Le terme Caldoche désigne la partie de population néo-calédonienne d'origine européenne, ayant souvent un fort taux de métissage aujourd'hui, qui s'est installée, par choix ou par force, en Nouvelle-Calédonie depuis le début de la colonisation et la prise de possession de l'île par la France au milieu du . Le terme a fait l'objet, à l'instar du terme canaque devenu kanak, d'une connotation péjorative avant que les populations descendants de colons libres et bagnards se le ré-approprient. Certains descendants préfèrent toutefois le terme de "Calédoniens" au vu de leur métissage et du brassage culturel avec les différentes communautés de l'archipel.
Invention du terme Plusieurs versions existent sur l'origine du mot « Caldoche ». La plus répandue, notamment définie par l'ouvrage collectif Mille et un mots calédoniens, lexique d'expressions néo-calédoniennes édité par la FOL en 1982, et reprise par le dictionnaire calédonien du site officiel de La Brousse en folie de Bernard Berger, impute son invention à la journaliste et polémiste locale Jacqueline Schmidt.
Participant activement à la fin des années 1960 au débat sur l'adoption des très controversées lois Billotte (surtout la première de ces lois, qui transfère à l’État les plus hautes responsabilités de l’activité minière calédonienne Annexe 4 : Les Lois Billotte, site du vice-rectorat), elle signait alors ses articles sous le pseudonyme de Caldoche, unissant le radical Cald-, renvoyant à son fort sentiment d'appartenance à la Nouvelle-Calédonie où sa famille était installée depuis près d'un siècle, au suffixe -oche, reprenant l'insulte de « sale Boche » que certains parents de ses camarades de jeu lui lançaient durant son enfance en raison de ses origines germaniques (les Schmidt font partie d'une importante communauté germanophone, essentiellement rhénane, ayant fui l'Allemagne pour éviter de se soumettre à la domination prussienne dans les années 1860P. O'REILLY, Calédoniens : Répertoire bio-bibliographique de la Nouvelle-Calédonie, éd. Société des Océanistes, , Paris, 1953, ]). Le propriétaire du journal D1TO, Gérald Rousseau, trouvant le surnom amusant, l'a ensuite repris et populariséArticle « Caldoche », Dico de la Brousse en Folie.
Les revendications d'une identité caldoche ont fluctué en fonction des rapports de force politiques avec l'Hexagone et les Kanak depuis le milieu du .
Cependant le terme « Caldoche » n'en reste pas moins un sobriquet, au même titre que le terme « Zoreilles » ou le diminutif « Zore », utilisés par les habitants de Nouvelle-Calédonie, pour désigner les Français venus de métropole.
Origines
thumb|right|Un colon devant son habitation en « Brousse », avant 1906
Descendants de colons libres ou de colons pénaux Les familles « caldoches » trouvent leur origine essentiellement dans les différentes vagues de colonisation connues par la Nouvelle-Calédonie du milieu du au milieu du . Et les raisons qui ont amené les « pionniers » à venir s'y installer peuvent être particulièrement multiples, avec une première distinction entre colons libres et pénaux.
Colons libres Ils sont venus sans contrainte, sans avoir été condamnés, tout au long de la période, soit par initiative personnelle, soit dans le cadre d'une politique engagée ou soutenue par les autorités gouvernementales dans le but de faire de la Nouvelle-Calédonie une colonie de peuplement. Parmi celles-ci on peut citer : les colonisations « Paddon » ou « Cheval », en référence respectivement au commerçant anglais James Paddon (installé avant même la prise de possession de l'archipel par la France) et au restaurateur normand Timothée Cheval (au départ installé à Sydney), deux individus ayant donc tissé de nombreuses relations (matrimoniales, professionnelles, sociales) en Australie et à qui l'administration coloniale a offert de vastes domaines avec l'obligation de venir y faire s'installer des agriculteurs et/ou éleveurs. colons Paddon : James Paddon reçut ainsi, en échange de sa propriété de l'île Nou qu'il a vendue () en 1857 à l'État français pour que celui-ci y construise une partie des infrastructures pénitentiaires du bagne, de terres à culture à Païta, dans les bassins réunis des deux rivières Karikouié et Katiramona avec une bande de terrain étroite allant jusqu'à la baie de Dumbéa. Le contrat prévoit qu'il y fasse venir 22 « individus mâles de race blanche » et leurs familles, ils seront finalement 18 à recevoir une concession, en deux vagues successives. Les cinq premiers chefs de famille, à majorité d'origine allemande et ayant transité par l'Australie, signent leur contrat le et arrivent par le Speck le avec leurs épouses et enfants, soit en tout dix adultes et quatre enfants : il s'agit du Wurtembergeois Anton (ou Antoine) Metzger (1830-1926) et de ses deux beaux-frères Karl (ou Charles) Gaërtner (1861-1951) et M. Human, le Hambourgeois Henrich Ohlen (décédé en 1869) et l'Anglais de Manchester Thomas Lynch (décédé en 1917). Il faut y ajouter les huit enfants Martin (5 garçons, dont 3 auront une descendance et 2 verront leur famille faire souche), neveux de James Paddon que celui-ci a fait venir de Portsmouth et dont deux (Horatio John puis, après sa mort sans descendance en 1884, Augustus) hériteront à son décès de sa propre concession. Les autres familles sont les : Abel, Alfort, Ambrose, Blair, Dotson, Gottlieb, Heister, James, les frères Riese, Sleath, Thorburn. Ils pratiquent une agriculture essentiellement maraîchère, une expérience dans la canne à sucre étant vite abandonnée. Mais les conditions difficiles poussent certains d'entre eux à repartir pour l'Australie (les Human, Alfort, Ambrose, Blair, Dotson, Gottlieb, Riese, Sleath ou Thorburn), d'autres à s'installer au chef-lieu (Gaërtner, les Ohlen dès la génération des enfants du pionnier)Biographie de James Paddon, sur le site de l'« Association Témoignage d'un Passé »Présentation des colons Paddon, Ibid.S. FORMIS, « La Saga Martin », Sagas calédoniennes : 50 grandes familles, Tome II, éd. Dimanche Matin, Nouméa, 2000, . En dehors de « Paddonville », un des anciens employés de Paddon, le Chinois Jemmy Song (né vers 1831, décédé à une date inconnue), ancien berger et intendant du négociant qui lui obtient une concession à Tongouin, un peu plus au nord de PaïtaBiographie de Jemmy Song, sur le site de l'« Association Témoignage d'un Passé ». colons Cheval : Timothée Cheval (1814-1881), d'origine normande et jusqu'à présent restaurateur avec son frère Hippolyte à Sydney, vient tenter sa chance en Nouvelle-Calédonie au début des années 1860 et reçoit, par décret du gouverneur daté du , (au fil des défrichages et des acquisitions, la propriété atteindra les ), à charge par lui d'y introduire 6 à 8 colons européens, 100 bêtes à cornes, 16 juments et un étalon. Les candidats arrivent d'Australie par La Gazelle le : parmi eux essentiellement trois Irlandais originaires du Comté de Clare, James Daly (1832-1900), James O'Donoghue (1804-1883, le beau-père d'Hippolyte Cheval), Camille Hoff (né en 1834 à Paris mais marié à une nièce de James O'Donoghue et Patrick MacMahon, Anny Moloney), Patrick MacMahon (1821-1910), Michael Hugues, Patrick Munen, ainsi que les dénommés O'Connel et Ralph. Il faut également citer Fanny Austin, veuve d'un certain M. Unger, venue avec ses deux fils, ou encore le frère de Timothée, Hippolyte Cheval, venu le rejoindre en 1866. Comme pour l'expérience Paddon, certains de ces colons quitteront la Nouvelle-Calédonie sans y faire souche (les Munen, O'Connell, Ralph notamment), d'autres iront s'installer à Nouméa (Hippolyte Cheval dès 1871, les Unger et les Daly)P. O'REILLY, Calédoniens, 1853. la colonisation bourbonnaise, composée de Créoles réunionnais, entre 1864 et 1880, à une époque où les Mascareignes entrent dans une période de crise économique, et notamment sucrière, en raison d'une succession de sécheresses et de maladies s'attaquant aux cannes à sucre. Le gouverneur Charles Guillain s'appuie alors sur les sucriers Didier Numa-Joubert, déjà installé depuis 1859 sur une propriété de hectares à Dumbéa, ou Louis Nas de Tourris (1822-1887), qui a rendu un rapport favorable au gouverneur sur l'exploitation de la canne à sucre. Les Joubert amènent hommes, animaux et matériel d’Australie. Et comme le prévoit l’arrêté de concession, installent plusieurs centaines de colons sur leur propriété. Parmi ces immigrants, John et Georges Newland, George Bull et Peter Heister sont à l’origine d’une nombreuse descendance calédonienne. Les familles réunionnaises (notamment Paul Duboisé qui s'associera à Evenor Degreslan, un autre réunionnais arrivé en 1863, pour monter une sucrerie concurrente à celle des Joubert et Gustave Clain) viennent s'installer avec leurs « engagés », main d'œuvre de « Malbars » (en fait indiens, dont les Arsapin) ou de « Cafres » (descendants d'esclaves africains, dont les Mitride), et s'installent sur les hectares obtenus par Nas de Tourris pour la culture de la canne à sucre et répartis sur plusieurs sites, notamment à Nakety, à Canala ou Houaïlou sur la côte est, à Dumbéa, La Foa, La Ouaménie à Boulouparis ou encore Koné sur la côte ouest. L'expérience est dans un premier temps un succès : le « consortium sucrier » qui unit les exploitants Le Coat de Kerveguen, Nas de Tourris, Joubert et Lalande-Desjardins possède ainsi environ hectares à Koné et à La Ouaménie, où une usine employant 163 Malbars est construite en 1872L'Usine sucrière de La Ouaménie sur le site de la Province Sud. Ferdinand Joubert, fils aîné de Didier Numa, fonde de son côté la première usine sucrière de Nouméa, et Évenor de Greslan, propriétaire de hectares à Nimba à Dumbéa, en crée une sur son domaine en 1871. En 1875, on compte pas moins de 454 Réunionnais. Mais les invasions de sauterelles et l'insurrection kanak de 1878 d'Ataï met fin à l'exploitation de la canne à sucre, à l'exception d'Évenor de Greslan (qui pour ce faire fait venir les premiers travailleurs indonésiens, diversifie ses activités avec l'exploitation d'arbres fruitiers et introduit des merles des Moluques pour lutter contre les sauterelles) ou des Gillot L'Étang (à la Tiwaka à Poindimié) essentiellement. Les colons repartent vers leur île natale ou la Métropole (notamment Louis Nas de Tourris ou Numa-Auguste Joubert, dernier fils survivant de Didier-Numa), d'autres s'orientent vers une autre carrière ailleurs en Nouvelle-Calédonie, notamment dans les professions libérales ou l'administration à Nouméa (les Imbault, Lalande-Desjardins, De Gaillande). Dans tous les cas, il ne reste plus que 173 Réunionnais en 1884Populations, ASTER du Caillou, d'après les chiffres avancés par J.C. ROUX dans le bulletin de la SEHNC , année 1976.