L'OP-20-G, abréviation de fut le service de renseignement électronique et de cryptanalyse de l'United States Navy pendant la Seconde Guerre mondiale.
L'OP-20-G est en concurrence avec le SIS « US Army Signal Intelligence Service (service de renseignement des transmissions de l'armée de terre) », d'une part, les Coast Guards, le FBI et la FCC (Federal Communications Commission) d'autre part. Tous mènent leurs propres opérations de radio-interception.
En Allemagne nazie, cette mission est assurée par le B-Dienst. Au Royaume-Uni, par le GC&CS de Bletchley Park.
La mission de l'OP-20-G est l'interception, le décryptage et l'analyse des transmissions navales allemandes, japonaises et italiennes. En outre, l'OP-20-G enregistre les messages diplomatiques de plusieurs gouvernements étrangers. L'effort principal est dirigé contre les codes et chiffres japonais.
Entre-deux-guerres vignette|LV Laurance F. Safford. Après 1918, US Navy et US Army suivent, en cryptologie, des voies parallèles. En 1924, la Naval Code and Signal Section de l'Office of Naval Intelligence (ONI) affecte un officier, le lieutenant Laurance Safford et une civile, Agnes Meyer Driscoll, ex-secrétaire militaire de la marine, à la cryptologie. Leur petit bureau est désigné "OP-20-G". Mission principale : assurer la sécurité des chiffres de l'US Navy. Le décryptage est une mission secondaire. Le bureau est également chargé de l'instruction.
La coopération d'OP-20-G avec les différents services de la marine permet la construction d'un réseau informel de marins intéressés par la cryptologie, en contact avec l'OP-20-G. À partir de 1926, le bureau conduit des stages d'officiers de marine et de fusiliers-marins qui étendent l'influence du réseau. La marine monte à Shanghai, Chine, une station d'interception. En 1928, une école d'opérateurs de radio interception pour le personnel non-officier, au Navy Department, Washington. Une salle de classe, avec des postes d'instruction, est montée en haut de l'immeuble principal, par manque de place ailleurs, mais aussi par discrétion. Les stagiaires reçoivent un sobriquet, la Bande du Toit ("On the Roof Gang.")
L'OP-20-G brise un code de la marine impériale japonaise, par des moyens intellectuellement peu brillants. Des agents de l'ONI photographient un livre de code, au consulat japonais de New York. Les photos sont rangées dans un classeur rouge. Ce code devient le "RED BOOK". La traduction du livre fait l'objet d'une prudente diffusion à quelques exemplaires. Dans les années 1930, le consulat japonais subira à son insu deux autres emprunts.
Bien sûr, la marine japonaise change de chiffre à intervalles irréguliers. À la fin des années trente, l'OP-20-G brise le chiffre suivant. Cette fois-ci, à la dure, par cryptanalyse. Relié en bleu, le nouveau code est baptisé "BLUE BOOK". Le code bleu est complètement différent du code rouge, mais la terminologie japonaise reste la même, ce qui aide au décryptage et à la traduction.
Pour briser le code bleu, l'OP-20-G s'est servi de cartes perforées (en anglais, cartes Hollerith) et des trieuses de la Tabulating Machine Company (future IBM). C'est une idée du captain Hooper, directeur des Transmissions Navales, en 1930.
Depuis un temps, l'OP-20-G a noué des contacts avec l'US Army Signals Intelligence Service (SIS) de William Friedman. Les deux bureaux s'estiment professionnellement. Safford et Friedman sont collègues, ils troquent des tuyaux. Difficile d'aller plus loin. La marine et l'armée de terre partagent des moyens et des procédures qui assurent la sécurité de leurs liaisons radio. Comme la marine a de l'avance en ce domaine, l'armée de terre a tendance à suivre. L'US Navy cible les codes marins japonais, tandis que l'US Army cible les codes terriens. Le problème, c'est que, surchargés de travail, l'OP-20-G et le SIS ont tendance à se faire mutuellement cadeau des trafics diplomatiques japonais. Ils ne rechignent pas à traiter les transmissions commerciales, moins hermétiques, mais ils ne n'en saisissent pas l'importance. Malgré les réunions, les comités, la coopération marque le pas. Entre les deux bureaux, les relations personnelles sont bonnes. Les échanges bloqués par les hiérarchies reprennent, aussitôt les responsables mutés ailleurs.
À la fin des années 1930, le décryptage de l'US Navy est articulé sur trois points d'appui : quartier général à Washington, une section à Pearl Harbor (Hawaï) et une section aux Philippines. L'ensemble contrôle un vaste réseau de stations d'écoute et de radiogoniométrie.
L'objectif prioritaire des cryptologues de la marine est la marine japonaise qui pratique encore les codes manuels. En 1938, introduction d'un code baptisé BLACK. En 1939, le code des officiers généraux (transmissions au plus haut niveau) est un code surchiffré, le JN-25 (Japanese Navy 25) qui est le code opérationnel de la marine japonaise.
Le code des officiers généraux reste inviolé, surtout parce qu'il ne sert pas souvent. La marine japonaise emploie plusieurs autres codes. Les uns sont brisés, les autres trop peu captés pour être décryptés, d'autres encore n'en valent pas la peine. L'objectif prioritaire, c'est JN 25.
JN-25
JN-25 est un code manuel. Les chiffreurs travaillent sur trois livres, un manuel d'instructions et deux ouvrages de mise en œuvre du chiffre, le livre du code et le livre de tables de surchiffrage, ou "livre additif". À l'origine, le livre du code JN-25 consiste en 30.000 groupes-codes de 5 chiffres qui représentent les caractères phonétiques du kana, les nombres, des noms de lieu et une longue liste d'autres articles. Par sécurité, la somme des chiffres de chaque groupe est toujours divisible par trois.
Le livre additif comprend 30.000 nombres de 5 chiffres choisis au hasard. Trois cents pages. Chaque page fournit cent nombres aléatoires en dix rangées de dix nombres. Ces nombres sont destinés à être additionnés aux groupes-codes. Les additions sont effectuées sans retenues. 28506 (nombre aléatoire) + 58905 (groupe-code) = 76401 (et non 87411). Le démontage du surchiffrage est une simple soustraction sans retenues : 76401 (surchiffrage) – 28506 (nombre aléatoire) = 58905 (groupe-code).
Une clef permet de choisir la bonne série de nombres aléatoires. La clef donne le numéro de la page du livre additif et, dans la bonne page, la rangée de nombres à utiliser. Ce qui signifie qu'il y a 3000 points possibles de départ. Quand un message dépasse la fin du livre, on recommence au début du livre. La clef est donnée au début et à la fin de chaque message. Pour décrypter JN-25, il faut d'abord démonter le surchiffrage. Ensuite seulement, le décodage est possible. Le démontage met en œuvre des machines à trier les cartes perforées. Ensuite les briseurs de code progressent.
Périodiquement, la marine japonaise met en service une version neuve : JN-25a, JN-25b, JN-25c… Le plus souvent, c'est le livre additif qui change. Parfois, ce sont les groupes-codes. Chaque fois, les briseurs de code reviennent à zéro.
vignette|Une machine PURPLE telle que reconstruite par les services américains. Les messages interceptés s'entassent. Fin 1941, dix mille par mois, les deux tiers en JN-25. Pas assez de décrypteurs, pas assez d'argent, pas assez de coordination entre les stations, en partie parce que les échanges passent par courriers sécurisés. On a brisé PURPLE, mais pas JN-25 ? Le gouvernement met l'accent sur le décryptage du trafic diplomatique. Moins de moyens contre JN-25 et d'autres codes japonais. La marine et l'armée de terre coopèrent. Les terriens ont offert à la marine les plans de PURPLE. Construites sur le budget de la marine, ces machines permettent de décharger une partie du fardeau des biffins sur les épaules des marins. Les décryptages diplomatiques sont déjà expédiés par le SIS à Roosevelt et à un cercle très fermé de dirigeants, sous le nom de code MAGIC. Pour les marins, hors de question de laisser la vedette à l'armée de terre.
Comment partager MAGIC entre SIS et OP-20-G ? En , on convient d'alterner, un mois sur deux, à tour de rôle. En , un jour sur deux. La marine les jours impairs, l'armée de terre les jours pairs. Il s'agit de ne pas fournir à Roosevelt deux versions contradictoires de la traduction et du décryptage du même message.
Les Britanniques ont à Singapour un avant-poste du GC&CS, le FECB (Far East Combined Bureau) qui troque librement ses informations avec la station OP-20-G des Philippines. Mais peu de progrès. Bletchley Park concentre ses efforts contre les chiffres allemands et italiens. Fin 1941, le JN-25 est un livre fermé aux décrypteurs anglais et américains.
Pearl Harbor
L'US Navy ne peut pas lire JN-25, mais elle suit les mouvements de la flotte japonaise, grâce aux analyses de trafics. Il suffit de noter et de comparer les calendriers, les positions, les fréquences et les indicatifs de l'ennemi.
À l'été 1941, il apparaît que la marine japonaise monte en puissance en vue d'une « opération australe » qui ciblerait la Birmanie, Singapour et les Indes occidentales hollandaises, la concentration des forces ayant lieu dans la région de Formose. Retranchée dans les grottes de Corregidor, la Station CAST de l'OP-20-G confirme les impressions de la Station HYPO de Pearl Harbor.
Problème grave, l'analyse de trafic ne retrouve pas trace de plusieurs porte-avions japonais. On imagine que s'ils ne sont pas en mer, c'est qu'ils sont au port d'attache. Le , les Japonais changent tous leurs indicatifs. Fin novembre, il semble aux stations d'interception que certaines unités ont glissé vers le Nord, mais c'est la construction au Sud d'une puissante force navale qui retient l'attention.
Pendant ce temps, marins ou biffins, les décrypteurs exploitent les trafics diplomatiques japonais, grâce à leurs machines PURPLE. Évidemment, ce trafic est intéressant, mais il est pauvre en renseignements militaires. Les soldats parlent peu aux diplomates qui leur posent rarement des questions. Fin novembre, la guerre paraît imminente. Mais l'attaque est attendue aux Philippines. Le 27, les commandants en chef terre et marine du Pacifique reçoivent une mise en garde.
La flotte japonaise chargée de l'attaque observe le silence radio. Elle a laissé en rade les manipulateurs morse dont le toucher aurait pu permettre l'identification et le suivi de ses navires.
Avant l'aube du , la station d'interception marine de Fort Ward (Washington) intercepte un message radio du gouvernement japonais à son ambassade de Washington. C'est le dernier d'une série de quatorze messages en dix-huit heures.
Décryptés par une machine PURPLE de l'OP-20-G, ces messages sont envoyés tôt matin au SIS pour traduction. Ils sont examinés par le colonel Bratton et le lieutenant Kramer qui ne se consultent pas.
Tous deux sont alarmés. Les décryptages mandent l'ambassadeur du Japon d'informer Hull, secrétaire d'état, à treize heures (heure de Washington) que les négociations sont terminées. L'ambassade doit ensuite détruire ses machines de chiffre. Ça ressemble à la guerre. Bien que le message ne dise rien quant à une action militaire spécifique, Kramer comprend que le soleil est en train de se lever en Pacifique central et occidental. Les deux hommes essaient de joindre le général Marshall, chef d'état-major de l'armée de terre.
Marshall ayant enfin reçu les décryptages donne l'alerte aux commandants en chef, dont le général Short qui commande l'armée de terre d'Hawaii. Les retards s'accumulent. Short ne reçoit notification qu'après l'attaque japonaise.
Réorganisation Après le , le service est réorganisé : la Station CAST (Corregidor) est transférée à la Station FRUMEL (Fleet Radio Unit Melbourne) qui rassemble des Britanniques, des Américains et des Australiens ; une Station NEGAT est créée à Washington, à partir de détachés du QG d'OP-20-G; toujours à Hawaï, la Station HYPO devient FRUPAC (Fleet Radio Unit Pacific).
Décryptage du JN-25