Henry Grouès, dit l'« abbé Pierre », né le dans le et mort le dans le , est un prêtre catholique français.

Vicaire dans le diocèse de Grenoble en 1939, il est mobilisé pendant la Seconde Guerre mondiale. Il soutient dans un premier temps le régime de Vichy et le maréchal Pétain, mais se tourne ensuite vers la résistance : passeur de familles juives, puis maquisard. À la Libération, il est élu député de Meurthe-et-Moselle sous l'étiquette du Mouvement républicain populaire.

Il est connu pour être le cofondateur du mouvement Emmaüs, une organisation non confessionnelle de lutte contre l'exclusion comprenant la fondation Abbé-Pierre pour le logement des défavorisés et de nombreuses autres associations, fondations et entreprises de l'économie sociale et solidaire en France.

Quatre rapports successifs réalisés à la demande d'Emmaüs ont révélé en 2024 et 2025 que l'abbé Pierre a commis des violences sexuelles sur des femmes et des personnes mineures entre les années 1950 et 2005. Ces agissements étaient en partie connus par Emmaüs, l'épiscopat français et le Vatican dès 1955.

Biographie Abbé Pierre Marie Joseph Henry Grouès. naît le au domicile de ses parents, petite-rue des GloriettesRenommée rue Louis Thévenet en 1937. dans le .. Il est issu d'une famille aisée de la bourgeoisie catholique lyonnaise d'industriels. et de négociants en soie, originaire, du côté paternel, du hameau de Fouillouse à Saint-Paul-sur-Ubaye et de Tarare dans le Rhône du côté maternel. Il est le cinquième de huit enfants. Il est baptisé à l'église Saint-Eucher de Lyon, dans le . Il passe son enfance à Irigny, une commune au sud-ouest de Lyon. Dès l'âge de six ans, il suit son père chaque dimanche pour s'occuper des sans-abris et des mendiants aux alentours du quai Rambaud.. À douze ans, il accompagne son père à la confrérie séculaire des hospitaliers veilleurs où, le dimanche, les bourgeois se font coiffeurs barbiers pour les pauvres.

Élève des Jésuites à l'internat Saint-Joseph (actuel lycée Saint-Marc), il est scout de France : il reçoit le totem de « Castor méditatif ». Il se lie alors d'amitié avec François Garbit..

Il connaît également, à cette époque ce qu'il appelle des « illuminations » qui orientent sa vie. En 1928 à seize ans, à l'occasion d'un pèlerinage de Rome, il est frappé d'un selon ses propres mots, à la suite duquel il souhaite entrer chez les franciscains.. Selon une autre version avancée par son biographe Bernard Violet, c'est à cet âge qu'il tombe follement amoureux d'un jeune soprano lors d'une messe de Noël. Cette passion homosexuelle qu'il cherche à réfréner par des mortifications est en partie la cause de sa décision d'entrer dans la vie religieuse..

Entrée dans les ordres Le , il fait profession religieuse à l'âge de chez les capucins au noviciat de Notre-Dame-de-Bon-Secours, à Saint-Étienne. En religion, il devient frère Philippe.. Par vœu de pauvreté, il renonce à sa part du patrimoine familial et donne tout ce qu'il possède à des œuvres caritatives. En 1932, il termine sa période de noviciat et est assigné au couvent des Capucins de Crest dans la Drôme..

Le , Henry Grouès est ordonné diacre par Camille Pic, évêque de Valence, dans la chapelle du Grand Séminaire qui abrite désormais le lycée privé catholique Montplaisir.

Il est ordonné prêtre catholique le dans la chapelle de son ancien collège, le lycée Saint-Marc de Lyon, en même temps que le jésuite Jean Daniélou, futur cardinal. En accord avec ses supérieurs, il quitte l'ordre des Capucins le et intègre le diocèse de Grenoble où il est incardiné le et nommé le suivant vicaire à la basilique Saint-Joseph de Grenoble par l'évêque Alexandre Caillot..

Seconde Guerre mondiale Il est mobilisé comme sous-officier dans un régiment du train des équipages, en , au début de la Seconde Guerre mondiale. Souffrant de pleurésie, il passe la totalité de la drôle de guerre à l'hôpital. En , il est nommé aumônier de l'hôpital de La Mure (Isère) puis de l'orphelinat de La Côte-Saint-André..

En 1941, il soutient officiellement le régime de Vichy et le maréchal Philippe Pétain. Il déclare notamment : , ainsi que ....

Selon sa biographie officielle issue des archives du ministère de la Défense nationalevoir., L'abbé Pierre a livré son récit, très tôt, dans une conférence donnée le , dans le cadre des « conférences de l'information », au palais de Chaillot..

En , il fait passer en Suisse le plus jeune frère du général de Gaulle, Jacques de Gaulle, ainsi que son épouse qu'il confie au réseau de l'abbé Marius Jolivet, curé de Collonges-sous-Salève.. Il participe à la création de maquis, dont il est l'un des chefs, dans le massif du Vercors et dans le massif de la Chartreuse. C'est à cette époque qu'il rencontre Lucie Coutaz, qui le cache sous un faux nom et devient sa secrétaire particulière jusqu'à son décès en 1982. Elle est considérée comme la cofondatrice du mouvement Emmaüs. Il aide les réfractaires au service du travail obligatoire.

Dans la clandestinité, il adopte le nom d'abbé Pierre, qu'il garde jusqu'à la fin de sa vie.

En 1944, il est arrêté par l'armée allemande à Cambo-les-Bains, dans les Pyrénées-Atlantiques. Relâché, il passe en Espagne et rejoint par Gibraltar le général de Gaulle à Alger en Algérie française.. Il devient aumônier de la Marine sur le cuirassé Jean Bart à Casablanca (Maroc). Toute sa vie il gardera sa croix d'aumônier de la marine sur la poitrine.

À la Libération de la France, ses actions dans la Résistance lui valent la croix de guerre 1939-1945 avec palme.

Parcours politique

Après la guerre, sur les conseils de l'entourage du général de Gaulle et avec l'approbation de l'archevêque de Paris, il se présente aux élections législatives et est élu par trois fois député en Meurthe-et-Moselle comme indépendant apparenté au Mouvement républicain populaire (MRP) : le 21 octobre 1945 puis le 2 juin 1946, dans les deux successives ; puis à l'Assemblée nationale, de 1946 à 1951, où il siège d'abord au sein du groupe MRP.. Sa profession de foi politique soutient un programme dit de troisième force (« ni capitaliste, ni collectiviste »)Profession de foi de l'abbé Pierre de juin 1946.. Il siège sous le nom de Grouès (M. l'abbé Pierre) puis, à partir du , est enregistré au nom de Pierre-Grouès (M. l'abbé)..

L'abbé Pierre déconcerte vite son parti politique par ses prises de position de gauche.. Pacifiste convaincu, il contribue à la rédaction de la Déclaration des droits de l'homme de 1948, se bat contre la peine de mort, la guerre et l'arme nucléaire, tout en militant pour la reconnaissance et la protection de l'objection de conscience.. Déjà, il se bat pour le droit au logement : , défend-il.

Le , il fonde le groupe parlementaire fédéraliste français avec 80 autres députés.. Il participe ensuite au congrès de Montreux des - à la fondation du mouvement fédéraliste mondial.. Il en devient le vice-président. Avec Albert Camus et André Gide, il fonde en 1948 le comité de soutien à Garry Davis, fondateur des Citoyens du Monde. En 1966, il lance avec des personnalités internationales un appel à s'inscrire dans le registre international des citoyens du monde..

Il se désolidarise de son parti politique après l'incident sanglant de Brest, en , qui provoque la mort d'un ouvrier, Édouard Mazé. Dans sa lettre de démission du , Pourquoi je quitte le MRP, il dénonce les positions politiques et sociales du mouvement. Il rejoint ensuite la Ligue de la Jeune République, mouvement chrétien socialiste, ainsi que le groupe de la Gauche indépendante.

Il se présente aux élections législatives de 1951, à la tête d'une liste de Défense des intérêts démocratiques et populaires, sans le soutien du MRP ni celui de la hiérarchie catholique. Il n'est pas réélu.

L'abbé Pierre retourne à sa vocation première de prêtre-aumônier et s'investit, avec sa , dans ses actions caritatives. Il dit plus tard qu'il est plus intéressant d'être « ex-député » que députéAbbé Pierre et Bernard Kouchner, Dieu et les hommes (dialogues), Paris, Robert Laffont, 1993.. Il participe néanmoins à certaines campagnes, en parrainant par exemple, lors de la guerre d'Algérie, le Comité pour la défense du droit à l'objection de conscience créé par Louis Lecoin, aux côtés d'André Breton, Albert Camus, Jean Cocteau et Jean Giono. Ce comité obtient un statut, restreint, en pour les objecteurs.

Fondation d'Emmaüs

Il fonde en 1949 le mouvement Emmaüs (en référence à Emmaüs, village de Judée apparaissant dans un épisode du dernier chapitre de l'Évangile selon Luc). Ce mouvement est une organisation laïque de lutte contre l'exclusion. Il commence ainsi dès l'été 1949 par fonder la communauté Emmaüs de Neuilly-Plaisance, au 38 avenue Paul-Doumer, au départ une auberge de jeunesse.

La rencontre avec un certain George, homme désespéré qui a perdu toute raison de vivre, et à qui l'abbé Pierre demande , marque le véritable acte fondateur du mouvement Emmaüs.

Les communautés Emmaüs se financent par la vente de matériel et d'objets de récupération et construisent des logementsSur la même démarche qu'a utilisée l'abbé Édouard Froidure, onze années auparavant en Belgique. : ..

Non réélu en 1951 en raison du système des apparentements, il perd ses d'indemnités de député et est réduit à mendier ou à vendre des publications à la dérobée pour subvenir aux besoins d'Emmaüs. Dans le même temps, les compagnons d'Emmaüs systématisent la chine qui est complétée à partir de par la .

Le , il participe au jeu Quitte ou double animé par Zappy Max sur Radio Luxembourg pour alimenter financièrement son combat, où il gagne de l'époqueIl s'agit bien sûr d'anciens francs. (somme représentant environ en 2022.).

En 1954, il reçoit sa fameuse cape de la part du lieutenant-colonel Sarniguet, pompier de Paris, qu'il porte jusqu'à la fin de sa vie. Il considère ce don comme un simple prêt et la restitue à sa mort à la brigade de sapeurs-pompiers de Paris par disposition testamentaire...

Hiver 1954 : l'insurrection de la bonté

vignette|L'abbé Pierre en 1955. La notoriété de l'abbé Pierre croît à partir de l'hiver de 1954, particulièrement froid et meurtrier pour les sans-abris. Il lance le un appel mémorable sur les antennes de Radio-Luxembourg (future RTL)Appel de l'abbé Pierre du février 1954 - Site officiel d'Emmaüs France ., qui devient célèbre sous le nom d'« Appel de l'abbé Pierre ».

Le lendemain, la presse titre sur . L'appel rapporte de francsSoit de 2022 en dons (dont deux millions par Charlie Chaplin qui dit à cette occasion : )., une somme considérable pour l'époque et totalement inattendue. Des appels et des courriers submergent le standard téléphonique de la radio. Les dons en nature atteignent un tel volume qu'il faut des semaines pour simplement les trier, les répartir et trouver des dépôts pour les stocker convenablement un peu partout en France.

Avec l'argent rassemblé, l'abbé Pierre fait construire des cités d'urgence, dont celle de Noisy-le-Grand, qui évoque un bidonville car elle s'inspire du projet de l'architecte américain Martin Wagner : les bâtiments sont en forme de demi-bidon métalliqueEMMAÜS Société Anonyme - Blog : Laboratoire urbanisme insurrectionnel..

Son appel a aussi des conséquences politiques. Des crédits pour les logements d'urgence sont votées et, en 1956, une loi interdit les expulsions locative durant la trêve hivernale..

Développement d'Emmaüs L'appel de 1954 attire des bénévoles de toute la France pour aider à la redistribution des dons, mais aussi fonder les premiers groupes se réclamant de l'appel de l'abbé Pierre. Rapidement, ce dernier doit organiser cet élan inespéré de générosité. Aussi, , il fonde l'association Emmaüs, avec pour objectif le regroupement de l'ensemble des communautés Emmaüs. L'association se concentre sur la gestion des centres d'hébergement et d'accueil Emmaüs de Paris et sa région.