Emily Jane Brontë Prononciation en anglais britannique retranscrite selon la norme API. Bien que la prononciation usuelle soit bien selon le dictionnaire Webster, le même dictionnaire indique que la prononciation correcte est ., née le à Thornton et morte le à Haworth, est une romancière et poétesse anglaise, la sœur cadette de Charlotte Brontë et l'ainée d'Anne Brontë. Les Hauts de Hurlevent (), son unique roman, est considéré comme un classique de la littérature anglaise et mondiale.
Très proche de sa sœur Anne, au point qu'on les a comparées à des jumelles, elle participe avec elle au cycle du Gondal. Une grande partie de ses poèmes ont été écrits dans ce cadre.
L'enfance et l'adolescence : Glass Town et Gondal
vignette|Peinture représentant Emily ou Anne. Cinquième enfant d'une famille de six, Emily Brontë passe une grande partie de sa courte vie dans un presbytère à Haworth, dans le Yorkshire, où son père, Patrick Brontë, était pasteur.
Pendant son enfance, après la mort de sa mère et de ses deux sœurs les plus âgées dans un pensionnat, son père, Patrick Brontë, et sa tante maternelle, Elizabeth Branwell, décident de laisser aux enfants une grande liberté. Un cadeau offert par leur père à leur frère Branwell (douze soldats de bois), en , met en branle leur imagination.
À partir de , Charlotte, Emily, Anne et Branwell commencent à créer des mondes imaginaires, avec la « confédération de Glass Town », qu'ils mettent en scène dans des récits, des poèmes, des articles de journaux, des pièces de théâtre. Puis, en 1831, lorsque Charlotte les quitte pour poursuivre ses études, Emily et Anne font sécession et créent le pays de Gondal, plus rude et plus austère qu'Angria, et dirigé par une femme, Augusta Geraldine Almeda. C'est dans le cadre du cycle de Gondal qu'une grande partie des poèmes d'Emily est écrite.
Une autre création est le royaume de Gaaldine, qui dépend d'ailleurs de Gondal : le poème d'Emily Brontë intitulé est écrit en ; situé dans le royaume imaginaire de Gaaldine, il fait référence à Ula, l'une des provinces de ce royaume.
Le séjour à Bruxelles, avec Charlotte, et le retour à Haworth
thumb|Portrait de Constantin Héger (vers 1865), qui sera le professeur d'Emily et de Charlotte lors de leur séjour à Bruxelles en 1842. thumb|Plaque à Bruxelles. Emily, talentueuse et solitaire, aura toujours du mal à composer avec le monde extérieur. Une seconde tentative de scolarisation, puis un premier poste d'institutrice se solderont par des échecs. En 1842, elle se rend à Bruxelles avec sa sœur Charlotte, dans le pensionnat de Constantin Héger, où elle étudie le français et l'allemand et devient une excellente pianiste, avec une prédilection notamment pour Beethoven. Mais la mentalité catholique, jugée hypocrite et sans principes, heurte ces filles de pasteur, et Emily se languit loin de sa landeÉmile Montégut, « Miss Brontë - Sa vie et ses œuvres », La Revue des Deux Mondes (analyse de la biographie de Mrs Gaskell), 1857, ..
Après ce voyage en terre étrangère, et à la suite de la mort de « tante Branwell », elle retourne à Haworth, où elle remplit le rôle de femme de charge du presbytère. Emily acquiert, chez ceux qui viennent à la connaître, une réputation de sauvagerie, de courage physique et d'amour des animaux. Elle partagera désormais le reste de ses jours entre les tâches ménagères, les longues promenades sur la lande et l'écriture.
La carrière littéraire
Sources d'inspiration thumb|left|upright=0.8| Lord Byron, une source d'inspiration pour Charlotte, Emily et Branwell Brontë.
Elle écrit de nombreux poèmes mettant en scène des personnages du pays imaginaire de Gondal qu'elle a créé vers 1834 avec sa sœur Anne, ou relatifs à son expérience personnelle de la nature ou encore à ses prises de position philosophiques. Certains d'entre eux relatent des expériences de type mystique.
Dès l'enfance, Emily, comme d'ailleurs Charlotte et Branwell, est influencée par certaines sources d'inspiration : le Blackwood's Magazine, que leur lit régulièrement leur père, revêt une importance toute particulière, en alimentant non seulement leur connaissance des événements du monde, mais aussi leur imagination : ainsi, la carte de l'Afrique qui y est publiée en ne les laisse pas indifférents, car elle matérialise, en quelque sorte, leur monde de Glass Town, qu'ils ont situé en Afrique de l'ouestJacques Blondel, Emily Brontë : expérience spirituelle et création poétique, 1955, page 137..
Ce même Blackwood's Magazine leur fait goûter cet aliment précieux que sont les contes gothiques, devenus si populaires mais déjà sur le déclin. Toujours est-il que ces contes inspirent à Emily ses premiers poèmes de Gondal.
C'est toujours dans le Blackwood's Magazine qu'Emily, son frère et ses sœurs découvrent la personne de Byron, en , avec une revue des « Derniers Jours de Lord Byron » (Last Days of Lord Byron), mort l'année précédente. Dès ce moment, le nom de Byron « devint synonyme de toutes les interdictions et de toutes les audaces », comme s'il suscitait par essence la levée des inhibitionsWinifred Gérin, Byron's influence on the Brontë, Keats-Shelley Memorial Bulletin, 1966, 17..
Chez Emily, cette influence est apparente en particulier dans les personnages des Hauts de HurleventDavid Punter, Glennis Byron, The Gothic, Blackwell Publishing, 2004, pages 95 et 96. où les habitants de « Wuthering Heights », la grande maison secouée par les vents, font montre d'une perversité, d'une pauvreté d'esprit, d'une violence inouïes. Heathcliff lui-même va jusqu'à défaire le cercueil de Catherine pour mieux l'enlacer, ce qui témoigne de la puissance de son amour mais relève aussi du macabre et de la morbidité.
thumb|upright=1.25| L'architecture fantastique de John Martin : Pandemonium, inspiré de Paradise Lost, de John Milton (musée du Louvre). Dans le domaine artistique, le peintre John Martin exerce également une impression forte sur l'imagination des enfants Brontë. En effet, trois gravures d'œuvres de John Martin, datant des années 1820, ornent les murs du presbytère de Haworth : une manière noire, Le Festin de Balthazar (Belshazzar's Feast), Le Déluge, et Josué commandant au soleil de s'arrêterHeather Glen, Charlotte Bronte, Oxford University Press, 2004, pages 168 et 169..
Œuvres Les Poems, publiés en 1846
C'est la découverte des talents de poète d'EmilyDe sa découverte par hasard des poèmes de sa sœur, alors qu'elle était seule dans la salle à manger à l'automne 1845, Charlotte dira : (It was) « more than surprise […], a deep conviction that these were not common effusions, nor at all like the poetry women generally write. I thought them condensed and terse, vigorous and genuine. To my ear, they had a peculiar music - wild, melancholy, and elevating. » (« plus qu'une surprise […], une conviction profonde que là se trouvaient des effusions hors du commun, une poésie tout à fait différente de celle qu'écrivent d'habitude les femmes. J'ai trouvé ces poèmes condensés, ramassés, vigoureux et authentiques. À mon oreille, leur chant avait quelque chose de singulier - sauvage, mélancolique, et portant à l'élévation ») par CharlotteLa découverte et la lecture de certains de ces poèmes de Gondal par Charlotte, éblouie par le talent de sa sœur, constituera aux yeux d'Emily une indiscrétion qui déclenchera sa fureur, et qu'elle mettra un certain temps à pardonner qui les conduit, elle et ses sœurs, à publier à compte d'auteur un recueil de leurs poésies en 1846. À cause des préjugés de cette époque à l'encontre des auteurs femmes, toutes les trois utilisent des pseudonymes masculins, Emily devenant « Ellis Bell ».
thumb|upright=0.8|left| Les poèmes complets d'Emily Brontë : pages à consulter avec la fenêtre de recherche. Remembrance, .
Les poèmes d'Emily n'ont vraisemblablement été écrits que pour être insérés dans la saga de Gondal., qu'elle vit intensément au point de s'identifier avec certains de ses personnages, et cela jusqu'à l'âge adulte.. À 28 ans, elle joue encore avec Anne les scènes racontées dans les petits livres, par exemple dans le train lors d'un voyage à York..
Remembrance fait partie des vingt-et-un poèmes d'Emily à avoir été choisis pour l'édition conjointe de 1846. Emily en avait supprimé avant la publication toutes les références explicites à Gondal. Aussi ce poème présente-t-il un narrateur anonyme, dont il est difficile de savoir à quel personnage il appartient. Des critiques s'y sont essayés avec des vues divergentes, recensées sans conclusion par Janet Gezari dans l'édition Penguin des poèmesEmily Jane Brontë, The Complete Poems, Introduction et notes par Janet Gezari, Harmondsworth, Penguin Books, 1992, ..
Elle date Remembrance du et le décrit comme le poème exprimant la culmination du sens de la perte et du deuil dans l'œuvre d'Emily. Le style en est décanté et concentré, ce qui rend la traduction difficile ; la métrique du pentamètre iambique ([u —] x 5) est musclée par un accent sur la première syllabe de chaque vers, en cela substitution trochaïque conférant comme une poussée ; la césure du deuxième pied et l'utilisation de rimes féminines, constituées de deux mots ou plus formés chacun de deux syllabes, la première accentuée et la seconde non accentuée [— u], aux vers un et trois de chaque strophe, excepté la première et la quatrième, tout cela produit un effet, selon Cecil Day Lewis, comparable à l'andante maestoso d'une marche funèbre, et constitue le rythme le plus lent de toute l'histoire de la poésie anglaise. Il s'agit là d'une opinion hasardeuse : il existe des poèmes au rythme mesuré dont le tempo qu'on leur prête ne correspond pas à ce que l'auteur désirait. Ainsi The Charge of The Light Brigade (La Charge de la Brigade Légère) d'Alfred Tennyson, volontiers récitée au galop, mais que le poète, enregistré sur rouleau, disait d'une voix lugubre et sur une cadence de cortège funéraireJean Pouvelle et Jean-Pierre Demarche (sous la direction de), Guide la littérature britannique des origines à nos jours, ouvrage collectif, chapitre « Alfred, Lord Tennyson » par Robert Ferrieux, Paris, éditions Ellipses, 2008, ..
Remembrance (« Souvenance »), IV, 158 (1846)
(Retenu pour sa célébrité).
Cold in the earth - and deep snow piled upon theeFar, far removed, cold in the dreary grave! Have I forgot, my only Love, to love thee,Severed at last by Time's all-severing wave?
Now, when alone, do my thoughts no longer hoverOver the mountains, on that northern shore, Resting their wings where heath and fern-leaves coverThy noble heart for ever, ever more?
Cold in the earth - and fifteen wild Decembers,From those brown hills, have melted into spring: Faithful indeed, is the spirit that remembersAfter such years of change and suffering!
Sweet Love of youth, forgive, if I forget thee,While the world's tide is bearing me along; Other desires and other hopes beset me,Hopes which obscure, but cannot do thee wrong!
No later light has lightened up my heaven,No second morn has ever shone for me; All my life's bliss from thy dear life was given,All my life's bliss is in the grave with thee.
But, when the days of golden dreams had perished,And even Despair was powerless to destroy; Then did I learn how existence could be cherished,Strengthened, and fed without the aid of joy.
Then did I check the tears of useless passion -Weaned my young soul from yearning after thine; Sternly denied its burning wish to hastenDown to that tomb already more than mine.
And even yet, I dare not let it languish,Dare not indulge in memory's rapturous pain; Once drinking deep of that divinest anguish,How could I seek the empty world again?
Froid dans la terre - et un lourd amas de neige posé sur toi Loin, loin emporté, froid dans la lugubre tombe ! Ai-je oublié, mon unique Amour, de t'aimer, Toi de moi enfin désuni par la vague du Temps qui tout désunit ?
Ah ! Dans ma solitude, mes pensées ne volent-elles plus, flottant Au-dessus des montagnes sur ces rivages nordiques,