La réforme des retraites en France de 2013-2014, réalisée sous la mandature de François Hollande, portée par sa ministre des Affaires sociales Marisol Touraine et promulguée en La réforme est matérialisée par la loi du et par un ensemble de textes règlementaires., a augmenté la future durée de cotisation donnant droit à une retraite à taux plein, dans le sillage de la précédente réforme de l'automne 2010 et de celles de 2003 et de 1993, ce qui fait que les écologistes, le PCF et 17 députés socialistes refusent de la voter.
Pour décourager les manifestations organisées par 4 des 5 premiers syndicats, cette augmentation est très étalée dans le temps: la durée de cotisation de 43 ans n'interviendra qu'à un horizon de 22 ans, à partir de l'année 2035, et restera conditionnée à la croissance de l'espérance de vie. En contrepartie, le gouvernement apporte immédiatement deux innovations sociales importantes proposées par le syndicat CFDT, la validation plus facile de trimestres de cotisation pour les jeunes en stages, et la création du compte pénibilité.
La réforme vise assurer, à un horizon de 7 ans à 20 ans, l'équilibre financier du système français de retraites par répartition, pour se prémunir contre le scénario, alors toujours en cours, de poursuite de l'augmentation rapide de l'espérance de vie constatée jusqu'à la dernière décennie du , mais qui sera ensuite déjoué par le retour à une quasi-stagnation sur la seconde partie des années 2010 et le début des années 2020.
La réforme décide aussi une hausse des cotisations sociales salariales et patronales, très graduelle aussi, qui ne vise donc pas à remplir les caisses immédiatement car seulement la moitié est applicable en 2014 et le reste étalé de 2015 à 2017. Sa modicité (0,3 % au total) vise plutôt à rassurer les employeurs en leur donnant une visibilité à moyen terme mais échoue à les séduire en raison du climat politique détérioré, qui permet l'expression d'un "ras-le-bol" fiscal. Contexte Contextes social et politique, promesses de François Hollande François Hollande avait dès , sur le plateau de télévision de l'émission "C politique", posé un principe au centre de sa doctrine, lier la croissance de l'espérance de vie et la durée de cotisation", à une époque où cette espérance de vie progressait encore rapidement, suscitant des craintes pour l'avenir, avant de revenir à une quasi-stagnation sur la seconde partie des années 2010 et le début des années 2020.
Durant la campagne présidentielle 2012, il promet de faire revenir "l'âge de départ sans décote à 65 ans""Les variations de François Hollande sur les retraites" par Hélène Bekmezian, dans Le Monde le 14 décembre 2011 , l'augmentation de cet âge à 67 ans étant le point le plus contesté de la réforme de 2010, mais la réforme de 2013 abandonne en fin de parcours cette promesse. Il promet aussi, avant son élection de 2012, "une redéfinition de l’âge légal de départ" et "la prise en compte de la pénibilité", sans écarter une hausse de la durée de cotisation, mais sans non plus se prononcer précisément, semblant valider le maintien d'une durée de 41 ou 42 ans, en annonçant qu'il va rétablir immédiatement après son élection et par décret le droit au départ à la retraite à 60 ans pour les salariés ayant à la fois 41 années de cotisations et commencé à travailler à 18 ans ou avant."François Hollande confirme qu'il écarte le retour à la retraite à 60 ans" par Jean-Baptiste Chastand, le 13 décembre 2011 dans Le Monde . Cette promesse, en retrait sur le programme de son parti politique, qui promet alors le retour à un âge légal de 60 ans quel que soit l'âge du premier emploi, est au centre des débats de la très suivie primaire socialiste de l'automne 2011, y compris celui du tour face à Martine Aubry où la question est de savoir si on l'étend ou non à ceux ayant commencé à travailler à 19 ans.
Parfois accusé de "variations" et de "mentir" pendant la campagne, François Hollande perd ensuite du terrain tous les mois dans les sondages face à son rival Nicolas Sarkozy puis tient cette promesse mais très partiellement: le décret qui entre après en application, le , a des modalités "extrêmement restrictives", ne concernant que 28000 personnes, alors que la promesse en concernait cinq fois plus, tandis que les trimestres pouvant être validés au titre du chômage, autre promesse socialiste, sont plafonnés à deux. Dès son interview au journal télévisé du , quatre jours après son élection, il n'évoque plus la possibilité de mettre à contribution les revenus du capital, pourtant évoquée par le Parti socialiste lors du débat sur la réforme des retraites de 2010.
Après son élection aussi, le contexte social vire assez rapidement aux divisions au sein du gouvernement, jusqu'à l'intérieur du parti socialiste, qui se sont se sont envenimées fin 2012 autour de deux dossiers, l'Affaire Cahuzac et la fermeture du haut-fourneau d'ArcelorMittal à Florange, en Lorraine, que François Hollande avait visité juste avant son élection, en promettant de veiller à sa sauvegarde. Le leader local de la CFDT d'ArcelorMittal Edouard Martin est d'abord soutenu par le ministre du redressement industriel Arnaud Montebourg, mais qui est brouillé avec son supérieur Pierre Moscovici. La CFDT d'ArcelorMittal déclare ensuite la guerre en au premier ministre Jean-Marc Ayrault, se disant "écœuré" par le feu vert du gouvernement à la fermeture du site"Florange : Edouard Martin déclare la guerre à Jean-Marc Ayrault Le leader CFDT d'ArcelorMittal s'est dit "écœuré", jeudi, à son retour à Florange" par Florence Beaugé le 6 décembre 2012, dans Le Monde .
Un mois après, en janvier, la porte-parole du Parti socialiste espère encore que la durée de cotisation pour une retraite à taux plein ne sera pas augmentée mais elle est démentie par le ministre du budget Jérôme Cahuzac, qui finalement démissionner le après trois mois d'accusations de fraude fiscale du site d'informations Médiapart, lancées à partir du , qui sont mal vécues au sein du gouvernement, notamment par Pierre Moscovici qui en sera nommé commissaire européen au sein de la commission Juncker.
Contexte européen et financier La réforme vise à préserver à long terme l'équilibre financier du système français de retraites par des réformes qui entreront en vigueur à un horizon de 7 à 20 ans plus tard, face au scénario de la poursuite d'une forte augmentation de l'espérance de vie. Ce scénario induit le risque d'un déficit de 20 milliards d'euros en 2020..
Cette augmentation de l'espérance de vie avait inspiré d'autres réformes des retraites, dont la précédente de l'automne 2010, la grande réforme de 2003 ou la réforme du gouvernement Balladur de 1993"RETRAITES: ÂGE LÉGAL, DURÉE DE COTISATION... 80 ANS D'ÉVOLUTIONS DU SYSTÈME PAR RÉPARTITION" par Paul Louis, le 21 janvier 2023 sur BFM TV .
En 2013, la France bénéficie, à la différence de l'Italie, "d'une sorte d'état de grâce sur les marchés" financiers, où elle continue "de s'endetter à bon marché", même si ce n'est pas aussi bon marché que l'Allemagne. Mais plusieurs responsables européens, sans oser "le dire tout haut, déplorent que François Hollande n'ait pas plus cherché, par ce projet, à "crédibiliser sa politique économique" à la hauteur de celle d'Angela Merkel, un "enjeu européen" de la réforme selon Le Monde. Parmi eux, le commissaire européen chargé des affaires économiques et monétaires, Olli Rehn, lâche une "petite phrase" disant qu'il "attendait davantage sur le front des retraites", ce qui vexe le ministre de l'Économie Pierre Moscovici"Les enjeux européens de la réforme des retraites" par Philippe Ricard, le 9 octobre 2013, dans Le Monde , soucieux de faire valoir "la première réforme des retraites de l'histoire menée par la gauche" et qui est promu commissaire européen à Bruxelles l'année suivante.
Calendrier des annonces Najat Vallaud-Belkacem, porte-parole du gouvernement rappelle le sur RMC/BMFTV la position du Parti socialiste, précisant que “n'est à l'ordre du jour [de la réforme] ni le fait de travailler plus longtemps, ni le fait de réduire les pensions, ni le fait d'augmenter les cotisations”Article par Maxime Vaudano le 27 février 2013 dans Le Monde le , mais peu après le ministre du budget Jérôme Cahuzac la contredit en déclarant qu'il voit "un consensus, l'allongement de l'espérance de vie doit se partager entre temps travaillé et temps retraité".
Une conférence sociale a lieu en juin et juillet, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault et la ministre des Affaires sociales et de la Santé Marisol Touraine. réunissant les syndicats de salariés et organisations patronales, précédée par la désignation d'une commission pour l’avenir des retraites, présidée par Yannick Moreau, qui remet son rapport en au Premier ministre : « Nos retraites demain : équilibre financier et justice » (pdf, )..
Jean-Marc Ayrault a ensuite dévoilé les axes principaux au journal télévisé le , en soulignant que l'âge de départ à la retraite à 62 ans ne sera pas modifié. Plusieurs jours après est révélé que la réforme prévoit aussi un allongement de la durée de cotisation à 43 ans en 2035"Comment cotiser quarante-trois ans sans travailler jusqu'à 70 ans" par Jean-Baptiste Chastand, le 30 août 2013, dans Le Monde le , quand les arbitrages sont détaillés par le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, le ... Il reconnait alors que l'allongement de la durée de cotisation pour bénéficier du taux plein repousse de fait l'âge effectif du départ en retraiteArticle le 6 octobre 2013, dans Le Monde le https://www.lemonde.fr/economie/article/2013/10/06/reforme-des-retraites-touraine-promet-un-effort-sur-les-stages_3490709_3234.html]
L'information qu'un compte pénibilité entrera en vigueur dès 2015 avait au contraire été révélée par le secrétaire général de Force ouvrière, Jean-Claude Mailly 15 jours avant le premier discours d'Ayrault..
Le gouvernement avait aussi envisagé, avant d'y renoncer, la fiscalisation de la majoration de 10 % des pensions des parents de 3 enfants et plus, l'alignement du taux de CSG des retraités sur celui des actifs.. Il y a renoncé en août, sur fond de montée, dans les grands médias, du débat sur le "ras-le-bol fiscal".
Principales mesures de la réforme Taux des cotisations salariales et patronales Les taux de cotisations salariales et patronales augmenteront chacun de 0,15 point en 2014, puis de 0,05 point par an en 2015, 2016 et 2017 (soit au total 0,3 point).
Durée de cotisation pour une retraite sans décôte Le gouvernement souhaite que la durée de cotisation nécessaire pour une pension à taux plein, qui aura atteint 41 ans en 2012, soit portée à 41 ans et trois mois à partir de 2013, ce qui concerne les générations 1953 et 1954. Cet allongement correspond à une mise en œuvre d’un principe posé par la réforme Fillon de 2003, qui prévoyait que la durée de cotisation devait évoluer en fonction des gains d’espérance de vie en France. «Compte-tenu des estimations actuelles de l'Insee, la durée de cotisations devrait être de 41,5 ans en 2020», indique le gouvernement, suggérant que ce rythme n'était pas gravé dans le marbre. La durée de cotisation nécessaire pour avoir une retraite à taux plein, augmentera d'un trimestre tous les 3 ans, jusqu'à 43 ans en 2035 (contre 41,5 ans avant la réforme).