Osorkon lui-même qui ait procédé à la réinhumation, ce qui indiquerait qu'il n'a pas succédé directement à son père.
Sheshonq IIa est connu uniquement par son inhumation (ou plutôt sa réinhumation) dans le tombeau de dans la nécropole royale de Tanis. S'il fait assurément partie de la famille royale, sa place au sein de cette famille est inconnue. Il a été auparavant assimilé au prince Sheshonq, fils d' et de Maâtkarê et grand prêtre d'Amon, mais cette hypothèse a depuis été réfutée car jamais ce prince Sheshonq n'est mentionné comme étant roi par ses descendants.
Un second roi, Toutkhéperrê , n'est attesté que par un linteau à Bubastis et un ostracon à Abydos. S'il fait lui aussi assurément partie de la famille royale, sa place au sein de cette famille est inconnue.
De plus, des documents du sud du delta contemporains de cette époque parlent d'un général Nimlot fils d'un roi Sheshonq. Si ce roi avait auparavant été assimilé à , il est possible qu'il s'agisse en fait de l'un de ces deux rois.
Horsaïset vignette|droite|Stèle d'Horsaïset suivi de Karomânâ, épouse du dieu, face à Amon-Kamoutef.
Un personnage assez énigmatique émerge à Thèbes à cette période : le roi Horsaïset . Rien n'est certain : s'est-il proclamé roi avant ou au début du règne d' ? est-il un descendant d'une famille de grands prêtres thébains ou d'une lignée collatérale de la famille sheshonqides ? est-il un corégent plus ou moins officiel du roi bubastite ou un roi en révolte ?
Sur l'une des statues de Nakhtefmout, trésorier et quatrième prophète d'Amon, sont gravées les titulatures d'Osorkon et d'Horsaïset , assurant ainsi que ce dernier a régné au moins en partie au cours du règne d'Osorkon . De plus, Osorkon n'est pas attesté avant l'an à Thèbes. Ainsi, soit Horsaïset est un roi en révolte et a régné avant l'an d'Osorkon , soit il est un roi en corégence, son règne peut donc être situé n'importe quand au cours du règne d'Osorkon . Enfin, Horsaïset a parfois été assimilé au fils nommé Horsaïset du grand prêtre d'Amon Sheshonq, le fils d' et de Maâtkarê. Si un tel lien est possible, il n'est pas assuré.
Osorkon vignette|droite|Profil d'Osorkon coiffé de la couronne blanche - Relief provenant de Bubastis - Musée du Louvre.