+ Toponymes Langue romane Langue germaniqueFaingWasen (de même étymologie que gazon, dialectes du nord de la France wasonSite du CNRTL : étymologie de gazon)Variantes :Apparenté :Faigne, feigne, fagne, feingFenn, Fann, Veen, Fehn (Pays-Bas, Belgique, Frise, Allemagne du Nord)
Faing (prononcé ) est un toponyme. Très fréquent en Lorraine dans le massif Vosgien, il désigne un terrain fangeux, marécageux, le plus souvent tourbeux. Contrairement à de multiples autres toponymes vosgiens, le terme Faing, sous cette forme et cette graphie, est uniquement caractéristique des Hautes-Vosges ; il y prend un sens particulier. Il n’est pas attesté dans les régions du massif ardennais et des montagnes jurassiennes ou encore franco-provençalesIl n’apparaît pas dans l’ouvrage de Dominique STICH, Parlons francoprovençal, une langue méconnue , L’Harmattan, 1998, « Parlons », 432, avec lesquelles la Lorraine méridionale partage un fond toponymique commun.
En revanche, le terme apparenté faigne est plus répandu dans le Nord de la France, en Belgique et en SuisseDans ces régions, une fagne est un marais dans une petite cavité au sommet d’une montagne. Les termes en Faing, Faigne et Feigne sont presque exclusivement des microtoponymes. Généralement, un toponyme vosgien roman a son équivalent allemand du côté alsacien car la limite des langues germano-romanes traverse le massif du Nord au Sud. Dans ce cas, cela n’est pas avéré. L’influence de la partie alsacienne sur la partie romane est incontestable. Toutefois, Jean Lanher montre bien que la limite des langues « sanctionne l’existence de deux blocs qui constitue plutôt une sorte de zone d’échange, par où transite, dans les deux sens, un constant va-et-vient d’influences et d’emprunt »Louis CHATELLIER (dir.), La France de l’Est et l’Europe du Moyen Âge à nos jours, Centre régional de documentation pédagogique de Lorraine, Bialec S.A., Nancy, 1995, 334, (« Cultures et langages »), , Jean LANHER et Bernard VOGLER, .
Origine, graphie et formes patoises du terme Étymologie thumb|right|Le Gazon du Faing. L'appellatif masculin FaingOn peut lire également -fin(g) dans les textes anciens ou d’autres régions est issu directement d'un mot germanique du genre neutre, soit *fani (gotique fani « boue »), soit *fenni (vieux haut-allemand fenni, fenna « marais, marécage »). Le terme allemand moderne Fenn est issu du bas allemand et il est du genre neutreBien que ce mot se retrouve principalement sous diverses formes et graphies dans la toponymie de l'Allemagne du Nord, il existe également des exemples épars en Allemagne du Sud, en Autriche et dans le Tyrol italien qui remontent au vieux haut-allemand fenni, fenna : Fenne, quartier de Völklingen (à de Forbach), Venn (Mönchengladbach), le Fennberg, etc., le vieux haut allemand fenna ayant plus précisément le sens de « marais avec prairies humides, terre désertes inhospitalières, généralement dans une forêt », Sens du Venne de la région transfrontalière de Trèves. On le trouve également en Frise, aux Pays-Bas et dans les Flandres, par exemple dans la région des Hautes Fagnes, appelée Hoge Venen en néerlandaisCe terme germanique est aussi attesté en vieil anglais fen(n) et se perpétue dans l'anglais fen « marais, marécage » in: T. F. Hoad, The concise Oxford dictionary of English etymology, Oxford University Press, Oxford, 1986. Ils procèdent tous du germanique commun *fanja-, *fanjam Gerhard Köbler Gerhard, Germanisches Wörterbuch, (4. Auflage) 2013. signifiant « tourbière, marais ».
Les formes anciennes des toponymes en -faing sont toutes du type -fain, fin, fe(i)n et -fano (latinisation) : Plainfaing; Plainfain en 1342, Plempfen en 1373, Plain Fein en 1380, Plenfen en 1403« Dictionnaire du département : Vosges » in Dictionnaire topographique de la France Comprenant LES NOMS DE LIEUX ANCIENS ET MODERNES, . (lire en ligne) Hervafaing; Herwalfein en 1360, Wervalfen en 1390« Dictionnaire du département : Vosges » in Dictionnaire topographique de la France Comprenant LES NOMS DE LIEUX ANCIENS ET MODERNES, (lire en ligne) Domfaing, De Donofano en 1343, Domphain en 1527, Donffain en 1580, Donfain en 1594« Dictionnaire du département : Vosges » in Dictionnaire topographique de la France Comprenant LES NOMS DE LIEUX ANCIENS ET MODERNES, (lire en ligne) . La graphie avec un g final n'apparait pas avant le , sans doute par analogie avec la forme féminine faigne, fagne ou pour faire correspondre la graphie à la prononciation patoise de la nasale « ain » Néanmoins, on notera la présence d’un « C » dans la graphie du dictionnaire de Godefroy, fanc, fainc, fangsignifiant « fange » Page 717-718.En effet, fange doit reposer sur le même étymon, mais la forme initiale devait être *fanga qui est un dérivé du radical fan- à l'aide du suffixe -ga.
Faigne ou fagne remontent, en revanche, au terme gallo-roman *FANIA désignant un « terrain marécageux », forme plurielle d'un terme latinisé en *fanium, remontant au même étymon vieux bas francique *fanja « boue »Il s'agit de la même évolution phonétique que le gallo-roman *MONTANEA > montania > montagne, montaigne. Certains pensent à un emprunt au wallon fanie, fagne, mentionné plus anciennement, fania étant effectivement attesté dès le dans la toponymie belge, alors qu'il n'est attesté en ancien lorrain sous la forme faignaz « boue, fange » qu'à la fin du ou au début du . Voir site du CNRTL : étymologie de fagne, . Un emprunt plus tardif au wallon ou éventuellement à un autre dialecte serait plausible et justifierait la présence de l'article défini la dans les microtoponymes en Faigne, alors qu'il est généralement absent des toponymes plus anciens en -faing, d'origine régionale, dont la postposition correspond à un mode de composition archaïque antérieur au dans la toponymie du Nord de la France..L'article n'apparaît pas en toponymie avant le - siècle. Cet emprunt plus récent de faigne explique sans doute pourquoi les significations de faing et de faigne sont distinctes en Lorraine.
Distinction sémantique entre Faing et Faigne dans les Vosges . Pour de nombreux observateurs ou pour les locaux qui ont encore une sensibilité linguistique de la langue dialectale régionale, il ne faut pas confondre les toponymes en Faing et ceux en Faigne car ils ne désigneraient pas exactement la même chose. Plusieurs aspects leur donnent raison bien qu'il faille atténuer l'exigence de séparation sémantique des deux termes. D'abord, en patois vosgien, la faigne désigne « la fange, le marais ou le marécage ». Le faing quant à lui prend le sens de « pré humide, boueux »Nicolas Haillant, Du Patois vosgien à la détermination de l'origine des noms de lieu des Vosges, contribution à l'examen d'une des questions du Congrès de la Sorbonne de 1883 , éditeurs Collot, Épinal, 1883, . Dans les Vosges, le mot faigne est souvent utilisé pour désigner une zone marécageuse ou tourbeuse qui reste inhabitée, plutôt à l'écart, en fond de vallée comme sur des terrains sommitaux très arrosés. Il n'est donc pas directement lié à l'implantation humaine par les acensements, mais il sert plutôt de microtoponyme pour définir son environnement immédiat. C'est donc le même sens que la fagne en français, de la Belgique à la Suisse.
L'autre facteur frappant qui va dans le même sens, c'est que le terme faigne ne s'est pas transformé en suffixe déterminatif pour former des noms de lieux-dits ou d'écart en *-faigne. Il se comporte comme le mot forêt qui reçoit un déterminatif selon le schéma analytique du français moderne (déterminant complémentaire) : la Forêt de l'Envers ou les Feignes du Bouchot. Enfin, on notera que le terme est très souvent utilisé au pluriel comme pour souligner l'étendue et la quantité des terres marécageuses rendant les lieux inhospitaliers.
À l'inverse, un faing semble également désigner un endroit humide et fangeux, mais le terme est presque toujours associé à une certaine altitude dans le massif vosgien. L'altitude s'explique d'abord par le fait que les terrains tourbeux naturels ont besoin d'une alimentation en eau régulière, et en premier lieu par les précipitations. Le climat vosgienRoland Carbiener, La végétation des Hautes-Vosges dans ses rapports avec les climats locaux, les sols et la géomorphologie. Comparaison avec la végétation subalpine d'autres massifs montagneux à climat allochtone d'Europe occidentale, Paris, Centre Orsay, (inv. : 199) (thèse de doctorat en Sciences Naturelles), 1966, 112 pour les secteurs au-dessus de d'altitude se caractérise, en effet, par des précipitations très élevéesParc naturel régional des Ballons des Vosges, L’environnement et le patrimoine naturel, A.2.1.(«Le climat»), Plan de gestion 2008 – 2012, . De nombreuses rivières prennent leur source dans le massif vosgien. Les sources et le ruissèlement sont indispensables à la formation de tourbières ou de terrains à caractère tourbeux. Les faings sont majoritairement des forêts humides ou des tourbières de pente profitant d'une irrigation pluviale fréquente ou des tourbières de source<ref>Caroline DRUESNE, Parc naturel régional des Ballons des Vosges, Les complexes tourbeux des Vosges du Sud (Hautes-Vosges), «Tourbières», Ann. Sci. Rés. Bios. Trans. Vosges du Nord-Pfälzerwald, ,</ref>. La pente est de toute façon un des facteurs décisifs de l'installation d'un censitaire qui choisit de défricher un lieu en hauteur en apparence peu viable : dans un faing ou pas, le nouveau propriétaire d'une ferme vosgienne en altitude cherche d'abord à construire le bâtiment d'habitation dans la partie supérieure du terrain, en général sèche. Il analyse la configuration du terrain minutieusement pour que l'eau de ruissèlement et de source se dirige vers les terres cultivéesB. et Ph. Cunin, Les fermes dans la montagne vosgienne, éditions du sapin d'or, Épinal, 1982, pages 14, 17-18.
Le terme faing sert de composant de toponymes où il est le déterminé : -faing. Le déterminant est très souvent le nom ou surnom du propriétaire défricheur ou un locatif expressif. En ce sens, il semble plus ancien que son proche parent faigne puisqu'il est plus intégré aux habitudes linguistiques locales. Un enfant vosgien des années 2000 risque avec une forte probabilité de ne pas savoir ce qu'est une faigne, ni même d'entendre le mot au quotidien. En revanche, il sera malgré lui entré en contact avec le mot faing à travers les noms d'agglomération que l'on traverse sans s'arrêter. Toutefois, le tourisme rapproche les gens des sites à l'écart comme les Faignes, les landes ou les lacs isolés.
Si les populations autochtones associent spontanément plus la présence humaine à un Faing qu'à des Faignes, cela tient également au fait que les écarts ou maisons isolées sur les hauteurs après essartementEmmanuel Garnier parle des « îliens de la forêt », dans Terre de conquêtes Fayard, 2004, ont marqué des générations entières du au qui correspond au pic de colonisation du massifEmmanuel Garnier, Terre de conquêtes. La forêt vosgienne sous l’Ancien Régime , Fayard, 2004,620, , (« Le montagnard et son milieu »), XIV (« Un espace pionnier ») . Le fait que le terme faing ne soit attesté que dans la partie cristalline du massif prouve également l'impact de deux facteurs indispensables : – l'altitude et ses corollaires ; – la roche imperméable.